Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

La gauche dans le collimateur

· Inprecor n° 309, 18 mai 1990 · p. 18-20 · 1 682 mots

Inprecor a rencontré Carlos Romero, vice-président de l'Union patriotique,

COLOMBIE sur

Jaramillo? nat de Jaramillo, à la quasi unanimité, nous avons décidé de nous retirer des élections. En assassinant notre candidat, on nous a délogés de la campagne électorale à coups de feu. Nous pensons qu'il n'existe pas de garanties pour une participation réellement démocratique au processus électoral. Le gouvernement omet une de ses obligations constitutionnelles : défendre la vie de ceux qui participent à la vie politique nationale. Par ailleurs, en vingt jours — délai établi par la loi électorale — il nous était matériellement impossible de choisir un nouveau candidat à la présidence qui pour expliquer notre position sur la situation.

de Jaramillo ?

A notre avis, les groupes militaires, les "narco-paramilitaires", sont derrière ce meurtre. Mais le gouvernement porte aussi sa part de responsabilité. L'ancien ministre de l'Intérieur avait fait des déclarations absurdes selon lesquelles contre- l'UP serait le bras politique de la guérilla. Ces propos ont évidemment encouragé les groupes para-militaires à assassiner Jaramillo, et aussi à préparer d'autres meurtres qui se préparent contre des dirigeants de l'UP et du mouvement syndical et paysan (voir Inprecor n° 306 du 6 avril 1990).

la lutte électorale, l'UP?

L'UP n'est pas un parti politique.

La gauche dans le collimateur pour faire le point sur la crise que traverse le pays et de ses conséquences pour la gauche colombienne.

INPRECOR : Que pense l'Union patriotique (UP) des élections qui se préparent et de l'assassinat de son candidat à la présidence, Bernardo

Carlos ROMERO : Après l'assassid'accord.

puisse faire campagne

• Qui est responsable de l'assassinat paral'armée.

• Le Parti communiste de Colombie

(PCC) explique que le peuple dispose de différents moyens pour se battre :

l'auto-défense armée, etc. Quelle est la position de vienne

Nous sommes inscrits comme tel parce que la loi l'exige. Mais dans l'UP on trouve des libéraux, des conservateurs, des catholiques, des communistes, etc. Aucune des forces qui y participe ne peut imposer son point de vue.

L'UP, par exemple, ne se prononce pas en faveur du socialisme ; ce n'est pas un parti socialiste. C'est un mouvement qui œuvre pour la démocratie en Colombie, pour une ouverture démocratique qui puisse ramener la paix au peuple. Dans cette optique, les différents moyens de lutte dont parle le PCC ne sont pas une position affirmée de l'UP ; même si certaines de ses composantes peuvent être

• Quelles sont, selon vous, les conditions nécessaires à une ouverture démocratique en Colombie ?

Le problème le plus grave du peuple colombien est celui de la violence sous toutes ses formes, dont celle issue de l'affrontement entre les forces armées et la guérilla. Nous pensons qu'il n'y a pas d'issue militaire possible à ce problème, ni du côté de la guérilla, ni de celui de

A partir de cette analyse, la solution politique et pacifique du conflit armé est la seule issue viable. Nous agissons en ce sens, mais les portes se ferment devant nous car il existe une grande méfiance entre l'armée et le mouvement guérillero. Aucune force politique nationale n'est capable de servir de médiateur dans ce conflit, les partis politiques traditionnels ne semblent pas prêts à le faire. Mais l'UP a fait des propositions pour chercher des médiateurs extérieurs. Nous avons envoyé une lettre au pape, pour lui demander sa solidarité et aussi pour qu'il interauprès des organisations internationales et des Nations-Unies pour

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obtenir, par exemple, que des gouvernements comme celui de l'Equateur ou du Venezuela, liés à la social-démocratie, puissent participer à la recherche d'une médiation qui soit acceptable tant pour les forces armées que pour la guérilla.

• Où en est l'Union patriotique après que certains de ses dirigeants, comme

Diego Montaña ou Angelino aient formé un nouveau bloc avec d'autres forces ?

La direction de l'UP sort d'une crise. A mon avis, l'ancienne direction à la tête de laquelle se trouvait Diego Montaña, était très incohérente. Par exemple, le camarade Bernardo Jaramillo a un jour déclaré qu'il fallait établir un dialogue avec les narco-trafiquants ; Montaña, lui, a refusé cette proposition. Un mois plus tard, Montaña a signé une déclaration avec certains notables qui négociaient, de fait, avec les narcos. C'était politiquement inacceptable et très grave.

Tout cela nous a fait très mal, mais nous sommes en train de remonter la pente. Notre projet ne passe pas seulement par des accords au sommet, mais aussi, et surtout, par un travail à la base, avec le peuple colombien.

Il faut attendre que le nouveau bloc exprime clairement son point de vue, nous pourrons alors dire en quoi nous sommes d'accord et ce qui nous sépare.

Je peux, par contre, parler des positions de certains de ses dirigeants, par exemple, sur le conflit armé. Garzon s'est prononcé en faveur d'une paix négociée, mais s'il le pense vraiment je ne sais pas ce qu'il fait à l'intérieur du M-19, qui, lui, n'a pas été capable d'y parvenir et qui, de fait, a fini par se rendre.

Nous établissons une différence claire entre le fait de rendre les armes et la négociation de paix. Nous pensons que le mouvement armé a un rôle important à jouer : il doit garantir une ouverture démocratique par la négociation. A mon sens, c'est un objectif réalisable ; la guérilla veut négocier et parvenir à un accord, même pour se démobiliser. Mais cet accord doit être obtenu sur la base de la négociation car il nouveau front — le Front populaire (FP). démocratie internationale. Carzon de la gauche. projet, il est bon qu'ils créent un parti social-démocrate. Nous établirons peut-être cidons déjà sur la nécessité de la paix néblée constituante, sur le pluralisme, etc.

l'UP? taña, qui disait être partisan d'un socialisme humain calqué sur la perestroika, m'ont surpris. D'autant plus que, comme je vous le rappelais avant, l'UP n'est ni un parti, ni un mouvement socialiste. Il veut obtenir la démocratie dans le cadre du capitalisme. Sur le terrain économique, par exemple, nous sommes pour une économie mixte solidaire.

cadre du capitalisme? faite, mais je pense qu'il peut y avoir une démocratie très large en Colombie. A mon sens, le socialisme n'est pas à l'ordre du jour. Nous avons besoin d'une démocratie intégrale, qui rétablisse les droits doit apporter quelque chose au peuple colombien. Nous sommes partisans de la paix, mais d'une paix négociée. Voilà sûrement une différence entre nous et le

Ce nouveau front a un projet politique différent du nôtre, soutenu par la social- get et leur vie...

On peut donc sentir là des ingérences extérieures dans un processus de division

Nous ne sommes pas contre un tel certains accords ; en tout cas, nous coingociée, sur la convocation d'une assem-

• Est-ce que la situation internatio- Colombie.

nale (la perestroïka, les accords régionaux, etc.) a influé sur les divisions de

L'UP n'a jamais discuté de ces problèmes. Les déclarations faites par Mon-

++3411eer. mocratie.

• Mais pensez-vous réellement qu'une telle démocratie est possible dans le

Je ne prétends pas qu'elle serait par-

COLOMBIE des travailleurs. En Colombie, il est plus facile de former un groupe de guérilla qu'un syndicat, car la liberté d'association n'existe pas et ceux qui s'organisent sont persécutés. Chez nous, les dirigeants syndicaux risquent leur emploi, leur bud-

La démocratisation des moyens de communication est aussi importante. Les grandes chaînes de télévision colombiennes appartiennent à quatre familles présidentielles ; il est matériellement impossible d'y avoir accès.

Nous voulons aussi parvenir à la paix avec la perspective d'installer un gouvernement pluraliste, où puissent se retrouver des libéraux, des conservateurs, des communistes, l'UP, tous ceux qui veulent construire une véritable démocratie en

• Vers quelles forces de gauche l'UP veut-elle se tourner?

La Colombie a de grandes ressources démocratiques. Malheureusement, elles sont dispersées, en fonction de différences personnelles ou régionales. Il faut donc un point de référence et un mode de coordination pour unir tous ceux qui se battent pour des réformes. Dans le Parti libéral, par exemple, il existe de nombreux secteurs démocratiques qu'il faut gagner, comme dans le Parti conservateur. Les mouvements sociaux, en général, sont des alliés pour la cause de la dé-

• Vous n'avez jamais songé à faire des alliances avec A Luchar ou avec d'autres forces de gauche?

Actuellement, nous sommes en train de discuter de la demande d'A Luchar d'entrer dans l'UP. En ce qui concerne les organisations politiques (comme A Luchar ou le Frente Popular), l'entrée dans l'UP doit se faire sur la base du respect de leurs structures organisationnelles, avec des garanties quant à leur participation à notre direction nationale ; les décisions doivent être prises de façon consensuelle et pas à la majorité.

Le Parti communiste est majoritaire

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= COLOMBIE dans l'UP, cependant nous avons décidé de fonctionner au consensus.

• Des élections municipales ont eu lieu récemment en Colombie. Quel bilan tirez-vous du score de Pizarro et de l'UP?

Le score que nous avons obtenu constitue un recul. Ce recul s'explique d'abord par l'impact de la guerre sale à la campagne et en ville (il ne faut pas oublier que plusieurs dirigeants de l'UP ont été assassinés en plein Bogota).

La situation de violence actuelle nous a nui, car il fallait se méfier autant des groupes para-militaires que de certaines autorités légales ou militaires, qui s'acharnaient contre l'UP. Enfin, nos divisions internes, dans l'UP comme à l'intérieur des groupes qui la composent, nous ont aussi affaibli.

Pourtant, nous avons obtenu 255 000 voix ; nous avons neuf élus au Parlement, dix-huit députés départementaux, un sénateur, seize maires, sous le sigle UP et près de 93 en alliance avec d'autres forces et 257 conseillers municipaux.

Nous avons donc gardé nos positions. Des mouvements comme le M-19 n'ont pas réussi à atteindre la moitié de notre score, malgré l'appui du gouvernement. Certains secteurs du Parti libéral semblent avoir soutenu Pizarro, mais il faut souligner que le M-19 a aussi recueilli des voix en se présentant comme le véritable et unique défenseur de la paix. *

Propos recueillis par Eric Toussaint Avril 1990 *Les caricatures de notre dossier sur la Colombie sont tirées de la revue A Luchar.

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