Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Le plan Collor

· Inprecor n° 307, 20 avril 1990 · p. 14-16 · 2 270 mots

Économie mondiale Brésil

C'EST UN PLAN audacieux et offensif du point de vue des classes dominantes. La presse bourgeoise l'a même décrit comme la plus forte secousse jamais provoquée par le gouvernement sur l'économie brésilienne. Il ne faut donc pas le sous-estimer.

Le centre de gravité du plan réside dans la combinaison de mesures monétaristes et d'une artillerie hétérodoxe (un léger, relatif et provisoire gel des prix et le changement de monnaie). Le plan ne vise qu'à appliquer la plus vieille des thérapies une Constitution faite pour servir les classes possédantes. L'inconstitutionnalité des mesures du plan dévoile jusqu'où est prêt à aller le nouveau gouvernement.

Lors du plan Cruzado (2), la tentative de mettre fin à l'inflation tenait compte de l'existence d'une certaine situation du mouvement ouvrier, qui se renforçait dans les luttes pour des réajustements salariaux trimestriels. En changeant les règles du jeu, le gouvernement cherche à geler le rapport de forces existant, au détriment des travailleurs.

Un plan explosif

La défaite du mouvement ouvrier est une condition essentielle pour la réussite du plan Collor. On voit là le contenu explosif des mesures proposées: ce plan est imposé à un mouvement qui a la capacité de résister, de lutter et, y compris, de

La meilleure arme contre l'inflation de Collor est la récession, qui est à la fois la cause et la conséquence de la défaite qu'il veut imposer au travailleurs. La cause, par le chômage qu'il entraîne, par la désarticulation des secteurs combatifs et par le gigantesque chantage imposé aux travailleurs. La conséquence, car il signifie la destruction d'importants mécanismes de défense du mouvement ouvrier, pour le rendre incpable d'imposer des politiques alternatives.

La terrible synthèse du tremblement de terre anti-populaire provoqué par Collor, c'est la récession pour contenir l'inflation.

L'habileté, la complexité et la sophistication des mesures proposées doivent être analysées à partir de la façon dont le gouvernement gère le processus de réces-

Le plan attaque l'inflation à trois niveaux : par la réforme monétaire, par la réforme fiscale et par le contrôle des prix et des salaires. Cette articulation n'existait dans aucun des plans précédemment appliqués.

Avec la réforme monétaire (la recréation de l'ancienne monnaie nationale le cruzeiro, remplacé en 1986 par le cruzado), dont le but essentiel est le contrôle de la masse monétaire, il impose une sérieuse réduction à la liquidité de l'économie. La création de la nouvelle monnaie, appuyée sur une énorme compression de la dette intérieure (qui frappera même les comptes épargne que Collor jure pourtant ne pas vouloir dans les mains de la Banque centrale près de 115 des 150 milliards de dollars qui étaient en circulation avant le plan. Cette rigueur génère une dynamique de récession et agit sur les actifs réels (dollar, biens immobiliers, matières premières, etc.), entraînant une chute de leur prix et exerçant une action évidente sur la dynamique inflationniste.

La réforme monétaire se base sur la suppression des agios par la transformation des nouveaux cruzados en cruzeiros à travers les ventes organisées par la Banque centrale, qui tentera de contenir la masse monétaire en dosant la "remonétarisation" de l'économie. Lors de ces ventes, la banque déterminera les pertes que les personnes temporairement confisquées subiront pour récupérer leurs cruzeiros. C'est dans la gestion de cette remonétarisation que réside, selon certains experts, une bonne partie des chances de réussite du plan. C'est sur cette difficulté que le plan du président argentin, Menem, a échoué. C'est exactement à ce niveau que les pressions des grands groupes et des puissants intérêts qui ont soutenu Collor à la présidence, pourront agir.

La réforme fiscale présentée par la ministre Zélia est un autre élément nouveau. Le gouvernement veut s'attaquer au déficit public. En partant d'un déficit de 8 % du Produit intérieur brut (PIB), Zélia veut parvenir à un excédent de 2 %. Sclon les calculs faits par l'économiste de l'Université du Minas Gerais Mauricio Borges, les mesures prises atteindraient 7,5 % du PIB (le moratoire de la dette intérieure attendrait 2,5 % ; la réduction des stimulants, des subventions, etc. atteindrait 4 % et la réforme administrative équivaudrait à près de 1 %). En additionnant les ressources produites par la réforme du patrimoine, le déficit pourrait être annulé.

BRES

Le plai

Trois mois après son élection à la pré janvier 1990), Collor a présenté les me place pour sortir le Brésil de la crise g porte désormais son nom, stigmatise l qualitatif qui a lieu dans l'affror

D'un côté, les classes dominantes, portér encore secouées par le nombre de voix croire qu'il s'agit de leur dernière chan populaire, avec sa position particulière

Centrale unique des travailleurs (CUT

Front populaire brésilien (1), connaît

C'est dans ce contex

Eduardo ALI

Quant à la réforme du système d'imposition, Mauricio Borges considère que c'est la mesure la plus limitée : la réforme est essentiellement facteur de régression et d'inflation, puisque ses principales mesures passent par l'augmentation des impôts déjà existants.

Ainsi, bien qu'il y ait un élargissement de la base d'imposition (rente agricole, bénéfices du capital en bourse), la réforme est loin d'égaler le plafond d'imposition appliqué à la bourgeoisie des capitalistes pays avancés.

Le contrôle des prix est certainement l'aspect le moins incisif du plan. Il prévoit un gel faible des prix qui ont augmenté artificiellement la veille des mesures. Par ailleurs, le contrôle des salaires, avec la vieille tactique de gel des pertes et de correction de l'inflation, dépendra en grande mesure de la capacité de résistance du mouvement syndical.

A partir de l'analyse de cet ensemble d'aspects articulés — à l'exception des conséquences de son application — Mau-

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• Collor

sidence (Voir Inprecor numéro 301 du 26 sures économiques qu'il comptait mettre en cave qu'il traverse aujourd'hui. Le plan, qui ș nouvelle situation du pays, le changement tement autour de l'issue de la crise. is par la victoire électorale, même si elles sont obtenues par Lula, vivent dans l'angoisse de ce ; de l'autre côté, le mouvement ouvrier et sur la scène politique brésilienne, grâce à la , au rôle du Parti des travailleurs (PT) et du une dynamique ascendante depuis dix ans. te que naît le plan Collor. IUQUERQUE mique tionniste et la marché alternative ché national. Mauricio Borges estime que la récupération de la relance économique n'apparaîtra pas de manière automatique dans la période qui suivra la récession. Au contraire de ce que prêche la propagande de Collor et de ses conseillers, une fois l'économie stabilisée, les forces du marché seront difficilement capables de donner un nouveau souffle au développement. Depuis 1930, l'Etat tient le rôle d'initiateur de ces cycles dans l'économie brésilienne, les capitaux privés n'agissent que lorsque la vient visible.

doit récupérer sa capacité plus lourd sur les grandes fortunes.

prise économique.

ricio Borges pense que le plan dispose de tous les atouts pour briser la dynahyperinflapour contrôler l'inflation à court terme... Mais cela se fera au prix d'une forte récession, provoquée par contraction du intérieur et aussi par la chute des

Vargas à près de 50 milliards de activités d'exportation, en prenant en

Pour Mauricio Borges, le compte les impacts grand capital n'est pas la prindu change libre sur cipale victime: les couches les cotations du dolmoyennes sont les grandes perlar qui, selon lui, frapperont les secteurs les moins compétitifs des exportations et limiteront ces activités comme à la sures tournent le Brésil vers contraction du marreprise économique de-

Contrairement à ce que pensent les superficiels théoriciens néo-libéraux à la mode, Mauricio Borges considère, lui, que, en raison des caractéristiques structurelles de l'économie brésilienne, l'Etat d'investissement, pour que surgisse un nouveau cycle ; les mesures actuelles ne garantissent pas cela. Ce paquet assainit à peine le déficit public. Pour qu'une telle récupération soit viable, il faudrait prendre des mesures plus profondes, comme un impôt nouvelles

Voilà le résumé de l'analyse économique du plan : La récession qui contient l'inflation mais qui ne garantit pas la re-

Qui perd avee le plan Coller ?

Collor fait l'apologie de son plan en affirmant qu'il bénéficiera à 90% de la population et n'en frappera que 10 %.

Dans son interview à Em Tempo (3), Mauricio Borges dément cette version des choses : la bourgeoisie s'est bien préparée pour le paquet de mesures économiques, elle a pris des précautions raisonnables (en accumulant des réserves), son argent travaille à l'extérieur du Brésil, et surtout, le secteur le plus dynamique de la période récente de l'économie brésilienne, le secteur exportateur (habitué à la surfacturation de ses ventes), est le responsable de l'existence d'une part considérable de l'économie "souterraine" — calculée par la Fondation de recherche Getulio

Et est-ce que le gouvernement capital ? C'est le contraire qui apparaît dans les déclarations du secrétaire du Trésor des EtatsUnis, Nicholas Brady, puisque « les memoderne" » (Folha de Sao Paulo, 17 mars 1990). Pour les conseillers du département du Commerce des Etats-Unis, « les mesures annoncées par Collor sont en symbiose avec les revendications du dédémocrate). partement d'Etat » (Folha de Sao Paulo, 17 mars 1990). Les banquiers anglais et américains, ont de leur côté fait l'éloge du

Avec les concessions faites en matière de commerce international (libération des importations, fin des subventions aux ex- tion). portations), l'adoption du taux de change libre et le retour aux négociations avec le Fond monétaire international (FMI), le capital étranger reçoit un atout important avec la mesure provisionnelle 155, qui autorise la conversion des titres de la dette extérieure brésilienne en actions des entreprises d'Etat en cours de privatisation.

Actuellement le système financier international assume de fonctions, pour compenser certaines pertes provoquées par les mesures. A partir de maintenant, les ventes de conversion de cruzados nouveaux en cruzeiros joueront un rôle central dans l'économie. Les banques joueront un rôle d'intermédiaire entre les différents clients, et sauront s'adapter en vendant leurs "nouveaux services" dans cette transaction et en établissant peut-être un véritable "marché parallèle de cruzeiros", à un taux deux fois plus important en échange la suppression des intérêts.

Un autre point mérite toute notre attention: les banques sont obligées d'acheter les certificats de privatisation. A quelles conditions? Pour acquérir quelles entreprises d'Etat ? A quelle valeur ? En réalité, le capital du système financier national est le mieux habilité à participer au processus de privatisation tant souhaité par la bourgeoisie. Voilà ce qui explique le stimulant donné à l'acquisition des entreprises d'Etat si convoitées. D'après ce qu'a déclaré le secrétaire général du ministère de l'Infrastructure (Industrie), Paulo Ximenes, la privatisation des industries sidérurgiques commence par les plus rentables : Usiminas et Tubaraõ. Avec les ressources obtenues par les ventes, d'autres entreprises seront assainies pour leur prochaine privatisation (Jornal do Brasil, 18 mars 1990).

Les pertes des salariés, des petits propriétaires, des petits patrons et des secteurs intermédiaires sont déjà beaucoup

1) Le Front populaire brésilien regroupait le Parti des travaileurs, le Parti communiste du Brésil (PC do B, pro-albanais) et le Parti socialiste du Brésil (PSB, petit parti au profil social-

2) Le plan cruzado a été mis en place par le Gouvernement Sarney en Février 1986, pour faire face au risque d'hyperflation qui mençait le pays, depuis plusieurs mois. Une nouvelle monnaie, le cruzado - valant 1 000 cruzeiros — a été introduite en même temps que le gel des prix, des salaires, du cours du change du cruzado et la désindexation de l'économie (auparavant toutes les transactions étaient soumises à la "correction monétaire": les prix et les revenus étaient indexés sur l'infla-

3) Em Tempo, organe de la tendance Démocratie socialiste du Parti des travailleurs (PT).

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BRESIL plus importants. Collor a fermement limité les retraits des comptes courants et des livrets d'épargne. Il est possible que cette mesure soit, en partie, une stratégie pour la négociation au Congrès.

Mais l'essentiel est de comprendre c'est la relation directe qui existe entre la douceur utilisée vis-à-vis du grand capital et la violence des classes intermédiaires.

La récession imposée est aussi la conséquence directe de la timidité employée dans la "confiscation" de ceux qui gagnent réellement avec l'inflation. La récession imposera des pertes draconiennes pour 90% de la population que Collor prétend bénéficier, provoquant des pertes d'emploi et de salaire.

Jusqu'à présent, les secteurs populaires jugeaient les plans selon le retour ou non de l'inflation. Les plans antérieurs avaient toujours un point d'inflexion net et perceptible par tous. Etant donné la possibilité de réussite dans le combat contre l'inflation, cela ne se passera pas ainsi avec le plan Collor. Voilà pourquoi, il faut savoir "qui gagne et qui perd" avec le paquet, tout en définissant sérieusement les stratégies de défense et de lutte du mouvement populaire: il faut connaître le rythme de perception des attaques contre les travailleurs et le peuple, qui est loin d'être homogène et d'apparaître d'une manière synchronisée.

Premiers effets

Aujourd'hui, les couches moyennes, et y compris les petits entrepreneurs et les couches les moins payées de la classe ouvrière, comprennent d'avantage la signification du plan : il sentent l'injustice de la confiscation de leurs épargnes et de leurs comptes bancaires, ils sont traités comme des grands spéculateurs.

Pour l'ensemble des salariés, le rythme de compréhension des objectifs de Collor sera plus lent : dans ce premier mois, il faut tenir compte des effets du contrôle des prix et des salaires du mois de mars qui se reportent sur le mois de février. Mais en avril, lorsque les salaires seront comparés à l'indice d'inflation du mois de mars, la perte salariale sera évidente.

La dynamique de licenciements sera de plus en plus présente. La grande majorité de la population, y compris toute une série de secteurs marginaux, sentira le poids du plan Collor avec le début des répercussions de la récession. *

Em Tempo Mars 1990

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