Les négociations entre le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN)
n°311 du 15 juin 1990) ; le président Cristiani refuse, en effet, de discuter des
FMLN continue à se déclarer disposé à reprendre les discussions, il ne relâche pas pour autant la pression militaire. C'est ainsi que, le 17 octobre 1990, il a lancé
La guerre n'est pas finie et le gouvernement du Salvador sont actuellement bloquées (voir Inprecor revendications présentées par les révolutionnaires concernant l'armée. Sile des attaques sur la capitale, neutralisant une caserne et mitraillant l'aéroport militaire au lance-roquettes.
Sergio RODRIGUEZ
ON PEUT TIRER un premier bilan des diverses réunions entre le gouvernement d'Alfredo
Cristiani et le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN).
Les négociations ont toujours constitué un terrain miné pour les révolutionnaires ; or, le FMLN a fait preuve d'une grande habileté dans cette situation. Ce savoir faire découle directement de la capacité militaire et politique du FMLN, dans un international contexte plus que défavorable pour la lutte au Salvador, el alors que la politique extérieure de Gorbatchev a conduit au rétablissement d'un accord global avec l'impérialisme — les évédans le Golfe nements arabo-persique en sont la preuve la plus récente.
Le gouvernement d'extrême droite de l'Alliance de rénovation nationale (ARENA) du Salvador a essayé de tirer profit de cette nouvelle donne pour mettre les révolutionnaires au pied du mur ; mais cet objectif s'est révélé plus qu'illusoire. Le
FMLN explique ainsi la nouvelle situation : « Le schéma selon lequel le problème salvadorien ferait partie du conflit
Est-Ouest n'est plus défendable au vu des événements actuels. Une année s'est écoulée depuis les bouleversements à l'Est, et le FMLN est en bonne santé, tant politique que militaire » (1).
Tout au long des négociations, deux visions différentes sur la manière d'en finir avec la guerre dans ce petit pays se sont affrontées. D'un côté, le gouvernement de Cristiani et ses conseillers nord-américains voulaient imposer un schéma de transition à la colombienne, c'est-àdire une reddition maquillée en "intégration" (2). De l'autre, le FMLN a tenté d'obliger ses rivaux à répondre aux questions urgentes pour le pays (sociales, économiques et démocratiques). Chacun a donc joué son propre jeu.
Le gouvernement s'est efforcé de mettre les révolutionnaires en difficulté dans le but d'imposer sa propre logique : il voulait d'abord résoudre les questions ne touchant pas à l'appareil d'Etat de la dictature - c'est-à-dire l'armée et les forces répressives. Cristiani s'est montré prêt à discuter des droits de l'homme et même à accepter la constitution d'une commission d'enquête des Nations-Unies sur ce thème ; il s'apprêtait y compris à présenter une proposition pour la tenue d'élections à la dernière réunion au Costa Rica (qui n'a pas eu lieu), assez souple. Le gouvernement essayait ainsi d'arracher des accords partiels, sans que le problème des forces armées ne soit traité, et tout en tentant de neutraliser le FMLN. Le but de ces manœuvres était simple : il s'agissait de faire des concessions sur des questions qui ne sont pas centrales pour, ensuite, rendre incompréhensible la position du FMLN — qui ne veut pas accepter un cessez-le-feu unilatéral, tant que la question de l'armée n'est pas abordée — ; le gouvernement voulait aussi contraindre les révolutionnaires à participer aux élections, tout en maintenant intact l'appareil militaire (dont la célèbre Tandona, la promotion d'officiers ultra-droitiers qui dirige aujourd'hui, de fait, les forces armées).
Au moment où il signait les accords sur les droits de l'homme, Cristiani nommait le général Ponce - chef des secteurs les plus fascistes de la Tandona ministre de la Défense. Quant au FMLN, après avoir accepté de signer l'accord sur les droits de l'homme, il semble être revenu à sa conception initiale des négociations : il n'a pas accepté de discuter des élections à la dernière réunion au Costa Rica et a remis la question de la démilitarisation sur la table, comme point clé des discussions. Cette réaction des révolutionnaires salvadoriens a bloqué toute possibilité de manœuvre de la part de la droite.
La proposition de démilitarisation du FMLN est, en effet, très populaire ; car la population, y compris certains milieux patronaux, est fatiguée de la guerre ; le rôle de la Tandona dans le conflit ainsi que des escadrons de la mort et l'enrichissement énorme d'un petit groupe d'officiers qui ont su profiter de la situation sont de plus en plus connus et rejetés par la population. En demandant une démilitarisation des institutions, le FMLN se met une nouvelle fois à la tête du sentiment prédominant au Salvador. Le gouvernement Cristiani l'a compris, surtout à l'approche du débat sur les crédits militaires qui doit se dérouler aux Etats-Unis. Le courant d'opinion qui s'oppose au maintien de l'aide militaire grandit, parmi les députés et surtout parmi la population nord-
1) Schafick Jorge Handal, Conférence de presse aux Nations-Unies. 20 septembre 1990.
2) Le 9 mars 1990, la guérilla du M-19 colombien déposait les armées en échange de sa participation au processus électoral. Son candidat à la présidence, Antonio Navarro Wolf, a accepté en outre le poste de ministre de la Santé de l'actuel gouvernement Gaviria. Voir Inprecor n° 309 du 18 mai 1990.
américaine, le conflit actuel avec l'Irak ne fait qu'attiser ce sentiment. Si la majorité du peuple des Etats-Unis a soutenu, jusqu'à présent, les initiatives de Bush (en tout cas, selon les différents sondages), on note une grande préoccupation quant aux conséquences économiques qu'engendreront ces actions. Voilà pourquoi le maintien de l'aide de l'administration nord-américaine aux escadrons de la mort devient incompréhensible.
Néeessaire démilitarisation
La démilitarisation demandée par le FMLN est d'une actualité brûlante, surtout après les événements d'Europe de l'Est, car elle met en valeur ce que signifie la construction d'une véritable société démocratique. Si le monde entier s'est félicité, à juste titre, de la fin de la Stasi en République démocratique allemande (RDA), il devrait exister une attitude semblable face à la chute d'une des armées les plus tristement célèbres de la planète. Car il faut rappeler que c'est cette armée qui a assassiné l'archevêque de San Salvador, Monseigneur Romero (3), des dizaines de journalistes, six prêtres jésuites (4) et une bonne partie de la population civile morte tout au long de ce conflit. Tout le monde comprend donc que l'armée est un obstacle essentiel à la paix.
Le mouvement populaire armé salvadorien tire sa légitimité de la violence contre la population provoquée par l'armée. La légitimité de la bataille pour la paix se situe sur le même plan ; c'est précisément de la compréhension de ce phénomène que le FMLN tire sa force révolutionnaire. Par ailleurs, les révolutionnaires salvadoriens n'ont jamais renoncé à lancer des offensives militaires ; ils ont expliqué que non seulement la guerre n'était pas finie, mais encore que c'était le seul mécanisme d'autodéfense dont disposait le peuple, tant que l'armée et les escadrons de la mort survivraient.
« Quand on commence un processus de négociations, alors qu'on est dans une situation de guerre, c'est pour garder deux fers au feu — c'est valable pour les deux parties en conflit. Ceux qui dirigent la guerre, de chaque côté, doivent être préparés à répondre sur les deux terrains. En ce qui nous concerne, nous avons dit clairement que nous préparions des actions offensives. En novembre 1989, on nous a reproché d'avoir agi de façon hypocrite parce que nous participions à des réunions et, qu'en même temps, nous préparions des actions [militaires]. (...) La direction doit aussi se préparer aux options militaires », a expliqué le commandant du FMLN, Schafick Jorge Handal, dirigeant du Parti communiste salvado— Inprecor n° 317 du 26 octobre au 8 novembre 1990 rien. Personne ne peut savoir si, à court terme, le FMLN lancera de nouvelles actions militaires offensives, mais on peut d'ores et déjà dire que si tel était le cas, elles seraient justifiées par l'attitude fermée du gouvernement Cristiani, qui est pieds et poings liés à l'armée.
Non, la guerre n'est pas finie ; le FMLN a su accentuer l'isolement du gouvernement Cristiani et, au-delà des erreurs ou des victoires qui ont pu être remportées, c'est essentiel.
Personne ne sait où se jouera le prochain épisode de ce conflit : sur la table des négociations, dans une grève générale ou lors d'une offensive militaire. Mais on peut affirmer que le FMLN a prouvé sa capacité politique à ajuster sa tactique au fur et à mesure, selon les nécessités du pays, prenant surtout en compte les sentiments démocratiques de la population. *
Mexico, 6 octobre 1990
3) Monseigneur Oscar Arnulfo Romero a été assassiné le 24 mars 1980, en pleine homélie, à la cathédrale de San Salvador, par les escadrons de la mort, dirigés par le major d'Aubuisson, dirigeant de l'actuel parti au pouvoir, ARENA.
4) Lors de l'offensive lancée par le FMLN en novembre 1989, l'armée a sauvagement assassiné le père Ignacio Ellacuria et cinq autres jésuites de l'Université centraméricaine (UCA). Aucune poursuite n'a eu lieu contre les auteurs de ce crime et l'unique témoin est "disparu"; sous prétexte de le protéger, le FBI l'aurait caché aux Etats-Unis.