Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FEMMES

Le huit mars partout

· Inprecor n° 3, 31 mars 1977 · p. 16-17 · 1 792 mots

Femmes Italie État espagnol Grande-Bretagne

Le 8 mars, cette année, aura été marqué par des manifestations, des meetings, des occupations, sur l'avortement et le travail des femmes, thèmes que l'on retrouve dans tous les pays. Mais ce ne sont pas les seuls. Ce qui frappe, dans ces mobilisations, c'est la volonté des mouvements de femmes à l'échelle internationale, de mettre en évidence, à propos de ces deux questions centrales, tous les aspects de l'oppression qu'elles subissent quotidiennement au travail comme dans la famille. Certes, on a assisté à des divisions relativement profondes au sein du mouvement en plus d'un endroit. En Grande-Bretagne et en Italie notamment, celles qui théorisent la priorité à donner à la lutte des sexes se sont opposées aux propositions d'autres courants visant à donner à cette journée un caractère de classe et à montrer en quoi l'oppression des femmes en système capitaliste est directement liée à celle de la classe ouvrière dans son ensemble. Partout où ils l'ont pu, les réformistes ont tenté de canaliser les mobilisations, d'en contrôler les formes et les thèmes dominants. Mais les exigences et les questions que les mouvements de femmes ont posées, qu'elles ont criées, scandées, affichées sur leurs banderoles, sont autant d'éléments explosifs pour la politique de collaboration dé classe des directions traditionnelles comme pour le système capitaliste lui-même.

FEMMES

Le 8 mars, partout

ESPAGNE Dans toute l'Espagne, meetings et manifestations ont marqué la journée du 8 mars. A Vigo : rassemblement de 1.000 personnes, en majorité des travailleuses contre les agressions sexistes dans l'entreprise. A Valence : meeting de 2.000 personnes - des travailleurs de la santé, des banques et du textile avant tout - et manifestation interdite qui a néanmoins rassemblé 1.000 personnes pour revendiquer l'égalité de salaires, la liberté de contraception et d'avortement et l'amnistie. A Barcelone : tribunal pour l'amnistie de toutes les femmes qui sont en prison pour délit d'avortement, d'adultère ou de prostitution, le dimanche 6 mars, suivi l'après-midi de forums sur les conditions de vie et de travail des femmes. Le 8 mars, 1.000 personnes manifestaient devant la prison des femmes, la police a chargé, trois personnes ont été arrêtées. A Bilbao le 8 mars, dans le meeting de l'assemblée des femmes du quartier de Santucho, les travailleuses en grève des Galerias Preciados ainsi que celles de l'entreprise Artiach, une employée de maison, une ménagère et une femme qui venait de sortir de prison, ont pris la parole devant 1.000 personnes qui sont ensuite sorties en cortège, rejointes par beaucoup d'autres. La police a chargé. A Malaga : meeting sur le divorce. A Madrid enfin, toute la gauche appelait à des assemblées - d'usines dont le thème central était le soutien aux travailleuses d'Induyco. Les commissions ouvrières et le FHAR appuyaient l'appel au meeting de la "plate-forme des groupes femmes de Madrid" dont le slogan était: "Pas une femme en prison, pas une femme sans boulot!" GRANDE-BRETAGNE A l'initiative du mouvement de libération des femmes, des rassemblements et des journées d'action ont eu lieu au ni-

Jacqueline HEINEN veau local dans la plupart des villes anglaises le 5 et le 12 mars. A Londres, l'Assemblée nationale des femmes (liée au PC) soutenue par le London Trade Union Congress, le NAC, le Charter Campaign et une partie du MLF, appelait à une manifestation centrée sur les luttes de femmes qui ont eu lieu dernièrement en Grande-Bretagne et sur le plan international. En ce moment même, les femmes de l'entreprise des télécommunications Plessey à Liverpool occupent leur usine et sont soutenues par de nombreuses autres entreprises de la région. Parallèlement se tenait le 12 mars un festival non mixte organisé par une autre partie du MLF londonien. BELGIQUE Sept mille personnes ont participé le 5 mars à une manifestation pour la dépénalisation de l'avortement. Elle avait été appelée centralement à Bruxelles par 28 comités locaux et elle était soutenue par le PS, le PC, différentes sections syndicales, l'organisation AMADA et la LRT. ITALIE Dans le cadre du mouvement de grève étudiant, les étudiantes ont organisé des manifestations massives à Rome, Turin et Milan pour mettre en avant leurs problèmes spécifiques en tant que femmes dans leurs études. De nombreuses assemblées se sont tenues dans les usines à majorité féminine du Nord de l'Italie; pour la première fois le problème du chômage y était abordé de manière centrale. A Milan et à Rome, les collectifs femmes de l'UDI appelaient à des manifestations séparées dont les thèmes principaux portaient sur l'avortement et l'emploi. A Rome, le CRAC, qui s'était divisé sur cette question, soutenait ces deux manifestations. Le 12 mars

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à Turin, la manifestation avait pour but l'occupation de la maternité Sainte Anne, afin de poser largement le problème de l'avortement et de la nécessité des "consultori" pour lesquels le mouvement de femmes s'est battu depuis un an. Cet objectif est d'autant plus important au moment où ceux qui existent risquent de fermer faute de crédit et où la Démocratie chrétienne tente de récupérer la lutte des femmes en affirmant qu'elle est favorable à ce que celles qui doivent passer par une commission pour pouvoir avorter le fassent à travers les "consultori" (sous-entendu : ceux que la Démocratie chrétienne et l'Eglise mettront elles-mêmes sur pied, qu'elles financeront et qu'elles contrôleront, puisque les autres ne pourront plus fonctionner faute d'argent). SUISSE Lors d'une fête du MLF à Lausanne, près de 1500 personnes ont participé à des forums sur différents thèmes relatifs à l'oppression des femmes. La manifestation nationale des mouvements de femmes le 12 à Bâle avait pour objectif l'occupation d'une maison pour y installer un centre de femmes. Elles en ont été expulsées une semaine plus tard par la police, mais un comité de soutien s'est aussitôt constitué pour soutenir leurs exigences. FRANCE Trois mille personnes dans la rue à Paris le 5 mars dans une manifestation du mouvement des femmes centrée sur le thème de l'avortement. Des actions avaient eu lieu auparavant dans plusieurs hôpitaux de quartier et 1500 personnes s'étaient déjà mobilisées quelques jours plus tôt pour protester contre la menace de fermeture de la clinique des Lilas où l'on pratique des accouchements sans violence. Le 9 mars, plusieurs milliers de personnes sont descendues à Aix, dans le Sud de la France, pour exprimer leur solidarité avec les six femmes inculpées pour avortement illégal. Des manifestations ont eu lieu dans la plupart des villes du pays, souvent axées sur le mot d'ordre d'application de la loi Veil (sur l'avortement), mais aussi sur le chômage, les crèches, le droit au travail, le droit à un salaire qui permette de vivre. Par les préoccupations qu'elles ont mises en avant, l'ensemble de ces mobilisations ont montré toute l'importance et l'actualité de la rencontre internationale de femmes prévue à Paris les 28/29/30 mai. A l'initiative de groupes français, un premier appel avait été lancé pour une telle rencontre dès décembre 1975. Il fallut cependant un certain temps avant qu'elle ne prenne corps, vu les rythmes nécessaires pour qu'un débat puisse s'engager au niveau international entre des femmes, entre des groupes dont l'histoire et l'expérience étaient hétérogènes et qui, de plus, ne parlent pas la même langue. Dès le printemps 76, il apparut que deux thèmes dominaient : celui de l'avortement et celui du travail des femmes. Dans le tract de quatre pages qui a été distribué à l'occasion du 8 mars dans de nombreux pays européens, les groupes qui sont actuellement signataires de l'appel à la rencontre - et il ne s'agit là que d'une première liste de signatures - expliquent : "Il apparaît clairement que les mouvements et les luttes de femmes ne sont pas indépendants de la situation politique de leur pays. Dans les pays où règne une relative "paix sociale" (Suède, Luxembourg, Suisse, Finlande) et où il y a très peu de luttes ouvrières dures, la nécessité de réfléchir sur les liens du mouvement des femmes avec le mouvement ouvrier n'est pas évidente. Par contre, dans les pays d'Europe du Sud (Portugal, Espagne, Italie), où se développe une crise économique, sociale et politique, et où la combativité ouvrière est très forte, on voit surgir des mouvements de lutte qui rassemblent immédiatement des milliers de femmes travailleuses, ménagères, universitaires, sur tous les thèmes de l'exploitation et de l'oppression spécifique des femmes, du chômage au viol. Au cours de leurs premières années d'existence, les mouvements de femmes étaient apparus plus ou moins marginaux par rapport aux organisations traditionnelles : partis, syndicats, etc. Or, le fait nouveau est que, ces dernières années, dans des pays comme l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie, des femmes des partis communistes et des partis socialistes, ainsi que des syndicats, commencent à lutter aux côtés des féministes, dans des campagnes communes, dans des groupes et des coordinations qui se mettent sur pied. En France, le mouvement s'est rapidement différencié en tendances, reflétant en cela la polarisation de la vie politique. Dans des pays comme l'Allemagne et la Suisse, l'absence de prise en compte de la lutte des femmes par le mouvement ouvrier entraîne les groupes de femmes à un repli sur eux-mêmes et à des théorisations accordant la priorité à la lutte des sexes. Par contre, dans des pays comme l'Angleterre et l'Italie, où les luttes de femmes dans les entreprises et dans les quartiers rassemblent des femmes de plus en plus nombreuses, le mouvement apparaît comme plus unitaire et réunit dans des actions communes des féministes de toutes tendances. La rencontre internationale devrait permettre la confrontation des expériences de luttes qui se sont développées récemment dans tous les pays européens; une réflexion sur les meilleurs moyens de développer ces luttes et d'amener le mouvement ouvrier dans son ensemble à en être partie prenante; l'établissement de relations de plus en plus suivies entre les mouvements de femmes pour que se poursuive la réflexion commencée et que s'organise des campagnes internationales de lutte et des campagnes de solidarité. Parmi les premières signatures de l'appel, on peut citer en Italie celle de la commision intercatégorielle des femmes travailleuses de Turin et en Espagne, celles du groupe de femmes des commissions ouvrières de Barcelone et de la coordination des groupes de quartier de Madrid. Partout où elles le peuvent, les sections de la IVème Internationale sont partie prenante de cette initiative qu'elles considèrent comme un élément déterminant pour la progression, dans les différents pays européens, des franges les plus avancées des mouvements de femmes. Celles qui ont compris que la bataille menée par les femmes pour leur libération est indissociable de la lutte du mouvement ouvrier tout entier. Celles qui, par leur participation à cette rencontre, montrent l'importance qu'elles attachent à la dimension internationale de leur combat. Celles enfin, qui par leurs mots d'ordre et leurs initiatives, ne se limitent pas à des propositions réformistes, mais qui mettent en évidence l'actualité de la révolution socialiste.

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