Nous publions ci-dessous une lettre ouverte du Groupe d'initiative de Moscou du
1990, représente une première tentative pour regrouper des forces opposées au
« Demain, il sera trop tard »
Mouvement des forces de gauche en faveur d'un "auto-gouvernement national". Ses signataires représentent des forces très petites ; ainsi le Parti socialiste, nouvellement créé, réunit entre 300 et 500 personnes. Cependant, cet appel, publié à Moscou en septembre cours actuel dominant, défendu tant par Gorbatchev que par son rival
Eltsine, visant à instaurer des réformes de marché.
DOCUMENT
LES SIGNATAIRES de ce document ont des opinions politiques différentes, appartiennent à diverses organisations et se réclament de courants intellectuels variés. La situation qui se développe en Union soviétique nous a incités à élaborer une prise de position commune et à clarifier notre place dans les luttes sociales qui sont de plus en plus fortes.
En manipulant délibérément l'opinion publique, le secteur de l'appareil du Parti et l'intelligentsia libérale favorables à la perestroika préparent une nouvelle expérimentation sociale, pour maintenir le pouvoir et la propriété entre les mains des bureaucrates de l'Etat-Parti, et de ceux qui profitent du marché noir. Les seigneurs de la période de stagnation veulent maintenant changer leurs méthodes de direction.
Les intérêts de ces couches sont au cœur des différents programmes de réformes actuels [celui que propose Ryjkov, Premier ministre, et celui de l'économiste Chataline, nldr — voir Inprecor n° 315 et 316 des 28 septembre et 12 octobre 1990]. Malgré les contradictions qui semblent exister entre les différents projets, ils reflètent tous essentiellement les positions de deux regroupements qui coexistent dans la même strate sociale. Les deux plans envisagent une privatisation plus ou moins radicale (le transfert de la propriété aux mains du privé), ce qui représente en réalité l'appropriation de la propriété par la nomenklatura du Parti, par les mafiosi du marché noir et par le capital étranger, car ce sont ces groupes qui disposent des moyens monétaires les plus importants et du pouvoir. Les masses populaires, elles, subiront les coûts de chaque étape de cette transformation.
Non au "capitalisme bureaucratique"
Le résultat final de ces réformes sera l'établissement d'un système de "capitalisme bureaucratique" qui provoquera :
• L'appauvrissement de la majorité de la population à terme, à cause de la hausse des prix, d'une intensification des cadences de travail et d'une augmentation vertigineuse du chômage.
• Une économie inefficace. L'aliénation des travailleurs par rapport aux moyens de production sera non seulement maintenue mais renforcée ; le passage au secteur privé d'industries qui ont déjà des caractéristiques de monopole permettra aux nouveaux propriétaires de réaliser des sur-profits importants, davantage par une spéculation sur les produits que par l'amélioration de leur qualité. Inévitablement, cette réforme provoquera des grèves défensives des travailleurs, qui aggraveront encore plus la situation de l'économie.
• Une perte de souveraineté nationale. La vente libre d'actions, alors que notre bourgeoise nationale est faible, revient à remettre une proportion déterminante du capital entre les mains des compagnies étrangères et des secteurs de la bureaucratie nationale qui leur sont liés. Comme dans les pays du tiers monde, cela entraînera le transfert dans notre pays de productions dangereuses, d'entreprises polluantes qui gaspillent les matières premières et d'usines obsolètes.
• La fin de la démocratie. Ces programmes économiques impliquent l'in-
Inprecor n° 318 du 9 au 22 novembre 1990 =
N. M. Abovin-Yegides, dissident des années 60, membre du comité central du Parti socia-
V. V. Bezuglov, professeur de chimie, membre du comité organisateur de la Plate-forme
A. K. Isaev, membre de l'équipe de gestion du Centre d'information et de consultation sur
V. V. Pchenikov, membre du Conseil de coordination de la Plate-forme marxiste du PCUS.
G. Ya. Rakitskaya, enseignante, membre du comité central du Parti social-démocrate
O. V. Sokolov, professeur d'histoire, membre du bureau politique de la Plate-forme démotroduction d'une série de mesures qui ne sont pas populaires, il faudra renforcer le régime autoritaire et accentuer les restrictions des droits démocratiques des travailleurs. Déjà aujourd'hui, des demandes pressantes apparaissent pour l'introduction d'un régime de dictature présidentielle qui diminue les pouvoirs des soviets de base et le pouvoir de décision des collectifs de travailleurs, pour la promulgation de lois contre les grèves et pour les arrêter, et pour le renforcement du contrôle gouvernemental sur les médias.
Tout ceci peut conduire à l'établissement d'une dictature militaire totale, qui bénéficierait de l'appui de l'Occident "démocratique", comme l'Espagne de Franco, le Chili de Pinochet ou la Corée du Sud de Chun Doo-hwan.
On assiste à une nouvelle répartition des valeurs dans le camp libéral démocratique. Les défenseurs acharnés des privilèges du Parti d'hier se disent aujourd'hui prêts à abandonner le pouvoir de la nomenklatura, si on y met le prix. Au même moment, les "partisans des valeurs démocratiques", qui arrivent au pouvoir aujourd'hui, s'apprêtent non seulement à conserver la législation actuelle contre les grèves — tout comme les lois contre le droit de réunion et de manifestation -mais ils demandent que ces mesures soient renforcées. Les mots d'ordre sur la justice, l'humanisme et la charité avancés par le mouvement démocratique du début de la période de la perestroika se sont transformés en appels à une discipline économique sévère, au marché généralisé et à la main de fer.
Dans ces conditions, nous pensons qu'il est de notre devoir d'exprimer notre désaccord de principe avec les positions d'une partie des organisations "démocratiques" qui impose au pays un accord entre la bureaucratie et les tenants acritique du modèle social occidental. = Inprecor n° 318 du 9 au 22 novembre 1990
Il faut dépasser la fausse alternative entre le totalitarisme et le monopole capitaliste. Il est nécessaire de prendre une troisième voie, basée sur la créativité des citoyens de base et leur unité sociale. Voilà pourquoi nous sommes partisans d'une autogestion sociale, territoriale et de la production, mais cela ne peut être imposé d'en haut. Il faut une série d'avancées pratiques et immédiates pour y parvenir.
1) Le droit des collectifs de travailleurs à déterminer et à changer de manière indépendante les formes de propriété, de gestion et d'autogestion dans leurs entreprises.
2) Le droit des soviets locaux à organiser la terre et les ressources naturelles, sous le contrôle des organisations sociales et dans des conditions de transparence totale.
3) Le droit des républiques autonomes, et des autres unités territoriales, à déterminer de manière indépendante leur statut et le pouvoir qu'elles sont prêtes à déléguer volontairement aux entités plus grandes.
4) L'abandon de l'institution du pouvoir présidentiel.
5) Une opposition démocratique à la création de gouvernements nationaux autoritaires. L'établissement de relations diplomatiques et économiques normales avec les républiques qui quitteraient l'Union à condition que les droits sociaux et politiques des minorités soient assurés.
6) L'instauration pleine et entière des droits civils de la Déclaration des droits de l'homme - dont l'abolition de la peine de mort, l'abrogation de la loi contre les grèves, et de celles restreignant les réunions et les manifestations, la suppression de toutes les formes de travail forcé et du passeport intérieur, la disparition de la police politique.
liste.
démocratique du PCUS.
V. V. Damye, professeur d'histoire, co-président de l'organisation de Moscou du Parti vert.
les problèmes du mouvement ouvrier.
russe.
V.S. Savelev, ouvrier, membre du comité central de la Plate-forme marxiste du PCUS.
A. M. Khaykin, gestionnaire, membre du conseil du Parti socialiste.
AVoine historien, coprésident de lorganisation de
UNION SOVIETIQUE =
7) Le droit de veto et de référendum, pour les soviets locaux, sur l'établissement d'entreprises sur leur territoire. L'interdiction de construire de nouvelles usines qui ne correspondraient pas au normes écologiques internationales en vigueur.
8) Un financement prioritaire pour les technologies qui n'entraînent pas un gaspillage de matières premières, et les sources d'énergie adaptées. Le gel de la construction des centrales nucléaires et la disparition progressive de l'énergie nucléaire et des autres industries qui détériorent irréversiblement la nature.
9) Un inventaire des avoirs du PCUS et des autres organisations qui participent au système de commande administrative, et le transfert des propriétés illégalement acquises aux gens qui ont été victimes de la tyrannie de l'appareil de l'Etat et du Parti et aux groupes socialement désavantagés.
Nous sommes pour intégrer les aspects développés de la culture économique occidentale, mais nous sommes contre la copie de toutes les caractéristiques de la société de l'Ouest. Si nous copions aujourd'hui ce qui est apparu à l'Ouest hier, demain nous nous retrouverons une fois de plus en retard d'une civilisation. Nous devons prévenir le retour d'un capitalisme russe des monopoles à moitié féodal, autoritaire et sauvage. Nous pensons que tous les gens qui ont une réflexion proche de la nôtre doivent se rassembler le plus tôt possible. Demain, il sera trop tard.
Moscou, septembre 1990 Personnalités signataires
Parti vert à Moscou.