Un congrès national extraordinaire de l'organisation d'extrême gauche italienne Democrazia proletaria (DP) a eu lieu du 7 au 10 décembre derniers, à Rimini. Pour la première fois dans l'histoire de DP, des positions formellement différenciées ont marqué le débat préparatoire et le congres lui-même s'est conclu par le vote de deux motions contradictoires.
Le congrès a été convoqué à la suite de la crise qui avait éclaté au printemps dernier, avec la scission réalisée par le courant "écologiste" et l'ancien secrétaire Mario Capanna (voir Inprecor numéro 288 du 15 mai 1989). Les résultats assez décevants aux élections européennes du 18 juin, notamment dans certaines villes dont Rome, ont aggravé la crise au sein même du groupe dirigeant.
C'est dans ce contexte qu'une première discussion a eu lieu, fin septembre, sur le texte à proposer au congrès. Un premier projet a été adopté, malgré sept voix contre et un certain nombre d'abstentions (sur une trentaine de membres présents de la direction). Quinze jours plus tard, le secrétariat a présenté une nouvelle version du projet avec une série d'ajouts et de rectifications. Vingt trois membres ont voté pour ce texte, cinq contre, et deux se sont abstenus. Les cinq qui ont voté contre proviennent de l'ancienne Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section italienne de la IVe Internationale), qui a rejoint DP en juillet 1989 (voir Inprecor numéro 293 du 18 septembre 1989).
•Le projet du secrétariat a été amendé sur deux points importants. Le premier concernait l'orientation électorale : alors que la version originale laissait ouverte la possibilité de blocs électoraux, l'amendement précisait que le choix prioritaire devait être la présentation de listes de DP. Le deuxième amendement suppnmait une proposition de changement de l'organisme de direction, dans un sens fédéraliste. Dans les deux cas, ceux qui avaient voté contre le texte dans son ensemble, ou s'étaient abstenus, ont voté en faveur des amendements.
Cependant, ces amendements ne changeaient pas l'orientation fondamentale du texte. C'est pourquoi, les cinq décidèrent de présenter leur propre texte, qui avançait notamment une concep tion de l'alternative" dans un sens anti-capitaliste — ce qui était loin d'être clair dans le texte majoritaire → précisait davantage l'orientation électorale en harmonie avec cette conception et définissait mieux le rôle et le mode de fonctionnement de DP en tant que parti.
Avant les congrès provinciaux, une nouvelle réunion de la direction nationale a été convoquée, le 17 novembre, à la suite de la crise ayant éclaté dans le Parti communiste italien (PCI), après la proposition de son se-
OCRA →
crétaire Occhetto de convoquer une assemblée constituante pour "refonder" le Parti et même de changer son nom. Lors de
- cette réunion, ROLETE majorité au sein de
DP s'est divisée. Luigi Vinci et d'autres dirigeants de la Fédération de Milan (de loin la plus importante) ont présenté une motion qui donnait la priorité à une orientation visant à exploiter la crise du PCI et qui avançait l'idée d'une assemblée constituante des communistes en opposition à celle "libéralesocialiste" d'Occhetto.
Une autre aile de la majorité a rejeté la proposition et a suggéré de s'en tenir à l'orientation déjà définie auparavant. La motion Vinci a finalement été majoritaire (17 voix contre 12), grâce à l'appui des cinq minoritaires d'octobre. Une motion des cinq, qui précisait mieux l'orientation face à la crise du PCI, a été aussi adoptée (16 voix contre 12).
Lors des congrès des fédérations provinciales, le projet des cinq a obtenu des résultats supérieurs à toute attente. En fait, si la moyenne nationale était de 15%, le score dans les villes principales était sensiblement meilleur.
Précisons finalement que les délégués ayant droit au vote (représentant 6 540 membres de l'organisation) étaient 368, dont 322 élus par les congrès provinciaux et les 46 membres de la direction
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sortante (qui, selon les statuts, sont automatiquement délégués avec droit de vote).
Quatre rapports ont été présentés au congrès national, qui a été couvert largement par la télévision et la presse. Un représentant de la direction du PCI, ainsi que le dirigeant syndical communiste Sergio Garavini (qui s'était prononcé contre les propositions d'Occhetto) et le député radical européen Marco Pannella, entre autres, ont aussi participé aux débats. Un représentant du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) du Salvador, un représentant du Congrès national africain (ANC) d'Afrique du Sud, l'ambassadeur du Nicaragua à Rome et un représentant du Forum civique tchécoslovaque ont également salué le congrès.
Dès le début, les délégués de la résolution des cinq ont manifesté leur disponibilité à une convergence avec les délégués du courant Vinci-Bolognesi, à condition de se mettre d'accord sur un texte commun qui clarifie certains points essentiels et que soit assurée une représentation strictement
proportionnelle dans la nouvelle direction. Un accord a été effectivement atteint.
Lors des votes au congrès, un texte réaffirmant les orientations fondamentales de DP, qui répondait à la volonté exprimée par la plupart des militants de ne pas apparaître comme une organisation tout à fait divisée, a été adopté à l'unanimité. Les deux autres textes alternatifs, l'un présenté par le secrétaire national Giovanni Russo Spena, et l'autre rédigé en commun par le courant Vinci-Bolognesi et le courant des cinq, ont chacun obtenu 170 voix au congrès. La direction a donc été formée sur une base strictement paritaire: 30 élus pour chaque courant. 18 femmes ont été élues à la direction (sur 60) — le pourcentage des femmes dans DP, dans son ensemble, est d'environ 20 %.
Lors de sa première réunion suivant le congrès, la nouvelle direction a réussi à se mettre d'accord, à l'unanimité, sur un texte fixant les tâches pour les mois à venir. Un secrétariat national de huit membres a été constitué sur une base paritaire. *