Dans beaucoup de pays, les femmes doivent encore se battre pour arracher le droit à l'avortement, ou pour le conserver là où il est remis en cause, comme aux
En revanche, en Union soviétique, où l'avortement est de nouveau libre (mais sérieusement la santé des femmes. Par ailleurs, faute de moyens contraceptifs
L'avortement
Etats-Unis.
payant !) depuis 1956, les conditions dans lesquelles il est pratiqué menacent adéquats, il est devenu le principal moyen de contrôle des naissances ! Un médecin soviétique, Andrei Popov, a dénoncé cette situation dans la revue libérale soviétique Ogoniok. Nous en publions de larges extraits.
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VOYONS les statistiques sur l'avortement : elles ne recensent pas tout mais quand même beaucoup. Sur cent femmes entre 15 et 20 ans, trente avortent. A 20 ans, une femme sur six a vécu cela au moins une fois. C'est ainsi que les choses se présentent à Moscou mais, de façon plus générale, de 70 à 80 % des premières grossesses chez les citadines et jusqu'à
90 % à la campagne se terminent par un avortement pratiqué hors milieu hospitalier.
Ici, le terme "planification familiale"
désigne ce qui est associé habituellement dans les consciences avec l'avortement et la recherche d'un stérilet de la dimension voulue ; et parfois aussi avec l'abandon d'enfant, l'infanticide, la stérilité secondaire consécutive à un avortement, la peur de tomber enceinte mal à propos, la naissance d'enfants hors mariage et bien d'autres choses encore.
Maintenant, voyons comment l'Organisation mondiale de la santé (OMS)
comprend, elle, la planification familiale :
c'est l'activité de personnes et de familles pour faire en sorte qu'elles n'aient que le nombre d'enfants qu'elles désirent, et cela au moment qui leur convient.
Bref, les enfants doivent être mis au monde de façon responsable et planifiée par la famille (et par elle seule !). Evidemment, une telle planification suppose aussi qu'on empêche la naissance d'enfants non désirés à un moment donné.
Le droit des parents à décider de façon libre et responsable de quand ils auront des enfants et de combien ils en veulent est explicitement formulé dans l'article
16 de la Déclaration de la conférence in-
UNION SOVIETIQUE ternationale sur les droits de l'homme, signée en 1968 à Téhéran, entre autres par l'Union soviétique. Pour garantir ce droit, nous nous sommes engagés à fournir à la population une information fiable, des moyens anticonceptionnels et une aide médicale pour la planification familiale. Depuis, vingt ans ont passé... Toutes ces promesses, l'information, les moyens anticonceptionnels, l'aide médicale, tout cela s'est réduit concrètement à la prati que de l'avortement. Non, il y a quand même encore autre chose : l'intimidation voulue, systématique, des femmes par la propagande sur la nocivité de l'avortement.
Faire peur aux femmes
Seulement à quoi bon cette intimidation ? Nos femmes ont déjà assez peur comme cela. Mais ont-elles le choix ? Est-il fréquent qu'on leur propose quelque chose de valable à la place de l'avortement, même dans les articles et les brovulgarisation, à plus forte raison dans la vie réelle avec ses pharmacies réelles, ses médecins de quartier mal informés, ses partenaires maladroits ? Nos femmes ont-elles vraiment la possibilité de choisir entre l'avortement, incontestablement nocif pour la santé, et des moyens anticonceptionnels moins no-
Voici les chiffres. D'après l'OMS, environ trente millions d'avortements sont pratiqués tous les ans dans le monde, dont presque huit millions en URSS. Ainsi un avortement sur quatre dans le monde se fait chez nous, alors que la population soviétique ne représente que 5 à 6 % de la population mondiale.
Nous sommes au premier rang mondial pour la quantité relative d'avorte-
DOSSTER FEMMES ments : deux à quatre fois plus que dans les pays socialistes européens, six à dix fois plus que dans les pays capitalistes avancés. Mais essayons d'être précis : en fait, les chiffres sont encore beaucoup plus élevés car il faut y inclure les avortements pratiqués hors du milieu hospitalier. Il serait absurde de les qualifier de criminels. Lors des débats au Parlement de la République démocratique allemande (RDA) sur la levée de l'interdiction de l'avortement, il a été dit très justement : « Une loi qui, chaque année, fait de presque 900 000 femmes des criminelles n'est pas une loi. »
Une femme sur eing avorte chaque année
Or, selon les estimations prudentes des spécialistes, en URSS, le nombre d'avortements hors du milieu hospitalier serait au moins égal à la moitié des avortements officiellement enregistrés, les estimations maximales faisant monter ce chiffre à 80 ou 100 %. En tenant compte de ces avortements, chaque année, ce n'est pas une femme sur dix mais une sur cinq qui se fait avorter !
Mais ce tableau doit encore être précisé : il serait à tout le moins peu correct de se contenter de comparer "nos" chiffres et ceux des pays occidentaux. Dans un cas, il s'agit essentiellement de mini-avortements avec anesthésie obligatoire, qui épargnent au maximum les femmes. Notre variante nationale est différente : c'est le curetage, largement répandu, ou l'aspiration (dont la pratique se généralise à peine) suivie là encore d'un curetage, l'anesthésie n'étant absolument pas obli-
Comment en est-on arrivé là ? L'histoire commence dès 1936, date à laquelle a été édictée une loi interdisant l'avortement tandis qu'on arrêtait pratiquement tout le travail de recherche et d'applica-
tion tendant à répandre les moyens anticonceptionnels dans le pays. Le contexte historique et social de cette décision est intéressant et très instructif. L'Etat avait un besoin aigu de ressources en main-d'œuvre et en soldats, or la natalité était en train de chuter... La solution a été trouvée, il suffisait d'y penser : interdire à la fois l'avortement et, dans les faits, les moyens anticonceptionnels. Il est à noter que, pendant les années 20, notre pays était en pointe, mondialement, dans le domaine de la planification familiale.
Introuvables contraceptifs
Si les avortements ont fini par être de nouveau autorisés en 1956, en revanche, les moyens anticonceptionnels nous jamais retrouvé leur place légitime (sans qu'ils aient à proprement parler été inter-
Comment caractériser les moyens anticonceptionnels dont nous disposons actuellement ? Ceux qu'utilise 80 % de la population sont peu efficaces, peu accessibles et mauvais pour la santé des partenaires. D'ailleurs, ils ne diffèrent pas tellement de ceux qui existaient et étaient utilisés pendant les années 30, d'où leur nom de "moyens traditionnels". Comme le montrent les recherches spécialisées, les grossesses non volontaires, dans les grandes villes, représentent 50 % de l'ensemble des grossesses. Parmi les femmes qui pratiquent la contraception traditionnelle — et elles sont la majorité — cette proportion atteint 80% !
Il est évident que des contraceptifs aussi "efficaces" déçoivent rapidement. Et une femme sur quatre à Moscou préfère l'avortement et ses ennuis épisodiques à la peur de tomber enceinte au mauvais moment, et aux inconvénients liés à l'utilisation de méthodes et de moyens anticonceptionnels traditionnels.
Mais où sont-ils les moyens anticonceptionnels modernes qui seraient vraiment efficaces ?
Voyons le pourcentage de satisfaction des besoins de la population de la République de Russie: en 1980, il était de 50 %. Autrement dit, trois femmes sur quatre ressortaient de la pharmacie avec une meilleure conscience des difficultés de la vie mais sans le produit. Ainsi seulement 20 % des acheteuses avaient pu se procurer des préservatifs masculins; en ce qui concerne les crèmes spermicides et autres moyens chimiques, uniquement 2 % (vous avez bien lu : deux femmes sur cent !) ; les stérilets, 50% ; la pilule, 20 %. Mais si la demande globale est satisfaite à 25 %, ce chiffre est une moyenne qui résulte en fait de l'addition des 75 % de Moscou aux 5 % de la région de Krasnoïarsk. Elle est bien là, l'envergure russe ! Mais au lieu de passer du vide au trop plein, on passe du vide à l'encore plus vide...
Voici des données encore plus impressionantes : si nous faisons le compte des moyens anticonceptionnels vendus entre 1980 et 1982 pour cent femmes en âge de procréer, nous aurons une belle illustration des réalités de la vie de nos femmes. En moyenne, dans la République de Russie, nos cent acheteuses ont acquis au total cinq boîtes de pilules, trois stérilets, et leurs partenaires 450 préservatifs. Calculons : ces cinq boîtes durent six mois à une femme, les stérilets, eux, font deux ans, mais à trois "veinardes" seulement. En ce qui concerne les préservatifs, selon des calculs pas très rigoureux mais sans aucun doute fiables, ils dureraient un an pour trois ou quatre partenaires. Finalement, nous avons pu répondre à la demande d'environ 10 femmes, mais les 90 connu : avortements, naissances avant le mariage ou hors mariage, abandons d'enfants, enfants non désirés et mal aimés, infanticides et bien d'autres choses que le ministère de la Santé ignore mais que connaissent fort bien ceux des Affaires intérieures et de la Protection sociale.
Nous arrivons donc à la conclusion que l'avortement est chez nous la principale méthode de planification de la famille et, en ce sens, notre pays est unique, même à l'échelle mondiale. (...)
Il n'y a qu'une seule solution : l'organisation d'un service de planification familiale sous le contrôle démocratique d'une Association soviétique de planification familiale, la prophylaxie des grossesses non désirées et des avortements qu'elles entraînent grâce à une large diffusion de moyens anticonceptionnels modernes, hautement efficaces.
Mais, et c'est là que le bât blesse, tout le monde a-t-il intérêt à ce qu'existe une telle prophylaxie ? Il ne faut pas oublier que, pour beaucoup de gynécologues-obstétriciens, la pratique des avortements
UNION SOVIETIQUE constitue traditionnellement une forme stable, et non négligeable, de gains supplémentaires. Ce n'est pas avec des discours sur l'éthique et la déontologie qu'on aidera le médecin soviétique... Quand nos femmes payent de 50 à 100 roubles, ce n'est pas pour de la prophylaxie, ce n'est pas pour leur santé, encore moins pour celle de la population. Les femmes paient aux gynécologues-obstétriciens les manipulations indispensables dans cette situation, laquelle a d'ailleurs été créée et maintenue par ces mêmes gynécologues-obstétriciens. (...)
L'avortement, source de profit
Bien sûr, tous les médecins ne s'enrichissent pas en pratiquant l'avortement. La majorité d'entre eux sont aussi indignés que vous et moi par la situation existante. Et pourtant le ministère de la Santé a bien un intérêt particulier dans l'histoire. Il faut savoir que, d'après les spécialistes, près de la moitié de nos gynécologues-obstétriciens ne pratiquent que des avortements : près de la moitié de l'armée que constituent les 60 000 gynécologues-obstétriciens soviétique (la plus grande armée du monde !). De plus, un tiers de tous les lits des services de gynécologieobstétrique ne servent qu'aux avortements (et il en manque quand même !) tandis que la moitié des femmes qui viennent consulter en gynécologie demandent un avortement !
Imaginez : un gynécologue de quartier pratique entre deux et trois avortements par jour ! Encore un fait : un avortement coûtant presque 100 roubles, les dépenses annuelles pour les avortements à l'échelle de l'ensemble de l'Union soviétique peuvent être estimées à près d'un milliard de roubles. A titre d'information pour les non spécialistes, cette somme représente le vingtième de tout le budget annuel de la santé en URSS ! Ainsi un rouble médical sur vingt est dépensé pour faire des avortements.
Maintenant on comprend pourquoi, par exemple, nous sommes au cinquantième rang dans le monde en termes de mortalité infantile, pourquoi le taux de mortalité des nouveaux-nés, chez nous,
Best non seulement trois à quatre fois plus élevé que le taux moyen européen, mais plus élevé nomiquement dévelopOgoniok, numéro 33, 1988