Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

La Confédération du travail

· Inprecor n° 312, 29 juin 1990 · p. 9-13 · 4 932 mots

URSS et Russie Syndicalisme Stalinisme

indépendantes d'ouvriers soviétiques. Le Kouzbass (à environ 4 000 kilomètres de Moscou) est devenu une région importante pour le mouvement ouvrier en

Union soviétique depuis les grèves de dizaines de milliers de travailleurs des mines l'Union des ouvriers du Kouzbass (UTK), a été créée en novembre 1989 ; elle

Arméniens pour les Azéris, les Meskètes pour les Ouzbeks, les Moldaves pour les Kazaks et, à leur tour, les Baltes, les Caucasiens et les Juifs pour les Russes (le même phénomène s'était déjà produit lors de la résurgence de l'antisémitisme en Pologne en 1968 et en 1981).

Il en résulte un climat d'incertitude généralisée qui dépasse les victimes des pogroms (qui ne touchent pas les Juifs, pour l'instant, contrairement à ce que voudrait faire croire la propagande sioniste).

Dans la République de Russie, par exemple, le recours à l'antisémitisme est courant et combiné à une forte hostilité à l'égard de tous les allogènes : les Baltes car ils seraient "riches", les Caucasiens car ils vendraient leurs légumes et leurs fleurs à des prix très élevés, les Asiatiques car ils seraient "basanés", etc.

Mais, pourquoi les Juifs? Depuis 1939, ils n'ont plus aucun poids au sein de l'appareil soviétique (ils en furent tous écartés ; le ministre des Relations extérieures de Staline, Litvinov, en tête, pour favoriser l'accord avec Hitler). Entre 1948 et 1952, ils subirent une vague de persécutions qui aurait dû s'achever par leur déportation en masse. Pourquoi donc les présenter, comme le fait le groupe d'extrême droite Pamiat, comme les responsables occultes de chaque mauvais coup du régime ? Pour la même raison qui poussa Moczar, dans la Pologne de 1968, à présenter 10 000 communistes d'origine juive — presque tous très pauvres et hostiles à la bureaucratie — comme les responsables d'un immense "complot juif".

La bureaucratie en crise utilise cet expédient infâme parce que l'antisémitisme correspond à un stéréotype qui a fait ses preuves et qui plonge ses racines dans l'inconscient des masses populaires les plus arriérées et les moins politisées.

C'est pourquoi l'inquiétude qui s'était répandue dans l'après-guerre parmi les Juifs de l'URSS (pays qui, durant les vingt premières années de son existence, apparaissait comme un exemple positif de solution de la question juive) s'est transformée en panique à un moment où tous les points de référence de cette société s'écroulent, et où une explosion incontrôlée de toutes les haines inter-ethniques semble s'annoncer.

Pour résoudre le problème à la source — et outre le combat contre toute restriction du droit d'immigration des Juifs soviétiques — il faudra que le processus démocratique en URSS s'approfondisse, et que les bureaucrates qui cherchent à perpétuer leur domination en fomentant la haine parmi les peuples soient chassés. *

Juin 1990 Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990

DEPUIS les grèves, les tensions se multiplient entre les comités de travailleurs et l'appareil du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) du Kouzbass, qui a essayé de les entraver. Durant le Congrès des organisations indépendantes d'ouvriers soviétiques, un ouvrier du Kouzbass a exprimé son point de vue sur la situation, après les élections des Soviets, en mars 1990 : « Durant neuf mois, nous avons coexisté avec les Soviets locaux. Pendant une époque, il existait deux pouvoirs dans le Kouzbass mais aujourd'hui nous sommes dans l'opposition. Et pourtant, nous bénéficions d'un large appui populaire. »

Les comités de travailleurs du Kouzbass ont représenté la force motrice de l'organisation du Congrès, et ils ont dominé les débats - au moins numériquement, avec un peu plus de 50 % des 300

Une grande partie de la presse soviétique était présente au congrès (Pravda, Troud, Argumenti i Fakti) et certains débats ont été diffusés en direct à la radio

Aux côtés des participants du Kouzbass, l'on trouvait des représentants des principales autres régions minières (et grévistes), le Donbass, le Karaganda et Vorkuta, ainsi que des délégations des grands centres industriels de l'Oural et de Sibérie occidentale (Sverdlovsk, Tchélyabinsk, Novossibirsk, etc.), de Moscou, Léningrad, Gorki et Kiev et également

La Confédération du travail

Début mai 1990, Novokouznetsk, la plus grande ville de la région minière industrialisée du Kouzbass, a accueilli le ler Congrès des organisations et des usines métallurgiques en juillet 1989 — mouvement qui a également touché les autres régions minières du pays (1).

A la fin des grèves, les comités de grèves se sont transformés en structures permanentes, telles les comités de travailleurs, et une organisation politique, joue à la fois le rôle d'un parti politique et d'un syndicat.

Poul FUNDER LARSEN des représentants des Pays baltes et d'Azerbaïdjan (2).

Presque 70% des participants étaient des ouvriers, quasiment tous de sexe masculin, avec une moyenne d'âge étonnamment élevée : 81 % de plus de 30 ans, la plupart ayant entre 35 et 45 ans.

Faire de la politique

Les premières discussions du Congrès ont porté sur l'élection d'une commission ayant pour tâche de réécrire et d'amender les résolutions. La proposition que présentait la présidence — deux des dirigeants de l'UTK, Viatcheslav Golikov et

Mikhail Kisliouk et un représentant des mineurs du Donetsk — donnait la prééminence à des intellectuels moscovites, ce que plusieurs orateurs ont critiqué, demandant la participation de davantage de travailleurs ; d'autres se plaignaient de la présence dans cette commission d'un professeur du Kouzbass supposé être un chaud partisan du PCUS. La commission a finalement été approuvée, même si environ un quart des délégués a voté contre.

Dans son discours d'ouverture, Viatcheslav Golikov de l'UTK a surtout insisté sur la position clé de la classe ouvrière

1) Voir Inprecorn° 293 du 18 septembre 1989.

2) Les délégués de Moscou constituaient 7,2 % du

Congrès, la délégation du Donetsk 4,8 %, les autres délégations étant plus réduites.

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la réforme du marché, se prononçant pour adopté un ton prudent et conciliateur:

dans la lutte pour les réformes et sur la nécessité de l'unité : « Le système autoritaire administratif est source de bureaucratie, d'inégalité sociale et de crime ; les comités de travailleurs représentent une avancée dans la lutte pour le combattre. Nous sommes passés de groupes d'intellectuels à un réel mouvement ouvrier. Ces comités peuvent être à l'origine d'une véritable réforme. Mais nous devons absolument unir nos forces. La question de l'unité est essentielle. Nous devons intervenir à la fois dans les débats économiques et politiques. On ne peut pas changer la vie économique sans faire de politique.»

Contre les bureaucrates Golikov a aussi évoqué la question de la liberté des entreprises et pour une économie de marché qui aille de pair avec des garanties sociales. A propos des buts Moscou du Congrès, tant Golikov que Natalia Kotikova, dirigeante du Club des travailleurs de Moscou et co-organisatrice de la réunion, ont surtout souligné le besoin d'une confédération unissant toutes les - très hétérogènes — organisations de travailleurs à travers l'URSS, al- IRAN lant davantage dans le sens d'un mouvement de groupes de travailleurs que d'un syndicat indépendant ou d'un parti politique.

Le débat général a permis de connaître les différentes idées politiques existantes au sein de ce mouvement ouvrier en voie de formation — mais aussi d'avoir un tableau de la diversité des luttes et des expériences de ces groupes dispersés sur tout un sous-continent. La plupart des interventions étaient caractérisées par un sentiment anti-bureaucratique très fort contre les bureaucrates du Parti et des syndicats officiels (paradoxalement, la Confédération cats "officielle" était l'un des "sponsors"

Un délégué de Novossibirsk a ouvert le débat avec une attaque acérée contre la Confédération centrale: « Il devrait y avoir une purge de tous les bureaucrates syndicaux. Nous devons dénoncer leurs méthodes et les condamner publiquement. » Un représentant du Club politique des travailleurs de Gorki a aussi parlé des bureaucrates locaux qui avaient essayé d'empêcher la création de leur groupe au nom de «la défense de la perestroika » ! Il a dénoncé le Front uni des travailleurs (FUT), soutenu par certains secteurs de la bureaucratie syndicale, comme un opposant dangereux au mouvement ouvrier démocratique, et a appelé tous les travailleurs à quitter le PCUS (3).

L'aversion envers le PCUS a constitué le fil conducteur de nombre d'interventions — même parmi les 22 % de délégués qui en faisaient encore partie ; ses privilèges ont été dénoncés à de multiples reprises et il a été exigé, par exemple, que les apparatchiks rendent compte de leurs biens et que toutes les pensions du parti soient supprimées. L'assemblée s'est montrée méfiante quand Alexandre, Yevladov du comité central du PCUS, est monté à la tribune pour saluer le congrès. Dans sa courte intervention, il a Centres miniers en grève durant l'été 1989 Petchora URSS

Vorkouta Dniepropetrovsk

Kemerovo Donetsk

Prokopievsk Rostov sur le Don

Novokouznetsk: Karaganda

MONGOLIE CHINE «Je ne suis pas là pour défendre le PCUS. Le Parti va être reconstruit. (...) Lech Walesa a popularisé une très bonne idée : nous devons faire le bilan de notre politique. Le PCUS est en train de changer; nous devons poursuivre une ligne de centre-gauche. »

Ensuite, lors d'une conférence de presse, Yevladov a développé ses idées sur l'attitude que devrait avoir le PCUS face aux nouvelles organisations : « Je ne conçois pas l'opposition de cette manière : un parti au gouvernement et un parti en prison. Il y a bien sûr des extrémistes dans chaque mouvement, mais la vraie question est : quel est le caractère de ce mouvement? Il naturel d'unir ses forces.»

Il est évident que, dans la conjoncture politique actuelle, le PCUS reste la principale force politique en URSS, à cause de son énorme appareil et de son influence dominante dans toutes les sphères de la vie sociale. Un représentant de la Plateforme marxiste du PCUS en parlait dans l'une de ses contributions (4) : « Nous ne devons pas laisser le Parti entre les mains de Ligatchev. Il y a énormément de bons communistes dans le PCUS. (...) Mais l'abolition de tous les privilèges des dirigeants du Parti est une pré-condition au changement ». Il a aussi souligné que les différenciations au sein du mouvement ouvrier indépendant étaient aussi importantes que celles qui existent entre le PCUS et l'opposition : « Aujourd'hui, il existe deux tendances principales dans le mouvement ouvrier : l'une social-démocrate et l'autre marxiste. »

Cette division est apparue particulièrement clairement quand la discussion a porté sur le rôle du marché et sur l'autogestion ouvrière dans les usines. Lors d'une intervention très appréciée, un délégué du Kouzbass a avancé un raisonnement partagé par de nombreux participants : « Les régions ont besoin d'une économique. Après une période de transition, cela devrait aller de pair avec une réforme du marché. C'est vrai que les luttes politiques et économiques sont liées mais, pendant un certain temps, nous devons donner la priorité à l'économie, c'est-à-dire à JAPAN| une réforme du systême des prix qui ne doit pas provoquer un appauvrissement. » Il a également 1000 miles avancé des revendications 1600 km politiques très populaires comme le contrôle réel public du KGB, la dissolution des écoles du Parti et la taxation des institutions du PCUS.

Quelle réforme de marché ?

D'autres orateurs — dont un représentant des anarcho-communistes - ont soutenu l'exigence de réformes vers le marché libre, mais la discussion sur le caractère et les conséquences de ces réformes n'a jamais été très précise, ni le contenu du terme "réforme de marché" clarifié. En l'absence d'une véritable discussion sur l'économie de marché et sur d'autres axes du développement économique, un représentant de la Confédération syndicale centrale a eu beau jeu de demander : « Cette nouvelle organisation sera-t-elle capable de résoudre les problèmes liés à la réforme du marché? Il me semble qu'aucune organisation ne pourra le faire. »

3) Voir Inprecor n° 304 du 2 mars 1990.

4) Voir Inprecorn° 310 du ter juin 1990. Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990

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En tout cas, les références à l'économie de marché" ont été intégrées dans la version finale de la - plutôt vague — déclaration de la nouvelle organisation : « La "Confédération du travail" se déclare favorable à l'auto-gouvernement économique des entreprises et au développement de rapports de marché régulés, accompagnés de l'instauration d'importants programmes socIaux pour défendre les travailleurs et améliorer leurs conditions de vie. » Selon les dirigeants de la gauche du Congrès, les passages d'orientation plus libérale ont été rayés du document à cause des pressions de certains délégués.

Quelle organisation pour les travailleurs?

La question du type d'organisation à mettre en place est revenue dans presque chaque intervention. En saluant salle, un représentant polonais de Solidarité a clairement essayé d'encourager ceux qui, parmi les délégués, voudraient créer un syndicat indépendant. Mais, à cause de l'hétérogénéité évidente des forces en présence — d'un point de vue géographique comme professionnel et organisationnel —, la plupart des délégués a appuyé le principe de construire une confédération d'organisations de travailleurs.

Seule la délégation de l'Oural semblait avoir des opinions divergentes à ce sujet. Dans une intervention très lucide, un représentant du Front populaire de Tchélyabinsk a évoqué cette question d'une façon directement politique: « La révolution russe a représenté une avancée historique mais les bureaucrates ont usurpé le pouvoir. Nous sommes maintenant au seuil d'une nouvelle révolution politique. Mais cela ne se produira pas si la classe ouvrière n'est pas la force motrice. Durant la grève, l'an dernier, les travailleurs contrôlaient tout, mais maintenant le pouvoir est à nouveau entre les mains des bureaucrates. Pour menre fin à cela, nous avons besoin d'un mouvement ouvrier. Nous devons réaliser l'unité des forces favorables au socialisme.»

D'autres orateurs de l'Oural ont appuyé cette position. L'un d'entre eux a proposé : « Nous devons former un parti des travailleurs. Pour cela, nous avons également besoin d'un organe, d'un quotidien. » Un autre a ajouté: « Jusqu'à présent, nous n'avons obtenu que des concessions mineures. Mais notre lutte est dirigée contre l'ensemble du sysInprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990 tême. Cette organisation devrait être le parti politique qui menerait cette bataille.»

La crise sévère que subit actuellement l'Oural, le principal centre industriel d'Union soviétique explique ses attitudes radicales. Lors d'une conférence de presse, un participant venu de Tchélyabinsk a expliqué : « Dans l'Oural, les travailleurs ne sont pas aussi puissants que dans le Kouzbass, en partie à cause des nombreuses entreprises militaires de la région qui leur imposent des règles très strictes ; les gens ont peur de perdre leur emploi parce que cela

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supposerait une perte d'avantages sociaux. La région de l'Oural est dans état écologique désastreux. Il n'existe pas de démocratie en Oural aujourd'hui — la lutte pour l'obtenir vient tout juste de commencer. Nous n'avons pas aimé l'attitude de Gorbatchev lors de sa récente visite de la région : ses discours n'ont reflété que la dictature. La situation dans toute la région est extrêmement tendue » (5).

A l'opposé sur le spectre politique, on trouvait les représentants de l'Association sociale-démocrate, qui ont plaidé pour la constitution l'organisation la plus large possible. L'un d'entre eux a même essayé de remettre en cause le concept d'organisation ouvrière : « Cette nouvelle organisation a pour tâche de faciliter une révolution démocratique. Elle devrait être large et intégrer d'autres organisations sociales. Nous devrions également y inclure les paysans et les intellectuels. »

Ces idées allaient tout à fait dans le sens de l'orientation purement démocratique qu'une partie des orateurs proposait pour la nouvelle organisation. Gleb Yakounine, prêtre et député qui est monté à la tribune en soutane, l'a exprimé clairement : «Nous avons besoin d'un mouvement de masse démocratique. (...) Le bloc Russie démocratique essaye d'unir toutes les forces démocratiques. Vous devriez y entrer (...). L'organisation d'un parti ne conduira qu' à des divisions. »

L'abolition, de facto, de l'Article 6 de la Constitution soviétique — affirmant le rôle dirigeant du PC — a radicalement modifié tout la scène politique. Lors du congrès de fondation du Syndicat des travailleurs du Kouzbass, à l'automne 1989, les délégués avaient passé beaucoup de temps à se demander s'ils pouvaient utiliser le terme "politique" sans courir le risque d'être interdits. Aujourd'hui, ce genre de préoccupations a été quasiment oublié. Lors de ce Congrès, divers nouveaux partis ou comités préparatoires à de nouvelles organisations étaient représentés : sociaux-démocrates, anarchistes et marxistes de toutes sortes. La discussion la plus fougueuse a eu lieu à la suite d'une autre proposition de formation d'un parti. La présidence avait octroyé vingt minutes - contre sept minutes aux délégués - à Nikolaï Travkin, député et ancien membre PCUS, pour présenter sa proposition d'un nouveau Parti du peuple. Dans un discours très travaillé aux forts relents populistes, Travkin a attaqué l'idéologie du système — "le monstre communiste" -qui, selon lui, bloque toute possibilité de changement à cause de sa rhétorique "socialiste" et "égalitaire". Il a ensuite rejeté les différentes solutions avancées jusqu'alors — expliquant que ni les nouveaux députés, ni une présidence forte, ni le marché ne pourraient résoudre les problèmes de société. Il a donc appelé les gens à quitter le PCUS et a invité le Congrès à s'affilier à son nouveau parti.

Le poids des partis...

Le projet de Travkin a provoqué de vives réactions parmi les délégués. Des critiques différentes, la plupart justifiées, ont été énoncées à propos de l'idée d'un Parti du peuple : « C'est absurde de créer un parti du peuple — un parti doit ciale » ; « Travkin était au PCUS, maintenant, il cherche de nouveau à faire carrière » ; « nous n'avons pas besoin d'un parti politique parce que les syndicats peuvent apporter aux travailleurs ce qu'ils veulent »; « nous n'abandonnerons pas la lutte au sein du PCUS, alors que nous ne savons même pas quel type de parti nous créons. » La proposition de Travkin a été finalement rejetée.

Le deuxième jour, le Congrès a adopté sa principale résolution, la Déclaration de la nouvelle organisation. Il est évident

5) Voir Inprecor n° 311 du 15 juin 1990.

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que cette résolution a été façonnée par les forces politiques les plus puissantes de la majorité, notamment par un groupe d'intellectuels moscovites sociaux-démocrates.

... et des intelleetuels Significativement, c'est une dirigeante de l'Association sociale-démocrate, Galina Rakitskaya, qui a présenté la version finale de la nouvelle déclaration ; mais c'est la contribution d'un autre dirigeant de cette organisation qui, durant le congrès, a le mieux illustré l'attitude de ce courant. Il a sommé les participants de se débarrasser des idées bolcheviques et de reprendre Plekhanov (6) et il a déclaré : « Nous devons construire une coalition. » Cette idée était particulièrement prisée par les tenants de la realpolitik présents. Le représentant pragmatique du PCUS, Yevladov, est revenu à la charge en affirmant : « L'avenir, ce sont les coalitions. »

Il est évident que ce groupe d'intellectuels moscovites de tendance réformiste - certains sont des sociaux-démocrates organisés, d'autres des membres du PCUS - — a joué un rôle idéologique important lors du Congrès. Nombre d'entre eux auraient préféré que le congrès s'achève après l'adoption de la résolution principale ; ils ont expliqué que toute discussion supplémentaire sur des points plus spécifiques "contre-productive" comme l'avaient été, selon eux, les discussions du premier jour. Leur objectif évident était de limiter le débat et d'éviter l'adoption de motions plus radicales. Ils n'y sont pas parvenus, mais le fait qu'ils aient réussi à dominer idéologiquement la majorité du congrès met deux choses en évidence : d'abord que beaucoup des nouveaux regroupements de travailleurs sont assez faibles politiquement; ensuite que, dans la situation politique actuelle, les courants sociaux-démocrates — peut-être en coalition avec certaines parties de l'appareil — ont la possibilité de gagner de l'influence sur beaucoup de ces groupes.

Les débats ont bien sûr été influencés par la question de plus en plus brûlante des luttes nationales et des mouvements de masse dans les Pays baltes et dans le Caucase. Des délégations de sept républiques ont participé au congrès: Russie, Ukraine, Biélorussie, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Lettonie et Lituanie.

En général, les discussions et les décisions du congrès ont été caractérisées par une approche internationaliste de la question nationale et non par le chauvinisme grand-russe. Cependant, chaque fois que la question des nationalités réapparaissait dans le débat, la tension montait dans la salle. Plusieurs délégués ont demandé que la présidence fasse une résolution sur la Lituanie appelant à la fin du blocus. Quand la présidence a refusé « parce qu'il y a des questions plus importantes à l'ordre du jour », on a assisté à une vague de protestations et d'interpellations comme « vous êtes contre la Lituanie » (7).

Le dernier jour du congrès, lors de la discussion et du vote des résolutions, un échange de vues passioné sur la question nationale a eu lieu à plusieurs reprises. Une dispute virulente a éclaté quand a été proposée une motion selon laquelle la direction du PCUS aurait commis un crime en envahissant l'Azerbaïdjan et qui demandait le retrait immédiat des troupes soviétiques de Bakou. Certains délégués ont conseillé au Congrès de s'abstenir sur ce qu'ils ont qualifié de "jugement prématuré" (quatre mois après l'intervention !), mais une large majorité a voté la résolution.

Une Charte internationale

A ce sujet, il faut également mentionner la motion présentée, entre autres, par Bouclier, le syndicat des officiers de l'Armée rouge, qui exigeait la démission du ministre de la Défense, Yasov, à cause des massacres de Tbilissi et de Bakou. Selon ce texte, le complexe militaro-industriel est l'un des principaux facteurs de pauvreté de la société soviétique; il demandait que les travailleurs des entreprises militaires bénéficient également du droit de grève.

Lors de sa première intervention, le président du Syndicat des travailleurs lettons a introduit un autre aspect de la question nationale : « Pour l'organisation de notre confédération, nos statuts doivent prendre en compte le fait que les Républiques baltes proclament leur indépendance. Notre confédération doit avoir une Charte internationale pour que les orga-

6) Gheorghi Valentinovitch Plekanov a fondé l'Iskra (l'Etincelle) avec Lénine et Martov en 1900 : il a rejoint la fraction menchevique après le lle Congrès du Parti ouvrier socialdémocrate russe (POSDR) en 1903.

7) La résolution sur la Lituanie a été réécrite par la commission éditoriale plus d'une fois et a dû être votée.

8) De toutes les résolutions, seule la déclaration a été distribuée aux participants pendant le congrès. Les autres ont uninisations des Etats baltes puissent s'y affilier. » Un orateur lituanien, salué par des applaudissements, a développé ceci : « Les conservateurs pensent que les liens avec les Etats baltes vont se rompre maintenant. Mais ils ont tort : notre libération ne conduira pas à une rupture avec les mouvements en Russie. » Les délégués russes avaient la mêm position, et l'amendement sur l'affiliation internationale a été voté sans trop de difficultés.

Nucléaire ? Non, merci ?

Tous les textes devaient passer en commission des résolutions et celle-ci a apparemment remanié de nombreux amendements et toutes les résolutions. Durant sa dernière session, le congrès a dû voter sur plus de quinze résolutions, dont la plupart posait, de manière très lucide, des questions politiques centrales aujourd'hui en Union soviétique (8). Certaines avaient trait à des sujets "locaux" — par exemple, celle exprimant la solidarité du congrès avec les travailleurs des crèches du Kouzbass en grève ou celle soutenant le journal sibérien indépendant Sibirskaya Gazeta menacé de fermeture par les bureaucrates locaux.

Dans une résolution qui a une portée historique plus importante, les délégués ont rappelé les victimes de la tuerie de Novocherkass en 1962, sous Khrouchtchev, quand les participants à une manifestation ouvrière avaient été massacrés par l'armée; elle comparait cet épisode au massacre de 1905 (9) et demandait la réhabilitation immédiate des victimes.

Une autre résolution se prononçait sur le désastre de Tchernobyl et la conduite criminelle du gouvernement ; elle a donné lieu à un court débat sur l'énergie nucléaire. Des amendements radicaux de la résolution — relativement modérée — ont été présentés depuis la salle, demandant l'arrêt de la construction de nouvelles centrales nucléaires et un référendum sur l'avenir de l'énergie nucléaire en URSS.

D'autres motions sur les origines et les conséquences de la crise économique du pays, attaquant différents aspects des politiques de la direction de l'Etat et du Parti, ont été votées. Certains de ces documents contenaient des revendications anti-bureaucratiques intéressantes comquement été lues par la présidence et n'étaient pas disponibles. Ainsi, les citations de cet article se basent sur les notes de l'auteur.

9) Le 8 janvier 1905, une manifestation ouvrière conduite par le moine Gapone (agent secret de la police) fut réprimée dans le sang par l'armée qui tua 1 000 personnes et en blessa 5 000. 3 millions d'ouvriers se mirent en grève pour protester contre ce "dimanche rouge". Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990

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me, par exemple, un appel à l'abolition des structures du Parti dans toutes les usines et la condamnation de l'ensemble du système de privilèges et d'approvitie. Certaines des idées économiques qui font du chemin dans les débats de la nouvelle organisation comme, par exemple, la demande que les ressources monopolisées aujourd'hui par le complexe agro-industriel Agroprom soient transférées

Mais la majorité de délégués n'a absolument pas tenté de jeter les bases d'un quelconque programme économique et tion. La question de l'autogestion dans les usines et dans la société n'a quasiment pas été évoquée de façon concrète et la nécessité de soutenir les grèves menées à l'encontre de la réforme du marché n'est absolument pas apparue. Ce manque retardera inévitablement l'organisation de manière importante, car la question du marché et de ses effets sociaux devient un défi inévitable pour tous les groupes de travailleurs en Union soviétique.

Les principes de la

Confédération du travail

Il y a eu un débat révélateur et politiquement très intéressant autour d'un projet de résolution concernant la défense des droits des travailleurs appuyé par la gauche du congrès. Ce texte décrivait les conditions des travailleurs aujourd'hui, alors que leurs droits sont attaqués et que la possibilité d'élire les gestionnaires se révèle être une gigantesque escroquerie. Elle posait également comme principe l'indépendance du mouvement ouvrier au sein du mouvement démocratique. Finalement, elle essayait d'harmoniser ses analyses avec des propositions concrètes d'activités au niveau des usines (thème à peine évoqué dans les autres résolutions) en demandant instamment aux clubs de travailleurs d'organiser des réunions et des manifestations et en déclarant qu'il fallait construire des comités de travailleurs et de grève dans les entreprises. Cette résolution a soulevé le tollé des sociaux-démocrates auteurs de la Déclaration et a été rejetée par une majorité des délégués.

La gauche du congrès était constituée par des groupes et des individus de la gauche moscovite, par la délégation de l'Oural et par quelques uns des représentants des régions minières. Ce courant, regroupant environ 25% des délégués, Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990

WATHANRZASNAN n'est pas apparu comme une alternative claire à la majorité, mais plutôt comme un conglomérat large de visions politiques liées entre elles. C'est normal, vu le court laps de temps écoulé, leurs différences trajectoires et les distances géographiques ; n'importe quelle discussion banale se transforme ainsi très vite en débat compliqué.

Les délégués de ce courant de gauche ont aussi tiré des bilan différenciés du Congrès. Un dirigeant de la gauche moscovite a dressé un bilan plutôt négatif : « Nous avons assisté à une alliance très étrange entre des parties de la nomenklatura locale du Kouzbass avec des gens comme Golikov et Kisliouk et des intellectuels de droite venus de Moscou. C'est mauvais pour le mouvement ouvrier. Notre résolution sur l'autogestion et contre les privatisations a été repoussée. Nous avons obtenu que les passages les plus ultralibéraux soient supprimés de la Déclaration mais il n'y a pas eu ici de véritables discussions

Mais la plupart des participants étaient plutôt favorables à la façon dont se sont déroulés les débats. Les organisateurs du Kouzbass et les militants de base étaient, eux, satisfaits et soulagés parce que le congrès avait produit des résultats concrets, et surtout abouti à la formation du nouveau syndicat, la Confédération du

La Confédération du travail repose sur le principe de l'adhésion collective ; tout groupe politique qui souscrit à la Déclaration peut en faire partie. Le

Bienvenue en Amérique Mikhail...

Qu'y a-t-il en premier sur votre liste?

Pain, lait el farine... COURSES Pain Lait Farine Ocufs D Congrès a élu un conseil de 58 personnes représentant les organisations présentes (dont peut-être trois se revendiquent des thèses de la gauche).

Cet organe se réunira approximativement trois fois par an et élira un comité de coordination et un président lors de sa première séance, dans le Donbass, en juin 1990. En attendant, quatre coordinateurs — à Moscou, Sverdlovsk, dans le Kouzbass et le Donetsk - assurent l'intérim.

Un autre délégué de la gauche a avancé un bilan plus équilibré, détonnant avec l'optimisme des uns et le sceptisme des autres : « Au vu des organisations qui s'y sont investies et des rapports de forces, le déroulement du congrès était prévisible. Les groupes présents étaient extrêmement hétérogènes: des organisations de travailleurs — comme les comités de grève — et des intellectuels amateurs de "débats de société". La décision la plus importante a été le lancement de la Confédération du travail. Mais l'aspect le plus positif a été que nous ayons pu tisser de nombreux nouveaux contacts et former un courant de gauche durant le Congrès. »

Si le Congrès de Novokouznetsk n'a sans doute représenté qu'un petit pas en avant pour l'ensemble du mouvement ouvrier, il pourrait donner un coup de pouce significatif au processus de discussion et de coopération entre les marxistes de la gauche soviétique. *

Mai 1990

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