Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Panorama de la gauche

· Inprecor n° 311, 15 juin 1990 · p. 5 · 965 mots

Europe de l'Est

article que nous reproduisons est issu de Polarita de mai 1990, le journal de l'Alternative de gauche-Mouvement pour un socialisme démocratique et autogestionnaire (1). Ce groupe a tenu son congrès de constitution le 17 mars 1990. Il rassemble environ quatre-vingt personnes d'origines politiques diverses, dont des anarchistes et des marxistes indépendants. On y trouve Petr Uhl, marxiste révolutionnaire et opposant de longue date à l'ancien régime bureaucratique, qui vient d'être élu député sur les listes du Forum civique (FC) à Prague. L'Alternative de gauche est partie intégrante du Forum civique. DOCUMENT

DANS notre spectre politique, l'immense majorité des nouvelles organisations, mouvements et prétendus partis rénovés se situe, d'un point de vue programmatique, à droite ou au centre-droit. En outre, on ne voit pas apparaître de grandes différences entre leurs programmes. L'ensemble de ces formations adhère aux principes conservateurs et libéraux de l'économie libre de marché où un secteur privé serait dominant, et au "retour dans l'Europe" dans le sens d'une reprise totalement a-critique des valeurs traditionnelles de la prétendue "civilisation chrétienne occidentale".

Les partis et mouvements qui se considèrent comme de gauche méritent une analyse plus précise car, à notre sens, ils pourraient, au moins, servir dans une certaine mesure de contre-poids à la droite.

Il faut d'abord évoquer le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) qui, du moins selon ses principaux dirigeants actuels, aspire à se transformer en "parti de gauche moderne". Outre le fait que de tels propos constituent un vrai handicap pour la véritable gauche, nous ne possédons cune véritable garantie de leur bonne

Tout porte à penser que les fonctionnaires du parti ne rêvent plus d'un retour à l'ancien ordre — rêve qui est à la fois révolutionnaire et contre-révolutionnaire. Cela n'a rien d'étonnant quand on sait que le PCT n'était déjà plus — et ce depuis longtemps — un parti ouvrier mais un parti extrêmement bureaucratisé qui défendait sa main mise totale sur toute la société, y compris sur les communistes de base. Avec la chute du régime stalinien, le PCT a perdu sa raison d'être. Ses chances de survie dépendent de sa capacité à gagner les communistes de base non compromis et à les isoler du "noyau dur" des fonctionnaires staliniens.

L'apparition de groupes qui scissionnent du PCT, tels le Forum démocratique tchécoslovaque et la Gauche indépendante, montre son éclatement. Pour l'instant, les programmes de ces nouvelles formations sont très flous pour l'instant.

Evolutions sociales-démocrates

On ne peut sûrement pas classer le parti le Parti socialiste tchèque (PST) dans la gauche (2). Depuis son dernier congrès, ce parti n'a plus rien de "gauche", hormis son nom. (...) Le programme électoral du PST ne cite pas une seule fois le mot "socialisme" et il va jusqu'à rompre avec ses meilleures traditions, surtout avec le programme très proau PST, la Socialdémocratie tchécoslovaque (SDT) a les mains propres en matière de collaboration avec l'ancien régime. Cet acquis est cependant mis à mal par les luttes internes qui s'y déroulent du fait des ambitions personnelles de ses représentants les plus connus. La SDT essaye de donner du lustre à son programme, plutôt vague, en lançant des appels bruyants à la glorieuse tradition du mouvement ouvrier. Or, en même temps, et avec une certaine pudeur, elle se définit comme un parti de centre-

Le parti Vert pratique également l'équilibrisme car son programme relativement modéré (disant, par exemple, qu'il est prêt à faire un compromis sur la question des centrales nucléaires) lui a valu d'âpres critiques de la part des partis écologistes occidentaux qui, souvent, sont plus proches de la gauche radicale.

Les seules forces de gauche conséquentes et authentiques qui existent aujourd'hui en Tchécoslovaquie sont les mouvements qui avaient mis sur pied des structures indépendantes avant le 17 novembre 1989 (voir Inprecor n° 299 du 12 décembre 1989) : l'Alternative de gauche, l'Association anarchiste tchécoslovaque et le Club OBRODA Pour un socialisme démocratique.

La tradition de la Charte 77

Dans cette situation, il est très difficile de défendre, aujourd'hui en Tchécoslovaquie, les valeurs traditionnelles de la gauche de manière efficace — la justice sociale, la solidarité et l'égalité sans lesquelles une vie libre et digne est inconcevable dans la société moderne.

Avec d'autres mouvements sociaux (tel le Parti radical transnational, les mouvements indépendants pour la paix et l'écologie, les mouvements culturels alternatifs, etc.), cette nouvelle gauche devrait incarner la continuation des meilleures traditions de la Charte 77 et des autres structures indépendantes qui existaient sous l'ancien régime, dans une lutte sans compromissions pour les droits de l'homme et les droits sociaux, la tolérance, le dialogue démocratique, la recherche de la vérité, etc.

Toutes ces valeurs, cultivées durant les vingt dernières années par une poignée d'individus courageux au prix de sacrifices personnels considérables, ne peuvent se propager sous la pression d'une concurrence sans pitié, du développement immoral de la consommation, de la promasse commercialisée et si la Tchécoslovaquie est bradée au capital étranger. Ces valeurs sont le patrimoine des larges masses, mais cela ne sera pas préservé en l'absence de la démocratie et de l'autogestion. L'avènement d'une société de ce type est le principal but de la nouvelle gauche démocratique dans notre pays. *

Polarita, mai 1990

1) Voir Inprecor n° 299 du 12 décembre 1989.

2) Avant la révolution de velours de novembre 1989, le PST était l'un des "partis satellites" du Front national dominé par les communistes. Il déclarait etre l'héritier direct du Parti socialiste national, d'origine petite bourgeoise et de centre gauche qui, à la fin de l'Empire des Hasbourg, fut créé comme concurrent nationaliste du Parti social-démocrate ayant une "base de classe". En 1918, sous l'impact de la montée révolutionnaire de la Première Guerre mondiale, le PST a adopté des positions très ancrées à gauche. C'était le parti d'Edouard Benes, président de la Tchécoslovaquie entre 1945 et 1948.

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