d'être repoussé à décembre ou même à l'année 1991. Car, outre l'urgence de
"réformateurs" et "conservateurs". Les premiers défendent le bilan de ces dix réclamant de Deng ; les seconds jugent que les réformes ont été trop rapides et qu'il faut arrêter l'ouverture économique de la Chine à l'Occident (qui a décidé de mettre fin officiellement à la quarantaine dans laquelle il avait placé ce pays, après la répression du Printemps de Pékin — voir Inprecor n° 290 du 12 juin
Des années de vaches maigres
Le vote du VIle Plan, qui devait être adopté au mois d'octobre 1990, vient résoudre des problèmes économiques qui ne cessent de s'aggraver, c'est la succession de Deng Xiaoping qui se joue dans l'affrontement entre dernières années et veulent continuer d'avancer vers le marché, tout en se
1990).
Zhang KAI
LES DIRIGEANTS de l'Etat et du Parti communiste chinois (PCC) ont récemment annoncé à
Pékin que la Chine était entrée dans « la période la plus difficile de son dééconomiveloppement que » ; mais leurs avis divergent sur la fin de cette phase.
Le 25 juin 1990, Wang Binggian, ministre des Finances, déclarait devant le
Comité permanent du Congrès national du peuple que l'« économie nationale chinoise avait franchi le cap le plus difficile ». Le 11 juillet 1990, le Premier ministre Li Peng annonçait lors d'une réunion du Conseil d'Etat : « Nous pouvons dire que cette étape si difficile est terminée ou en train de s'achever » (1).
Le 3 septembre 1990, Zhou Jiahua, membre du Conseil d'Etat et directeur de la Commission de planification a déclaré : « Notre économie est en train de sortir de la période la plus difficile » (2).
Cependant, aucun de ces dirigeants n'a précisé s'il s'agissait de la dernière décennie ou des années écoulées depuis
1949. En fait, dans les médias, durant ces deux dernières années, le discours officiel a toujours mis l'accent sur l'efficacité de la rectification et de la politique d'austéri-
"stabilité" de l'économie té et sur la
(3). Ce n'est que depuis juin 1990 que l'existence de problèmes économiques est admise.
Or, dès novembre 1989, plusieurs effets négatifs de l'application de la politi-
CHINE que de rectification et d'austérité s'étaient déjà clairement manifestés. En novembre 1989, le comité central du PCC, ne s'était absolument pas préoccupé de ces nouveaux phénomènes mais, au contraire, avait mis l'accent sur l'amplification de la rectification et des mesures d'austérité. Il y avait été demandé au peuple de supporter « encore plusieurs années de vaches
La situation s'est encore plus détériorée à la fin de l'année 1989 et, en janvier 1990, la bureaucratie a été obligée de libérer 30 milliards de yuans de crédits ; à la fin du mois de mai 1990, la balance du crédit de toutes les banques atteignait 1279 milliards de yuans, soit 28,3 milliards de yuans de plus qu'en 1989. En juillet 1990, la balance du crédit des banques était de 1315 milliards de yuans, soit 74,2 milliards de plus qu'en 1989 à la même époque. Apparemment, la politique de réduction du crédit a donc échoué.
Avec le nouveau cours, la production industrielle a commencé à augmenter en mars 1990, alors que la croissance était négative depuis septembre 1989. Mais le taux de croissance reste encore fluctuant : de 2,2 % en moyenne de janvier à juin 1990 — avec 5,8 % pour le seul mois de juin — il est tombé à 2,9 % en juillet, avant de remonter à 4,9 % en août.
Ce tournant en matière de production industrielle ne justifie pourtant pas les affirmations de ceux qui prétendent que « la période la plus difficile est finie ». D'autres facteurs et des éléments inhérents aux difficultés économiques ne se
La demande n'a pas redémarré en réponse à l'afflux de capitaux. « La surproduction s'est aggravée et touche des secteurs très importants, dont l'industrie légère, l'électronique, le textile, les matériaux de construction et même les matières premières et le pétrole qui, dans le passé, étaient très demandés » (4).
La situation s'est aggravée au point que « plus la production est importante, plus les stocks sont grands ». Référence économique, du 23 juillet 1990, a souligné qu'il était saisissant de voir un parallèle entre l'augmentation de la production de matières premières (comme l'acier, le bois, le charbon et le ciment) et la difficulté à les vendre. De janvier à mai 1990, 90 % de l'acier supplémentaire produit n'a pas été écoulé, ainsi qu'un tiers du charbon produit en plus. En juin 1990, le montant global du commerce de détail de biens de consommation est resté courants) a diminué par rapport à la même période en 1989. La plupart des gens préfère épargner plutôt que consommer.
Après la pénurie, la surproduction
Le pouvoir d'achat des 800 millions de paysans a aussi globalement diminué. Pour les cinq premiers mois de 1990, le commerce de détail à la campagne a chuté de 6,6 % par rapport à 1989. Cette faiblesse du marché rural est, en partie, due à la baisse du revenu réel de ce secteur : on a assisté à une chute des prix des produits dérivés de l'agriculture, et l'écart s'est creusé entre les prix des biens industriels et agricoles. En 1989, le revenu monétaire de chaque paysan a diminué de 3,3 % par rapport à 1988 ; et on estime que, durant le premier semestre 1990, il a chuté de 2% par rapport à la même période en 1989. En outre, il est difficile que les biens industriels arrivent dans les campagnes: les coopératives d'approvisionnement et de commerce ont acheté 8,5 % de biens industriels en moins durant les cinq premiers mois de 1990, par rapport à 1989, à cause du manque de capitaux et des problèmes de fonctionnement (5).
Même les engrais chimiques, extrêmement demandés et insuffisants dans le passé, restent stockés. En juin 1990, les engrais chimiques non écoulés par les entreprises étaient 3,7 fois plus nombreux qu'en 1989. Un certain nombre de petites entreprises qui en produisent ont été obli-
1) Le Quotidien du Peuple, 12 juillet 1990. Sur la situation économique et sociale, voir Inprecorn° 312 du 29 juin 1990.
2) Wen Hui Bao, 4 septembre 1990.
3) Voir Inprecor n° 309 et 312 des 17 mai et 29 juin 1990
4) Agence Chine Nouvelle, 31 août 1990.
5) Agence Chine Nouvelle, 30 juillet 1990
Inprecor n° 318 du 9 au 22 novembre 1990 =
gées de réduire, voire même d'arrêter, leur production. Il faut savoir que, dans certaines régions, les céréales n'ont pas été écoulées non plus ; leur prix a chuté et les paysans ont réduit l'utilisation d'engrais chimiques car l'augmentation de la production n'entraînait pas celle de leurs revenus (6).
Les mauvais payeurs
Le refus de nombreuses entreprises d'acquitter le paiement de certains produits à d'autres a créé une situation grave, entraînant des pertes de l'ordre de 200 milliards de yuans, ce qui équivaut à plus de 70 % du revenu total de la Chine en 1989. C'est l'une des conséquences des difficultés financières de ces entreprises, mais cela a également un rapport avec leur fonctionnement "départementalisé", car ce genre de comportement est protégé par les gouvernements locaux. A cause de la généralisation des factures impayées, le capital circule mal et de nombreuses entreprises manquent de fonds de roulement pour acheter des matières premières. Le directeur de la Banque du peuple, Li Guixian, a déclaré que « certaines entreprises justifient le non paiement en disant que cela leur permettra d'atteindre une efficacité maximale » (7).
Il y a déjà plus de 10 millions de chômeurs. Yuan Chongwu, le ministre du Travail, a expliqué que, depuis 1989, « la contradiction entre l'offre et la demande de force de travail est très aiguë et, cette année, plus de 11 millions de personnes cherchent un emploi » (8).
Selon certains analystes de Pékin, la demande sur le marché du travail s'est réduite depuis 1989 — lorsque le réajustement de l'économie a été instauré — et que la génération du baby boom des années 70 est aujourd'hui confrontée au chôexcédentaire dans les villes atteint aujourd'hui son niveau le plus élevé depuis 10 ans.
Le montant et l'ampleur des déficits des entreprises d'Etat augmentent chaque année, et ont atteint un degré inquiétant en août 1990. Selon des chiffres officiels, environ 15 % des entreprises d'Etat sont déficitaires ; en 1987, le montant du déficit atteignait 4,6% de plus qu'en 1986 ; en 1988, il a augmenté de 26,6 %. Le communiqué officiel concernant les statistiques de 1989 a réussi, avec une maestria extraordinaire, à ne pas évoquer cette situation. En avril 1990, Zhou Jiahua a simplement rapporté au Congrès national du peuple que « l'on assiste à une augmentation substantielle du déficit des entreprises.»
Selon le bulletin de l'agence Chine Nouvelle du 30 août 1990, durant le pre= Inprecor n° 318 du 9 au 22 novembre 1990 mier semestre 1990, 33 % des entreprises chinoises étaient déficitaires. Et d'après le Wen Hui Bao du 28 août 1990, « actuellement, 40 % des grandes et moyennes entreprises du pays sont déficitaires ». Le 3 septembre 1990, le rapport de Zhou Jiahua au Comité permanent du Congrès national du peuple soulignait que le montant total du déficit des entreprises d'Etat, entre janvier et juillet 1990, s'élevait à 15,09 milliards de yuans, soit 99,2 % de plus qu'en 1989.
Les subventions de l'Etat aux entreprises en déficit augmentent année, passant de 37,5 milliards de yuans en 1987 à 44,5 milliards en 1989. Si on ajoute les subventions aux prix, c'est 34,8 % du revenu total de 1989 qui est concerné. Cela s'aggravera cette année, au vu de l'augmentation du déficit des entrepri-
Pour les sept premiers mois de 1990, les impôts non payés par les entreprises atteignaient déjà la somme de 10,8 milliards de yuans. Jin Jin, le directeur du bureau des Taxes d'Etat a déclaré, le 5 septembre 1990, qu'on avait assisté à un accroissement brutal du non paiement des impôts (dont les taxes douanières, industrielles et commerciales), qui se monterait déjà à plus de 20 milliards de yuans.
Les problèmes et les difficultés évoqués ci-dessus n'ont pratiquement pas eu de précédent au cours des 40 dernières années ; ils n'ont rien à voir avec les causes de la famine du début des années 60.
Quand, en septembre 1990, Zhou Jiahua a fait son rapport officiel sur l'état de l'économie nationale et du développe- • ment social en 1990, il a commencé par l'énumération routinière des réalisations du gouvernement, disant que « la rectification et l'approfondissement des réformes ont eu des effets remarquables et l'allure générale de l'économie est très satisfaisante » selon le Quotidien du Peuple du 4 septembre 1990. Cependant, le compte-rendu de la même réunion par le Wen Hui Bao révèle que Zhou Jiahua a également dit : « La période la plus difficile pour notre économie est derrière nous ; cependant, il y a encore des aspects relativement critiques. »
Ce journal a rapporté ensuite que Zhou Jiahua avait aussi déclaré : « Il faut
CHINE = garder en mémoire que les problèmes accumulés durant des années et les contradictions qui apparaissent sont étroitement liés ; or des difficultés dans de nombreux domaines se manifesteront de manière relativement convergente durant cette année. » Ces phrases ont disparu dans la version du Quotidien du Peuple.
Les solutions de la bureaucratie
Selon Chine Nouvelle du 14 août
1990, les autorités adopteraient les trois mesures suivantes durant le deuxième trimestre 1990 pour "stimuler le marché" :
• Relâcher de manière "appropriée" le contrôle sur le pouvoir d'achat des institutions, et permettre l'acquisition de publics; certains secteurs qui sont en repour l'achat de produits de qualiviseurs couleur.
• Demander instamment aux entreprises et aux unités de de production mettre de côté les vieilles voitures et d'en acheter de nouvelles afin de réduire les surplus dans les usines automobiles.
Augmenter "de manière appropriée" les investissements de capital fixe.
Il y a deux ans, de tels investissements avaient été sévèrement réduits, et la construction de villas ou de maisons pour les invités avait été ralentie ou arrêtée afin de faire face à la pénurie de matériaux de construction; maintenant que ceux-ci sont en surnombre, les restrictions sont levées.
La mise en place de ces trois mesures impliquera l'accroissement des avantages matériels des bureaucrates et non leur mise au pas. Ils pourront ainsi continuer à jouir de tous leurs privilèges "légaux"
alors que pour les citoyens ordinaires, la vie continuera à être très dure.
*
Hong Kong,
12 septembre 1990
6) Agence Chine Nouvelle, 24 août 1990.
7) Le Quotidien du Peuple, 12 juillet 1990.
8) Agence Chine Nouvelle, 25 août 1990
----- photo credits and running heads -----
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