Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MARXISME

Lettre ouverte aux forces révolutionnaires d'Amérique latine et des Caraïbes

Inprecor n° 313, 13 juillet 1990 · p. 22-24 · 1 983 mots

Amérique centrale El Salvador Europe de l'Est URSS et Russie

communistes du Costa Rica, du Honduras, de la République dominicaine, du

KATPA OOOO d'Amerique latime et des Caraibes

Voicides extraits d'un document publié en mars 1990 par les partis

Salvador et d'Argentine. Les signataires lancent un appel aux forces révolutionnaires et, surtout, font un bilan des événements d'Europe de l'Est.

DOCUMENT

EN CES JOURS de crise, d'offensive capitaliste intense et de grandes possibilités révolutionnaires, nous avons décidé de rendre publics nos problèmes et nos réflexions. L'heure n'est surtout pas au silence, car il s'agit d'une étape vitale pour les révolutions et pour les luttes patriotiques et populaires dans notre Amérique et dans tout le tiers monde.

Notre continent, comme l'ensemble

Intionnaires

du tiers monde, n'avait jamais connu une telle crise. Le pouvoir impérialiste des Etats-Unis a rencontré de grandes difficultés et des risques à cause de sa politique d'agression. Les possibilités de développement de l'Amérique latine et du tiers monde sont étouffées ; cela s'est retourné contre l'impérialisme à travers une émigration massive qui menace sa stabilité sociale intérieure, en installant sur son propre territoire les problèmes qu'il a contribué à créer. L'instabilité et la pression pour le changement social augmentent dans les pays dépendants. Les pro-

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fondes aspirations de nos peuples ne sont pas satisfaites par des régimes démocratiques limités qui refusent toute réelle participation populaire à la prise de décisions.

Deux erises parallèles

Le pouvoir impérialiste des Etats-Unis reste arrogant, malgré la crise profonde qui frappe son système de domination et la décomposition de sa société. Cette attitude est renforcée par la crise de certains modèles socialistes minés par la bureaucratisation, la centralisation, le dogmatisme et par des facteurs structurels et conjoncturels. Ces régimes sont devenus hautement autoritaires et répressifs, s'éloignant de l'idéal initial de justice sociale et de démocratie.

La course aux armements de l'impérialisme nord-américain est la cause principale de sa crise ; il en est de même pour I'URSS - pour des raisons et avec un fonctionnement économique différent — qui est au bord de la stagnation économique et de la crise. Les réformes de la perestroika sont nées du besoin de faire face à cette crise et de renouveler le socialisme. Après avoir été limitées en un premier temps à l'accélération économique et au développement intensif, elles se sont portées sur le terrain de la démocratisation politique et de la transparence de l'information.

Ce tournant nécessaire provoque de nouveaux problèmes imprévus et met en évidence de grandes faiblesses idéologiques, en l'absence d'une stratégie cohérente de renouvelle- J'Ai FAIM ! ment socialiste et d'une force capable de la mener à bien. L'arrogance de l'Administration Bush se nourrit de la grande faiblesse du camp socialiste, qui a connu des crises, des déviations et des insuffisances théoriques qui ont provoqué une diminution préoccupante de l'anti-impérialisme et des positions révolutionnaires.

L'impérialisme existe toujours

Certains vont même jusqu'à prétendre que l'impérialisme "n'existe plus", qu'il ne leur est plus "hostile" et qu'il peut même devenir leur "allié", dans le cadre d'une convergence entre des systèmes et des forces véritablement antagonistes. L'impérialisme reste le principal ennemi des peuples ; il est responsable de la misère dramatique et des souffrances qui frap pent l'humanité. On ne peut pas juger seulement l'impérialisme à partir de ses pôles hyper-développés, les pays capitalistes qui ont atteint le meilleur niveau de bien-être économique et social en se construisant sur l'exploitation, les saccages et les pillages.

Le tiers monde est le revers dramatique de ce système fait d'injustices, de discriminations, d'insécurité, de chômage et où sévissent des formes d'aliénation qui n'existent plus dans les pays développés.

La nouvelle thèse, selon laquelle l'anti-impérialisme serait caduc tout comme les révolutions populaires dans les régions opprimées, surexploitées et appauvries, nous préoccupe et nous indigne, nous qui vivons et souffrons cette réalité. Cette théorie rencontre malheureusement un certain écho dans la "nouvelle pensée" et la "nouvelle mentalité" présente dans la perestroika.

Pour la paix, l'humanisme

Get la révolution

Cependant, nous jugeons positivement les efforts réalisés par l'URSS et par d'autres pays, obligés de trouver des accords gouvernementaux avec la puissance capitaliste pour éviter les grandes tragédies qui menacent l'existence même de l'humanité. Nous comprenons la préoccupation qui peut exister en Europe face aux dangers d'une guerre thermonucléaire et

MON DIEU!!! UN COMMUNISTE!! MAIS ENFIN aux déséquilibres écologiques dramatiques provoqués par la civilisation industrielle.

Nous nous réjouissons aussi lorsque les aspirations de changement, de démocratisation et d'autodétermination se renforcent dans les pays de l'Est, dont les modèles bureaucratiques sont en crise et à l'agonie.

Le dogmatisme, l'arbitraire et la fidélité à de vieux schémas stériles ne guident plus notre réflexion.

La démocratisation ne doit pas se limiter aux pays d'Europe de l'Est, et il ne faut pas copier des schémas et des modèles de démocratie représentative - qui ont prouvé leur crise et leurs limites dans le monde occidental — car ils sont trop formels et ne garantissent en rien la participation et le pouvoir de décision des peuples.

Précisions et objectifs

Nous ne croyons pas à la sincérité des proclamations de liberté et de démocratie des pays capitalistes et des forces néolibérales qui oppriment, condamnent à la faim, à l'analphabétisme et à la maladie des millions d'individus.

Nous sommes solidaires des forces qui se battent dans ces pays pour défendre les intérêts de tous.

Nous ne croyons ni aux vertus de la paix entre les grands de ce monde, ni à un humanisme qui se limiterait à l'Europe du Nord ou à la Maison commune européenne, ignorant les deux tiers de la planète vivant et souffrant dans le tiers monde.

Nous ne croyons pas que les EtatsUnis ou les autres pays impérialistes puissent cesser d'être des ennemis des peuples et du socialisme. Nous ne croyons pas au désarmement unilatéral du socialisme et des forces révolutionnaires au moment où les Etats-Unis renforcent leur stratégie de guerre de basse intensité et leurs projets de militarisation de l'espace pour porter leur hégémonie à son paroxysme.

Aucun intérêt général ne peut aller à l'encontre de l'émancipation des peuples opprimés du tiers monde et des luttes pour la démocratie, la paix, la justice et l'autodéterminati on qui se déroulent en Amérique centrale, en Palestine, en Afrique du Sud et dans tous les pays écrasés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Nous sommes indignés par les tentatives visant à nous imposer un "idéal" de démocratie discutable, limité et fait de discriminations et de manipulations.

L'affaiblissement de l'internationalisme en URSS renforce le chauvinisme contre-révolutionnaire qui menace l'unité de ce pays. La faiblesse politique pèse sur T'URSS et encore plus sur les pays d'Europe de l'Est - du fait de la crise et de l'absence d'avant-gardes reconnues par ces peuples, capables de donner une direction socialiste aux événements.

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Les efforts de ceux qui tentent de rénover le socialisme, sans pour autant le dénaturer par des influences capitalistes, méritent toute notre admiration.

L'affaiblissement du socialisme a facilité l'intervention militaire à Panama, la contre-offensive de la droite au Nicaragua, la liberté de mouvement des EtatsUnis et du régime génocide et usé du Salvador, les graves menaces qui pèsent sur la révolution cubaine et l'escalade impérialiste dans toute cette région.

Nos convictions

Nous croyons à la rénovation socialiste.

Nous croyons à la démocratie où le pouvoir populaire permette la participation accrue des organisations et de nouveaux acteurs politiques et sociaux.

Nous croyons à la nécessité de rétablir l'idéal socialiste originel, porteur à la fois de transformations sociales et de démocratie.

Nous croyons à la paix, qui va de pair avec la libération.

Nous croyons à la nécessité et à la possibilité des révolutions populaires pour atteindre la démocratie, la justice sociale et la souveraineté.

Nous croyons à l'internationalisme révolutionnaire et à l'anti-impérialisme. Nos peuples sont victimes de l'impérialisme et nous ne pouvons renoncer à la lutte révolutionnaire pour l'émancipation populaire et pour une nouvelle démocratie.

Dans le tiers monde, la situation est déchirante. Les structures et les modèles capitalistes n'offrent aucune solution, au contraire, ils aggravent les maux qu'ils ont provoqués. Les institutions sont corrompues, la démocratie est tronquée et limitée, la souveraineté est bafouée et les tensions politiques et sociales s'accumulent.

La révolution est un défi historique. Elle garde toute son actualité et gagne en légitimité historique et, en outre, elle est indispensable pour régler les problèmes du tiers monde.

Il faut créer et encourager les avant-gardes révolutionnaires par une politique unitaire, par la lutte et à travers des liens étroits avec les masses populaires. Il faut construire une grande alliance pour la démocratie et l'autodétermination.

Cela implique la défense intransigeante de Cuba car ce pays est le pionnier

TERRA, PAR

Marti pour la libération tionale

Mexique, au Honduras, etc.

volutionnaires de notre continent.

l'adaptant à nos conditions.

Amérique latine et dans le tiers monde.

Appel

Unissons nos forces.

de la transition révolutionnaire latinoaméricaine et le symbole de l'anti-impérialisme et de l'internationalisme dans la région. Il faut renforcer la solidarité avec la révolution populaire sandiniste, représentée par le Front sandiniste de libéra-

TIERRA O MUERTE IENCEREMOS tion nationale (FSLN) et avec les organes du pouvoir populaire qui continuent à fonctionner après la défaite électorale. Il faut réfléchir aux causes de cette défaite pour dépasser les erreurs qui auraient été commises. Il faut aussi poursuivre la solidarité avec le combat du Front Farabundo nationale (FMLN) et avec toutes le forces patriotiques et démocratiques du Salvador avec le combat de l'Union révolutionnaire naguatémaltèque (URNG) et les luttes démocratiques en Haïti, en Colombie, au Brésil, au Pérou, en Argentine, au

Penser par soi-même

On ne peut négliger l'impact des évé nements d'Europe de l'Est en Amérique latine ; il a été contradictoire pour les forces révolutionnaires et progressistes : il a parfois engendré la démoralisation et stimulé l'avènement d'idées étrangères à notre réalité ; et, dans d'autres secteurs, elle a renforcé de profondes convictions révolutionnaires anti-impérialistes et so- de paix. cialistes. Nous nous plaçons dans cette deuxième optique et nous nous engageons vigoureuse. de toutes nos forces à penser par nous-mêmes et à développer nos positions, dans le cadre des énormes potentialités ré- tionnaire.

Notre rénovation révolutionnaire doit tenir compte de tout ce qui est positif dans les courants qui innovent et avancent vers et Marti. la démocratisation dans le monde, en

Les événements de l'Est, avec tout ce qu'ils représentent de positif pour la démocratisation et l'auto-détermination, contrastent avec l'oppression qui règne en

Ouvrons notre réflexion et nos esprits à tout ce qui est nouveau. Ne permettons pas que la dispersion et la démoralisation deviennent irréversibles.

Unissons-nous sur tous les fronts pour relancer l'idéal révolutionnaire, pour dépasser les dogmatismes et affronter les déviations droite et les hésitations, pour combattre

•nOs ennemis avec force, pour rectifier et innover de façon révolutionnaire, pour renforcer l'anti-impérialisme donner un sens populaire à la lutte pour la démocratie, pour avancer vers des révolutions démocratiques et patriotes et développer des combats concrets qui renforcent le moral et le potentiel des forces de libération dans la périphérie et dans le centre du système capitaliste mondial.

Unissons-nous pour lutter et pour montrer que les forces de changement peuvent, et doivent, se relever de l'impact de ces phénomènes négatifs, que les défaites sont temporaires, que la crise actuelle peut être dépassée, que celle du système capitaliste et de nos ennemis constitue une énorme point d'appui. Dans ce tiers monde, dans ce continent écrasé, de nouveaux espoirs révolutionnaires doivent s'exprimer.

Nous demandons

• Que cette volonté unitaire de lutte se manifeste partout dans le monde.

• L'unité la plus large de toutes les forces et secteurs porteurs des idéaux de justice, d'indépendance, de démocratie et

• Une fermeté anti-impérialiste plus

• Plus de créativité révolutionnaire.

• Pour l'internationalisme révolu-

• Dans la continuité des idéaux lati-

Sucre,

San no-américains de Bolivar,

Martin, Morelos, Santa Maria, Morazan

Humberto Vargas Carbonell

Parti de l'Avant-garde populaire du Costa Rica

Rigoberto Padilla Rush,

Parti communiste du Honduras

Narciso IsaConde,

Parti communiste de Saint-Domingue

Jorge SchafickHandal

Parti communiste du Salvador

Patricio Echegaray,

Parti communiste d'Argentine

Quetzal

Mars 1990

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