Le résultat de l'élection présidentielle brésilienne s'éclaire par la répartition géographique du vote. Dans le Sud-Est, pôle économique clef du pays qui concentre 45,7 % des électeurs, l'avantage de Collor fut à peine de 0,8 %. Celui-ci aug mente sa différence dans les régions moins développées : dans le Nord (28 %), le Centre-Ouest (20%) et le Nord-Est (7,8 %). Dans le Sud, Lula est vainqueur avec une différence de 0,9 %.
Lula a obtenu la majorité des voix dans les villes qui ont plus de 100 000 électeurs. D'une façon générale, il a gagné avec plus du double des voix sur son adversaire dans six des sept capitales des Etats les plus importants. Il a non seulement obtenu la majorité à Brasilia, capitale du pays, mais également gagné dans trois Etats importants : Rio de Janeiro, Rio Grande del Sur et Pernambuco. Paradoxalement l'exception s'est produite à Sao Paulo, l'Etat le plus riche et le plus peuplé, où est né le Parti des travailleurs et où il est le mieux organisé. Là-bas, Collor a gagné avec 56 % des voix. Et, dans la ville de Sao Paulo, gouvernée par le PT, Collor a terminé en tête avec une différence de 12 points (1).
Le second tour a eu lieu dans un climat de bataille incessante. De fait, les élections se sont décidées sur le fil. A quatre jours du scrutin, tous les sondages indiquaient un match nul entre Lula et Collor. Mais avec l'aide de la télévision, l'équipe autour de Collor monta une véritable campagne de manipulation et de calomnies contre Lula et le PT, qui finit par faire tourner à l'avantage de leur candidat les résultats des élections.
La campagne du PT
Pour la partie de la population la plus informée, il est clair que la victoire de Collor a été obtenue sur base de manipulation et de mensonges et avec des procédés immoraux et peu éthiques, ce qui contribue à miner encore plus la légitimité du vainqueur.
D'un autre côté, la campagne de Lula a créé au second tour un réveil d'énergie et d'espoir comparable au climat de la grande campagne des élections directes de 1984. Dans diverses capitales d'Etats, des manifestations ont rassemblé plus de 100 000 personnes. A l'inverse, les manifestations de Collor, réalisées en général dans les villes de l'intérieur, apparurent incomparablement moins importantes.
Jamais auparavant la gauche socialiste n'avait joui au Brésil d'un leadership politique et social aussi important qu'en cette fin de campagne. En s'appuyant sur la polarisation caractéristique du second tour, le PT rassembla, sans dénaturer l'essentiel de son programme politique, tous les courants qui se réclament du socialisme : des sociaux-démocrates, des populistes, et même des libéraux.
Le FBP comprenait finalement le PT, le Parti communiste du Brésil (PC de B, pro-albanais) et le Parti socialiste du Brésil (PSB, petit parti au profil socialdémocrate de gauche). Au second tour, le Parti communiste brésilien (PCB, gorbatchévien qui lança sa propre candidature au premier tour et obtint 1 % des voix) et le petit Parti vert apportèrent immédiatement leur soutien à Lula. Après quelques hésitations, le Parti des travailleurs brésiliens (PTB) de Leonel Brizola s'engagea dans la campagne. Il y eut ainsi un transfert massif des votes de Brizola vers Lula dans les états de Rio de Janeiro et de Rio Grande del Sur. Le Parti social-démocrate brésilien (PSDB) de Mario Covas, avec moins d'enthousiasme et un plus grand retard, apporta aussi son soutien au FBP, de même que la direction exécutive nationale du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et certains dirigeants influents, comme le Vieux populiste et gouverneur de l'état de Pernambuco, Miguel Arraes.
Ces appuis du second tour convergè rent dans le front électoral "Mouvement pour Lula président", front qui n'impliquait pas l'élaboration d'un programme commun ni la participation automatique au gouvernement, en cas de victoire.
L'intelligentsia du pays s'associa aussi au Mouvement, et les travailleurs de la culture et les artistes firent de même. La candidature de Lula obtint également un grand appui de la base du clergé (non seulement de l'église catholique, mais aussi des luthériens, évangélistes, presbytériens, etc.) et un soutien significatif de la hiérarchie écclésiastique.
Ce leadership politique s'est manifesté dans le mouvement ouvrier et populaire par une dynamique de front unique jamais atteinte jusqu'à lors.
En plus de l'appui de tous les courants membres de la Centrale unique des travailleurs (CUT) et du Courant syndical classiste (CSC, le bras syndical du PC de B), la candidature de Lula a obtenu le soutien de divers syndicalistes et dirigeants qui avaient participé à la fondation de la Confédération générale des travailleurs (CGT), aujourd'hui divisée et très affaiblie. De la même manière, à la fin du premier tour, diverses et influentes fédérations de travailleurs ruraux se sont associées à la campagne.
Seuls les dirigeants les plus franchement pro-bourgeois — comme le prési-
Percée hi
du A près sa première élection présidentielle de le Brésil se retrouve littéralement coupé en d le président élu le 17 décembre 1989, a obt votes (42,76 %) contre 31 millions (37,86 da Silva, dit Lula, candidat du Parti des trava Au delà des résultats, la campagne électorale une percée du PT et le formidable élan popu autour de lui, comme le montre, dans l'artiel Guimaraes, dirigeant de la tendance Démoc Toutes les forces de gauche se sont retrouvée populaire (FBP) pour soutenir, au second tr L'année dernière, l'inflation a atteint 1 700 g à la gorge par la dette extérieure (plus de 1l( situation de banqueroute. Or, les premières risquent fort de provoquer de nouvelles mol comme lors de la grève générale des 14 et l 35 millions de travailleurs de tout le pays (vo
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istorique
PT puis 29 ans, eux. Collor de Mello, nu 35 millions de
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ó résistant à toutes les thérapies, et l'Etat, pris
) milliards de dollars) se trouve dans une mesures prises par le gouvernment Collor ilisations du mouvement ouvrier brésilien
5 mars 1989 contre le plan Verao, suivie par r Inprecor numéro 287 du ler mai 1989).
JIMARAES
= Pelada (photo Sebastiao Salgado)
dent du puissant syndicat des métallurgistes de Sao Paulo, Luis Antonio Medeiros, et le président de la CGT, Rogério Magri — appuyèrent la candidature de
Il s'agit d'une avancée très importante pour le futur. Aujourd'hui, le PC de B a déjà décidé l'entrée de son courant syndical à la CUT, et le PCB en discute. La même attitude parait être adoptée par des secteurs de la Confédération nationale des travailleurs agricoles (CONTAG). La victoire de Collor La victoire de Collor découle de l'addition de trois tendances électorales : le vote organiquement conservateur, le vote obtenu par les méthodes du clientélisme politique (présent surtout dans les petites villes de l'intérieur), et le vote des secteurs les plus opprimés et exploités de la population, sans références politiques collectives, peu informés et trompés par l'image créée au-
C'est probablement, cette dernière tendance qui a été décisive pour sa victoire. L'ascension électorale de Collor (depuis avril-mai 1989, il a gardé la tête dans les sondages) peut s'expliquer par son image artificielle de "pourfendeur de fonctionnaires véreux", d'opposant indigné au gouvernement Sarney, d'homme décidé à améliorer la situation des misé-
Or tout cela est faux. Ex-préfet de Maceio (capitale du petit Etat de Alagoas, dans le Nord-Est du Brésil) parti de la dictature militaire (le Parti démocrate social, PDS), ex-gouverneur du même Etat pour le PMDB, et aujourd'hui leader du Parti de reconstruction nationale (sigle utilisé dans les deux sens que le mot peut avoir), riche entrepreneur, homme compromis dans divers scandales de corruption, Collor de Mello est exactement le contraire de ce qu'il prétend être.
Cependant, il a compté depuis le début avec l'appui déclaré du propriétaire de la plus importante chaîne de télévision du pays, Globo, qui détient le quasi-monopole de la télévision. Ainsi, les élections brésiliennes montrèrent avec force le pouvoir des moyens de communication dans un combat politique d'une telle envergure. La candidature de Collor surgit en dehors des grands partis bourgeois de la "Nouvelle république", le régime qui succéda à la dictature militaire (2). De fait, les candidats du PMDB, du PDS, du Parti du front de libération (PFL) et du
PTB ont obtenu ensemble un peu moins de 15 % des votes (bien que le PMDB soit encore majoritaire au Congrès et détienne la majeure partie des gouvernements des Etats, il se retrouve aujourd'hui complètement divisé et démoralisé).
Le sens "marginal" de sa candidature se refléta dans la façon dont les classes dominantes appuyèrent Collor. C'est seulement au second tour, et face à la menace de la victoire de Lula, que Collor apparut comme un candidat de "front unique" des classes dominantes.
La campagne de Collor s'est appuyée sur un shéma logistique fondé sur l'argent. On a calculé qu'elle a coûté près de 400 millions de dollars. A titre de comparaison, le coût des campagnes de chacun des deux candidats à la dernière élection présidentielle nord-américaines est évalué à environ 200 millions de dollars
Bien qu'il ait été élu par un vote direct et qu'il puisse compter sur une base politique clairement à droite, Collor va néanmoins devoir assumer la présidence dans une situation économique plus que dra-
Pour affronter cette crise économique, le gouvernement Collor ne disposera pas, d'emblée, d'un front politique solide ni d'un appui parlementaire sûr et, encore moins, de partis organisés. Il s'agit donc d'un gouvernement qui, du fait de son ori gine (en marge des partis bourgeois institutionnalisés), affrontera d'immenses difficultés pour établir des alliances afin d'élargir sa base au-delà des secteurs strictement conservateurs.
Cette situation est extrêmement différente de celle de Sarney quand il arriva à la présidence. A cette époque, le PT était momentanément isolé, puisqu'il était l'unique parti qui n'ait pas comparu devant le Collège électoral pour voter la candidature de l'Alliance démocratique (3). Cette fois le PT dispose, d'emblée, d'un mandat d'opposition conféré par 31
Pire encore : Collor prend possession de sa charge gouvernementale au milieu d'expectatives de changement accumulées et réprimées, qu'il a lui-même stimulées de manière démagogique durant la campagne électorale. Jusqu'où iront les sentiments de frustration collective qui se produiront certainement à la suite d'une déception brutale ?
1) Sur la victoire du PT aux élections munici pales, voir Inprecor numéros 28à et 285 des 23 janvier et 3 avril 1989
2) Voir Inprecor numéros 270 du 18 juillet 1988
3) Le Congrès refusa en 1984, l'élection du président au suffrage universel. C'est donc un collège électoral qui élit, en janvier 1985, Tancredo Neves à la présidence et José Sarney à la vice présidence. Le 21 avril, Neves meurt et le gouvernement est assumé par José Sarney.
= BRESIL
Comme l'expérience vécue en Argentine, la première preuve décisive d'aptitude à gouverner pour Collor aura lieu dans le domaine économique et consistera à contrôler l'accroissement de l'inflation et à restaurer l'efficacité des instruments d'intervention de l'Etat.
Tout indique que, d'une manière cohérente avec sa base politique conservatrice, le gouvernement Collor centrera son effort sur un contrôle de l'inflation à travers une attaque du déficit public par la réduction des coût gouvernementaux, certains réajustements tarifaires, impôts indirects. Il mettra l'accent sur la fameuse "opération de (vente d'entreprises d'Etat, transfert à l'initiative privée d'activités jusqu'à présent assumées par l'Etat). De caractère récessif, un tel plan implique un gel temporaire des prix (mesure qui cherchera, au moins, à soutenir les pertes de salaires de la dernière période) quelques mesures de type populiste.
Même si elles ne touchent pas les points névralgiques générateurs d'inflation, ces mesures causeront néanmoins dès le début une dynamique de choc frontal avec le mouvement ouvrier et populaire organisé.
Cela sera donc une période clé pour la CUT qui devra consolider la dynamique de front unique développée avant le second tour, dans le cadre, cette fois, d'une lutte de masse directe.
En octobre et novembre 1990, les élections pour le renouvellement Congrès national, des gouvernements des Etats et de leurs parlements auront lieu. Effectuées dans une conjoncture de crise, il est très probable qu'elles seront un test pour le gouvernement Collor. Si les secteurs conservateurs obtiennent un résultat globalement négatif, la crise du gouvernement aura alors une dynamique explosive.
Pour le PT, cette rivalité électorale se conjugue avec la nécessité de consolider sa position de principal parti d'opposition. Il s'agit, aussi, de maintenir la dynamique unitaire du FBP et de l'étendre éventuellement à la participation de nouvelles forces.
Au début de la troisième année consécutive polarisée par la lutte électorale, le PT continue à être confronté à d'énormes récemment difficultés pour conjuguer l'ascension vertigineuse de son influence avec sa construction organisationnelle. façon brutale au cours de ces élections. Le PT, par exemple, a traversé la période électorale sans journal du parti. Le projet de le créer, approuvé formellement par la Direction nationale a disparu au milieu des efforts électoraux. De la même façon, à quelques rares exceptions, la proposition de former des comités de base du quelques structure de base, l'effort électoral ne généra pas l'expansion organisationnelle dédéblaiement" sirée.
fond ont des raisons politiques et sont directement liés aux grandes définitions programmatiques et stratégiques du PT. Luis Inacio da Silva, «LULA> (DR)
nérique du type de socialisme pour lequel il lutte. Et l'élaboration de ces réponses du doit se donner à partir de l'impact de la crise à l'Est et dans un contexte où la social-démocratie ne cesse d'être un pôle d'attraction. est lié un défi central : comment penser la dynamique révolutionnaire brésilienne à partir de l'insertion du PT dans les institutions ? Le défi n'est pas nouveau pour le marxisme ou pour le mouvement ouvrier, et a conduit la plupart du temps, à de grandes déroutes et tragédies. un futur lointain. La dynamique de la crise de la société brésilienne et la croissance du PT ont surpris par leur dynamisme. Et, à cause des positions déjà conquises, le PT n'a pas le droit de se détourner des batailles qui se présentent à lui.
Cette difficulté s'est manifestée de
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FBP est restée lettre morte. Faute de
Les problèmes organisationnels de
L'ascension électorale du PT a provoqué une intense bataille idéologique.
Avec la crise des pays de l'Est, la droite a cherché à nous identifier avec "le passé qui est en train de mourir".
Le PT a répondu à ces
— timiattaques dement, il est vrai - en s'identifiant aux mouvements anti-bureaucratiques.
Mais l'intensité de la bataille idéologique exige des réponses plus précises. Malgré delà du Brésil.
les progrès des dernières rencontres nationales, le programme du PT contient une idée très gé-
A ces définitions programmatiques
Tous ces problèmes ne sont pas pour
* janvier 1990