Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

Unité... pour couvrir la Stasi

· Inprecor n° 308, 4 mai 1990 · p. 21-23 · 3 245 mots

Allemagne Europe de l'Est

Des dizaines de milliers de manifestants (50 000 à Berlin-Est) sont redescendus dans les rues des villes de la République démocratique allemande (RDA) à la fin

Schulz (Nouveau Forum) appela à « achever ce que nous avons commencé en automne ». Wolfgang Temlin (Initiative pour la paix et les droits de l'homme)

gauche - parmi les rénovateurs qui ont quitté le PC (regroupés dans le Forum • socialiste), à l'intérieur du PC, dans le courant Forum de gauche (réformiste) des Verts et dans l'extrême gauche — autour de l'évolution du PDS et pour savoir si des alliances, ou même la construction d'une force socialiste large et commune à l'avenir, sont possibles avec le PDS. Dans la classe ouvrière de RFA, il existe un certain nombre de travailleurs qui ne s'identifient à aucun des partis en présence, et pour qui les forces d'extrême gauche sont encore trop faibles pour être crédibles. Une force telle que celle que veut construire le PDS, liant démocratie et socialisme, représentant un courant de masse réformiste à gauche du SPD, ayant rompu avec le stalinisme et faisant partie du mouvement ouvrier (ce qui n'est pas le cas des Verts), pourrait les attirer. L'existence du PDS rénové influence donc des débats importants chez les socialistes révolutionnaires en RFA.

Défense critique

Le PDS semble traverser une phase transitoire qui devrait déboucher sur la constitution d'une force politique. Avant, il s'appuyait sur la défense des intérêts de la bureaucratie ; sa base sociale va changer, sans qu'il y ait pour autant une liaison organique immédiate avec l'Etat bourgeois. D'ailleurs, la bourgeoisie ouest-allemande mène une campagne de calomnies sur le PDS visant à l'isoler et à le tenir en laisse après la réunification capitaliste (elle veut aussi étouffer toute la gauche qui garde des références au marxisme). Il faut dénoncer cette campagne, sans pour autant taire les critiques vis-àvis du PDS. Ces critiques se situent à trois niveaux : la politique opportuniste du PDS ; son programme réformiste ; l'absence de bilan sincère du passé stalinien. A ce sujet, le PDS se contente d'un bilan superficiel qui donne raison aux critiques libérales et à l'idéologie démocratique bourgeoise, et qui évite de tirer des conclusions allant dans le sens des marxistes révolutionnaires. *

Avril 1990 .PDS

TEL EST, en effet, l'enjeu et on ne frustrera pas sans réactions les citoyens de RDA de leurs aspirations démocratiques. Tous s'y sont pourtant essayés dès que le doute s'est levé sur la légitimité du nouveau parlement.

De toutes parts, les voix se sont élevées pour réclamer l'amnistie des anciens collaborateurs et membres de la Stasi. On pouvait s'y attendre de la part de l'ancien général de la Stasi Engelhardt. Il défend depuis le début de cette année l'idée d'une dissolution pure et simple de la Stasi, sans ouverture des dossiers.

Dès qu'il a été question de soumettre les 400 nouveaux élus du Parlement à la vérification de leurs dossiers, le vent de l'amnistie s'est aussitôt levé — et avec quelle force ! — à l'Ouest. Le président de l'Office fédéral de RFA pour la détense de la Constitution, Gerhard Boeden, le ministre de Bonn Wolfgang Schäuble et Kolh lui-même ont entonné le chant du pardon. Le premier s'est prononcé pour une « amnistie généreuse, sauf pour ceux qui ont réellement commis des injustices criantes » ; le dernier a justifié cette idée en disant : « Nous devons non seulement vivre avec cette réalité [les 100 000 collaborateurs de la Stasi - ndlr] mais encore entamer le dialogue avec tous ces gens pour amorcer un processus de conversion de leurs esprits. »

La démocratie policée, et bien policée a vite fait l'unanimité des deux côtés de l'ancien mur de la honte ! D'autant plus que la RFA a quelque intérêt à "récupérer" certains services.

Selon Werner Fischer, l'un des trois commissaires nommés par le gouvernement Modrow pour la dissolution de la Stasi, 32 polices du monde travaillent en RDA et « il faut dire qu'une part importante des données enregistrées ici sont de-

RDA =

Unité.. pour

couvrir la Stasi

du mois de mars pour exiger : « Pas de Stasi dans le parlement ! ». Werner ajouta: « Ce conflit porte, à mon avis, sur une question : aurons-nous, oui ou non, la démocratie ? ».

Michel THEVENAZ puis longtemps en possession du KGB et, probablement, d'autres services secrets » (TAZ, 4 avril 1990). De Bonn à Berlin et plus loin encore, bien des gouvernements voient avec crainte l'ouverture des six millions de dossiers de l'ancienne police de Honecker — un dossier pour trois habitants! Le pardon et l'amnistie Au nouveau parlement de Berlin, chrétiens-démocrates communistes, flanqués même d'anciens oppositionnels, ont donc commencé par s'opposer au contrôle des 400 parlementaires, ou tout au moins cherché à le limiter. Tout en refusant l'immixtion de Bonn, Modrow s'est prononcé comme Kolh pour que « le parlement trouve une solution qui ne prolonge pas les recherches à l'infini (...), les députés doivent comprendre que le pardon et l'amnistie peuvent être aussi nécessaires que la réhabilitation des victimes ». De son côté, Eberhard Engler, chef de la Union démocrate-chrétienne (CDU) de Berlin-Est, met en garde contre un contrôle qui ne se limiterait pas au parlement : « Bientôt, ce seront les 27 000 élus des communes et districts qu'il faudrait aussi contrôler? Le peuple va en venir aux mains.» Son de cloche analogue chez le pasteur Rainer Eppelmann, l'une des figures publiques des manifestations de l'automne dernier devenu chef de file de Rupture démocratique, petite formation (0,9 % des voix) alliée à la CDU qui vise à un poste gouvernemental. Eppelmann prédit une « atmosphère de lynchage » et de règlement de comptes. S'il ne s'oppose pas à contrôler les parlementaires, il souhaite que l'enquête s'arrête là et qu'on

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RDA trouve un compromis: «Je n'en vois qu'un seul actuellement : ce nouveau parlement et ce nouveau gouvernement doivent être aussi propres que possible et ensuite, donnons le pardon général » (Der Spiegel, 2 avril 1990).

Pourquoi cacher la vérité dans l'absolution générale ? Sebastian Pfugbeil, ministre sans portefeuille du gouvernement Modrow, membre du Nouveau Forum, exprime le sentiment de dizaines de milliers de citoyens en s'y opposant : « Il n'est pas question de limiter l'enquête aux 400 parlementaires. Les élections communales vont avoir lieu et je ne voudrais pas d'un maire qui a travaillé pour la Stasi. Il en va de même pour les juges, les procureurs et les enseignants. Je ne voudrais pas que mes enfants soient formés par d'anciens membres de la Stasi. Nous avons à faire à un problème analogue à celui que nous avons connu en 1945 — et qui avait été résolu de manière insatisfaisante. J'estime que nous pouvons le résoudre aujourd'hui de manière plus intelligente. Cela demande un certain effort, mais ceci ne plaide pas contre le fait de l'entreprendre » (TAZ, 28 mars 1990).

Reconversion

La crainte des "règlements de comptes" est en effet un argument bien facile pour camoufler ce qui est en train de se passer. Le danger n'est pas celui de lynchages en masse, mais bien plutôt d'une reconversion de la Stasi dans l'appareil d'Etat et l'industrie. Le 26 mars, sur enquête menée par les mouvements de citoyens de Rostock, appuyée par une manifestation de rue, le maire de cette ville, Henning Schleiff, et son adjoint aux questions scolaires, Gustav Bendlin, tous deux membres de l'ancien SED et de la Stasi, ont dû démissionner. Ils avaient commencé à recycler dans les écoles des anciens membres du Parti et de la Stasi. Suite à leur démission, la mairie a été reprise par les membres de la Table ronde locale et le nouveau maire est membre du Nouveau Forum.

Werner Fischer, de son côté, signale plusieurs faits. Auteur du Rapport du groupe de travail Sécurité de la Table ronde centrale de RDA, daté du 12 mars 1990, il indique qu'à cette date « 38 750 des 40 409 employés de la Stasi dans les districts et 28 815 des 33 121 de la centrale ont été licenciés » et fixe ainsi des critères pour leur réembauche: « Pas d'embauche de structures collectives ; engagement de spécialistes pour résoudre des tâches de ministères, mais jamais à des fonctions de direction ; contrôle par le syndicat des policiers, embauche provisoire d'un an et confirmation à ce délai de l'embauche définitive si le collectif de travail l'accepte » (Rapport, p.8).

Puis il ajoute : « Le contrôle de la dissolution de l'ancien ministère de la Sécurité se heurte à des grands problèmes par la fondation d'entreprises à partir des anciens fonds de la Stasi, comme par exemple l'Entreprise d'ingénieurs pour la construction d'appareils scientifiques. Cette entreprise a été créée en toute pré cipitation le 13 janvier 1990 (deux jours avant la manifestation qui a occupé les locaux de la Stasi) par décision ministérielle en fusionnant, sans en informer suf-

STASI OO:: la population, secteurs de l'ancienne Stasi et leurs filiales. Elle compte actuellement trois ateliers principaux à Berlin-Köpenick, Leipzig-Beucha et Berlin-Hohenschönhausen, dotés chacun d'une infrastructure technique extraordinaire et d'une multitude de petits ateliers de production et de dépôts. Il faut y ajouter au moins 16 centres de repos d'une capacité globale de 4 000 places, un jardin d'enfants de 544 places et une quantité inconnue de terrains immobiliers. C'est ainsi que le ministère pour les Sciences et Techniques a repris, en date du 13 janvier 1990, une "Entreprise d'ingénieurs pour la construction d'appareils scientifiques qui employait comme auparavant plus de 1 500 anciens membres du ministère de la Sécurité qui, surtout, continuent à travailler dans l'ancienne structure de leur entreprise"!» (Rapport, p.11).

Les techniciens de la Stasi se préparent aussi à vendre leurs services sur le marché ! Interviewé le 4 mars par la TAZ, Werner Fischer indique : « Je perçois le danger que d'anciens collaborateurs prennent pied dans l'économie grâce à leurs relations. »

Alexandre Schalk-Goldokowski, colonel de la Stasi et son grand pourvoyeur de devises grâce au marché des armes (en Iran et en Irak notamment), en est un prototype. Il était suffisamment haut placé pour prendre la poudre d'escampette avant le désastre. Un mandat international le poursuit. Mais il s'est expliqué au journal de RFA Die Welt: ses affaires commerciales l'avaient mis en contact avec la meilleure société et il est « fermement décidé à saisir les chances qui s'offrent aujourd'hui en masse » !

Dans son entretien à la TAZ, Werner Fischer signale aussi les résistances rencontrées par les commissaires chargés de la dissolution de la Stasi auprès du Procureur général, qui s'est aussi opposé à l'enquête des parlementaires : «Nous avons eu, dès le début, des relations difficiles avec le Ministère public. Nous avons dû faire l'expérience que les procureurs qui nous ont été désignés étaient tout sauf prêts à collaborer avec nous. Depuis, nous avons même le sentiment qu'ils nous ont carrément bloqués. » Projet totalitaire Tandis que les enquêtes révèlent les massacres et les charniers de la fin de la guerre où la police politique stalinienne a liquidé des milliers d'anciens nazis et d'oppositionnels de gauche, un autre scandale a éclaté à Erfurt — dans cette région où la CDU a fait un plein de voix.

Le Comité de citoyens de cette ville -- qui regroupe tous les partis et contrôle les locaux de la Stasi depuis le 4 décembre, avec gardes quotidiennes — a fait connaître les plans de "camps d'internement" préparés par la Stasi dans les dernières années du régime. Préparé depuis 1980, ce projet devait réaliser 24 camps d'une capacité totale de 15 à 20 000 places où auraient été internés tous les oppositionnels. Le plus grand camp aurait été situé près de Gotha. Chacun aurait été entouré de barbelés électriques et de tours de contrôle. On aurait réquisitionné à cet effet des camps de vacances pour jeunes, des locaux de la Société sport et technique, des villages de bungalows. Dans toutes les villes, des listes de noms étaient établies. Une telle liste de 122 noms a été révélée à Leipzig en date du 9 octobre dernier.

Mais c'est moins le macabre de ce projet — qui s'inscrit bien dans le style des régimes staliniens ou autoritaires bourgeois — que les suites de cette affaire qui fait scandale. Le 3 avril en effet, le Comité de citoyens a lancé une lettre

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ouverte au Parlement national appuyée par une grève de la faim. Ceux qui avaient révélé le scandale ont dû employer les grands moyens pour se faire entendre ! Ils exigaient, d'une part, que tous les parlementaires et les futurs élus communaux soient soumis à l'enquête sur leur éventuelle collaboration avec la Stasi et, d'autre part, que soit mis fin aux pressions et aux menaces qui entravent le travail de la Commission d'enquête à Erfurt. Pour éviter en outre que des dossiers disparaissent, ils ont commencé à murer au béton les accès des locaux de la Stasi.

Paralysie de la justice

Un porte-parole de la CDU de Thuringe, Wolfang Hase, expliqua à cette occasion que son parti n'était pas du tout d'accord avec la direction berlinoise de la CDU sur le blocage des enquêtes sur les parlementaires. Et surtout, le Comité d'Erfurt protestait contre une circulaire de la Commission gouvernementale pour la dissolution de la Stasi qui enjoint les entreprises à libérer cinq personnes par district pour cing jours par semaine. Comme la plupart des entreprises sont encore dirigées par des ex-membres de la Stasi qui ne voudront pas prendre en charge ces coûts, cette mesure revient à priver les commissions d'enquête des moyens d'agir.

Ces multiples blocages ne surprennent évidemment pas dans un régime où la police politique était dans tous les rouages décisifs de l'Etat et de l'économie. Prêcher l'abolition et le pardon équivaut au fond à récupérer l'ancienne bureaucratie corrompue pour la "blanchir" dans les nouvelles fonctions de l'économie de marché, de la démocratie parlementaire aux ordres et, demain, de l'Allemagne unifiée.

Kohl sait aussi bien que les hauts fonctionnaires ou directeurs de l'ancien SED que cette "osmose" est un garant d'une intégration dans l'ordre de la RDA et d'une vigilance limitée de la population sur les "grandes opérations" en cours.

Ils ont dû méditer avec aigreur l'expérience de Rostock. L'enquête sur le maire de cette vile a non seulement découvert le pot aux roses des anciens flics reconvertis en enseignants, mais encore quelques coquettes affaires avec la RFA : l'administration municipale avait déjà passé contrat avec une entreprise de Hambourg pour réinstaller les horloges publiques en lui accordant toutes les recettes des panneaux publicitaires qui les entouraient. D'autres contrats semblaient en cours pour installer des hôtels de luxe et des chaînes de grands magasins. Ces exemples ne sont évidemment que la toute petite pointe de l'iceberg. Toutes les grandes compagnies de RFA font main basse sur l'économie, les services et les biens immobiliers de

La plus grande compagnie d'assurances ouest-allemande, Allianz, s'est déjà assuré (c'est le cas de le dire !) de la totalité des contrats de l'ancienne assurance d'Etat. VW sait déjà qu'il produira des Polo à Zwickau et Opel des Kadett à Eisenach. Krupp n'engage des réfugiés est-allemands qu'à la condition qu'ils retournent travailler dans leur ancienne patrie. La Dresdner Bank tient prêts 35 guichets préfabriqués pour s'installer en RDA et concurrencer la Deutsche Bank, dont l'entreprise-conseil Roland Berger supervise déjà les comptes des principales entreprises de RDA, et qui va reprendre la Kreditbank de Berlin-Est et ses 200 filiales.

Les trusts de l'énergie ont un programme tout prêt pour arrêter ou reconvertir les centrales de RDA et tirer des lignes à haute tension depuis la RFA. Combien d'anciens fonctionnaires ou directeurs, qui étaient tous de plus ou moins grands policiers de la Stasi, ont déjà trouvé place, agrément et coquet revenu dans cette gigantesque manœuvre de réconciliation ? Beaucoup, sans doute, et surtout les plus haut placés. Voilà ce que, de Berlin à Bonn, anciens et nouveaux gouvernants ne veulent pas qu'on mette en lumière !

Six millions de fiches !

A sa manière, Werner Fischer en témoigne. Dans son rapport du 12 mars déjà cité, il se montrait très prudent sur la publication des dossiers de la Stasi. Ces six millions de fiches, ces 50 000 mètres de dossiers lui semblaient si explosifs qu'il conseillait la prudence dans leur divulgation. « Il est clair que l'ouverture des dossiers permettrait d'éclairer bien des choses. Chacun saurait qui l'a espionné, qui a parlé de lui. Mais je pense que de telles révélations pourraient stimuler le climat de suspicion ou l'auto-justice. Personne ne doit surestimer ses capacités humaines » (Rapport, p.15). Il proposait en conclusion de placer les dossiers sous clé, que le nouveau gouvernement évalue quel usage en faire et accorde aux anciens collaborateurs de la Stasi la possibilité de

Trois semaines plus tard, Werner Fischer se montre beaucoup plus intransigeant. Les résistances ont été nombreuses et surtout, à Rostock et Erfurt par exemple, l'ouverture de certains dossiers par les commissions d'enquête a mis à jour les scandales sans pour conduire aux lynchages que feint de re-

RDA douter tant Eppelmann. Fischer conclut : « Contrairement au sentiment que nous avions il y a deux semaines, où nous pensions contrôler d'une certaine manière le processus de dissolution, j'ai aujourd'hui l'impression que tout nous file entre les doigts. Cette impression va bien au-delà de la dissolution de la Stasi en tant que telle. Depuis que ce ministère a été presque dissout, un vide s'est établi. Le KGB travaille et d'autres, notamment le Bundes Nachrichten Dienst de RFA, comptent sauter dans la brèche (...) Il est important que la dissolution soit contrôlée et c'est aux comités de citoyens de le faire (...) Je voulais éviter d'attiser un climat de suspicion, une ambiance de pogrom. Depuis les élections et après la multiplication des indices que nous avons reçus, je pense qu'il en va autrement du moment que les gens ont, par ces élections, pris leurs responsabilités politiques. Je pense que la population a le droit de vérifier le passé des parlementaires. Sinon, nous nous exposons au reproche de vouloir étouffer les choses. Cette affaire a été pour moi un moment de rupture et je me suis engagé en faveur d'une publication des dossiers de tous les candi-

Nouvelles mobilisations ?

Des décennies durant, les citoyens de RDA ont été traités — et maltraités — comme des mineurs. L'Etat-Parti-Stasi leur dictait chaque pas, chaque idée, chaque comportement. Mais à peine ont-ils, dans la rue en automne, dans les urnes en mars, pris leurs responsabilités de citoyens actifs, les gouvernants d'Ouest et d'Est les jugent déjà incapables de connaître la vérité sur leur propre société. Non seulement celle d'hier, mais encore celle qui se fait maintenant (et dont on veut cacher les manœuvres). Tel est le sens du plaidoyer pour l'amnistie.

Ceux qui ont conquis une fois des libertés démocratiques, ne les lâchent pas de sitôt. Les manifestants de la fin du mois de mars, les actions des mouvements de citoyens comme à Rostock ou Erfurt ont déjà porté des fruits. Sous la pression de ces événements, les chefs des fractions du nouveau parlement ont donné leur accord à une enquête sur les parlementaires. Le Spiegel (2 avril 1990) commente : « Les parlementaires n'avaient pas le choix. Le conflit pour maîtriser le passé politique laissé par le SED et son armée d'espions menace de diviser la société est-allemande déjà très ébranlée. » La vérité a encore quelque avenir de l'autre côté de l'ancien rideau de fer. *

La Brèche, 13 avril 1990

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