célébrait son 40e anniversaire, plus de 100 000 jeunes enthousiastes défilaient inébranlable. Cing mois plus tard, lors de l'élection du 18 mars, il ne restait plus emporter par le triomphalisme face à la fin du stalinisme. Le résultat des élections a représenté une défaite cuisante pour le mouvement ouvrier : les électeurs ont voté à presque 80 % pour la restauration du capitalisme et à 99,7 % pour la
Raz de marée de droite
Le 6 octobre 1989, quand la République démocratique allemande (RDA)
devant la direction du Parti et Corbatchev. Le régime semblait de parti en lice pour oser défendre ce système. Mais il ne faut pas se laisser réunification allemande (avec certes des réserves pour beaucoup). « Rien ne restera, à part quelques notes en bas de pages dans l'histoire du monde » a dit l'écrivain Stephan Ileym en parlant de l'Etat est-allemand.
Hans-Jürgen SCHULZ
EN NOVEMBRE dernier, à l'apogée du mouvement de masse, les trois quarts de la population est-allemande étaient favorable, selon les sondages, à un système socialiste réformé. Ce n'est qu'ensuite que les masses ont pris conscience de la faillite du système stalinien qui était à bout de souffle.
Une comparaison avec la RFA, dévoile l'étendue du désastre économique :
le niveau de vie en RDA n'atteint pas les deux tiers de celui de ses voisins ; la productivité du travail est de moitié; le temps de travail individuel est de plus de
20 % plus élevé ; les conditions de travail sont plus mauvaises et l'environnement plus pollué. Les travailleurs jouissaient de moins de libertés et avaient des revenus inférieurs à ceux de leurs collègues des entreprises ouest-allemandes. Voilà pourquoi les trois millions de chômeurs de l'Ouest, vivant en-dessous ou à la limite du seuil de pauvreté, ont préféré rester chez eux plutôt que d'émigrer vers la
RDA où il n'y avait pas de chômage et où les avantages sociaux étaient préservés.
Cependant, la population est- allemande n'a même pas senti la nécessité de se battre pour défendre ces avantages sociaux. Elle n'a vu aucune alternative crédible au capitalisme. Les convictions socialistes n'ont pas disparu, mais il
RDA n'existe pas de programme consistant qui en soit porteur.
Après la chute du Mur de Berlin, l'appareil d'Etat et le Parti socialiste unifié (SED) se sont rapidement désintégrés. Le SED a perdu presque les trois quarts de ses membres (2,3 millions) en trois mois; après s'être rebaptisé Parti du socialisme démocratique (PSD), il s'est réorganisé en vitesse pour devenir un parti socialiste réformiste. Tout au long de la campagne électorale, le PSD s'est trouvé quasiment paralysé, seuls certaines de ses sections ont eu un fonctionnement réel. Cependant, la nouvelle direction, sous la houlette de Gysi, est parvenue à consolider une certaine forme d'organisation et même à recruter de jeunes militants vers la fin.
La gauche divisée et isolée
En février, les anciens partis du bloc allié autrefois au SED (le Parti chrétien-démocrate - CDU —, le Parti démocratique des paysans - DBD —, le Parti national démocratique d'Allemagne — NDPD - et les libéraux du LDP) ont présenté un ultimatum aux autorités, inspiré par le gouvernement de Bonn, exigeant que la date des élections (initialement prévues pour le 6 mai) soit avancée au 18 mars. L'opposition a été prise au dépourvu. En réalité, les partis d'opposition autonomes manquaient d'organisation réelle, de direction reconnue et expérimentée, de programme et de ressources matérielles ; ils n'organisaient que peu de membres actifs (quelques centaines par groupe, peut-être un millier dans le cas du Nouveau Forum). Mis à part dans le SED/ PDS, et peut-être des vieux partis, les militants ne versaient pas de cotisations, et les directions n'avaient pas été formellement élues. C'est dans cette situation précaire, que ces regroupements ont dû organiser une campagne, qui ne pouvait que déboucher sur une défaite.
La division du mouvement démocratique a en plus assombri les perspectives. La majorité (le Nouveau Forum, Démocratie maintenant, etc) a changé de ligne en cours de campagne, se prononçant pour l'unification de l'Allemagne. La Gauche unie s'est alors prononcée contre une liste commune avec ces autres groupes démocratiques, tout en essayant de faire une alliance avec le Verts, qui étaient aussi favorables à l'unification. Ces derniers ont refusé, sous la pression des Verts "réalos" de RFA. A leur tour, les représentantes de la Ligue indépendante des femmes (voir Inprecor numéro 303, du 23 février 1990), politiquement plus proches de la gauche, ont passé un compromis de raison avec les Verts. La Gauche unie s'est retrouvée complètement isolée.
Les militants de base de ces mouvements n'ont pas eu le temps de discuter réellement des plates-formes électorales.
Les problèmes matériels ont aussi pesé sur la campagne de la gauche indépendante. A l'exception des Verts, ces groupes n'avaient même pas de papier pour imprimer leurs tracts et leurs affiches (ils n'ont reçu une aide des groupes de gauche ouest-allemands que dans les dernières semaines) ; leurs meetings se sont tenus très tardivement et leurs apparitions dans la campagne télévisée ont été très amateuristes.
Sans un soutien réel de base, divisés, sans organisation et sans ressources, les dirigeants de l'opposition anti-stalinienne de la première heure et les porte-paroles des jours d'octobre, partaient en très mauvaise position.
Ingérence des partis de RFA
Le vide politique a été comblé par les partis de RFA. Les sociaux-démocrates ont recruté quelques centaines de militants, leur ont sommairement expliqué leur programme et les ont propulsés à des postes dirigeants. Mais leur stratégie, leur plate-forme et l'organisation de leur campagne étaient en réalité concoctées à Bonn.
Les chrétiens-démocrates et les libéraux ont seulement récupéré quelques maigres résidus de la droite du mouvement démocratique. Sans aucun scrupule, ils ont recruté les partis satellites du SED
RDA stalinien - le CDU et le LDP (Parti libéral démocratique). Ebeling, un des dirigeants de l'Alliance démocratique, a reconnu l'apport de la RFA : « Sans l'aide des partis de l'Ouest, nous n'aurions pas pu organiser la campagne électorale. »
Le Parti social-démocrate (SPD), les libéraux et les partis de l'Alliance conservatrice sont en réalité des partis satellites. Leurs homologues de l'Ouest ont tout préparé : rédaction de leur programme (à quelques exceptions près, aucun des 300 délégués de l'Union sociale allemande — DSU - ne connaissait leur plate-forme, mais ils l'ont votée à l'unanimité dans leur convention), les affiches et les tracts ont été réalisés et imprimés à l'Ouest qui a même fait venir des équipes pour les coller et les distribuer.
Des politiciens importants venus de RFA ont pris la parole avec succès dans des manifestations électorales qui ont réuni des centaines de milliers de personnes. Plus d'un million de gens ont ainsi pu écouter le chancelier Kohl, Brandt ou Genscher. Cette campagne a coûté plus de 50 millions de Deutsche marks; tous les mass medias ont été mobilisés en permanence.
Dans ce tourbillon, les vrais débats et les discussions ont été impossibles. Les électeurs ont cru qu'ils obtiendraient le niveau de vie l'Ouest avec une unification rapide, ils voulaient en plus s'accrocher à cette idée.
Pendant la campagne, on n'a pas entendu un mot sur le chômage qui menace les travailleurs, ni sur l'impossibilité d'atteindre le niveau de vie ouest-allemand. ni sur le devenir des entreprises nationalisées et encore moins sur celui des employés de l'appareil de l'Etat ou des anciennes organisations de masse.
Ces élections étaient formellement libres — accès aux medias pour tous, sans restriction pour les petits partis ; mais, en réalité, les organisations nouvelles n'avaient aucune chance et il n'existait surtout pas d'alternative crédible.
Un résultat inattendu
Tous les sondages prévoyaient une large victoire pour les sociaux-démocrates. L'avantage du SPD s'expliquait dans la mesure où il apparaissait comme le seul capable de conjuguer l'efficacité capitaliste avec la préservation des acquis sociaux. Mais il faut savoir que la moitié des personnes interrogées dans les sondages étaient indécises, elles ont choisi dans les dernières semaines, optant pour les conservateurs, et une minorité pour le PDS.
Plus de 93 % des inscrits ont voté, et presque la moitié s'est prononcée pour l'Alliance conservatrice, surpour les chrétiens-démocrates (40,9 %). La DSU, un rejeton de l'aile bavaroise des chrétiens-démocrates, a obtenu 6,3 % et le Renouveau démocratique (DA), le parti de l'ancien collaborateur de la Stasi, Wolfgang Schnur, n'a eu que 0,9 % des voix.
Tout cela illustre le succès de l'aide de l'Ouest qui comptait sur une organisation forte et expérimentée ; elle a sauvé tous ces partis discrédités pour avoir été les compagnons de route du (DBD) et le Parti national démocratique d'Allemagne (NDPD), qui avaient participé à l'ancien bloc du SED, ont eu une faible audience. Mais ces deux partis bourgeois pourraient devenir des partenaires du futur gouvernement en aidant les conservateurs à obtenir la majorité au Parlement (400 sièges). Les libéraux, eux, seront des alliés plus puissants pour les conservateurs.
Les conservateurs ont été majoritaires grâce au vote des petites villes (56 %) et ouvriers (58% de votes ouvriers, 47 % des employés, 43 % des retraités, et 32% des intellectuels). Leurs bastions sont les vieilles régions prolétariennes de Saxe et de Thuringe où ils ont obtenu 60 % des voix et même plus. A Berlin, ils n'ont eu que 21 %, et moins de 40 % dans les districts du nord. Cela ne signifie pas conservateurs soient capables d'organiser les travailleurs, mais il faut souligner que les piliers de l'ancien "Etat des travailleurs" ont voté à une grande majorité pour eux.
Les sociaux-démocrates étaient desservis par leur faible degré d'organisation. Ils ont fondé leur parti il y a cinq mois, les deux tiers des membres y sont entrés ces dernières six semaines et ils n'ont pas eu beaucoup d'activité. Leur implantation dans les campagnes était quasi inexistante et ils étaient très faibles dans le sud. Dans le district de Dresde, leur bastion traditionnel, ils ont obtenu moins
Avec presque deux millions de voix, le score du PDS a été unc surprise. La nouvelle direction, autour de Gysi et du Premier ministre Modrow (de loin le politicien le plus populaire de RDA) a su tenir un parti qui était démoralisé, et dont on pronostiquait, deux mois auparavant, qu'il obtiendrait entre 5 et 7 % des voix. Un travailleur sur dix a voté pour l'ex-SED, surtout parmi les ouvriers les plus qualifiés, ainsi qu'un tiers des intellectuels. Leur force réside dans l'ancien ap-
RFA pareil, mais leur base est plus large. Dans la dernière phase de campagne, le PDS a su mobiliser des dizaines de milliers de personnes dans des meetings des districts
Dans ces conditions, les mouvements démocratiques radicaux et sociaux ont été réduits à la marginalisation. Les Verts, alliés avec le mouvement des femmes, relativement fort et vivant, espéraient obtenir un demi million de voix, mais n'en eu que la moitié. L'Alliance 90 et le Nouveau Forum (qui avaient 300 000 membres, il y a trois mois) n'ont obtenu que 333 000 voix (2,9 %), alors qu'ils en espéraient beaucoup plus. Ils croyaient que les partis indépendants de RDA obtiendraient un tiers des voix - le quota nécessaire pour bloquer les possibles modifications de la Constitution. Seul un citoyen sur vingt a voté pour les pionniers du soulèvement.
La candidature test des organisations de masse, alliées avec le PDS (une listes de femmes et de jeunes), a été échec : elle a totalisé 52 000 voix et seulement deux
Il n'y a donc plus de courant révolutionnaire avec une réclle audience à l'issue de ces élections. La Gauche unie avait espéré obtenir au moins dix sièges et n'en a eu qu'un seul, avec 20 000 voix (0,2 %). Quatre autres groupes de gauche ont recueilli 16 000 voix (1).
La situation en Allemagne a complètement changé. La classe ouvrière désorientée a voté pour la restauration du capitalisme, le gouvernement dépendant des conservateurs va réorganiser l'ancienne société non capitaliste pour avancer vers l'anschluss. *
22 mars 1990
1) La Ligue spartaciste, qui se revendique du trotskysme, a obtenu 2 400 voix ; elle aurait gagné un siège grâce à la règle du plus fort reste.