Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

L'émigration juive d'URSS

· Inprecor n° 312, 29 juin 1990 · p. 8 · 831 mots

URSS et Russie Palestine et Israël

En février 1990, une grève générale des Palestiniens de Cisjordanie et de

Gaza a mis l'opinion publique internationale face au problème de l'immigration massive des Juifs soviétiques en Israël, que le gouvernement Shamir essaie par tous les moyens de convaincre à s'installer dans les territoires occupés en 1967.

Antonio MOSCATO

CE PROBLEME n'est pas nouveau mais, jusqu'à présent, la direction de l'Organisation de libération de la Palestine

(OLP) avait essayé de le résoudre par la négociation diplomatique avec l'Union soviétique (URSS). Gorbatchev est soumis à toutes sortes de pressions, presque toujours beaucoup plus efficaces que celles de l'OLP. D'abord, la campagne internationale sur les droits de l'homme qui l'a poussé à laisser partir tous les citoyens appartenant à des ethniques opprimés groupes dont le droit à l'émigration est appuyé par un Etat ou même seulement par des groupes de compatriotes à l'étranger. Le droit à l'émigration a ainsi été très largement octroyé non seulement aux Juifs mais aussi aux Allemands de la Volga et aux Arméniens.

L'émigration juive, soumise pendant les trois dernières décennies à une législation très instable, avait toujours été conditionnée par les négociations avec les Etats-Unis (et par conséquent avec les puissantes institutions juives et le lobby pro-israélien de ce pays), mais non pas directement avec Israël.

Pendant les dix dernières années, 70 à

90 % des citoyens soviétiques d'origine juive qui obtenaient l'autorisation, s'arrêtaient à Vienne ou à Rome, après avoir quitté l'URSS, dans l'attente d'un visa pour les Etats-Unis ou le Canada. Paradoxalement, parmi la petite minorité qui acceptait de se rendre en Israël, un certain nombre n'était même pas d'origine juive, mais cherchait simplement à trouver un hébergement plus confortable que celui qu'assurent les autorités italiennes.

Aujourd'hui, la situation a changé radicalement. Pour différentes raisons, l'URSS a amorcé un rapprochement avec Israël, rétablissant, de fait, des relations diplomatiques.

Mais Gorbatchev et Chevarnadze sont allés bien au-delà. Ils ont accepté de discuter avec les représentants israéliens des modalités d'une véritable déportation des Juifs soviétiques — sans jamais avoir le courage de l'avouer à l'opinion publique internationale - qui a suscité, à juste titre, l'indignation de la minorité juive démocratique et anti-raciste d'Israël.

Exode volontaire ?

Pour empêcher l'exode vers d'autres pays de 90 ou 95% d'une émigration juive qui ne montre pas le moindre intérêt pour le "retour à la terre des ancêtres", les dirigeants israéliens ont agi sur deux plans : d'un côté, ils ont demandé et obte-

... lant que je n'ai (Je suis toujours en faveur d'un dialogue entre Palestiniens pas à parler et Israéliens. à un seul Palestinien. nu des Etats-Unis le blocage des permis d'immigration concédés par les pays, de l'autre, ils ont instauré un pont aérien entre Moscou et Tel-Aviv pour empêcher toute fuite vers d'autres "terres promises". Les Etats-Unis, quant à eux, ont subordonné la concession à l'URSS du statut de "nation la plus favorisée" dans les relations commerciales (octroyée en 1989 à presque tous les pays d'Europe de l'Est) à l'établissement du pont aérien direct.

L'Union soviétique a eu quelques hésitations et a préféré, pour l'instant, ne permettre que de rares vols directs, en donnant la priorité aux vols via Bucarest (jamais interrompus, grâce aux très bonnes relations que Ceausescu entretenait avec Israël), ou via Budapest. Cette attitude n'est pas uniquement le fruit des pressions extérieures. Dans beaucoup de ces pays (à commencer par la Pologne, où un ministre "communiste", Moczar, fit ré imprimer par l'armée le pamphlet antisé mite notoire que sont les Protocoles des Sages de Sion), l'anti-sionisme officiel avait souvent pris des tournures antisémites amenant nombre d'opposants à se méfier de toute critique envers Israël — y compris celles qui étaient justifiées.

Les mêmes gouvernements "communistes" avaient aussi qualifié de "progressistes" beaucoup de régimes arabes qui non seulement ne l'étaient pas, mais qui suscitaient une forte hostilité au sein de la population soviétique, tchèque ou est-allemande, à cause de l'arrogance et de la corruption de leurs représentants ; l'idée que beaucoup de leurs privations étaient la conséquence de la générosité avec laquelle leurs gouvernements apportaient une "aide fraternelle" à ces régimes qui l'utilisaient pour acquérir des armes était fréquente.

Ainsi, Gorbatchev et les dirigeants des nouveaux régimes hybrides de l'Est, ne répondent pas à une pression populaire soutenant les Palestiniens, mais plutôt à une attitude favorable à Israël, par réaction aux politiques antérieures. Mais le vrai problème est de savoir pourquoi aujourd'hui tant de Soviétiques sont disposés à utiliser n'importe quel prétexte pour émigrer, et pourquoi on trouve tant de Juifs parmi eux. Tout d'abord, il faut comprendre l'anxiété qui touche la majorité des citoyens de l'URSS face à l'aggravation des problèmes dans leur pays. Outre les problèmes économiques et sociaux, et à cause d'eux, l'approfondissement des conflits ethniques constitue indubitablement un facteur d'inquiétude. Les secteurs les plus conservateurs et discrédités de l'appareil — mais cette attitude concerne également d'autres couches de la population

- ont cherché des boucs émissaires : les Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990

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