Inprecor 1974–2004

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CHILI

« Démocratiser réellement le pays »

· Inprecor n° 302, 9 février 1990 · p. 33 · 897 mots

Argentine et Chili

COMBATE : Que penses-tu de la réalité chilienne, 15 jours après "louverture démocratique" ?

Pedro VERA : L'ouverture démocratique" ou, plutôt, l'élection du 14 décembre, doit être comprise à la lumière de la proposition de la dictature d'institutionnaliser le modèle de domination imposé par le coup d'Etat de 1973.

A la différence d'autres dictatures latino-américaines, la dictature chilienne a voulu réorganiser l'appareil capitaliste, mettre sur pied un nouveau modèle d'accumulation et élaborer une nouvelle formule institutionnelle matérialisée par la Constitution de 1980. Même si cette Constitution a été imposée par un semblant de consultation populaire, et approuvée avec plus de 70 % des votes, elle ne représente pas les véritables aspirations populaires. Dans ce cadre, Pinochet a convoqué un processus électoral où l'appareil liée à la dictature ne peut jamais être remis en cause.

Le nouveau processus signifie simplement le retrait des militaires du pouvoir exécutif. Mais, ils vont continuer à avoir une grande influence à d'autres niveaux : le parlement, le Conseil de sécurité nationale, la Banque centrale. Ainsi, Pinochet va rester Commandant en chef de l'armée et garder sa place de sénateur à vie.

En d'autres termes, tout ce processus pseudo-démocratique vise à remplacer la direction politique et non le modèle de domination de la dictature.

• Le Chili est un pays où la tradition de gauche est importante, comment expliquer ses piètres résultats électoraux?

Il y a plusieurs raisons fondamentales. La première est que le processus électoral ne rend pas compte du potentiel ou de la force révolutionnaire mais, uniquement de la capacité électorale. Deuxièmement, l'actuelle loi électorale vise à défavoriser les partis plus petits. Troisièmement, la gauche n'a pas participé aux élections en tant que telle, mais à l'intérieur du Parti large de la gauche socialiste (PAIS). La quatrième raison — et cela il ne faut pas

A près l'élection présidentielle du 14 décembre, Combate, journal de la section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, a rencontré Pedro Vera, porte-parole dans l'Etat espagnol, du Mouvement de gauche révolutionnaire (MIR). l'oublier —, est que la gauche marxiste est encore illégale. Et finalement, la gauche elle-même a soutenu Alywin durant le plébiscite d'octobre 1988 (voir p. 31).

Peu de temps avant le plébiscite, la gauche présentait un programme alternatif à la Démocratie chrétienne (DC), proposant le refus de la Constitution de 1980, exigeant la démocratisation des Forces armées, etc. Cependant, très rapidement — chronologiquement et politiquement par(PCCh) a décidé d'entrer dans le "jeu démocratique" imposée par le régime. Cela a engendré une grande confusion à l'intérieur de larges secteurs populaires, confusion qui profita exclusivement à la DC.

• Quelles sont les perspectives de la gauche révolutionnaire ?

La gauche révolutionnaire traverse une période assez critique. Aussi bien les camarades du Front patriotique Manuel Rodriguez (FPMR) que ceux du Mouvement d'action populaire unitaire (MAPU) et ceux du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) vivent une période de crise qui les a empêché d'agir plus efficacement au moment d'opposer une alternative aux projets du reste de la gauche ou de l'opposition bourgeoise. Quand ils décidèrent de ne pas participer au plébiscite d'octobre puisque, de leur point de vue, cela aurait signifié une reconnaissance de l'institutionnalisation de la dictature, ils ne furent pas capables de faire accepter au peuple le boycott du vote et de proposer une alternative populaire indépendante.

Le futur de la gauche révolutionnaire ne paraît pas aisé. Il faut comprendre que chacune de ses actions au cours des prochaines années va être taxée d'extrémisme, de provocation, de faire le jeu des militaires et de l'impérialisme. Et ces qua-

= QUITTE LA PRESIDENCE CHILI MAS DE SARDE 10 -125 DE FONCTION lificatifs ne viendront pas seulement de l'opposition bourgeoise, mais y compris de quelques secteurs de la gauche.

Mais ce qui est sûr aujourd'hui, au

Chili, c'est qu'il y a cinq millions de pauvres, cinq millions d'êtres qui ont attendu 16 ans, si ce n'est toute leur vie, pour avoir droit au travail, à la vie, à l'éducation, à la santé, à de meilleurs salaires, cinq millions d'êtres, enfin, qui vont exiger que leurs revendications soient satisfaites. Les révolutionnaires ont la responsabilité de participer à ces luttes populaires, de les organiser, etc. Il s'agira d'un travail long et patient car, ce qui est en jeu c'est la nécessité de proposer une alternative révolutionnaire indépendante.

• Face à la nouvelle réalité chilienne, quel rôle peut avoir la solidarité internationale?

Le gouvernement d'Aylwin n'est pas une garantie pour que la situation de larges secteurs de la société connaisse de profonds changements. L'économiste Alejandro Foxley, que l'on présente comme le futur ministre de l'Economie, a déclaré qu'il continuera à appliquer le même modèle économique.

La solidarité internationale a encore un rôle à jouer par son soutien aux organisations de base : syndicats, organisations populaires, familles des prisonniers exécutés, des "disparus" ", des prisonniers politiques, Comité de défense des droits du peuple. Nous ne pouvons pas baisser les bras, nous ne pouvons pas faire cesser la solidarité internationale tant qu'existe un seul prisonnier politique, tant qu'existent des cas non éclaircis de camarades "dis-

Il faut faire pression sur le nouveau gouvernement pour qu'il démocratise réellement le pays, bien que cela signifie un affrontement avec les militaires au niveau politique et au niveau institutionnel. En premier lieu, faire pression sur lui pour qu'il écarte Pinochet de ses responsabilités.

Janvier 1990 Propos recueillis par M.R.

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