Depuis les années 20, le mouvement syndical aux Etats-Unis n'avait jamais été dans une position si défensive. Après des décennies de stabilité, les années 80 ont connu un déclin drastique du nombre de syndiqués, des baisses du salaire réel, et de nombreuses grèves brisées ; laissant l'impression que le mouvement ouvrier était devenu faible et inopérant. Mais, en 1989, une nouvelle disposition à la lutte semble s'affirmer. En 1990, des conventions collectives concernant trois millions de travailleurs vont être renégociées, entre autres dans des industrie clés comme interne dans des syndicats aussi importants que Teamster — qui compte presque deux millions de membres dans les transports et les industries périphériques — et
Renouveau syndical l'automobile. En plus d'un redémarrage sur le front économique, il y a eu récemment des développements significatifs de la lutte pour la démocratie que les Travailleurs unis de l'automobile. Et, pour la première fois depuis quarante ans, réapparaît dans les syndicats une discussion sérieuse sur la formation d'un parti ouvrier. Cela représente clairement un tournant décisif pour le mouvement ouvrier.
BİlI ONASCH
A LA FIN DE la Seconde Guerre mondiale, les capitalistes américains ont tout d'abord essayé de s'attaquer aux syndicats, comme ils l'avaient fait avec succès à la fin de la.
Première Guerre mondiale. Mais les résultats ont été tout à fait différents. Les travailleurs leur ont répondu avec la vague de grèves la plus importante et la plus radicale de l'histoire des
Etats-Unis. Les patrons ont dû rapidement faire marché arrière.
Afin d'éviter un affrontement direct avec le mouvement ouvrier, la classe dirigeante a développé une stratégie à deux volets : la mise en place de la législation du travail la plus restrictive de tous les pays impérialistes, et l'élaboration d'une sorte de contrat social avec la bureaucratie syndicale. Cette mise au point stratégique s'est faite dans le contexte d'un boom capitaliste sans précédent — alimenté par la reconstruction des économies européennes et japonaise ruinées par la guerre, ainsi que par la satisfaction d'une demande de consommation refoulée pendant quinze années de dépression et de guerre et par la mise en place de nouvelles
ETATS-UNIS technologies développées durant la guerre. L'impérialisme américain a rapidement imposé son hégémonie dans la foulée de la chute des vieux empires coloniaux britannique, français et hollandais. Avec le plan Marshall pour l'Europe et son équivalent pour les pays semi-coloniaux — épaulés par les alliances militaires — Washington a réussi à dominer les affaires du "monde libre" dans son enchoisi d'offrir à la bureaucratie syndicale une ère de paix sociale.
En échange de cette paix sociale interne et de leur appui à la politique impérialiste de Washington à travers le monde, les bureaucrates syndicaux étaient assurés d'une rapide amélioration du niveau de vie du secteur organisé de la classe ouvrière. En "offrant des biens de consommation" à la majorité de leurs membres, les bureaucrates syndicaux ont été capables de faire se diluer la combativité manifestée par leur base en 1945-46 et de consolider leur contrôle dans les principaux syndicats. Cette politique de détente entre classes sociales a été épaulée par une campagne anti-communiste coordonnée par les patrons, la police, la hiérarchie catholique et les bureaucrates aboutissant à l'exclusion de presque tous les militants ayant des positions influentes au sein des
Durant toutes les années 60, ce marché a fait le jeu tant des employeurs que de leurs lieutenants syndicaux. Le grand capital américain a réalisé d'énormes profits, tandis que le secteur organisé de la classe ouvrière acquérait un niveau de vie envié pratiquement partout. Bien sûr, la "paix" était parfois tendue. De temps en temps, la léthargie de la lutte de classe était interrompue par une grève ici ou là.
Par ailleurs, la prospérité était loin d'être universelle : les travailleurs inorganisés étaient considérablement en retard sur leurs camarades syndiqués. La pauvreté restait très largement présente chez les Noirs, les Chicanos et les Indiens américains. Mais la bureaucratie syndicale conservatrice a été capable de gagner une solide base d'appui d'environ 17 millions de travailleurs qui ont bénéficié d'une progression conséquente de leurs salaires, de leurs avantages sociaux et de leurs retraites.
Bureaucratie syndicale sans ambitions
La bureaucratie s'est contentée de maintenir sa base et ne fit que très peu d'efforts organisationnels pour l'élargir, notamment dans le secteur privé (1). Même à l'apogée du mouvement syndical, dans les années 30, à peine 30 % de la population active était organisé syndicalement. Ils ont aussi abandonné toute pré tention à défendre la cause de la classe ouvrière dans son ensemble. Les Etats-Unis restent aujourd'hui l'un des seuls pays où n'existe aucun système de sécurité sociale à l'échelle nationale. Les avantages sociaux pour les personnes âgées sont dramatiquement inégaux. Le revenu minimum - récemment augmenté, pour la première fois en huit ans, à 3 dollars 80 cents par heure — est synonyme de pauvreté. Les bureaucrates préfèrent négocier du montant des soins de santé et des retraites avec les employeurs, en ne couvrant que leurs affiliés payant des cotisations.
1) Contrairement à de nombreux pays européens ou latino-américains où des syndicats concurrents coexistent dans un lieu de travail donné, aux EtatsUnis, c'est un syndicat unique qui représente exclusivement un "type d'emploi". Les types d'emploi, déterminés par le Bureau national des relations du travail (NLRB), comptent parfois de petits groupes de travailleurs d'un atelier particulier dans une usine, mais englobent le plus souvent de larges catégories. Pour assurer son droit d'organiser les travailleurs, un syndicat doit en général gagner une élection organisée par le NLRB. Il y a parfois une compétition acharnée entre syndicats lors de ces élections, mais le gagnant "emporte le tout". Les syndicats peuvent également perdre leur accréditation à travers d'autres élections. Le courant radical dans le mouvement ouvrier a traditionnellement été en faveur de l'existence d'un seul syndicat pour tous les ouvriers dans chaque branche.
Durant les années 30 et 40, la volonté de former un parti ouvrier était largement répandue dans le mouvement ouvrier ; des partis ouvriers au niveau fédéral ont été créés à cette époque dans les Etats de New York et du Minnesota. Mais, après la guerre, la bureaucratie est devenue complètement subordonnée au Parti démocrate. Cette intégration dans la politique des partis bourgeois a été accompagnée par des liens de plus en plus intimes avec l'Etat bourgeois — y compris avec le Département d'Etat, l'Agence centrale d'intelligence (CIA) et le Bureau AFL fédéral d'enquête (FBI). CRESS OF INDUSTRIN
Les dirigeants de la Fédération américaine du travail (AFL) et du Congrès des organisations industrielles (CIO) (2) ont aidé à l'établissement de syndicats factices pro-impérialistes dans le monde entier, afin de "combattre le communisme".
Travailleurs mâles et blancs
Dans les années 60, le mouvement ouvrier organisé était l'un des piliers les plus conservateurs de l'establishment américain. S'appuyant sur une base relativement privilégiée de travailleurs mâles et blancs, le courant principal de la bureaucratie a solidement résisté au mouvement pour les droits civiques (3), aux préoccupations écologiques et a appuyé la guerre du Viet-Nâm.
Les années 70 ont apporté des changements importants. En premier lieu, la suprématie économique de l'impérialisme américain a commencé à être sérieusement remise en cause par ses concurrents européens et japonais. La longue expansion de l'économie était bel et bien finie. Les patrons ont décidé qu'il était temps d'en découdre avec le monde du travail.
Mais quelques changements importants étaient aussi en cours dans les syndicats. Des victoires organisationnelles importantes avaient été acquises dans le secteur public. Des syndicats marginaux auparavant, tels la Fédération américaine des employés d'Etats, de comtés et de municipalités (AFSCME) et l'Association de l'éducation nationale (NEA), se sont transformés en de puissantes organisations.
Ces syndicats du secteur public étaient de nature différente. Les femmes — entrées sur le marché du travail en grand nombre dans les années 60 et 70 — et les Noirs ont commencé à trouver une assise puissante, ou au moins quelques prises, dans le mouvement ouvrier.
Beaucoup de nouveaux militants syndicaux étaient les vétérans des grands mouvements sociaux qui s'étaient développés en dehors — voire partiellement en opposition - du mouvement ouvrier organisé durant les années 60 et 70 : droits civiques, nationalisme noir, libération des femmes et mouvement contre la guerre du Viet-Nâm.
Même les syndicats traditionnels de l'industrie ont été affectés par de grands changements. Alors que davantage d'enfants de la classe ouvrière blanche fai-
ORGANIZATIONS saient des études secondaires
- CIO
Get avaient une promotion sociale, Noirs, Chicanos et travailleurs immigrés ont commencé à les remplacer dans l'industrie. Les travailleurs mâles et blancs, américains de souche, commencèrent à se retrouver en minorité.
Quand les employeurs ont lancé leur offensive contre les syndicats dans les années 70, ils ont rencontré une résistance inattendue. Les plus astucieux ont dû essayer de composer avec cette nouvelle détermination militante. Cette décennie a connu un grand nombre de grèves combatives, initiée par la grève de 101 jours contre General Electric, atteignant son apogée durant la grève nationale du charbon de 110 jours entre 1977 et 1978 et s'achevant sur une véritable épidémie de petites grèves localisées durant la période d'inflation galopante de 1978-79.
Dans presque chaque confrontation principale, les syndicats ont été capables de tenir bon et parfois même de gagner de modestes améliorations. Les patrons en ont conclu qu'un assaut frontal plus accentué serait inefficace dans l'immédiat.
Après le match nul des années 70, les rapports de forces ont très largement tourné en faveur des patrons dans les années 80. Plusieurs facteurs y ont contribué :
I) Des bastions syndicaux traditionnels ont été démantelés par une vague de fermetures d'entreprises :
— Décentralisation des vieilles entreprises par un morcellement à l'échelle régionale ou nationale. Les travailleurs de ces nouvelles implantations étaient presque toujours inorganisés et les patrons menèrent une résistance acharnée à la syndicalisation.
2) L'AFL et le CIO ont fusionné en 1955 pour former l'AFL-CIO, la seule fédération syndicale du mouvement ouvrier aux Etats-Unis. Quelques syndicats nationaux sont restés indépendants de la fédération. A l'origine, l'AFL était uniquement composée de syndicats de métier artisanaux, composés d'ouvriers qualifiés, organisant à peine les travailleurs moins qualifiés. Le CIO s'était séparé de l'AFL au milieu des années 30 pour poursuivre,
ETATS-UNIS =
— Sous-traitance par de plus petites firmes, quasiment toutes dépourvues de syndicats.
- Implantations déplacées hors des frontières, le plus souvent dans le Tiers monde où les coûts de la main-d'œuvre représentent une infime fraction des salaires et des avantages sociaux américains.
- Diminution radicale du nombre d'emplois par l'automation ou parfois par l'utilisation de méthodes dangereuses et désastreuses écologiquement comme l'extraction à ciel ouvert dans l'industrie minière, par exemple.
Alliance patronat-Etat
2) A côté de ces changements de méthodes de production, les employeurs ont aussi parfois éliminé les conventions collectives par la vente des entreprises à de nouveaux propriétaires qui ont mis à la porte tous les travailleurs syndiqués et engagé une force de travail entièrement nouvelle. Les fusions entre entreprises réalisées par des virtuoses de l'OPA ont été fréquemment suivies par des licenciements massifs. Les conventions collectives ont également été annulées par d'astucieuses manipulations des lois sur les faillites.
3) En plus de ces initiatives de capitalistes individuels, un démantèlement très important a suivi la déréglementation gouvernementale des industries des transports et des télécommunications. Plusieurs vieilles compagnies de camions, fortement syndiquées, ont été rapidement mises hors course par de nouveaux capitalistes aventureux. Le monopole virtuel de la Compagnie américaine du télégraphe et du téléphone (ATT) — bastion syndical tions collectives différentes. Une partie des affaires d'ATT a été reprise par des compagnies où n'existent pas de syndicats.
Le déclin du nombre de syndiqués durant la première moitié des années 80 est ahurissant: 33 % dans l'automobile, 41% dans la sidérurgie, 33 % dans le caoutchouc, 26% dans la pétrochimie, 24 % dans les textiles, pour ne citer que quelques exemples. avec succès, une politique d'organisation des syndicats de la production de masse en syndicats industriels. Pour se préserver, de nombreux syndicats de l'AFL ont parfois adopté également la structure du syndicalisme industriel.
3) Campagne pour l'abolition de la ségrégation raciale et la reconnaissance des droits des Noirs qui a débuté au milieu des années 50 et s'est developpée durant toutes les années 60.
= ETATS-UNIS
Dans les industries où il s'est avéré difficile de se débarrasser complètement des syndicats, comme dans l'automobile et la sidérurgie, les employeurs ont demandé que les travailleurs fassent des concessions dans le but de "sauver des emplois". La bureaucratie s'en est très rapidement accommodée.
L'arrivée du républicain Ronald Reagan à la Maison blanche en 1980 a marqué une escalade de l'offensive contre le mouvement ouvrier. Le gouvernement fédéral s'est mis ouvertement à appuyer les patrons de tout son poids.
Au début, les militants ouvriers de base étaient loin d'être intimidés par l'administration Reagan. Quand les présidents de la AFL-CIO ont appelé à une "Journée de la Solidarité" à Washington en septembre 1981, plus de 500 000 travailleurs ont répondu. Mais ce sont les bureaucrates qui ont été plus effrayés par ce rassemblement massif que les patrons ou que les politiciens. Les dirigeants syndicaux se sont hâtés d'annoncer que la deuxième "Jour-née de la Solidarité" se déroulerait lors des élections de 1982, quand les ouvriers auraient à élire davantage de démocrates au Congrès.
Les menaces patronales ne se sont pas limitées à des fermetures d'entreprises. Pour la première fois depuis des décennies, de sérieuses tentatives ont été faites pour briser les grèves et détruire les syndicats. L'affaire de l'Organisation des contrôleurs aériens professionnels (PATCO) a marqué un tournant. Ce syndicat, relativement petit et constitué de fonctionnaires mâles blancs hautement qualifiés et très bien payés, était l'un des deux syndicats nationaux à avoir appuyé Reagan. Ces travailleurs n'avaient pas à se plaindre de leurs salaires et avaient tendance à être conservateurs en politique. Mais, le chaos engendré par la déréglementation des lignes aériennes a détérioré leurs conditions de travail. Après de nombreux mois de négociations infructueuses, la PACTO appela à la grève.
Bien que les lois du travail des EtatsUnis protègent le droit de grève de la majorité des travailleurs, il n'en va pas de même pour les employés fédéraux. Quelques grèves illégales victorieuses eurent lieu — telle celle des employés des postes en 1970 sous l'administration Nixon. Mais Reagan était décidé à frapper d'emblée un grand coup. Sans hésitation, il mit à la porte tous les grévistes de PACTO et les remplaça par des "jaunes" récemment embauchés. d'un syndicat national tout entier. Elle fit contre mauvaise fortune bon cœur et s'en servit cyniquement pour mettre en garde ses propres membres sur le danger des grèves. Les "experts" du monde du travail, dont certains se réclament de la "gauche", commencèrent à expliquer que l'arme de la grève n'était plus à la mode.
Dans ces conditions, il devenait très difficile de résister. En peu d'années, les acquis de décennies de lutte ont été sérieusement mis à mal. On recula dans tous les domaines : fin des réajustements salariaux sur le coût de la vie et de l'échelle mobile des salaires ; augmentation irrégulière des salaires ; prélèvement de l'argent
ON DiRAiT QUE ÇA VA CHAUPFER DANS LES ANNEES 20 des fonds de retraite par les employeurs ; détérioration des conditions de travail et de sécurité.
De nombreux syndicats ont collaboré ouvertement avec les patrons afin d'accélérer la production dans l'entreprise par l'utilisation de gadgets tels les "cercles de qualité"
Pour la première fois dans l'histoire, les salaires des travailleurs non syndiqués connurent une augmentation plus rapide que ceux des syndiqués — même si, dans toutes les industries, les syndiqués gagnaient toujours davantage d'argent que les inorganisés. Ce tournant scandaleux — accompagné de fermetures d'entreprises où existaient des syndicats — a eu certainement un impact négatif très important sur la syndicalisation.
L'organisation dans le secteur privé s'est pratiquement arrêtée. En fait, alors que les syndicats étaient sur la défensive, les tentatives victorieuses pour leur enlever leur accréditation ont fait boule de neige. Vers 1987, seulement 19 % des travailleurs était syndiqué et même chiffre réduit — qui continue encore à diminuer — ne s'est initialement maintenu que grâce à la relativement haute syndicalisation du secteur public où 42 % des travailleurs est organisé. Parmi les moins de 25 ans, à peine 8 % est syndiqué.
Rejet du syndicalisme
Il est clair que les syndicats qui ont négocié les coupes dans les salaires et n'ont pas réussi à protéger les emplois de leurs membres n'étaient plus très attractifs
Les années 80 n'ont pas été caractérisées que par une reddition abjecte. Il y eut aussi des luttes courageuses, dont la plus importante a été la grève du personnel d'emballage chez Austin à Hormel dans le Minnesota (voir Inprecor numéro 224 du 21 juillet 1986). Néanmoins, depuis la guerre, 1988 représente l'année où l'activité combative de la classe ouvrière a connu son niveau le plus bas. Mais 1989 a vu l'apparition de quelques luttes d'enver gure en terme de nombre de grèves importantes, de victoires de la démocratie syndicale, et d'intérêt renouvelé pour un parti ouvrier. Cela indique que le mouvement ouvrier est peut-être sur la voie d'une recomposition. Les principales grèves de l'an dernier sont : 8 500 mé. caniciens — soutenus par les pilotes et le personnel aérien Tiré de Labor notes
- à Eastern Airlines ; 195 000 travailleurs dans les sept "Baby Bells" — les compagnies régionales de téléphones installées après l'éclatement forcé du monopole d'ATT; 47 000 travailleurs de l'hôpital de la ville de New York ; 58 000 travailleurs de chez Boeing. Autres grèves, plus petites mais importantes stratégiquement : 2 000 mineurs de Pittson Coal, et les travailleurs des moulins à papier d'International Falls, dans le Minnesota.
1989 a été également l'année de quelques victoires dans le domaine de la démocratie syndicale. Les ouvriers militants ont arraché le contrôle de la branche des Postes du Syndicat des travailleurs contrôlé par des gangsters.
Les Teamsters pour un syndicat démocratique (TDU) — un rassemblement de militants de base — ont également beaucoup avancé dans leur bataille contre les gangsters. Suite à un jugement du gouvernement fédéral, les bureaucrates de
Teamster ont été forcés d'instituer quelques réformes démocratiques importantes, dont la préparation, pour la première fois, d'une élection directe des dirigeants syndicaux par les membres. Ron Carey, président d'un syndicat local de 5 000 personnes à New York, a lancé une campagne anti-bureaucratique pour être président du syndicat national.
Dans le syndicat des Travailleurs unis de l'automobile, le mouvement Nouvelle direction est en pleine croissance et donne des sueurs froides aux bureaucrates.
L'une des plus grandes faiblesses du mouvement ouvrier américain a été son manque d'expression politique. Mais, pour la première fois en plus de quarante ans, une discussion significative sur la création d'un parti ouvrier est amorcée.
Vers la eréation d'un parti ouvrier ?
L'année dernière, Tony Mazzocchi, secrétaire et trésorier du Syndicat des travailleurs du pétrole, de l'industrie chimique et de l'atome, a parlé aux groupes syndicaux à travers tout le pays du besoin d'un parti ouvrier et a reçu un accueil chaleureux. En mai, une conférence appuyée par le bulletin d'information militant influent Labor Notes , a été largement consacrée à un débat sur cette question.
D'autres forces remettent également en question la dépendance constante vis-à-vis des politiciens bourgeois. Lors de sa convention de juillet dernier, les 200 000 membres de l'Organisation nationale des femmes (NOW, voir Inprecor numéro 287 du le mai 1989) ont voté à l'unanimité d'étudier sérieusement la possibilité de lancer un nouveau parti.
Actuellement, une majorité de la classe ouvrière s'abstient lors des élections parce qu'elle ne voit pas — à juste titre — de différence entre les deux partis bourgeois. Comme Tony Mazzocchi l'a noté, c'est un levier important pour la constitution d'un nouveau parti ouvrier.
Alors que le mouvement ouvrier des Etats-Unis reste le plus arriéré de ceux des pays impérialistes, de nombreux indicateurs tendent à laisser espérer un renversement des orientations dévastatrices des années 80. Les deux précédentes explosions radicales du mouvement ouvrier ont eu lieu dans les années 30 et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Une nouvelle explosion paraît désormais inévitable et la décennie à venir sera sans doute marquée par de grandes luttes.
Kansas City, Décembre 1989