Nous reproduisons des extraits du discours de Georges Habache — dirigeant du
Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), principale fraction de
Amman, le 15 septembre 1990, sur le conflit du Golfe et la nouvelle situation
Deux poids,
deux mesures
gauche de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) — prononcé à internationale. DOCUMENT
PRENDRE la question ¿ de la crise du Golfe à la "légère ou la traiter de façon sentimentale, serait une grossière erreur. Il est utile — et je le dis du point de vue d'un appui total à nos frères irakiens dans cette bataille - de voir certaines choses en face : notre ennemi, c'est-à-dire l'administration nord-américaine, a gagné une bataille dans sa "guerre froide" contre le bloc socialiste et l'Union soviétique menée, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle se prépare à agir dans un monde à pôle unique, dominé par les Etats-Unis, et non plus bipolaire ou multipolaire. Nous devons intégrer cette nouvelle donne dans nos analyses.
Nous devons aussi prendre en compte la difficulté de la bataille que nous menons, au vu de la situation mondiale. Les tournants survenus au niveau international, depuis environ un an, font que les forces de libération nationale dans le monde entier sont dorénavant contraintes de compter, avant tout, sur elles-mêmes. Après avoir bénéficié de ces changements, après avoir remporté la "guerre froide" - avec l'effondrement de certains régimes socialistes et l'incapacité de l'Union soviétique à aider efficacement les forces d'émancipation nationale — l'Amérique du Nord ose parler d'un "nouvel ordre mondial". Je ne sais pas si vous avez lu ou écouté le dernier discours du président Bush, il y a quelques jours, où il y fait référence.
C'est la première fois que l'administration américaine parle d'un "nouvel ordre mondial" fondé sur l'entente entre les deux grandes puissances. Si vous analysez ses propos, vous verrez clairement comment elle entend organiser cette nouvelle situation internationale. Gare à tous les pays du tiers-monde qui ne sont consi-
PALESTINE dérés que comme des vaches à lait dont elle entend prendre la part du lion, puis distribuer des petits morceaux aux autres Etats industrialisés.
Si l'administration américaine veut la guerre à tout prix, nous y sommes prêts. Et s'il y a une quelconque possibilité de règlement politique qui permettrait à l'Irak — ainsi qu'à la cause palestinienne et à la nation arabe — de réaliser certains de leurs objectifs, je dis que nous pouvons emprunter celle voie. L'initiative prise par l'Irak [la proposition de Saddam Hussein d'échanger le retrait irakien du Koweit contre le retrait israélien des territoires occupés, ndlr] nous a ouvert une porte d'où nous pouvons d'exposer notre cause au monde entier.
Et les autres résolutions des Nations-Unies ?
Que dit l'Irak ? Il dit que si les EtatsUnis sont attachés au droit international, celui-ci reconnaît au peuple palestinien le droit au retour en Palestine, selon la résolution 194 de l'Organisation des Nations-Unies (ONU). Or il n'en a rien été : je suis moi-même originaire de la ville de Lodd et je me trouve encore à l'extérieur. Il y a aussi une résolution de l'ONU qui nous reconnaît le droit à l'autodétermination (la résolution 3236), ainsi que le droit d'établir un Etat (résolution 3276). Et si quelqu'un nous dit qu'il s'agit là de résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU, il y en a également du Conseil de sécurité : grâce à l'Intifada, celui-ci a adopté les résolutions 605, 607 et 608 qui parlent, au moins, de l'application de la Convention de Genève. Malgré cela, les Etats-Unis n'ont pas bougé, n'ont pas menacé, n'ont pas envoyé de flottes ni imposé un blocus [à Israël, ndlr].
Nous disposons maintenant d'un argument face au monde, et à l'administration Bush en premier lieu. Nous pouvons leur dire : comprenez-nous, si vous êtes disposés à régler la question du Golfe sur la base du droit international, nous avons
Dans l'œil du cyclone Le 15 septembre 1990, se tenait dans la capitale jordanienne, Amman, le Congrès des forces populaires arabes, vaste rassemblement de formations d'horizons divers et souvent contradictoires, dont le seul thème commun était l'opposition à l'intervention occidentale dans la région. Ce fut l'occasion pour les dirigeants de la gauche de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de revenir dans cette ville, après vingt ans d'interdiction de séjour. Le retour à Amman de
Georges Habache, illustrait à lui seul le changement de climat survenu en Jordanie, depuis plusieurs mois. Sous la pression grandissante du mouvement des masses palestiniennes et jordaniennes, le roi Hussein a été contraint d'ouvrir les vannes de l'expression politique dans son royaume.
Depuis le début de la crise du Golfe, le
Dr. Georges Habache s'est distingué par une attitude tranchée de soutien « au peuple de l'Irak, à l'armée, à la direction politique irakienne et au frère Saddam Hussein ». Ce soutien a-critique est d'autant plus surpre nant qu'il succède à plus de dix ans de rapports envenimés entre le FPLP et le pouvoir irakien. Le long discours prononcé par
Georges Habache devant le Congrès des forces populaires, dont nous reproduisons ici des extraits, contenait cependant d'autres considérations. La position du FPLP est intéressante par le poids de cette organisation dans la lutte palestinienne et dans le mouvement anti-impérialiste mondial. *
Salah Jaber sans doute notre mot à dire. Nous sommes prêts à nous asseoir à la table des négociations pour discuter de toutes les questions du Moyen-Orient à la lumière du droit international. Mais si vous voulez les séparer, nous ne sommes pas idiots, nous n'acceptons pas que l'Amérique du Nord agisse selon son bon vouloir.
Elles doivent toutes être appliquées
Nous disons que nous acceptons cette législation si les Nations-Unies entendent sérieusement appliquer leurs résolutions. Il y a celles portant sur le retrait d'Israël du Sud-Liban et des territoires occupés, en plus de la résolution 660 [retrait irakien du Koweit, ndlr]. Elles doivent toutes être appliquées, sinon permettez-nous de dire que nous avons notre légitimité arabe révolutionnaire. *
Amman, 15 septembre 1990 Inprecor nº317 du 26 octobre au 8 novembre 1990 =