surtoul, il revient sur le sens de la revendication de démilitarisation avancée par les révolutionnaires, qui remet en cause les fondements mêmes du pouvoir au
Un gouvernement terroriste
Le commandant Joaquin Villalobos, membre de la direction du Front
Farabundo Marti de libération nationale, trace dans ce texte les limites des concessions que le FMLN est prêt à faire dans le cadre des négociations et,
Salvador.
Joaquin VILLALOBOS
LE gouvernement d'Alnistration Bush partent, pour les négociations, d'une certaine géo-politique et de la situation intérieure du Salvador. D'après
FMLN s'affaiblira progressivement à cause des problèmes que connaît l'Union soviétique et des changements en cours en Europe de l'Est. Mais le FMLN n'a jamais dépendu, ni matériellement, ni politiquement de l'URSS. Le gouvernement salvadorien et les Etats-Unis espèrent que ce qu'ils ne sont pas parvenus à faire en dix ans, sera réglé par la situation internationale. Le temps et la réalité leur prouveront qu'ils se trompent.
Partant de cette analyse erronée, le gouvernement fait une offre de négociations vide qui ne modifie pas grand chose ; il ne propose que de changer le nom et la localisation de certaines unités militaires ; en contrepartie, cependant, il exige un cessez-le-feu et le désarmement
Historiquement, le FMLN est une force nationale, internationalement reconnue et entièrement indépendante de tout bloc idéologique. Il est guidé par les intérêts nationaux et populaires ; rien ni personne ne pourra changer sa volonté de faire une révolution démocratique et nationale au Salvador. L'Union soviétique peut disparaître ; tant qu'il y aura des gouvernements militaires et des injustices sociales au Salvador, la lutte continuera et le FMLN la dirigera. La fin de la "guerre froide" ne nous affecte pas, au contraire, plus personne ne pourra prétendre que le FMLN est le fruit des affrontements Est-
Au Salvador, aucune des deux armées n'a encore remporté de victoire, ni imposé de défaite à l'autre. Il serait donc illogique, dans une telle situation d'équilibre, que l'on demande à l'une des deux parties de désarmer parce que son ennemi lui prédit des jours sombres pour des raisons internationales.
Il n'existe que trois options pour notre pays : soit les deux armées disparaissent, soit elles survivent et s'institutionnalisent, soit, enfin, l'une désarme l'autre. Les deux premières possibilités relèvent du domaine politique ; la seconde est plus difficile à réaliser, et la troisième ne peut se
concrétiser que sur le terrain militaire. Ce qui semble le plus raisonnable et le plus sensé c'est la disparition des deux armées et la victoire totale de la société civile. Il est donc ridicule d'espérer que, dans le cadre des négociations, le FMLN dépose les armes et que les forces armées du gouvernement restent telles quelles. Le PMLN conserve tout son potentiel offensif, alors que l'armée l'a perdu. Le Haut commandement le reconnaît lorsqu'il maintient l'état d'urgence et qu'il accuse le FMLN de préparer une offensive, allant même jusqu'à lui conseiller de ne pas la mettre en pratique car ce serait, selon lui, une erreur grave. L'armée n'avait jamais été si préoccupée par nos erreurs !
Nous affirmons clairement qu'il n'y aura aucune discussion quant à la réduction des forces militaires du FMLN, tant que l'armée gouvernementale ne sera pas prête à se dissoudre. Nous ne désarmerons pas tant que la force armée criminelle et corrompue qui terrorise le peuple restera en place.
Si le gouvernement salvadorien et l'administration Bush désirent obtenir la reddition du FMLN à la table de négociations, il faut qu'ils s'expliquent clairement, comme l'ont fait Roberto d'Aubuisson et Elliott Abrahams, ancien membre de l'administration Reagan. Si telle est leur volonté, ils n'ont qu'à poursuivre ouvertement l'escalade belliciste, augmenter l'aide militaire et s'investir encore plus dans le conflit, au lieu de prétendre que le FMLN est seul responsable de la pour-
Le FMLN continuera à participer aux négociations, quelle que soit la situation politique et militaire, car ces discussions et l'accord de Genève [la participation des Nations-Unies aux négociations, ndlr] représentent une conquête du peuple salvadorien et des combattants du FMLN ; nous avons contraint le gouvernement du Salvador et les Etats-Unis à s'asseoir à la table des négociations et nous ne renoncerons pas à cet acquis.
Nous continuerons à nous battre pour un cessez-le-feu, pour la fin de l'immunité des membres des forces armées et pour une véritable ouverture démocratiques.
Le FMLN sait que la négociation sera difficile car, en face, ce ne sont pas des enfants de chœur mais des escadrons de la mort et des terroristes. Les "bonnes manières" du président Cristiani ne nous trompent pas, nous savons qu'il a trempé dans des crimes à l'époque où il était l'homme de confiance de d'Auhuisson ; il utilise le chantage lorsqu'il déclare, comme l'armée, que le peuple serait le premier à souffrir d'une nouvelle offensive militaire du FMLN. En fait, il menace de tuer des innocents, comme en novembre 1989 [à la suite de l'offensive du FMLN — (1)]. lorsqu'ils se sentaient en danger. Nous avons affaire à un gouvernement ouvertement terroriste.
Août 1990
1) Voir Inprecor n° 298 et 299 des 27 novembre et 11 décembre 1990.