Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UNION SOVIETIQUE

Marché et oukases

Inprecor n° 315, 28 septembre 1990 · p. 6 · 384 mots

URSS et Russie

Le Soviet suprême d'Union soviétique, réuni depuis le 10 septembre 1990, étudie les deux programmes de réforme économique en lice. Celui que le Premier ministre Ryjkov avait présenté en mai 1990 et celui du conseiller économique personnel de Gorbatchev, l'académicien Chataline, qui prévoit un passage à l'économie de marché en 500 jours, et donc la privatisation de 70 % de l'industrie et de 90 % du commerce de détail d'ici un an et demi. Ce second plan, d'ores et déjà adopté par la République de Russie dirigée par Boris Eltsine, a les faveurs de Gorbatchev.

Parallèlement à ces débats, la situation de l'économie soviétique va en se détériorant de jour en jour. Aux pénuries de cigarettes et de pain, vient de s'ajouter celle de la viande, notamment à Moscou. lus grave encore, selon le dernier rapport du Comité du plan, le déficit du budget, qui devait se limiter à 60 milliards de roubles pour 1990, risque d'atteindre le double, alors que la production d'énergie a chuté de 125 000 tonnes (dont 50 000 tonnes de pétrole et 40 000 tonnes de charbon), que la production industrielle décline et que le revenu national a baissé de 2% en huit mois.

Face à cette dégradation accélérée, on assiste à des réactions au sein de la pooulation : le 16 septembre 1990, 50 000 Moscovites ont manifesté contre le Parti communiste, pour l'application du plan Chataline et la démission du gouvernenent Ryjkov ; au même moment, la municipalité de Sverdlovsk, cœur industriel de l'Oural, adressait un ultimatum à Gorbatchev : si la ville n'est pas rapidement approvisionnée en biens de première nécessité, les usines arrêteront de produire pour l'Etat. Déjà, début septembre, les représentants de 700 000 travailleurs du pétrole et du gaz de Sibérie occidentale (productions essentielles pour l'économie soviétique) s'étaient réunis et avaient menacé de se mettre en grève si des mesures n'étaient pas immédiatement prises, entre autres, contre la hausse des prix qui menace leur niveau de vie.

Pour contrecarrer toutes ces explosions possibles, le 24 septembre 1990, le Soviet suprême a recommandé une synthèse des deux plans économiques pour una passage accéléré vers le marché, et a surtout accordé des pouvoirs exceptionnels à Gorbatchev, jusqu'au 31 mars 1992, afin qu'il puisse faire les réformes nécessaires et gouverner par décret. *

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