LE TEXTE DE FREI BETTO et la lettre ouverte des Partis communistes du Costa Rica, du Honduras, de Saint Domingue, du Salvador et d'Argentine témoignent de la réflexion qu'ont amorcée les forces progressistes et révolutionnaires — qu'elles soient d'inspiration chrétienne ou communiste — en Amérique latine depuis la chute des dictatures bureaucratiques de l'Est européen. Cette réflexion critique met en évidence la préoccupation des mouvements révolutionnaires du tiers monde devant le risque d'une "paix des grands" limitée aux pays du Nord, à la Maison commune européenne, et qui ferait fi du sort des deux tiers de la planète plongés dans la misère et le sous-développement; ce tiers monde dont Frei Betto craint que personne ne se soucie à l'Est. Cette critique implicite du cours international actuel de la politique soviétique est d'autant plus significative quand elle émane de partis communistes qui furent dans le passé inféodés à l'URSS, dont l'un — le PC salvadorien — engagé dans le processus révolutionnaire le plus avancé du continent, voit sa victoire compromise par les
Les différents auteurs font un diagnostic similaire : la crise des pays de l'Est s'explique par le caractère « hautement autoritaire et répressif » de ces régimes (Lettre ouverte), et la « dictature du parti unique » (Frei Betto). Ces deux s'interrogent suivre : la nécessité de redéfinir un socialisme réellement démocratique non dans le sens d'une pseudo démocratie prétendument représentative, en réalité formelle parce que fondée sur la délégation de pouvoir qui consiste, comme le rappelle si bien Frei Betto, « à faire croire au peuple que c'est lui qui gouverne » — en retrouvant le chemin tracé par les écrits de Marx sur la Commune de Paris et par Lénine dans L'Etat et la révolution. L'autogestion des producteurs est au cœur de cette conception qui instaure la démocratie « non pas en tant que valeur universelle dans le sens où elle s'adapterait à tout système économique mais en tant que valeur intrinsèque du socialisme (...) qui ne fait pas de distinction entre l'émancipation économique et l'émancipation politique » des travailleurs.
La remise en cause du monopole du parti unique/parti d'Etat est un élément essentiel du bilan qu'il faut tirer du stalinisme : toute l'expérience prouve que son maintien est contraire à l'éducation,
Une étape cruciale à la politisation et donc à la mobilisation des masses populaires. Dans la mesure où il ne peut être sous-tendu que par une vision monolithique, faussement homogène de la société de transition, il débouche inévitablement sur la répression. Par ailleurs, pluralisme, et donc de contrôle, le Parti, seul détenteur du pouvoir, garantit l'impunité à ceux de ses membres qui sont parvenus sommet d'un d'Etat qui, loin de dépérir, tend à se consolider : le parallèle établi par Frei Betto entre la ordres religieux corrompus par le pouvoir et les castes bureaucratiques émanant des Partis communistes est tout à fait classique.
La défaite électorale sandiniste confirme qu'il est nécessaire de combiner un réel contrôle populaire à la base et l'expression de courants politiques distincts : les critiques émises lors de la conférence nationale du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) de juin 1990 remettant en cause « les méthodes de travail, le verticalisme des décisions, (...) le comportement personnel de cadres dont certains ont été accusés d'avoir abusé des biens de l'Etat » (1) prouvent que, même dans un processus qui apparaissait pluraliste, la démocratie est restée assez formelle. Que la sensibilité des délégués sandinistes ait été heurtée au point de décider la création d'une commission d'éthique est une de ces bonnes intentions dont l'enfer est pavé. De même, la direction cubaine ne compte-t-elle pas sur l'exemple et le volontarisme pour lutter contre la bureaucratisation? Avec quels résultats ? Là encore, Frei Betto a beau jeu de rappeler - quelle que soit la pertinence de la comparaison — que ni Che Guevara ni Saint François d'Assise n'ont fait
Quels que soient nos désaccords avec certains jugements politiques émis dans ces documents, ils annoncent des débats nécessaires au renouveau de la pensée marxiste : ces débats sont indissociables de la défense de la révolution cubaine, du FSLN et du FMLN, pris dans l'étau des négociations Ouest.
1) Bulletin de l'Agence Nueva Nicaragua (ANN) du 4 juillet 1990 en l'absence de appareil bureaucratisation des capitaliste.
Est/
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Janette Ilabel
MARXI