Le ministre des Finances sortant, un dirigeant social-démocrate, entre au conseil d'administration de la plus grande compagnie suédoise, Volvo. Les manifestations protéger six des officiers de police très haut placés poursuivis pour l'arrestation d'importantes protestations d'experts. Les députés s'octroient une augmentation salariale de 20 % alors que, dans le même temps, le pouvoir d'achat d'un ménage
Voici quelques aperçus de la Suède en ce mois de mai 1990 qui dépeignent un
CETTE CRISE constitue sans aucun doute une surprise pour beaucoup de gens à l'étranger qui on toujours entendu dire que la Suède était un exemple de développement social harmonieux. Le "modèle suédois" s'exporte actuellement de la Pologne à l'Etat espagnol, des Pays baltes à la Nouvelle-Zélande !
Ce "modèle" est généralement présenté comme un système produisant un niveau de vie élevé et des garanties sociales, avec un pacte social gouvernement, la grande industrie, et des syndicats qui jouissent d'une forte influence sans avoir recours aux grèves. Et
Il faut donc revenir sur ce fameux modèle tel qu'il a existé et tel qu'il se perpétue dans certains domaines car ceux qui en vantent les mérites ont tendance à oublier un point essentiel : il a été construit dans des conditions historiques très particulières autant pour les capitalistes que pour le mouvement ouvrier suédois.
Pour comprendre les spécificités historiques de la Suède, il faut revenir à la social-démocrate (SAP) en 1889. Même s'il s'est créé sur le principe de la "lutte des classes", il a été influencé par l'aile révisionniste du Parti social-démocrate allemand (SPD) depuis son dirigeant, Hjalmar Branting, déclarait que les élections parlementaires pourraient remplacer la révolution dans la prise du pouvoir.
SUEDE du ler Mai 1990 ne rassemblent qu'environ la moitié de leurs participants
"habituels". Le plus grand syndicat de l'Europe du Nord, le Syndicat des travailleurs municipaux de Stockholm, fort de 50 000 membres, refuse de conserver son affiliation au Parti social-démocrate et exige la démission du président de la Confédération nationale des syndicats (Lands
Organisasjonen — LO). Le gouvernement prépare une nouvelle loi pour illégale de réfugiés kurdes et palestiniens et cet arrêté n'est retiré qu'à la suite moyen de travailleurs a chuté de 16 200 couronnes par an depuis 1976 (environ 2 700 dollars).
climat social et politique en voie de changement, pour ne pas dire en crise.
Maria SUNDVALL *
La classe ouvrière suédoise de cette époque était jeune, récemment immigrée depuis les campagnes et augmentait rapidement (50 000 ouvriers industriels vers
1830, 265 000 en 1900): inexpérimentée, elle est entrée massivement dans les syndicats qui, très vite, sont devenus extrêmement centralisés. Une couche d'intellectuels venant des cercles libéraux dont Branting lui-même, a rejoint ces syndicats.
Une histoire de trahisons
Deux facteurs — la croissance rapide et la centralisation, l'influence des intellectuels bourgeois et petits bourgeois — ont facilité une bureaucratisation précoce du Parti social-démocrate et des syndicats et favorisé également le développement de l'influence réformiste.
Cette bureaucratisation a engendré un renforcement de la ligne de la collaboration de classes — sur le terrain politique - et un affaiblissement du contrôle des travailleurs sur leurs propres organisations. Ce cheminement a connu plusieurs phases.
• En 1906, la Confédération nationale suédoise (LO) signa le "compromis de décembre" avec l'organisation patronale. Les travailleurs avaient ainsi le droit de signer des conventions collectives ; en échange, ils devaient accepter le fameux Article 23, permettant aux patrons d'embaucher et de licencier les ouvriers à leur guise ainsi que d'organiser le travail. Or, certains syndicats militants avaient déjà obtenu plus par des conventions locales (par exemple, la syndicalisation obligatoire pour tous les travailleurs) ; ce compromis donna lieu à des protestations, qui ne réussirent pourtant pas à faire modifier l'accord.
En août 1909, LO appela à son corps défendant à la grève générale, alors que depuis plus d'une année les employeurs pratiquaient des diminutions de salaires et qu'ils avaient menacé de licencier 80 000 travailleurs ! Au bout d'un mois de grève, LO décida de briser la grève. La défaite était alors inévitable et, dans la période qui a suivi la grève, 20 000 personnes ont perdu leur emploi. De très nombreux militants radicaux ont été mis sur des listes noires et ont dû quitter le pays. Plusieurs milliers de syndicalistes très combatifs ont également quitté LO pour former la Fédération anarcho-syndicaliste. La moitié des adhérents de LO ont quitté cette confédération et la • Maria Sundvall est l'une des dirigeantes du Parti socialiste suédois, (SP, section suédoise de la IVe Internationale). Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990
gauche du mouvement syndical s'est trouvée très affaiblie.
• En 1917, l'activité de masse a énormément augmenté, avec des grèves et des émeutes de la faim. En conséquence, les sociaux-démocrates sont entrés pour la première fois au gouvernement dans une coalition avec les libéraux. Quelques mois avant les élections, la même année, la gauche du SAP a fait une scission pour former ce qui devait devenir le Parti communiste (VKP).
A peine les ministres sociaux-démocrates étaient-ils entrés au gouvernement qu'ils passaient des compromis avec les libéraux sur le suffrage universel, qui était l'une des revendications les plus pressantes du mouvement de masse.
• En 1928, a été adoptée une loi sur la négociation collective qui a beaucoup limité le droit de grève par l'introduction de la dénommée "limitation de paix". Ce texte interdit les grèves dès que la convention collective centrale est signée.
•En 1938, LO et les patrons ont signé l'"Accord de Saltsjöbaden" qui établit un ensemble de dispositions pour réglementer les négociations et limiter les grèves. Cette voie a été poursuivie dans les années 30 et 40, aboutissant au fait qu'aujourd'hui il est presque impossible de faire grève légalement en Suède.
Dans chaque branche, la direction syndicale peut opposer son veto à toute grève. De plus, la direction centrale de LO, qui comprend quinze personnes, peut opposer son veto à toute grève touchant plus de 3 % des membres d'une branche.
Quarante ans de social-démocratie
Le premier gouvernement socialdémocrate a été formé en 1932 et le SAP est resté au gouvernement jusqu'en 1976 (avec de rares exceptions comme le gouvernement de coalition large durant la guerre et une alliance avec le Parti paysan dans les années 50). Durant cette période, la Suède s'est totalement transformée: l'ancien pays agricole est devenu une nation industrielle moderne. Un très vaste secteur public s'est construit, des réformes ont été introduites dans tous les domaines de la société et la richesse sociale a augmenté. Les sociaux-démocrates claInprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990
SUEDE
ment haut et fort que tout cela a été le produit de leur gestion éclairée.
Mais le fait que la Suède n'ait pas participé à la Seconde Guerre mondiale a, sans aucun doute, beaucoup plus pesé. Entre 1939 et 1945, les usines suédoises ont pu produire à plein régime pour les pays en guerre. Ensuite, elles ont pu concurrencer avantageusement les autres industries européennes ravagées par la guerre. Le capital suédois a donc pu tirer d'immenses bénéfices du boom industriel de l'après-guerre.
C'est durant cette période que le "modèle" suédois a pris forme. Un dirigeant social-démocrate a alors eu ce mot célèbre qui est devenu la principale référence des politiques sociales-démocrates suédoises : « Ce qui est bon pour l'industrie est bon pour la Suède ». Les sociaux-démocrates ont opté pour une alliance stable à long terme avec les secteurs les plus modernes du capital suédois - les compagnies produisant pour l'exportation — et leur ont donc cédé de nombreux avantages. La société a été restructurée dans le sens des intérêts de la grande industrie et des dizaines, voire même des centaines de milliers de travailleurs ont dû quitter leur foyer et leur région d'origine pour aller vivre dans les nouveaux centres de travail. Ils ont été remerciés avec des salaires qui augmentaient régulièrement, de meilleurs logements et une meilleure éducation pour leurs enfants. Ces "récompenses" semblaient être le fruit du travail parlementaire du SAP, en collaboration avec la grande industrie et que les travailleurs aient recours aux méthodes de la lutte des classes.
Ce développement "pacifique", ainsi que le degré de bureaucratisation et de centralisation déjà extrêmement élevé, ont contribué à vider de tout contenu la VIe du mouvement ouvrier. Aujourd'hui, les sections du SAP n'ont, en pratique aucune activité militante ; et, en général, seuls quelques rares adhérents participent aux réunions syndicales, même dans les grandes usines. Le fossé entre les dirigeants des travailleurs et leur base s'est creusé de plus en plus. L'actuel président de LO, par exemple, touche un salaire de 500 000 couronnes par an — or l'adhérent moyen en gagne environ 140 000.
Nouvelle gauche
Dans les années 60, on a assisté à une vague de radicalisation de la jeunesse et à la formation d'une "nouvelle gauche" en Suède — qui se regroupait souvent plus autour de questions de solidarité internationale que sur la base d'une critique acérée de la société de classe du pays. Ses militants étaient issus des classes moyennes et elle n'avait qu'une très petite base dans le mouvement ouvrier traditionnel.
Pour cette nouvelle gauche, les rapports avec la social-démocratie sont devenus une question clé et elle a souvent na-
SUEDE vigué entre des attitudes sectaires et des positions opportunistes. Mais les différentes nouvelles organisations de gauche déclareraient toutes que la socialdémocratie ne pouvait pas être réformée car elle avait fait le choix historique de servir les intérêts du grand capital. Ce choix était viable à l'époque du boom économique mais devait inévitablement connaître une crise en période de stagnation capitaliste ; dans une telle situation, le SAP ne serait pas capable de modifier ses orientations fondamentales.
C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui. En 1976, les sociaux-démocrates ont perdu les élections au moment où la crise croissante de l'industrie suédoise traditionnelle allait s'amplifiant (mines, chantiers navals, industrie textile, etc.) et où le chômage augmentait.
Six ans plus tard, en 1982, le SAP est revenu au gouvernement après une période de mécontentement ouvrier croissant face au gouvernement bourgeois et à ses plans d'austérité. La première mesure du gouvernement social-démocrate a été de dévaluer la couronne de 16 % ; cette mesure de rigueur drastique dépassait tout ce que les gouvernements bourgeois auraient osé faire !
Les sociaux-démocrates ont déclaré avoir choisi une "troisième voie" qui évitait le double écueil de l'inflation et du chômage. Le message fondamental de la "troisième voie", adressé aux travailleurs, disait en substance : « Le pays a été mal géré par les gouvernements bourgeois. Nous devons réparer tout cela et remettre l'industrie en état de marche. Or cela ne se fera que si nous permettons l'augmentation des profits. Et donc, vous, les travailleurs, vous devrez attendre quelques années avant que les choses aillent mieux, pour recevoir votre part ».
Au départ, les gens étaient réellement prêts à avaler cette pilule amère. Les liens traditionnels étroits, qui existaient entre
Sur la banderole : « Qu'est-ce que tout ce bruit à propos de Moscou ». Caricature issue d'Internationalen, revue du Parti socialiste (SP) suédois.
les syndicats dirigés par la socialdémocratie et le gouvernement, en étaient la garantie.
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"troisième voie"
Mais la "troisième voie" a montré rapidement qu'elle ne pouvait conduire ni à des investissements plus nombreux ni à une activité économique florissante ; elle ne faisait qu'encourager une économie spéculative improductive et une redistribution massive du revenu du secteur public et des salaires les plus bas aux banques, aux compagnies privées et aux 10 % des Suédois les plus riches.
Comme l'a énoncé un syndicaliste radical, il y a quelques années : « La troisième voie s'est transformée en cul-de-sac pour les travailleurs et en autoroute pour les capitalistes » ! Le magazine financier britannique, The Economist, a même porté aux nues la politique économique suédoise en la décrivant comme plus "thatchérienne" que celle de la Dame de fer!
Ce tournant droitier des politiques sociales-démocrates ne s'est pas manifesté uniquement dans le domaine économique. Le gouvernement a aussi décidé de restreindre le droit d'asile — tout en favorisant les propositions des industriels pour faire venir des travailleurs originaires des Pays baltes ! Le gouvernement a décidé de construire une nouvelle autoroute à côté de Göteborg et un pont au-dessus du détroit qui sépare la Suède du Danemark ; il prenait ainsi le parti de Volvo contre le puissant mouvement d'opinion publique (même au sein du Parti social-démocrate) qui exigeait une ARFÖR ALLT DETTA réduction du trafic automobile et de la pollution.
Le SAP déclare aujourd'hui que la Suède ne peut pas entrer dans le Marché commun, compte tenu de sa neutralité traditionnelle mais, dans le même temps, il collabore avec les partis bourgeois et l'industrie pour que, petit à petit, la législation suédoise corresponde, de fait, aux critères d'entrée dans la Communauté économique européenne (CEE). Une série de nouvelles décisions et de projets de lois qui restreignent les libertés civiles et les droits démocratiques a aussi été prise.
Nous avons assisté à une lente reprise des réactions de la classe ouvrière face à cette politique, marquée par la première "Rébellion de Dala" en 1985 (1) - ce mouvement est parti des militants de base des syndicats qui, durant ces dernières années, ont mené des campagnes contre la redistribution injuste des profits et en faveur d'augmentations salariales plus importantes. Début 1989, la "Rébellion de Dala" a organisé sa dernière réunion avec 500 syndicalistes de tout le pays.
Il y a également eu des mobilisations contre le projet de nouvelle autoroute, et des protestations massives contre les restrictions récentes de la politique d'immigration — des veillées se sont déroulées pendant des mois dans des églises de tout le pays; on a aussi assisté à quelques grèves longues et militantes, par exemple dans l'une des usines automobile SAAB
Mais la situation a davantage été marquée par un mécontentement passif que par des protestations actives — il s'est exprimé, par exemple, lors des élections de 1988 où le SAP a perdu 200 000 électeurs et où 900 000 autres se sont abstenus.
L'explosion de colère
Mais, rien de tout cela ne peut être comparé à l'explosion de colère et de mé contentement du printemps 1990. Début février 1990, le gouvernement socialdémocrate a proposé un plan prévoyant le gel des salaires et l'interdiction des grèves. Ces mesures ont été annoncées juste au moment où les employés municipaux — les premières victimes des dernières dix années d'austérité — mena1) Il s'agit d'un mouvement de syndicalistes contre le gouvernement. En 1520 , la "Rébellion de Dala" fut un soulèvement de la petite noblesse et des paysans qui amena le roi Gustav Erickson sur le trône de Suède. En 1531, une autre rébellion, partie aussi de Dala, chassa ce même roi. Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990
çaient de se mettre en grève pour leurs salaires.
La riposte a été immédiate et spontanée : courtes grèves de milliers de travailleurs SAP ; sections des grands syndicats arrêtant immédiatement toute contribution financière au SAP; multiples appels pour que le dirigeant de LO, Stig Malm (qui avait accepté l'interdiction du droit de grève !) démissionne. En moins d'une semaine, le gouvernement social-démocrate a fait machine arrière et retiré l'interdiction des grèves (qui, de toutes façons, étant données les restrictions "normales" du droit de grève, représeniait une provocation superflue).
Nouvelles attaques
Le Parlement a, y compris, refusé de voter la nouvelle proposition (même si le Parti communiste - VKP - a temps hésité avant d'abandonner sa ligne traditionnelle de compromis avec la social-démocratie) et le gouvernement a rebroussé chemin... avant de proposer quasiment la même chose la suivante — la seule différence étant que le ministre des Finances et futur membre du conseil d'administration de Volvo, Kjell-Olof Feldt, avait démissionné entre temps. Le gouvernement a mis en place un nouveau plan d'austérité, avec l'appui du Parti du peuple, libéral; il est moins provocateur que le précédent mais frappe cependant très gravement les intérêts des travailleurs ; combiné à la nouvelle réforme fiscale, votée à l'automne 1989, il devrait conduire à un accroissement des inégalités.
La crise aiguë est passée, mais la social-démocratie ne peut plus se sentir en sécurité. Des sondages d'opinion indiquent qu'un nombre croissant d'électeurs — environ 17 % — ne sait pas pour qui voter, et le VPK grimpe dans les sondages — presque 9% alors qu'il n'avait eu que 6% aux dernières élections.
Pour la première fois, le mécontentement se traduit sur le terrain politique et a débouché sur la constitution d'un nouveau parti des Iravailleurs, la Liste des travailleurs, à la fin mai 1990, qui regroupe environ 2 000 membres.
La Liste des travailleurs s'adresse aux salariés sociaux-démocrates frustrés par la politique de redistribution du revenu et réunit quelques uns des plus importants porte-parole de la "Rébellion de Dala". Un récent sondage d'opinion a indiqué que près de 26 % des Inprecor numéro 312 du 29 juin au 12 juillet 1990 protestations;
comme une alternative à gauche.
quittant le sente également des faiblesses : son absence de clarté programmatique sur de nombreuses questions et ses rapports avec les autres courants de gauche. Elle a, jusqu'à présent, pris ses distances avec le VKP, ne voulant pas être assimilée au déclin" ; mais, en réalité, leurs différences sur questions sont réduites. Le congrès de la Liste des travailleurs a également pris une position hésitante concernant une possible alliance électorale pour les élections générales de 1991, à laquelle s'oppolongcial-démocratie.
semaine période de transition.
réduction des budgets publics que sa direction avait rapidement acceptés. Le années 80 et aujourd'hui, il en compte un travailleurs envisageaient de voter pour la cette liste ! Ceci indique que de nombreux salariés considèrent cette organisation
Mais la Liste des travailleurs pré-
"communisme en les grandes saient surtout les militants issus de la so-
Le Parti socialiste (SP, section suédoise de la IVe Internationale) a expliqué qu'un nouveau parti des travailleurs ne pouvait se former que par le regroupement de différents courants, à partir d'une du Parti. collaboration pratique sur les lieux de travail et dans les luttes syndicales. Le SP a aussi défendu l'idée que le nouveau parti devait être une structure ouverte et devenir un lieu d'échanges de traditions, d'organisations et d'individus différents. Plusicurs membres du SP ont également participé à la formation de sections locales de la Liste des travailleurs et ont été élus délégués à son congrès, mais il leur a cependant été interdit d'y participer — bien que celui-ci ait décidé que la double appartenance serait permise pendant une courte
Le VKP a aussi été affecté par les changements actuels du climat politique. Ce parti était eurocommuniste avant l'heure, mais il n'a jamais réussi à couper tous ses liens avec les bureaucraties de l'Est — et encore moins à tirer les conclusions nécessaires pour la construction du socialisme. Après avoir bâti sa légitimité sur sa capacité à établir des accords parlementaires avec la socialdémocratie, il a été frappé par la crise du SAP. Un nombre croissant d'électeurs et de membres du Parti ont remis en question l'accord du VKP pour l'augmentation des impôts, pour la demeure. Parti a perdu 6 000 membres durant les peu moins de 13 000. Sa composition so-
SUEDE ciale a changé : il est aujourd'hui dominé par des employés du secteur public qui ont de hauts salaires et n'a quasiment aucune implantation dans les entreprises. Il traverse une grave crise financière et politique. Le VKP a tenu son congrès entre les 23 et 26 mai 1990. A la suite d'une réunion, qui s'était tenue au début du printemps 1990, avec des représentants du VKP, du SP, de la Liste des travailleurs et des syndicalistes indépendants, la direction du Parti a proposé une alliance électorale à ces militants. Celte proposition visait aussi à établir un compromis, au sein du VKP, entre les "rénovateurs" — désirant modifier le nom du Parti — et les "traditionalistes" — voulant garder le "K" — pour ne pas couper ses liens avec le stalinisme, ou pour arrêter la social-démocratisation
Dans son discours d'ouverture, le président du VKP, Lars Werner, a choisi d'appuyer le compromis de la direction et d'opter pour un "renouveau" plus rapide et un changement de nom. Avec l'appui d'une minorité du congrès (136 votes pour, 133 contre et 4 abstentions), le VKP a adopté le nom de "Parti de gauche".
Vers l'unité ?
L'intention du VKP de chercher des alliances plus larges et des unions électorales a été abandonnée et s'est perdue dans la bagarre interne ! Après coup, certains dirigeants du VKP — d'ailleurs restés en retrait durant les débats — ont essayé de minimiser l'importance de celte décision, n'écartant pas l'éventualité d'une alliance électorale.
Mais il est certain que celte position, comme celle de la Liste des travailleurs, compliquera les choses pour tous ceux qui voudraient que la gauche agisse unic durant la période à venir.
L'activité de masse large a certainement connu un reflux ces dernières années; les gens n'étaient sûrement pas satisfaits des politiques appliquées, mais il existait une absence totale d'alternatives réelles et crédibles à la social-démocratic.
Aujourd'hui, nous assistons à une petite remontée des luttes, mais l'impératif de renforcer l'unité sous toutes ses formes
* Stockholm, mai 1990