Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Mandela libre !

· Inprecor n° 302, 9 février 1990 · p. 12-13 · 1 375 mots

Afrique australe

emblématique de l'ANC. Une campagne internationale permanente a été animée dans un très grand nombre de pays pour exiger sa libération qui symbolise done aussi un tournant dans la situation sud-africaine. Elle n'en est pas simplement une conséquence secondaire. Mandela a été très actif politiquement dans la dernière période. Il a pris des initiatives comme l'atteste la lettre que nous publions ici et mesure où, sous couvert d'une réflexion générale, il introduit des choix politiques implicites. Il est certain que Nelson Mandela ne sera pas un simple ex-prisonnier

= AFRIQUE DU SUD

Mandela libre!

A l'heure où nous mettons sous presse, la libération de Nelson Mandela est imminente, après 27 années d'emprisonnement. Il est la principale figure qu'il avait envoyée à l'ex-président Botha, en 1988.

Ce document a suscité de nombreuses discussions en Afrique du Sud, dans la mais jouera un rôle de tout premier plan dans les débats à venir.

DOCUMENT approfondissement de crise politique dans notre pays représente pour moi un sérieux motif de préoccupation depuis pas mal de temps et je considère à présent qu'il est nécessaire pour l'intérêt national que le Congrès national africain

(ANC) et le gouvernement se rencontrent le plus rapidement possible afin de négocier un réel règlement politique.

Avant toute chose, je dois souligner que je fais cette démarche sans avoir consulté l'ANC. Je suis certes un membre loyal et discipliné de l'ANC. Normalement, j'aurais dû d'abord présenter mes idées à l'organisation et, si elles étaient acceptées, l'organisation aurait alors décidé du membre le plus apte à s'occuper de cette question et de quand exactement la démarche serait-elle faite.

Mais, étant donné ma situation actuelle, je ne peux pas suivre cette voie ;

c'est la seule raison pour laquelle j'agis de ma propre initiative, dans l'espoir que l'organisation avalisera finalement mon action.

Ce pas en avant ne devrait donc pas être considéré comme le commencement de négociations entre le gouvernement et l'ANC. Ma tâche est limitée et consiste à amener les deux organes politiques les plus importants de la nation à la table des négociations.

Je dois également souligner que ma libération n'est pas en jeu, au moins à ce stade des discussions, et je ne suis certainement pas en train de la négocier.

Mais j'espère que le gouvernement me donnera le plus vite possible l'opportunité, depuis ma prison actuelle, d'examiner les opinions de mes camarades à l'intérieur et à l'extérieur du pays à propos de cette démarche.

Je dois absolument insister ici sur le fait que ce pas en avant n'est en rien une réponse à la demande faite par le gouvernement aux dirigeants de l'ANC de déclarer s'ils sont ou non nationalistes et de quitter le Parti communiste sud-africain (PCSA) comme préalable à toute négociation : aucun combattants de la liberté qui se respecte ne prendra des ordres du gouvernement sur la manière de mener la lutte de la liberté.

Deux camps hostiles

Loin de répondre à cette demande, mon intervention est influencée par des questions purement internes, par la lutte civile et la ruine dans lesquelles le pays s'enfonce à présent. Je suis préoccupé, comme beaucoup d'autres Sud-Africains le sont certainement aussi, par le spectre d'une Afrique du Sud divisée en deux camps hostiles : les Noirs d'un côté (le terme "Noirs" étant utilisé dans un sens générique pour indiquer tous ceux qui ne sont pas blancs) et les Blancs de l'autre, se massacrant les uns les autres; par des tensions aiguës en train de se construire dangereusement dans pratiquement toutes les sphères de nos vies, situation qui, à son tour, présage d'affrontements encore plus violents pour le futur.

La position de l'ANC à propos de la violence est très simple. L'organisation n'a aucun intérêt à la violence. Elle abhorre toute action qui puisse engendrer des pertes en vies humaines, la destruction de la propriété et la misère du peuple.

Elle travaille patiemment depuis longtemps pour une Afrique du Sud aux valeurs communes et pour un Etat non-racial pacifique.

Mais nous considérons la lutte armée comme une forme légitime de défense contre un système de gouvernement moralement répugnant qui n'autorise même pas des formes de protestation pacifiques.

Depuis son tout début, l'organisation a cherché assidûment des solutions pacifiques et, dans ce but, s'est adressée patiemment aux gouvernements sud-africains successifs, politique que nous essayons de poursuivre avec le gouvernement actuel.

A propos de la violence

Non seulement le gouvernement ignore nos demande de rencontre, mais il profite de notre engagement à respecter des formes de lutte non-violentes pour mettre en œuvre la forme d'oppression raciale la plus violente qu'aie jamais connue ce pays.

Il est significatif de noter que durant les quatre dernières décennies, et plus spécialement depuis 26 ans, le gouvernement n'a répondu à nos demandes que par la force, et n'a presque rien fait pour créer un climat favorable au dialogue.

L'Afrique du Sud blanche doit accepter le fait entier que l'ANC n'interrompera pas, sans même parler de l'abandonner, la lutte armée tant que le gouvernement ne prouve pas sa volonté de renoncer à son monopole du pouvoir politique et de négocier directement et de bonne foi avec des dirigeants noirs reconnus.

Le renoncement à la violence, tant par le gouvernement que par l'ANC, ne devrait pas être une pré-condition mais le résultat d'une négociation.

Nous rejetons également l'accusation selon laquelle l'ANC serait dominée par le PCSA et nous considérons que cette accusation fait partie prenante de la campagne calomnieuse que le gouvernement mène contre nous.

La coopération entre l'ANC et le PCSA remonte au début des années 20 et a toujours été, et reste, strictement limitée à la lutte contre l'oppression raciale et pour une société juste. A aucun moment, l'organisation n'a adopté ou même coopéré au communisme en lui-même (1).

En tant que membres de l'ANC engagés dans la lutte contre l'oppression raciale, leur idéologie marxiste n'a pas d'influence directe. A travers les années, le

1) Les membres du Parti communiste sud-africain se retrouvent à tous les niveaux de responsabilité dans l'ANC et ont été à la direction de l'aile armée.

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PCSA a accepté le rôle dirigeant de l'ANC, position respectée par ses membres qui rejoignent l'ANC.

Il existe, bien sûr, une tradition fermement établie dans l'ANC de résistance à toute tentative de saper la coopération entre les deux organisations. Aucun membre dévoué de l'ANC ne tiendra compte d'une demande de rupture avec le PCSA. Nous considérons cela comme une stratégie gouvernementale uniquement destinée à nous diviser.

En insistant sur l'observation des conditions mentionnées ci-dessus avant la mise en place de négociations, le gouvernement confirme clairement qu'il ne veut pas la paix dans ce pays mais des troubles, qu'il ne veut pas d'un ANC fort et indépendant, mais d'une organisation faible et servile jouant un rôle d'appui de la minorité blanche.

La clé de toute cette situation est un règlement négocié et une rencontre entre le gouvernement et l'ANC qui représenterait le premier pas en avant vers la paix dans notre pays.

Un accord avec l'ANC et l'instauration d'une société non-raciale sont les seules choses qui sauveront notre beau et riche pays des malheurs qui emplissent le monde. Deux questions politiques devront être abordées lors d'une telle rencontre : premièrement, la demande d'un gouvernement de la majorité dans un Etat uni ; deuxièmement, la préoccupation des Sud-Africains blancs par rapport à cette demande, tout comme l'insistance des Blancs à propos de garanties structurelles établissant que le gouvernement de la majorité ne signifiera pas la domination de la minorité blanche par les Noirs.

La tâche la plus essentielle à laquelle devront faire face le gouvernement et l'ANC sera la réconciliation de ces deux positions. Une telle réconciliation ne pourra être menée à bien que si les parties veulent réellement un compromis.

Il se peut qu'au moins deux étapes soient nécessaires. Premièrement, quand l'organisation et le gouvernement rechercherons ensemble les pré-conditions d'un climat approprié négociations. Deuxièmement, les négociations en elles-mêmes quand le climat sera mûr pour les mener.

Je crois que l'écrasante majorité des Sud-Africains, noirs et blancs, espèrent voir l'ANC et le gouvernement travailler ensemble pour ériger les fondations d'une ère nouvelle dans notre pays, où la discrimination raciale et les préjugés, la coercition et l'affrontement, la mort et la destruction seront oubliés. *

Johannesburg, Weekly Mail du 26 janvier 1990

RDA

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