Inprecor 1974–2004

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MEXIQUE

Une première victoire à Ford

Inprecor n° 303, 23 février 1990 · p. 25 · 592 mots

Mexique

MEXIQUE Une première victoire à Ford

Le conflit du travail opposant les ouvriers de la filiale de Ford au Mexique à leurs dirigeant syndicaux corrompus et à la direction de l'entreprise décidée à ignorer les droits et conquêtes gagnés par les ouvriers mexicains se poursuit (voir Inprecor numéro 301 du 26 janvier 1990).

Si le conflit n'est pas encore résolu, une série d'avancées significatives ont eu lieu. Elles sont au nombre de trois : Hector Uriarte, le secrétaire général du syndicat complètement dévoué à la direction a été destitué ; Guadalupe Uribe et neuf de ses pistoleros ont été emprisonnés après avoir été reconnus responsables de l'agression brutale où Benigno Urbina a perdu la vie et où furent blessés onze autres camarades ; et enfin, la Confédération des travailleurs mexicains (CTM) a reconnu la commission représentant les travailleurs en lutte comme ayant tous les droits de négocier et de trouver un accord favorable.

Cependant, à l'encontre de ces progrès, la CTM et l'entreprise ont mis en place toutes sortes de manœuvres tendant à mettre un frein à de nouvelles victoires possibles des travailleurs. Ainsi, par exemple, la CTM a immédiatement nommé comme nouveau secrétaire général le suppléant de Hector Uriarte, un individu qui, aucun doute, appliquera exactement la même politique que son prédécesseur.

Sur la base de cette nouvelle situation, les travailleurs ont tenu une assemblée générale, le 10 février dernier, où ils ont dressé un bilan de leur lutte et, pour éviter que l'entreprise et la CTM trouvent de nouveaux prétextes pour procéder à des licenciements massifs, ont décidé de reprendre le travail. Mais cela ne s'est pas fait de manière inconditionnelle. Avec ce qui peut être considéré comme une nouvelle conquête, les travailleurs ont réussi à arracher à l'entreprise une convention de garanties qui, bien que minimale et limitée, leur a permis de contre-

En bref...

carrer la menace de licenciement collectif et de recommencer le travail dans des conditions relative-

Malheureusement rien n'est encore joué. La mesure exacte de la convention de garanties peut être prise, par exemple, à travers le refus de l'entreprise d'admettre le retour au travail des ouvriers les plus engagés dans le mouvement, ainsi que la forte présence policière qui se maintient encore dans l'usine. Considérant qu'ils pourraient faire face à ce type de pressions, les travailleurs se sont mis d'accord pour tenir une nouvelle assemblée générale le 17 février.

Le ministre mexicain Commerce et de l'Industrie a jugé le cas assez important pour aller à Détroit, le 14 février, discuter avec les dirigeants de la compagnie aux côtés des présidents des filiales de Ford au Mexique.

Le 20 février, 1 vailleurs n'ayant pas encore été réembauchés (les plus radicaux à l'origine de la grève), Fidel VelasCTM, s'est enfin senti obligé de prendre position et de demander l'intervention du ministre du Travail, tout en accus at la firme Ford d'avoir aggravé le conflit en refusant de négocier. Un porte-parole de Ford à Détroit a déclaré que la compagnie étudierait la ré-embauche des ouvriers "au cas par cas".

Etant donné les conditions actuelles que connaît le Mexique (forte offensive du patronat et du gouvernement, classe ouvrière sur la défensive qui ne réussit pas à leur opposer une riposte globale) la lutte des ouvriers de Ford est, sans la moindre exagération, une lutte historique et héroïque. Un triomphe des travailleurs romprait le cours affamant et injuste de la politique officielle et pourrait bien asseoir les bases d'un mouvement social large et pluraliste. Il est donc urgent de redoubler la camavec les travailleurs de Ford au Mexique. *

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