Le pétrole est l'huile qui lubrifie les rouages de l'économie impérialiste depuis le début du XXe siècle, depuis que Rockefeller et la compagnie Standard Oil sont mondial. Le pétrole est le carburant qui fait marcher le capitalisme du troisième
(politiques énergétiques) , qu'au sens figuré (mouvement des capitaux). Voilà qui
Le recyclage
Saddam Hussein. Winfried WOLF
LES TRUSTS liés au pétrole (multinationales de l'automobile, industries de transformation, sociétés d'extraction, chimie, etc.) concentrent, depuis 1945, un pouvoir décisif dans la sphère de la l'impérialisme.
Les plus récentes analyses de la compagnie pétrolière Shell établissent que les réserves actuellement connues - et dont l'exploitation serait envisageable sans entraîner des coûts impossibles mer — peuvent encore couvrir 40 ou 50 ans, à un niveau de consommation constante. Voilà qui prouve de façon éclatante l'irrationalité de la maxime « Après nous le déluge », caractéristique du capitalisme. L'économie entière repose sur une matière première d'exploitation récente, en quantité limitée, ce qui ne l'empêche pas de construire des centrales thermiques, des routes, des ponts, des tunnels capables de durer 50, 100 ans ou davantage, mais qui seront sûrement délaissés bien avant. A supposer même qu'on découvre de nouveaux gisements, il est plus que probable que le prix du pétrole augmentera énormément à brève échéance, dévalorisant du même coup les investissements antérieurs.
La menace d'une guerre Golfe, du seul fait de l'importance du pétrole et de sa rareté, est évidemment un facteur décisif de la politique et de l'économie mondiales ; parler de conflit "régional" reviendrait à en sous-estimer gravement la portée.
GOLFE des pétrodollars devenus la fraction dirigeante du capital nord-américain, et done du capital âge depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale — tant au sens propre explique l'empressement actuel des puissances impérialistes à en finir avec ganisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) sont parvenus à coordonner leurs politiques et, surtout, à restreindre la production, la loi de la jungle qui régit les rapports entre l'impérialisme et le tiers monde
(les pays dominés sont tenus de livrer des matières premières à des prix sous-évalués et de les échanger contre des biens industriels aux prix sur-évalués) a été mise à mal pour la première fois. Tout d'un produit coup, un à assu-
"monoculture" du tiers monde se vendait à un prix beaucoup plus élevé qu'auparavant.
Les pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ne pouvant, à court terme, changer de politique énergétique, ceux de
L'OPEP ont joui dans les faits d'une sorte de monopole ou d'oligopole". L'OPEP ayant, par ailleurs, des intérêts en partie communs des multinationales, ces dernières ont engrangé d'énormes dans le grâce à l'envolée des prix du brut, alors que les pays extracteurs accumulaient des centaines de milliards de dollars de "recettes excep-
Quand, en 1973, les membres de l'Orsements en Racket
L'administration Bush a demandé aux différents pays occidentaux de l'aider a financer son effort de guerre, évalué à au moins 6 milliards de dollars d'ici la fin 1990 ; Washington cherche également à dédommager les régimes "amis" du Moyen-Orient dont les économies ont été touchées par le blocus décrété par les Nations-Unies contre Irak.
• Le Japon a déjà de 2 milliards de dollars pour la force multinationale dirigée par les Etats-Unis, et 2 autres pour les pays affectés par
• L'Allemagne envisage de donner 2 milliards de dollars, dont 50% pour les Etats-Unis et le reste devant être partagé entre l'Egypte, la Turquie
Les Saoudiens, qui récoltent les bénéfices de la hausse des prix du pétrole, ont promis une somme dont on ignore encore le montant. Selon le Washington Post, les Etats-Unis désireraient que ce pays apporte au moins 4 milliards de dollars, d'ici la fin 1990, pour aider les pays de la ligne de front frappés par le blocus et qu'il finance à hauteur de 500 millions de dollars par mois les forces américaines déployées en Arabie saoudite
Quant à l'émir du Koweit, il a d'ores et déjà octroyé 5 milliards de dollars au titre d"aide économique d'urgence" et d'intervention. *
The Cuardian du 3 octobre 1990 tionnelles", ce qu'on a baptisé les pétrodollars. En contrepartie, les factures énergétiques de tous les pays impérialistes se sont alourdies, mais elles ont été réglées, en dernier ressort, par les consommateurs
(hausse des prix de l'essence et du fuel, inflation généralisée).
Les retombées ont été particulièrement lourdes pour les pays du tiers monde. Ce fut l'une des causes essentielles de l'important processus d'endettement des années 70 (voir Inprecor n° 313 du 13 juillet 1990) et des brutales mesures d'austérité auxquelles sont confrontés ces pays depuis, au moins, les années 80.
Reeyelage par l'investissement
L'impérialisme, lui, a eu à cœur de faire revenir ces pétrodollars dans les métropoles. Une première forme élémentaire de recyclage a consisté à transférer le profit des pays extracteurs dans les métropoles impérialistes sous forme d'investiscapitaux financiers.
L'opération était facilitée par le fait que les pays de l'OPEP (ainsi que le Mexique et le Nigéria) étaient, et sont, des pays intégralement capitalistes, dépendants de l'impérialisme, et que leurs classes dominantes se désintéressent de leur développement intérieur - il ne s'agit pas de "bourgeoisies napromis tionales" classiques ; la seule chose qui les motive est la préservation de leur pouvoir et l'accumulation de leur richesse privée.
C'est dans ces conditions que les revenus du pétrole ont été investis essentiellement en
Occident dans des placements en capitaux et
On a ainsi assisté à de spectaculaires prises de
Krupp, ou les constructeurs automobiles Daimest un modèle du genkoweitienne placée l'étranger à plus de 100
GOLFE Plus dure sera la chute... L'histoire de l'impérialisme a déjà connu des aventures militaires semblables au déploiement de forces actuel dans le Golfe, qui ont représenté le début de la fin pour la puissance militaire dominante. L'historien Paul Kennedy écrit :
« L'Amérique risque d'être la victime d'un aveuglement national qui a déjà atteint beaucoup de grandes puissances quand elles envoyaient leurs forces armées de l'autre côté de la
« La Grande-Bretagne a pu réaliser une gigantesque démonstration force quand, entre 1899 et 1900, elle s'est engagée, à plus de 10 000 kilomètres de la métropole, dans un conflit acharné avec les Boers d'Afrique du Sud. Londres a alors envoyé plus de 300 000 soldats venus de tous les continents. La Royal Navy était maître des voies maritimes, aucune autre puissance n'aurait pu faire un tel effort. (...) Cette impressionnante expédition militaire a empêché de voir le revers de la médaille de la grande puissance britannique. (...) Or, ce sont ses faiblesses, et non les défaites militaires qui ont causé son effondrement. »
Quand il parle des faiblesses profondes des Etats-Unis aujour-d'hui, Kennedy ne s'arrête pas aux milliers de sans-abris de New-York, et ne s'embarrasse pas du fait que l'espérance de vie d'un Noir dans la capitale des Etats-Unis est actuellement inférieure à celle d'un Cubain. II ne fait référence qu'à la faiblesse économique :
« Les Etats-Unis dépendent des 14 milliards de dollars de bons du Trésor que les Japonais achètent tous les trimestres. Si Washington continue à chercher noise au Japon et que le gouvernement japonais déclare un jour à ses agents de change "on arrête, on n'achète plus de bons du Trésor américain", alors se sera la fin des roulements de tambour des Etats-Unis. Une "grande" puissance n'est réellement grande qu'aussi longtemps qu'elle a les moyens d'agir de façon indépendante. En les perdant, les Britanniques ont perdu leur statut de puissance de premier rang. La crise de Suez - et la chute dramatique de la livre qui l'a accompagnée - en est un parfait exemple. » *
Source : Soz, 13 septembre 1990 milliards de dollars. On y trouve d'importants paquets d'actions, entre autres dans les firmes allemandes Daimler (part du Koweit : 14 %), Metallgesellchaft (20 %) et Hoeschst (tout juste 20 %), dans la Midland Bank britannique (10,2 %) ou la multinationale British Petroleum (14 %). Selon le Washington Post, les Koweitiens disposent aux Etats-Unis d'une fortune de 45 à 50 milliards de dollars placés en actions dans les banques, ou dans des propriétés foncières. Rien que dans la célèbre maison de courtage Morgan Stanley, à Wall Street, "travaillerait" un capital spéculatif koweitien d'une valeur de 3 milliards de dollars.
« Quand l'émir vend, la Bourse flanche » titrait la revue financière amériboursiers, septembre 1990. En effet, toutes ces sommes continuent actuellement à être gérées par les gouvernants koweitiens exilés, qui disposent ainsi - grâce aux "pétrodollars flottants" - d'une "économie en exil". Et, depuis le début de la crise du Golfe, le Pétrole gouvernement américain bon marché négocie avec eux pour obtenir qu'ils financent une partie des frais de l'engagement militaire des Etats-Unis sur leurs fonds, en procédant aux ventes nécessaires.
Dès 1986, on estimait les avoirs nets à l'étranger de l'Arabie saoudite, du Koweit, du Qatar et des Emirats arabes unis (EAU) à plus de 200 milliards de dollars ; ils pourraient aujourd hui atteindre
Fait important de cette forme de recyclage des pétrodollars (qu'on retrouve lors des placements en banque et en bourse) : les Etats pétroliers continuent à disposer de titres de propriété dans des entreprises, de portefeuilles d'actions et de dépôts bancaires et boursiers.
Reeyelage par l'armement
Un tout autre recyclage s'est produit lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak. Deux Etats extracteurs, parmi les plus importants, se sont lancés dans une guerre d'extermination qui a englouti des centaines de milliards de dollars (et plus d'un million de vies humaines). Pour ce faire, ils ont dû acheter massivement de l'armement en Occident, surtout aux pays de la Communauté économique européenne (CEE), au Japon, aux Etats-Unis et au
Brésil. Ils soutenaient ainsi l'industrie internationale d'armement et la situation économique générale de ces pays.
Une demande supplémentaire, avant tout de fournitures militaires, est venue de toute la région qui, dans le sillage de cette guerre, a considérablement augmenté son équipement militaire. Il suffit, pour mémoire, de citer la commande, en 1987, de 50 avions Tornados par l'Arabie saoudite à la Grande-Bretagne et à la République fédérale allemande (RFA), « la plus grande affaire du siècle sur le marché des armements » d'après le quotidien britan-
Unique The Guardian. L'Iran, l'Irak et, dans une moindre mesure, d'autres pays de l'OPEP avaient besoin d'extraire et de mettre sur le marché la plus grande quantité possible de pétrole pour financer la guerre; le cartel du pétrole — déjà affaibli par l'extraction en mer du Nord et les mesures d'austérité appliquées dans les pays ims'est donc trouvé exclu du jeu. Cela a provoqué une chute brutale des prix du brut — et entraîné un gain supplémentaire pour les métropoles impérialistes (moindre coût des importations de matières premières et de l'énergie).
Cette guerre a donc eu pour conséquence un recyclage des pétrodollars caractérisé par le fait que les pays de l'OPEP ne conservaient aucun droit de propriété, les ressources supplémentaires devant être immédiatement affectées à de nouveaux achats d'armement ; or, elles se réduisaient au fur et à mesure de la baisse des prix du brut lui-même.
Les commandes d'armement passées en Occident par les seuls Irak et Iran, pendant leur guerre, se chiffrent à 200 milliards de dollars. Si on y ajoute les autres Etats du Golfe, contraints de contribuer au financement de la guerre, il faut compter bien plus. Les économies réalisées par l'Occident pendant la même période, grâce à la chute du prix du brut, sont encore plus importantes. Globalement, on peut dire que cette guerre a représenté un important programme de soutien pour l'économie impérialiste ; celuici a été un élément de base pour le long boom des années 80 dans les pays développés occidentaux.
Soz, 13 septembre 1990