Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Ni le marteau, ni l'enclume !

Inprecor n° 318, 9 novembre 1990 · p. 18-20 · 1 672 mots

Pologne Syndicalisme

Les propositions formulées par le Comité de coordination inter-entreprises (MKK) au congrès de Solidarité (voir encadré ci-contre), méritent d'être connues, car elles représentent une alternative possible à l'orientation actuelle dusyndicat. C'est à ce titre que nous reproduisons de larges extraits de la présentation de candidature de Zbigniew Sliwinski, dirigeant de l'usine métallurgique Hydral. DOCUMENT lé à la politique économique du gouvernement et à ses effets pour la majorité des travailleurs. D'autre part, ceux-ci attendent de Solidarité qu'il défende leurs intépar rêts. Cette situation produit une forme de schizophrénie au sein du syndicat et le désarroi de ses militants, déchirés entre leur loyauté envers notre gouvernement et celle envers les gens dans les entreprises. prend conscience de sa fonction syndicale, car les travailleurs (c'est-à-dire ceux qui doivent vendre leur travail pour un salaire, qu'il s'agisse d'ouvriers ou d'intellectuels, employés par l'usine ou par la faculté) en ont besoin, ou bien Solidarité deviend une pièce de musée et les salariés se trouvent un nouveau outil, mieux adapté à la défense de leurs intérêts. entreprises (MKK), qui regroupe dix-sept entreprises de Wroclaw, s'est constituée en août 1990 pour réfléchir à cela. C'est la conviction que Solidarité doit devenir une représentation efficace des travailleurs

Ni le marteau, ni l'enclume ?

DECHIRÉS entre Walesa et Mazowiecki, entre le soutien au programme de Balcerowicz et les aspirations des travailleurs, nous vivons une profonde

D'une crise d'identité.

part, Solidarité est assimi-

Le choix est clair : ou bien Solidarité

La Commission de coordination interpour faire face aux nouveaux mécanismes de marché, aux transformations dans la sphère de la propriété, au chômage, à la position privilégiée de l'ancienne nomenklatura, qui nous a rassemblés. Notre syndicat devrait, en particulier, se pencher sur le programme de Balcerowicz. Ce plan prévoyait une baisse de la production industrielle de l'ordre de 10 à 15 % alors que la baisse réelle entre janvier et mai 1990 a été de 30 %. Les prix à la consommation ont été, en avril, supérieurs de 150 % par rapport à ceux de décembre 1989, alors que les salaires ont baissé d'environ 43 %. Le chômage, à la fin septembre, touchait déjà 926 400 personnes.

Le dépotoir de l'Europe ?

Si notre syndicat ne parvient pas à imposer des négociations publiques avec le gouvernement sur notre programme économique, alors la discussion aura lieu dans la rue et la Pologne deviendra un réservoir de main d'œuvre bon marché et un dépotoir pour le reste de l'Europe.

Au sein de la direction régionale une telle discussion a fait défaut. L'orientation de cette instance allait à l'encontre des opinions dans les entreprises. Wladyslaw Frasyniuk a choisi de prendre des responsabilités de premier plan au sein du ROAD, organisation qui s'identifie avec le gouvernement et avec le programme de Balcerowicz. Il ne s'agit pas, pour nous, d'un conflit personnel avec Wladyslaw Frasyniuk ; il ne s'agit pas non plus du seul ROAD. Nous serions dans la même

Inprecor n° 318 du 9 au 22 novembre 1990 =

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situation si le président du syndicat régional devenait le leader de l'Entente du Centre. Je voudrais seulement que le problème de l'identité de Solidarité, de sa place dans le nouveau paysage économique et socio-politique, soit réglé sur la base du respect des principes de la démocratie interne du syndicat, par une discussion autour du programme, un congrès régional et l'élection de dirigeants.

Notre région peut devenir le noyau autour duquel va se constituer une nouvelle identité de Solidarité. La tradition des années 1980-1981 et le fait que, lors de l'état de guerre, nous étions une des zones les plus fortes et les mieux organisés, que durant toute cette période la continuité des structures d'entreprise de Solidarité a été préservée au sein de notre région, tout cela nous aide aujourd'hui à chercher de nouvelles solutions.

La direction régionale doit centraliser toutes les initiatives qui ont lieu dans les entreprises. Nous devons renouer avec la pratique du début des années 80, celle de réunions hebdomadaires de la direction régionale avec les représentants des plus grandes entreprises de la région et de rencontres régulières des dirigeants régionaux avec les commissions syndicales et les travailleurs au sein des entreprises.

Qui décide aujourd'hui ?

Le syndicat doit disposer d'un véritable système d'information interne. C'est un scandale qu'il n'y ait pas, dans notre région, de bulletin syndical sérieux, qu'un système efficace de circulation de l'information entre toutes les entreprises de la région n'existe pas.

Avec toute l'estime que j'ai pour les personnels employés par l'exécutif du syndicat, je pense qu'ils ne peuvent remplacer sa direction. Le transfert du centre de décisions des structures élues vers les structures d'exécution est un signe de la bureaucratisation et témoigne de la grave crise de Solidarité.

L'organisation du travail au sein de la région et de sa direction ne constitue pas pour autant un but en soi. Elle devrait servir au mieux la défense des intérêts des travailleurs. Dans ce but, au sein de la direction régionale, des commissions doivent travailler, sur la situation économique, sociale et politique des travailleurs au sein des entreprises, publiques et privées. La direction régionale doit être capable d'aider chaque entreprise, en se placant dans l'optique des sala= Inprecor n°318 du 9 au 22 novembre 1990 tement entreprendre le calcul du coût de la vie afin de disposer de nos propres données sur la paupérisation de la so-

Nous ciété.

devons chercher à établir des contacts avec les syndicats des entreprises étrangères qui s'installent en Pologne, afin de connaître les différences des coûts de la main d'œuvre, le comportement de leur sible ailleurs.

teurs mations.

POLOGNE 81 riés, face aux changements économiques en cours (privatisation, faillite des entreprises, chômage). Nous devons immédia-

MARCHE OU GRÈVE?

direction envers les travailleurs et les syndicats dans d'autres pays et particulièrement dans le tiers monde, de pouvoir juger s'il ne s'agit pas de transférer chez nous une production polluante inadmis-

Les travailleurs doivent être des acteurs

Pour que les travailleurs soient des acface aux transformations marchandes, ils doivent avoir accès aux infor-

Les agences de la direction régionale en charge de ces problèmes doivent employer les meilleurs spécialistes et disposer de moyens informatiques modernes, comme des banques de données informatisées sur les changements de la structure de l'économie régionale, de sa propriété, permettant de recenser les offres d'emploi, le chômage, les maladies professionnelles, la situation des jeunes et des personnes âgées, celle de l'écologie etc. Pour la mise en place d'un tel projet,

POLOGNE = nous pouvons compter sur l'aide des syndicats occidentaux qui nous soutiennent.

Cette activité ne sera pas possible sans l'aide de savants ou plus généralement d'intellectuels. Je ne crois pas qu'au sein de

Solidarité une division entre ouvriers et intellectuels soit possible. Nous étions ensemble dans les grèves et dans les prisons, dans la lutte pour un monde plus libre et plus juste ; il est inacceptable que nos chemins se séparent aujourd'hui!

La direction régionale obtiendra certainement l'aide des milieux scientifiques et des intellectuels pour organiser un centre de recherches socio-professionnelles pour notre syndicat.

Les branches sont, avec les entreprises, le terrain principal de l'activité syndicale. Il faut donc tout faire pour qu'au sein de Solidarité les diverses représentations de branches puissent s'organiser et présenter la tactique choisie à l'ensemble du syndicat. Mais abandonner structuration actuelle au profit d'une organisation verticale en branches serait contraire à notre tradition de dix années de lutte et remettrait en cause ce qui a été la caractéristique principale de Solidarité : la défense des branches faibles par les plus fortes. N'oublions donc pas que le maintien de notre unité décidera de la force du syndicat et du rôle qu'il sera capable de jouer dans l'avenir.

Dynamiser le travail

La Commission femmes de

Solidarité doit jouer un rôle important dans l'activité de la direction régionale. Les femmes sont, avec la jeunesse et les personnes âgées, le groupe social le plus menacé aujourd'hui. Les commissions femmes peuvent dynamiser le travail de notre syndicat et lui ouvrir de nouveaux horizons.

Nous devons nous adresser à la nouvelle génération d'ouvriers, d'apprentis et d'étudiants et trouver un langage commun avec la jeunesse qui est absente de nos rangs, bien qu'elle fut la plus active dans la lutte pour la légalisation de Solidarité pendant ces dernières années. Nous devons, à chaque fois que c'est possible, apporter notre aide initiatives jeunes aux des comme, par exemple, lorsqu'il

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B. CHILLAT.

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s'agit d'obtenir une maison de la culture pour les mouvements alternatifs de la jeunesse ou encore un lieu de réunion pour l'association des objecteurs de conscience. Nous devons nous inspirer de l'éthique de Solidarité et des valeurs traditionnelles de notre mouvement pour faire front au chauvinisme, à l'antisémitisme et au racisme ; nous n'avons pas le droit de fermer les yeux devant ces phénomènes. Sur ce terrain, nous devons chercher l'unité d'action avec tous ceux qui, comme nous, défendent la tolérance, y compris avec les organisations strictement politiques.

Développer la solidarité :

Il est indispensable de développer la coopération avec les organisations syndicales étrangères, y compris les contacts directs entre les entreprises. Nous devons apporter notre soutien au mouvement syndical indépendant qui se forme en Europe centrale et orientale et, en particulier, établir des liens privilégiés avec les syndicats de régions d'Allemagne et de Tchécoslovaquie limitrophes de la nôtre, afin d'entreprendre dans l'avenir des projets économiques et écologiques communs. Nous devons manifester notre fraternité syndicale vis-à-vis de ceux qui, dans le monde entier, luttent pour les droits syndicaux et politiques. C'est cette fraternité que le monde a fait preuve envers notre lutte, après le 13 décembre 1981.

Il ne s'agit là que d'un programme minimum, d'une présentation des problèmes qui se posent à Solidarité. J'espère que notre syndicat trouvera en son sein assez de forces pour se situer dans le nouveau paysage économique et socio-politique de notre pays, qu'il parviendra à se forger une identité qui lui permette de représenter dignement l'intérêt des salariés. C'est avec cet espoir que je prend part au congrès de Solidarité de Basse-Silésie. *

Wroclaw, Octobre 1990

= UNION SOVIETIQUE

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