Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LITUANIE / URSS

Aux origines de Sajudis

· Inprecor n° 308, 4 mai 1990 · p. 11 · 935 mots

URSS et Russie

Lituanie à plus tard (ce qu'il vient de faire), renvoient l'ascenseur à Gorbatchev.

allemande. Par ailleurs, les bourgeoisies européennes sont plus que gênées par la question nationale, car le problème est loin d'être "démocratiquement" réglé

Aux origines de Sajudis

L'ordre mondial, concocté par Bush et Gorbatchev à Malte, en novembre

1989, est toujours en vigueur. Par leur déclaration, Kohl et Mitterrand, en demandant au président Landsbergis de "remettre" l'indépendance de la

Celui-ci s'est montré plus que coopérant lorsqu'il s'est agi de l'unification chez elles. L'article ci-dessous, paru dans la revue Labour Focus on Eastern

Europe, revient sur l'histoire du mouvement nationaliste lituanien.

LA LITUANIE a des spécificités culturelles plus marquées que les autres républiques baltes.

Au XVe siècle, elle était considérée comme une grande puissance, dont la sphère d'influence s'étendait de la Baltique à la mer Noire, sous le règne de Vytautas le Grand, le héros national. Au siècle suivant, face à la montée du pouvoir russe, le pays s'est formellement uni avec la Pologne voisine ; celle association a duré jusqu'à la fin du

XVIlle siècle, lorsque la Lituanie a été finalement annexée par l'empire russe qui entreprit une politique de russification.

La Lituanie a connu une courte expérience d'Etat indépendant moderne, entre

1918 et 1940, que le mouvement national actuel revendique avec nostalgie (1). Elle fut brusquement interrompue par l'occupation de l'Armée rouge en 1940, conséquence du pacte signé entre Hitler et Staline, en 1939 ; puis ce fut au tour des troupes nazies d'envahir la Lituanie en

1941, avant le retour de l'Armée rouge à l'automne 1944. Dès lors, la Lituanie fut annexée à l'Union soviétique, devenant

A la différence de l'Estonie ou de la

Lettonie, où la religion luthérienne est majoritaire, la population lituanienne pratique la religion catholique. Pendant longtemps, l'opposition nationale au régime russe s'est basée sur cette identité catholique, qui constitue un trait commun avec la Pologne.

Mais ce qui différencie encore plus la

Lituanie des autres républiques baltes, c'est sa plus grande homogénéité natio-

LITUANIE / URSS nale. En Estonie, seulement 60% de la population est d'origine estonienne, et cette proportion est encore plus faible en Lettonie; ces deux républiques comptent une importante population d'origine russe (qui, de plus, est la composante majoritaire et la plus défavorisée de la classe ouvrière). En Lituanie la prédominance ethnique lituanienne non seulement ne s'est pas détériorée, mais elle s'est même accrue depuis 1940. En 1939, environ 79% de la population était lituanienne, contre 80 % en 1979 ; la tendance ne semble pas s'être inversé durant les dix dernières années. Cet élément a eu une grande incidence sur la progression de l'emploi de la langue nationale. Il existe deux minorités nationales importantes qui représentent moins de 10 % de la population : les Polonais, surtout implantés dans la zone de Vilnius, et les Russes.

D'un Vytautas à l'autre

Grâce aux réformes en cours URSS, et à l'exemple du Front populaire estonien qui s'est constitué en avril 1988, un mouvement similaire a été créé en Lituanie le 3 juin 1988, baptisé Mouvement lituanien pour la reconstruction (Lietuvos Persitvarkymo Sajudis), ou Sajudis. Ce mouvement est né à l'initiative d'un groupe d'environ sonnes, principalement des intellectuels, dont beaucoup étaient aussi membres du Parti communiste lituanien (PCL).

Lors de la première réunion publique de Sajudis, le 13 juin 1988, six "groupes d'initiative" se sont constitués afin d'étudier les problèmes écologiques, nationaux, sociaux, économiques, culturels et juridiques, où le pouvoir montrait des carences dans la protection des intérêts de la population locale. Ces groupes discutaient des mesures nécessaires pour combattre la pollution, aussi bien que de celles pour défendre le niveau de vie des travailleurs. Ils discutaient, par exemple, de la nécessité d'une plus grande collaboration entre les cultures de la Lituanie et de sa diaspora ; d'avoir des écoles lituaniennes à l'extérieur de la république; des mesures nécessaires pour faire face à la future réforme des prix ; ou comment faire pour que les lois générales de l'Etat respectent les traditions démocratiques li-

Lors du premier congrès de Sajudis, en octobre 1988, le mouvement affirmait avoir près de 200 000 membres (sur une population de 3,6 millions d'habitants). Au cours du congrès, une assemblée et un conseil ont été élus, sous la présidence de Vytautas Landsbergis. Sajudis s'est développé rapidement, et a édité plusieurs bulletins d'information.

Les principes fondamentaux du nouveau mouvement, comme le proclamait l'article 5 de sa déclaration initiale, évitaient toute confrontation prématurée avec les autorités du Parti communiste, surtout dans tous les textes concernant le futur statut d'indépendance. Cependant, au fur et à mesure des événements, changement d'attitude de plus en plus évident s'est produit.

Ce tournant est clairement apparu lors de la célébration de l'anniversaire de la déclaration d'indépendance, le 16 février 1989 : dans une réunion célébrée le lendemain des cérémonies officielles, l'assemblée nationale de Sajudis a voté à la quasi-unanimité (204 contre 8, et 8 abstentions) une déclaration radicale sur « la détermination de la nation à récupérer ses droits par des moyens pacifiques, et à vivre en toute indépendance, sans subir des ultimatums d'aucune sorte (...) avec un statut neutre à l'intérieur d'une zone démilitarisée d'Europe ».

La radicalisation de Sajudis doit être mise en relation avec celle d'autres organisations situées à sa droite et à sa gauche. D'un côté, on trouve le Parti communiste lituanien, sous l'autorité d'Algirdas Brazauskas. De l'autre, il existe une série d'organisations d'opposition qui ont toujours eu ane position inflexible par rapport à l'indépendance, dont la Ligue de la liberté lituanienne (Lietuvos Laisves Lyga) qui existe depuis 1978. La Ligue écarte toute alliance avec des forces démocratiques à l'intérieur de l'URSS, et

Une erreur sur cette page ?