Les réponses du PI
Face au plan économique de Collor, la Commission exécutive nationale du Parti des travailleurs (PT) a décidé de présenter une série de mesures alternatives pour endiguer la crise que traverse le pays, tout en préservant le niveau de vie des travailleurs. Nous reproduisons de larges extraits de ce plan. DOCUMENT
INDIFFÉRENT à l'aggravation de la crise et à l'augmentation accélérée de l'inflation durant les derniers jours du gouvernement Sarney, le président Collor se prévaut maintenant de projets de loi, de décrets et de mesures qui violent les droits institutionnels pour réaliser un réajustement économique. (...)
Avec ce plan, le gouvernement Collor tente de faire croire qu'il impose des sacrifices identiques à tous pour sortir le pays du désastre économique, alors qu'en vérité il marginalise et frappe les plus défavorisés en mettant l'économie devant un risque imminent de récession, avec ses conséquences connues : chômage, pénurie, désorganisation de la production et
Dans ses grandes lignes, le plan préserve le modèle agro-exportateur et soumet l'économie brésilienne aux diktats du Fonds monétaire international (FMI), en continuant de payer la dette extérieure — ce qui risque de faire échouer toute tentative de stabilisation économique et de combat réussi contre l'inflation.
La politique salariale
Le PT rappelle à la population les promesses du président Collor sur les salaires : discussion sur ce sujet avec la participation des travailleurs et aucune modification du salaire minimum.
Mais, une fois de plus, les mesures économiques imposées par le gouvernement nuisent aux travailleurs : un mois d'inflation n'est pas pris en compte, les salaires ont été fixés à l'avance sans aucune garantie pour que la différence entre l'inflation prévue et l'inflation réelle soit payée aux travailleurs. Le salaire minimum n'a été modifié que dans un mauvais sens : au lieu d'une réelle augmentation mensuelle de 3 %, le gouvernement propose une augmentation trimestrielle de 5 %. C'est le même discours que celui tenu lors des plans précédents.
La menace de chômage est aussi grave que l'accord salarial ; il n'y a aucune garantie de stabilité de l'emploi, ni de préavis de licenciement, aucune extension des droits aux allocations-chômage et au revenu minimum, contrairement à ce que le gouvernement avait promis avant sa prise de fonctions.
Face à cette situation créée par les mesures, le PT propose :
1) une stabilité de l'emploi fixée à 180 jours;
2) la garantie du financement par l'Etat du programme d'allocations-chômage accessible au plus grand nombre ;
3) la participation des centrales syndicales à toute modification de la politique salariale, et la prise en compte des différences entre l'inflation prévue et l'inflation réelle dans le salaire mensuel ; et, dès aujourd'hui, la prise en compte de l'inflation de mars dans les salaires ;
4) le maintien de la politique actuelle de salaire minimum fixée par le Congrès national.
Le gel des prix
Le gel des prix fixé par les mesures gouvernementales - rétroactif à la date du 12 mars — est une farce car les entreprises avaient déjà modifié avant le prix de leurs marchandises en dépassant les limites établies par le plan pour se prémunir contre toute mesure gouvernementale susceptible de faire diminuer leurs bénéfices. (...)
Le PT propose les mesures alternatives suivantes :
1) l'accès des représentants syndicaux aux livres de comptes des entreprises;
2) l'étiquetage, lors de l'emballage des produits manufacturés, du prix maximum autorisé;
3) la participation des syndicats aux organismes qui fixent les prix par secteur de production.
La réforme monétaire
La violence du réajustement imposé au marché financier menace le pays d'un risque de récession prolongée, car il encourage la concentration et la dénationalisation de l'économie, ce qui aura des répercussions irréversibles sur le parc industriel et sur le développement économique. (...)
La réforme n'établit aucune différence entre le patrimoine des familles riches et celui des familles pauvres ; elle ne prend pas en compte les cas particuliers des personnes qui n'ont que la rente financière pour vivre ; elle n'établit aucune distinction entre les grandes et les petites entreprises, entre les secteurs essentiels et ceux qui ne le sont pas, et entre les différents types d'activité économique (...).
Elle favorise le grand capital, les secteurs nécessitant peu de capital circulant, les groupes économiques qui organisent la fuite des capitaux et les secteurs financiers les plus solides. Avec le plan Collor, ce sont les puissants qui gagnent au détriment des secteurs les plus pauvres et les plus fragiles. La façon dont le plan Collor traite le capital international est inacceptable. (...)
Le PT propose les mesures alternatives suivantes :
1) l'établissement de critères de sélection pour la libération des fonds financiers bloqués, selon les paramètres suivants.
personnes physiques a. pour ceux dont l'épargne financière est la seule source de revenus, il faut autoriser des retraits mensuels dans la limite de la moyenne mensuelle des retraits effectués durant les douze derniers mois, sans dépasser quinze salaires minimum mensuels;
b. il faut dégager des fonds pour l'achat de logements selon les règles du système financier d'habitation pour ceux qui ne possèdent aucun autre bien immobilier;
e. il faut dégager des fonds pour les dépenses de santé et d'éducation, avec une vérification légale ;
d. il faut dégager des fonds pour que les chômeurs, après le 15 mars, touchent jusqu'à 80 % de leur dernier salaire.
personnes juridiques
La libération de fonds devra être conditionnée aux restrictions suivantes :
a. la prise en compte de ce qui est essentiel dans le secteur économique : les biens de consommation pour la population, la technologie de pointe et l'agriculture;
b. le paiement dû aux petites et moyennes entreprises ;
c. la nécessité de capital circulant : la base pour la libération de fonds doit prendre en compte les paiements des impôts de l'année précédente, en décomptant les liquidités déjà libérées ;
d. poursuivre les investissement en cours et établir des conditions différenciées pour des investissements stratégiques qui soient en rapport avec la politique industrielle, sociale et agricole du pays.
2) La conversion en cru-
OUF!
zeiros des ressources extérieures des entreprises multinationales et des entreprises nationales doit obéir à des critères de restriction et de sélectivité compatibles avec les intérêts du pays et le développement national.
La réforme fiscale
La réforme fiscale augmente les impôts et en crée de nouveaux sur les actifs financiers, les grandes fortunes et la rente agraire ; elle élimine aussi les titres au porteur et impose l'estimation de la rente future. Mais, en ne touchant pas à d'autres formes du patrimoine spéculatif, tout particulièrement la grande propriété rurale improductive, elle montre ses limites et ses insuffisances.
L'augmentation des tarifs publics, qui se donne comme but l'amélioration des finances des entreprises publiques, ne doit pas se faire au détriment du pouvoir d'achat des salariés ni devenir un simple instrument pour augmenter la rentabilité du secteur public en vue de sa privatisation. De plus, avec cette mesure c'est le gouvernement fédéral qui centralise l'augmentation du prélèvement fiscal, ce qui va par conséquent à l'encontre des principes fondamentaux de la réforme fiscale définie par la Constitution. (...)
Le PT propose la mesure alternative suivante : la fiscalisation de la propriété immobilière spéculative, particulièrement des biens ruraux improductifs, à travers l'application progressive et effective de l'impôt sur la propriété rurale territoriale, pour dégager des fonds permettant de financer le logement populaire urbain et la réforme agraire.
La réforme du patrimoine
Get de l'administration
La réforme administrative a été élaborée sans aucune discussion sur les critères qui doivent la diriger. Les boucs émissaires seront les travailleurs du service public, comme s'ils étaient responsables de la désorganisation de l'appareil d'Etat.
BRESIL
Le PT est favorable à une réorganisation de l'Etat, mais il considère qu'elle doit se faire par une large discussion et par une définition claire des critères qui doivent régir la politique à adopter par rapport aux fonctionnaires. Le PT juge inadmissible que l'on rende les fonctionnaires publics responsables de la crise de l'Etat, alors que le plan économique et le gouvernement Collor reconnaissent que les principaux responsables de la faillite nationale sont les inDETTE térêts de la dette publique intérieure et de la dette extérieure. Le PT propose les mesures administratives suivantes: 1) la définition des grandes lignes de la réforme du patrimoine et de l'administration de l'Etat par une loi ;
2) l'établissement de critères de sélection pour toutes les questions liées à la réforme administrative et du patrimoine, surtout en ce qui concerne la politique d'emploi des fonctionnaires.
3) la transformation des mesures relatives à la cession des biens nationaux en un projet de loi;
Privatisation et dette extérieure
Le PT rejette avec force la vision qui ressort du discours et des actions du nouveau gouvernement quant à la privatisation. Le PT n'accepte pas qu'on donne carte blanche à l'exécutif pour réaliser des privatisations, et n'admet pas que celles-ci soient de vrais cadeaux au capital étranger ou aux grands groupes industriels du pays. (...)
Il faut une large discussion avec toute la société brésilienne sur la définition du rôle de l'Etat, sur les secteurs qui devront être privatisés et sur ceux qui seront maintenus sous le contrôle de l'Etat.
Les créanciers internationaux n'ont pas été touchés par les mesures. De plus, la libération du change — une des exigences de la politique de réajustement imposée par le FMI — pourra entraîner de graves problèmes pour l'économie brésilienne, comme la "dollarisation" d'une partie de la dette publique, qui facilitera les transferts de capitaux à l'étranger.
Le PT propose les mesures alternatives suivantes:
1) la création d'un Fonds de développement économique et social, constitué par une partie de l'excédent du gouvernement fédéral sur la balance commerciale du pays, pour financer les investissements
en infrastructures, l'éducation, la santé, le logement, le transport, l'approvisionnement, l'emploi et la voirie;
2) le refus de la création d'un Programme national de privatisation qui ferait disparaître les entreprises d'Etat ; l'instauration d'une loi régissant le secteur public qui s'accorde avec la politique industrielle à mettre en place ; le vote annuel d'une Loi de privatisations qui définisse les entreprises et les critères à prendre en compte;
3) quant à la dette extérieure, le PT réaffirme qu'il s'oppose à son paiement et propose la suspension de son remboursement.
La réforme agraire
En n'établissant aucun impôt sur les terres improductives, la réforme économique gouvernementale favorise les intérêts des grands propriétaires fonciers et de ceux qui détiennent des terres oisives. (...)
Le PT propose les mesures alternatives suivantes :
1) l'instauration d'un Programme national de réforme agraire avec des fonds publics et avec l'apport de la Banque encrédits qu'elle a bloqués ;
2) la mise sur pied d'une politique agraire qui donne la priorité à la production d'aliments et de matières premières essentiels pour l'élaboration de biens de consommation populaire.
(...) Le PT ne permettra pas, qu'au nom du combat contre l'hyper-inflation, le gouvernement prenne une série de mesures illégales car, demain, avec d'autres prétextes, il pourrait violer les droits individuels et collectifs et les libertés publi-
Le PT n'admet pas que le combat contre l'inflation ne puisse se faire que par la récession. Sans une politique démocratique qui combatte l'inflation et la crise économique et qui s'attaque à ses causes structurelles, le pays n'atteindra pas un niveau de développement où les revenus soient redistribués — ce qui doit être le but de toute politique économique démocratique.
La Commission exécutive nationale du PT appelle ses militants et ses sympathisants, ainsi que toutes les forces démocratiques et populaires, à se mobiliser au Congrès et dans les mouvements sociaux pour défendre les propositions alternatives qu'il présente. *
Sao Paulo 19 mars 1990