Le Parti du socialisme démocratique (PDS) n'est pas qu'une simple prolongation de l'ancien Parti socialiste unifié (SED, PC est-allemand). Exelu du pouvoir, déserté par des milliers d'adhérents, incapable de tirer un bilan, le PDS a changé de programme et cherche sa place dans l'opposition et dans le mouvement ouvrier. Manuel KELLNER
LE SED était un parti oppresseur qui représentait la bureaucratie privilégiée et parasitaire de l'Etat non-capitaliste de la République démocratique allemande (RDA). II a beaucoup contribué au discrédit des idées marxistes et socialistes dans les deux Allemagne et même dans le monde entier ; c'était un parti stalinien au vrai sens du terme. Grâce à un système sophistiqué de privilèges, ce pouvoir a corrompu des millions de gens. Ses liens avec la classe ouvrière et avec le peuple en général étaient ceux d'un pouvoir dictatorial qui s'appuie sur un système de répression, d'une part, et sur un niveau de bien-être suffisamment élevé, d'autre part, afin d'éviter un soulèvement général (voir Inprecor n° 298 du 27 novembre 1989).
Pour maintenir un niveau de vie décent pour la population, dans une économie prétendument planifiée où régnait l'incompétence due à l'absence de démocratie prolétarienne, le pouvoir a souvent pris des mesures aventureuses, comme le révèlent les chiffres qui apparaissent aujourd'hui, surtout en ce qui concerne l'endettement extérieur. Les idéaux "émancipateurs" ont été grossièrement piétinés par la "vente" de prisonniers politiques et d'opposants à l'Ouest pour 95 847 deutsche marks chacun. Le pouvoir bureaucratique a détruit la confiance de la
RDA V. Symole classe ouvrière dans sa capacité à gérer elle-même les entreprises et l'économie du pays; en la brimant, il l'a placée dans une situation de soumission qui l'a transformée en proie facile pour la bourgeoisie occidentale.
Pluralisme factice
Si, formellement, le SED n'était pas un "parti unique", les partis du "bloc", l'Union démocratique chrétienne (CDU), le Parti libéral démocrate (LDPD), le Parti national démocrate (NDPD) et le Parti démocrate paysan ne jouaient qu'un rôle d'alibis. Les élections étaient de sinistres farces sans aucune possibilité de choix réel entre différentes alternatives. Le SED était lié à un appareil répressif terrible, la Stasi, la police d'Etat qui contrôlait pratiquement l'ensemble de la population avec ses 80 000 professionnels et un nombre incalculable de collaborateurs informels (voir article p. 21).
Il apparaît aujourd'hui, qu'au départ, dans la zone soviétique, le stalinisme n'avait pas un visage plus "humain" que le modèle original ; énormément de gens sont morts dans des camps de concentration et ont été assassinés pour leurs opinions, ou de manière totalement arbitraire.
Aujourd'hui, les médias parlent ouvertement de tout cela mais ne s'étendent pas sur la politique droitière du SED sur la scène internationale. La direction du SED, qui avait acquis une certaine autonomie vis-à-vis du Kremlin grâce à sa relative force économique au sein du Pacte de Varsovie, influençait le mouvement ouvrier dans de nombreux pays, et s'efforçait de le tirer vers la droite. C'est la direction du SED qui, tout en rejetant la perestroika et surtout la glasnost de Gorbatchev, a poussé le plus loin la logique de la "coexistence pacifique" avec l'impérialisme ; il parlait même d'« impérialisme capable de mener une politique de paix ». Ceci allait de pair avec de nombreux arrangements et marchandages de la bureaucratie de RDA avec l'impérialisme ouest-allemand, dans une atmosphère de bonne entente dissimulée sous le vacarme des polémiques publiques. Le SED a, par exemple, essayé de renforcer les secteurs les plus modérés du Parti des travailleurs brésilien (PT) contre les courants socialistes révolutionnaires.
Le PDS, un parti différent ?
Et pourtant, il serait erroné de caractériser aujourd'hui le Parti du socialisme démocratique (PDS, nouveau nom du SED, voir Inprecor n° 304 du 9 mars 1990) de simple prolongation du SED. On ne peut définir le PDS de "parti stalinien" qui se serait limité pragmatiquement à changer de nom et de profil à cause des nouvelles conditions de la RDA. En effet, beaucoup trop de choses ont changé ; il serait dogmatique d'en rester aux vieilles analyses sans tenir compte des changements profonds survenus dans ce pays.
Le SED avait 2,7 millions de membres. Le PDS actuel en compte à peu près 650 000. Le SED était un parti dictatorial qui détenait le pouvoir. Le PDS est aujourd'hui un parti d'opposition qui a ré-
RDA colté 17% des voix dans des élections parlementaires largement influencées par la bourgeoisie ouest-allemande (voir Inprecor n° 305 du 23 mars 1990). Si on ne peut fournir des chiffres exacts, il est pourtant clair que nombre de militants du PDS y sont entrés après l'élection de la nouvelle direction autour de Gregor Gysi. Celui-ci n'a jamais été lié à l'ancien ré gime et était connu en tant qu'avocat de nombreux oppositionnels, Bärbel Bohley du Nouveau Forum par exemple. Il est évident aussi que beaucoup de membres du SED, qui s'y trouvaient par intérêt personnel, ont quitté le parti ; ceux qui y sont restés par conviction socialiste ou progressiste sincère sont relativement plus nombreux qu'auparavant. Le PDS a aujourd'hui un nouveau programme ; les valeurs de solidarité, de démocratie socialiste, de justice sociale, d'anti-stalinisme, d'émancipation, comme la défense des intérêts sociaux des salariés et des plus faibles sont tout aussi présents que les diverses adaptations à l'idéologie bourgeoise triomphante (éloge du marché et proclamation de l'unité nationale allemande comme but positif en soi). Le PDS a aussi changé ses statuts dans le sens d'un renforcement sensible des droits démocratiques des membres et autorise le droit de tendance; ceci est déjà mis en pratique par l'existence de plates-formes au sein du parti qui peuvent s'organiser et soumettre leurs propositions au vote.
Certains observateurs des milieux d'extrême gauche ont trop vite caractérisé le PDS de parti post-stalinien en voie de social-démocratisation rapide, dans la ligne de l'eurocommunisme du PC ita-
lien. S'il y a des éléments de vrai dans cette caractérisation (le PDS a demandé à adhérer à la Ile Internationale), il faut cependant rester prudent. Pour qu'un parti prenne un tournant social-démocrate, il lui faut une certaine base matérielle de liaison organique avec un Etat ayant un système parlementaire bourgeois. Mais, dans les conditions actuelles, en RDA et en RFA, une force pan-allemande semblable au PDS n'obtiendrait pas plus de 2 à 4 % des voix dans des élections. Dans un tel contexte, la social-démocratisation d'un parti reste très idéologique, et relativisée par la nécessité électorale évidente d'apparaître comme une force qui se situe à gauche du SPD et qui soit plus rouge que les Verts.
Garder un reste de fierté
Lors des élections du 18 mars en RDA, le PDS est apparu comme le parti qui défendait le plus la souveraineté de la population de RDA (et de façon plus efficace, vu sa taille, que la Gauche unie), et qui revendiquait les acquis et les valeurs de solidarité sociale face à l'offensive du capital ouest-allemand. C'est ce qui explique en grande partie qu'il ait obtenu 17 %
Bien que le gouvernement Modrow se soit incliné face à la perspective d'une unification capitaliste et d'un "marché social", l'électorat du PDS, qui jugeait cette position "réaliste" et "imposée, avait un but précis en lui apportant ses suffrages. Ce vote lui permettait de sauvegarder un minimum de fierté devant les humiliations colonisatrices de la politique d'Anschluss inconditionnel.
L'existence et le profil du PDS ont provoqué un débat au sein de la Gauche unie. Il est aujourd'hui probable que la Gauche unie se rapproche du PDS pour essayer d'établir une collaboration étroite et davantage d'échanges politiques avec ce parti.
En République fédérale d'Allemagne (RFA), il existe aussi une discussion dans