« Un monde à gagner » trouvait des femmes de l'ex-SED (Parti communiste), celles du Demokratischer
Frauenbund Deutschland (DFD, l'organisation officielle des femmes), le journal
Für Dich (Pour toi), des représentantes des groupes femmes récemment créés autres, des femmes écrivains, des artistes, etc. Toutes s'étaient rassemblées pour fonder le Mouvement autonome des femmes, élire leurs deux représentantes à la table ronde et établir leurs revendications pour une nouvelle politique à l'égard
Un des points forts de la rencontre a été la lecture par Ina Merkel (militante de la
DOSSTER FEMMES
REINE DU FOYER
Le 3 décembre dernier, la première réunion de coordination des groupes de femmes a eu lieu à Berlin. Plus de mille femmes y ont participé, âgées pour la plupart de 25 à 45 ans ; quelques hommes étaient également présents. On y comme l'Offensive des Lilas et les femmes de la Gauche unie ainsi, qu'entre des femmes. Gauche unie) d'un manifeste radical en huit points dont nous reproduisons de larges extraits.
RDA
DOCUMENT
LA QUESTION FEMMES est résolue, affirment les uns ; ce n'est pas le problème essentiel aujourd'hui, selon les autres ; elle doit enfin être mise à l'ordre du jour, disent les troisièmes. Mais d'abord, qu'est-ce que cela signifie, la "question femmes" ?
Nous, femmes, constatons aujourd'hui ceci : les bouleversements sociaux en RDA ont été initiés dans la rue, par les masses. Les femmes étaient présentes à tous les niveaux de ce processus : elles étaient à l'avant-garde et ont participé à la lutte, elles ont été touchées par l'exode massif de la population et été victimes de ceux qui avaient usurpé le pouvoir. Mais dès qu'il s'est agi d'élaborer des perspectives pour rénover la société socialiste, les femmes se sont retrouvées une fois de plus exclues.
«Le pays a besoin de nouveaux hommes », proclame un des slogans qui est revenu sans cesse ces dernières semaines. N'aurait-on pas besoin de nouvelles femmes ? Le premier homme du pays, Modrow, a pris une femme comme adjointe : un nouveau début ?
La société traverse une crise profonde. Aujourd'hui, comme avant, des milliers de citoyennes et de citoyens quittent le pays. Le parti dirigeant a moralement fait faillite. La disparition du socialisme comme système de société semble bien près de se réaliser. Et de l'autre côté du Mur, on se lèche déjà les babines. Pouvons-nous seulement, dans une situation aussi compliquée, nous permettre de parler d'une "question femmes" ?
Nous devons opposer à cette évolution apparemment inévitable un modèle alternatif de société. Mais qui, aujourd'hui, nous écoutera plaider pour un socialisme rénové ? Et pourtant : ce pays doit pouvoir construire une société dont la finalité réelle soit l'épanouissement des possibilités de l'individu, faute de quoi ce pays n'existera plus. Une société dans laquelle le travail et la consommation, la politique et le mode de vie pourraient être modelés par des sujets qui se déterminent et se gouvernent eux-mêmes. Cela impli-
RDA que un développement optimal de l'économie, de telle façon qu'elle ne domine plus les aspirations et les besoins des individus, mais permette la création d'espaces sociaux, de temps libre et des conditions objectives favorables au développement de l'individu. Cela n'exclut pas le pouvoir politique mais, bien plutôt, l'assujettissement de l'individu à ce pouvoir. Cela implique des mécanismes structures politiques et économiques radicalement nouveaux, qui garantissent le progrès social. Cela implique que les gens puissent intervenir dans le processus de développement social, qu'ils puissent en permanence le rénover et le corriger.
Il est certain qu'une réforme de l'économie et du système politique est nécessaire, mais les transformations du mode de vie, des besoins, de la situation sociale ne doivent pas, une fois de plus, être renvoyées à plus tard sous prétexte qu'elles dépendent des autres. Il est urgent de se doter d'une alternative concernant mode de vie. Nous devrions demander aux partis et mouvements politiques quelles perspectives, à cet égard, ouvre telle ou telle stratégie, afin que les problèmes des femmes aussi deviennent une donnée politique dans un projet alternatif
Nous devons défendre l'idée que les "questions femmes" ne sont pas des problèmes sociaux secondaires, mais qu'elles sont fondamentales, vitales. Elles concernent le mode d'existence de la société, sa reproduction, ses possibilités de développement et ses buts. C'est pourquoi, si nous voulons agir pour que nos intérêts spécifiques, qui découlent de notre situation particulière et de notre expérience spécifique, soient réellement pris en compte dans un projet moderne de société, nous devons nous-mêmes avoir une approche globale de la société. (...)
1) Ces dernières années, on a assisté à une rapide dégradation des conditions de vie et de la situation sociale. Cette évolution se manifeste très clairement dans l'aggravation des rapports hommesfemmes, dans le taux toujours croissant des divorces et le recul constant de la natalité. Elle s'est traduite également par la régression du niveau de vie des femmes qui élèvent seules leurs enfants, et par une négligence honteuse vis-à-vis des femmes âgées qui, pourtant, ont porté sur leurs épaules la reconstruction du Mais cette régression est également tangible là où personne ne veut la voir : dans la chute des salaires féminins, plus rapide que celle des salaires masculins, dans l'amoindrissement des possibilités, pour les hommes et les femmes, de peser sur les conditions matérielles et culturelles de vie, la diminution de leur pouvoir politique. Et ce sont les femmes qui ont dû compenser par leur sur-travail les carences de la prise en charge sociale, des infrastructures et du système de services. Les femmes sont de plus en plus souvent en proie à l'agressivité masculine. La transformation du corps féminin en objet sexuel est devenu un fait social.
En fin de compte, ce sont nos enfants qui seront les victimes de notre incapacité à évoluer. C'est eux qui hériteront des conséquences de dizaines d'années d'incurie économique et de négligence de l'environnement. Ils souffrent de la nervosité et de l'absence de sentiments de leurs parents stressés à l'extrême. Ils sont les victimes d'un système de formation anachronique.
quelques-unes des conséquences socio-culturelles les plus graves du socialisme étatique et bureaucratique. L'arbitraire d'une conduit ce pays au bord du gouffre. Ce sont les hommes, et avant tout ceux qui l'ont soutenue en tant que dirigeants polises, qui ont la plus grande part de responsabilité dans la politique menée ces dernières décennies. Les femmes aussi sont responsables politiquement de cette situation, mais, dans tous les domaines, elles se trouvaient à des positions subalternes.
2) Nous sommes aujourd'hui confrontées au fait que, pour beaucoup de nos concitoyens et concitoyennes, toute identité sociale et culturelle avec le socialisme menace de s'effondrer. Déjà on cherche des raccourcis dans la "patrie de nos pères". Nous devons pourtant nous demander si nous pouvons opposer aux idées de réunification ou d'unification une véritable alternative socialiste, qui vaille la peine d'y lier sa vie. Quel avenir pouvons-nous offrir dans une situation sociale aussi désastreuse, quelles perspectives qui vaillent la peine de rester ici ?
Voudrions-nous par hasard nous unifier avec ces messieurs de Bonn, remplacer la dictature du Bureau politique celle de la Chancellerie ?
Du point de vue des femmes, la réunification signifierait un recul. En caricaturant, ce serait : le retour des femmes au foyer. Cela voudrait dire lutter à nouveau pour le droit au travail, pour une place au jardin d'enfants, pour les cantines. Cela équivaudrait à brader des acquis péniblement obtenus au lieu de passer, qualitativement, à un nouveau stade. Les femmes n'ont pas de patrie à perdre mais un monde à gagner. Il faut saisir maintenant l'occasion de mettre en valeur la diversité de nos modes de vie, nos différences individuelles, nos aspirations et nos exigences, dans le cadre d'un socialisme rénové.
Nous devons élever notre mouvement des femmes à la hauteur des exigences de la période. Nous devons nous joindre aux forces de gauche en Europe ; nous prononcer pour une société pluri-culturelle dans laquelle chacun puisse vivre selon son choix, ses particularités nationales,
Get sociales. Nous devons veiller à ce que personne, dans notre pays, ne soit exclu à cause de ses origines, de sa nationalité, de ses handicaps ou simplement de sa différence. Créons plutôt les conditions d'une évolution vers des rapports solidaires entre hommes et femmes, entre parents et enfants, entre jeunes et vieux, entre malades et bien-portants. (...)
4) Auparavant nos "vaillantes militantes" se figuraient que l'émancipation de la femme était achevée avec la fin de l'exploitation, et l'indépendance économique assurée par un travail à soi. Elles pensaient que les femmes ne voulaient le pouvoir ni dans l'Etat ni le domaine économique parce qu'elles ne se sentaient capables de l'assumer à cause des enfants et de la double journée de travail. Elles ont
lutté tout au long de leur vie contre l'idée que l'oppression des femmes existait sous une forme spécifique même sous le socialisme, et que les hommes pouvaient en tirer profit. (...)
Aujourd'hui, on entend de plus en plus souvent reprocher aux femmes de ne assez produire et de recevoir trop d'aides. Mais que signifie le concept de productivité des femmes s'il est établi d'après les critères de travail des hommes et ne mesure pas le rapport entre temps investi et résultat obtenu. Tant que les critères de productivité ne changerons pas, le travail des femmes sera sous-évalué.
Pourquoi le revenu d'une infirmière est-il moins élevé que celui d'un camioneur ?
Est-ce parce qu'elle produit moins ou parce ce qu'elle produit quelque chose dont la société ne voit pas l'utilité ?
Les questions suivantes pourraient apparaître : qu'adviendra-t-il des femmes souvent absentes à cause de leurs enfants malades, recevront-elles des salaires de compensation pour une production non accomplie? Ne dérangent-t-elles pas tout le processus de travail et ne remettent-elles pas en question le travail des femmes?
Contrequestion : pourquoi sont-ce les mères qui s'occupent en grande majorité des enfants ?
Parce que les pères gagnent plus en faisant le travail le plus important?
Qui a-t-il de mal à s'occuper de ses enfants ? Ne représentent-ils pas notre trésor le plus cher ? Nous devrions plutôt remercier ceux qui s'occupent de leur éducation. (...)
Les femmes ne devraient pas seulement revendiquer une révision des critères de productivité ou un ajustement sur le papier des salaires, mais aussi exiger une revalorisation du travail d'éducation des enfants : avancement de l'âge de la retraite, augmentation des vacances des parents.
Nous devons cesser d'être les humbles travailleuses que l'on sous-paie, qu'on prend comme assistantes ou collaboratrices et qu'on remercie du bout des lèvres, chaque année, le 8 mars. Nous plaidons pour une juste répartition du travail et de la production. Pour cela, nous avons besoin de changements fondamentaux et structurels de la division du travail sexiste, ce qui n'est possible qu'avec des quotas intelligemment établis : quotas pour les femmes dans la production à haut rendement et dans les postes intéressants.
Mais également quotas pour les hommes afin d'encourager leur entrée dans des secteurs professionnels très féminisés : les services et la santé. Les quotas ne signifient pas uniquement une augmentation quantitative de la proportion des femmes dans le monde du travail, mais exigent un accès aux postes qui représentent un progrès concret pour elles. Les postes à haut rendement devraient conduire les femmes à disposer de plus de temps libre. (...)
N'ayons pas peur que les femmes manquent d'efficacité. Trop souvent, des hommes médiocres nous ont barré le chemin, ont pris sans nous consulter des décisions absurdes, n'ont pas voulu entendre raison et ont méprisé nos conseils. (...)
5) Une politique radicale de quotas, c'est-à-dire la féminisation immédiate de la moitié de tous les postes importants dans la société, est la condition d'une véritable démocratisation. Quotas et démocratisation sont indissociables pour rénover la politique. Certes la "question femmes" pose aujourd'hui problème à la plupart des organisations et partis politiques, mais elle n'est toujours pas posée publiquement. C'est pourquoi nous avons notre besoin de propre organisation politique, d'un mouvement qui nous rassemble et fasse en sorte que les problèmes des femmes soient largement débattus et deviennent des questions d'ordre politique.
Ce n'est que lorsque les femmes seront représentées proportionnellement à
AARGGH!!
leur place dans l'humanité qu'elles pourront s'élever au-dessus de leurs intérêts en tant que groupe socialement marginalisé et se tourner, de la même manière que les hommes, vers les questions C'est justement parce que les sociale, mais la moitié de l'humanité, qu'elles doivent avoir leur mot à dire sur toutes les questions qui concernent l'humanité. Un mouvement des femmes qui s'orienterait vers la seule défense des intérêts spécifiquement fémi-
RDA nins, sans avoir de conception globale sur la société, se marginaliserait de lui-même.
6) C'est pourquoi nous devons dé fendre l'idée d'une quadruple séparation des pouvoirs ; la séparation classique entre pouvoir législatif, exécutif et judiciaire doit être complétée par un quatrième pouvoir : la démocratie publique. Aussi sommes-nous favorables à la création d'un large réseau d'opinion des femmes, sous forme de journaux, de radios, de télés pour femmes mais aussi de centres culturels, de cafés de femmes, d'instituts de recherches sur les femmes — ainsi qu'à la création de nombreux organes de représentation démocratique sur les problèmes de mode de vie, de consommation, de formation et d'éducation, de politique des prix et des salaires. Nous avons besoin d'organisations de consommateurs qui puissent statuer sur la conformité écologique des produits, d'associations autonomes de parents qui puissent influer sur le contenu des enseignements et les choix pédagogiques. Et nous avons besoin que se développent toutes sortes d'initiatives de base et de groupes auto-organisés qui agissent directement dans le
- et ceci est probablement le plus
7) Dans l'immédiat, notre programme s'adresse aux femmes travailleuses. Confrontées aux manœuvres des cadres, nous voyons poindre le danger que dans le domaine économique et dans l'administration, les intérêts des femmes qui travaillent soient oubliés au profit de la production.
L'autre danger est que de très nombreuses femmes perdent leur emploi sans que soient mises en place des structures de réorientation professionnelle et de formation. Pour que ces questions soient immédiatement prises en compte, nous proposons d'élire sur le champ des conseils d'usine. Ceux-ci bénéficieront de la confiance de tout le personnel, auront suffisamment d'autorité pour se faire entendre et disposeront d'un droit de veto qui pourra être appliqué en cas d'attaques graves contre les travailleuses. (...) *
Y en a marre de ton Féminisme primaire!..