Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HONGRIE

La grogne de la rue

Inprecor n° 318, 9 novembre 1990 · p. 14 · 514 mots

Europe de l'Est

LA HONGRIE est souvent présentée par les médias occidentaux comme le pays de l'Est qui a le plus avancé vers le capitalisme. L'interview ci-contre de Tamasz Krausz laisse penser qu'il reste encore du chemin.

Ce pays a connu l'expérience la plus longue de réformes de marché et la glorification de l'efficacité capitaliste. Le vieux régime de Kadar et ses successeurs avaient déjà introduit de telles mesures depuis les années 70 et, vers sa fin, sous la pression du Fonds monétaire international (FMI), avec une férocité croissante. Pourtant, vingt ans après, la richesse hongroise totale disponible pour acheter des propriétés qui seraient privatisées ne dépasse pas 900 millions de dollars. Cela ne représente qu'environ 3% des biens publiques qui seraient susceptibles d'être mis aux enchères (environ 10 milliards de dollars pour la terre et 20 milliards pour les autres avoirs) ; mais qui va les acquérir ? Peu de gens mettent en cause, à l'heure actuelle, le principe même des privatisations, mais il y a bien des façons d'y parvenir et, pour l'instant, seule une faible partie de l'économie est entre les mains du secteur privé.

Des élection ont eu lieu en mars 1990 (voir Inprecor n° 308 du 5 mai 1990). Le vieux parti communiste stalinien a éclaté en deux : le Parti socialiste hongrois (PSH) - qui a obtenu 9,5 % des voix - et le Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH) - moins de 4%. Deux grandes nouvelles formations sont apparues : le Forum démocratique hongrois (MDF) avec 42,5 % des votes, et l'Alliance des démocrates libres SzDSz), avec 23,2 %. Le MDF est un parti nationaliste et chrétien et le SzDSz se dit voué à la ibre entreprise ainsi qu'à "l'Europe et à l'internationalisme". Ces deux regroupements ont un profil mal défini ; on y trouve de nombreux renégats de l'ancien régime et des courants allant de la social-démocratie à l'ultra-conservatisme.

Le MDF a formé un gouvernement, en mai 1990. Selon un sondage publié dans le quotidien Magyar Hirlap, le 17 août 1990, environ 60 % des personnes interrogées croyaient que les choses iraient mieux dorénavant. Mais, trois mois plus tard, selon la même enquête, la proportion s'était inversée : plus de 60% pensaient que la situation allait empirer.

Les élections municipales d'octobre 1990, ont été marquées par un fort taux d'abstention (seuls 29 % des électeurs se sont déplacés) ; le MDF n'a recueilli que 30 % des suffrages, dépassé par l'opposition du SzDSz qui en a obtenu 36,5 %.

Aujourd'hui, c'est la pression de la rue qui entrave les projets gouvernementaux. Les chauffeurs de taxis et les routiers ont fait grève pendant trois jours pour protester contre l'augmentation de 65 % du prix de l'essence, paralysant le pays tout entier, et montrant la grogne populaire face à la dégradation constante du niveau de vie. Le gouvernement a été obligé de négocier et de limiter la hausse du carburant à 33% (l'équivalent de l'inflation) ; ces tractations ont été retransmises en direct par la télévision.

Cela montre à quel point la conjoncture hongroise est instable. *

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