Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUROPE

Les peuples opprimés à Barcelone

· Inprecor n° 313, 13 juillet 1990 · p. 25-26 · 1 184 mots

Euskadi France

plate-forme d'échanges et de collaboration » entre toutes les nations sans Etat.

Les peuples opprimés à

Barcelone

La deuxième assemblée de la Conférence des nations sans Etat de l'Europe occidentale (CONSEO) s'est tenue à Barcelone les 26, 27 et 28 mail990 — la première avait eu lieu en 1985.

La CONSEO, mise en place par les principaux mouvements de libération nationale de l'Ouest (A Cuncolta pour la Corse, Herri

Batasuna pour l'Euskadi, la Crida pour la Catalogne, le Sinn Fein pour l'Irlande, Emgann pour la Bretagne, le Bloque Nacional

Gallego pour la Galice, etc.), s'est donnée l'objectif de « créer une

Alain NAZIER

TOUTES ces organisations, qui peuvent être politiques, sociales, culturelles ou civiques, sont regroupées autour d'une sance explicite d'appartenance à un peuple ayant une identité propre et à une nation européenne sans

Etat propre ; la revendication d'une Europe dans laquelle tous les peuples et toutes les nations soient pleinement reconnus et puissent participer à égalité de conditions et souverainement aux projets visant à une meilleure entente et à une coopération mutuelle (...) ; le droit à l'autodétermination de tous les peuples sans exception (...) ; la solidarité explicite avec tous les peuples et les nations qui luttent pour leur émancipation. »

Cette deuxième conférence devait permettre de faire le point sur l'avancée de la lutte et de débattre de la situation politique internationale après l'effondrement du stalinisme à l'Est et dans le cadre de la mise en place de l'Europe de 1993.

C'est un « temps fort de la réflexion et du débat entre les diverses — et hétérogènes - forces vives qui, face aux interrogations du futur européen, essaient d'apporter des alternatives en positif à la confusion régnante » basée sur le droits des peuples à l'autodétermination et « le respect de l'égalité intrinseque de chacun des peuples réels » (Aurell Argemi, animateur de l'équipe de la CONSEO dans

EUROPE

Demà du 24 mai 1990). Au-delà des organisations habituelles, d'autres invités étaient présents : le mouvement indigène Mapuche du Chili, une représentante des indiens d'Equateur, le Mouvement de libération arménien, l'Organisation pour la libération de la Palestine (OLP), le Front de libération kurde, une Estonienne.

Au sein même de l'Europe occidentale, les invitations avaient été assez largement distribuées par les membres du comité international à des mouvements politiques ou culturels. La LKI (organisation en Euskadi de la section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol) avait été invitée par Herri Batasuna, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) française par A Cuncolta et la LCR catalane participait à l'organisation de l'assemblée.

A l'heure de l'Europe...

Environ trois cents personnes ont participé aux travaux de cette assemblée.

Après une soirée où les représentantes estonienne et arménienne ont fait le point sur leurs situations nationales respectives, les délégués se sont divisés en quatre commissions de travail chargées d'étudier les thèmes suivants : la restructuration du marché européen et ses conséquences dans l'économie des peuples sans Etat; l'autodétermination et les droits collectifs de ces derniers ; le problème de l'homogénéité des cultures européennes ; la place des différentes cultures dans des nations sans Etat afin de ne pas reproduire en leur sein les discriminations pratiquées par les Etats oppresseurs ; enfin, il a été question des relations Nord-Sud.

Dans la commission "autodétermination", les problèmes de résistance face à la collaboration des polices européennes ont évidemment été soulevés. Quels éléments de stratégie commune, au-delà des différences de situation de chacune des nations, peut-on avancer ? Quel rôle peut avoir l'Europe pour les nations sans Etat ? Il ne fait aucun doute que, sur le plan économique, l'Europe de 1993 constitue un renforcement du système capitaliste ; mais, sur le plan politique — vis-à-vis des revendications nationales — la question est plus controversée ou plus floue pour certains. Va-t-on assister à la fin du concept d'Etat-nation pour avancer vers une Europe des peuples ? Cette "fédéralisation" de l'Europe donnera-t-elle une marge de manoeuvre aux peuples ? Un fédéralisme à l'allemande permet-il ou non de résoudre les problèmes politiques de l'oppression et les questions de développement économique harmonieux ? Autant de questions qui restent en débat.

En ce qui concerne l'autodétermination, c'est A Cuncolta de Corse qui a essayé de donner la définition la plus claire : il s'agit d'un processus démocratique qui se construit au quotidien dont la « stratégie d'auto-organisation est la meilleure garantie pour qu'aucun pouvoir ne soit soustrait au contrôle et à la règle démocratique. (...) La démarche qui privilégie la façon de lutter (...) est une démarche d'avenir ». Mais cette définition large laisse dans l'ombre le type de société à construire et le rôle des différentes classes ou couches sociales dans les pouvoirs de décision — sans parler des solutions institutionnelles par rapport aux Etats colonisaleurs et oppresseurs.

La commission Nord-Sud, après avoir procédé à un large tour d'horizon de la situation internationale, a discuté de la campagne contre la dette (voir Inprecor n° 309 du 18 mai 1990), critiquée

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EUROPE d'ailleurs fortement par Raphaël Constant, avocat antillais, comme « campagne de bonne conscience » du mouvement ouvrier des pays capitalistes. Par contre, l'idée de constituer un "bloc" ou un front anti-impérialiste (incluant les peuples sans Etat, les représentants des mouvements populaires des pays dominés et des fractions révolutionnaires des mouvements ouvriers des métropoles impérialistes) a été avancée par ce même militant ainsi que par Herri Batasuna et le Parti communiste catalan. Sans doute était-il trop tôt pour qu'une décision dans ce sens fut prise ; à la fois pour des raisons de relative faiblesse organisationnelle, mais aussi pour des raisons politiques, comme le rappelait le représentant d'Herri Batasuna en soulignant l'hétérogénéité du regroupement du CONSEO où l'on trouve ceux qui ont fait un choix de société socialiste et les autres — ceux qui ont une visée indépendantiste et ceux qui cherchent un futur autonome permettant l'expression de la culture nationale.

Solidarité Nord-Sud

Comme le remarquait la représentante du Bloque Gallego, la redéfinition des relations économiques Nord-Sud, oblige à une réflexion sur notre type de développement, puisqu'il ne sera plus porté par l'exploitation du tiers monde. Il a finalement été décidé de mener une campagne pour la démilitarisation de la Méditerranée (pourquoi de la seule Méditerranée ? mystère...) et contre le 500e anniversaire de la découverte de l'Amérique, c'est-à-dire de la grande razzia européenne sur le "nouveau monde" et du génocide des peuples indiens qui s'en est suivi (une carte postale à envoyer à l'Organisation des Nation-Unies a été éditée à cet effet).

Cette assemblée du CONSEO s'est terminée par deux décisions générales. D'abord, d'ouvrir cette Conférence à l'ensemble de l'Europe : CONSEO devient CONSEU (supprimant le mot "ouest" de son sigle). Ensuite, d'adopter une Déclaration universelle des droits collectifs des peuples qui a pour ambition de replacer les droits individuels dans une communauté et de définir des rapports démocratiques entre les peuples (voir la déclaration ci-contre). Ce mouvement de solidarité crée un réel espace de lutte démocratique qui peut être porteur d'une dynamique d'émancipation dont tous les opprimés et les exploités doivent saisir l'opportunité en y investissant un contenu social et politique de démocratie socialiste. *

3 juillet 1990

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