Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COREE DU SUD

Le syndicat de « ceux d'en bas »

· Inprecor n° 319, 23 novembre 1990 · p. 20-21 · 1 304 mots

Syndicalisme

Depuis 1987, année de la chute de la dictature militaire de Chun Doo-hwan et du grand mouvement démocratique de la jeunesse, la Corée du Sud connaît des considérables des salaires, de la consommation et, en général, du niveau de vie traditionnelles du mouvement ouvrier. Cela s'est traduit par la naissance d'un

(Chonohyop), qui a joué un rôle dirigeant dans ces mouvements et qui a réussi à survivre, malgré la répression sauvage des patrons et de l'Etat (voir Inprecor

Nous reproduisons ci-dessous l'interview de deux dirigeants de Chonohyop, Kim

Le syndicat de

"ceux d'en bas"

vagues successives de grèves. Ces luttes ont conduit à des augmentations des travailleurs ; elles ont aussi modifié en profondeur les structures syndicat indépendant, l'Alliance coréenne des syndicats authentiques n° 309 du 18 mai 1990).

Sang-bock, membre de la direction, et Kim Kyung-eun, vice-secrétaire du conseil régional syndical de Séoul.

INPRECOR : Combien de vos adhérents sont en prison depuis la vague de protestations et la grève générale organisées par Chonohyop en avril et en mai 1990 ?

Kim SANG-BOCK : Actuellement,

450 ouvriers sont emprisonnés et 100 autres se cachent. Ce sont, pour la plupart, des dirigeants de Chonohyop, choisis comme cibles par les forces gouvernementales lorsqu'elles ont violemment investi les usines et les chantiers navals pour casser les grèves.

• Quels sont actuellement les principaux problèmes des travailleurs de l'industrie?

K.S. B. : En ce moment, nous suivons de prêt ce qui se passe au chantier naval

Samsung, qui est la deuxième compagnie de Corée du Sud et dont la direction, soutenue par le gouvernement, interdit toute syndicalisation libre. Elle est même allée jusqu'à créer un syndicat fantôme afin de neutraliser les tentatives des travailleurs de créer leur propre organisation démocratique. Ceux qui ont essayé ont subi une terrible répression, au point qu'un ouvrier s'est suicidé pour protester contre l'absence de droits démocratiques.

Kim

KYUNG-EUN : Rien qu'à

Séoul, huit syndicats se mobilisent actuellement contre les lock out. Ce sont surtout les travailleuses qui bougent ; ainsi, dans la société Nau Precision de téléphones sans fil, 600 femmes sont en grève. Elles

COREE DU SUD ont organisé un ralentissement de la production pour protester contre une offre dérisoire d'augmentation de salaire de 7 %. Les patrons ont riposté en annonçant la fermeture de l'entreprise mais, dans le même temps, ils ont embauché des "jaunes" et acheté certaines ouvrières pour qu'elles continuent à produire. Chaque jour, les grévistes forment des piquets devant les usines et sont arrêtées par la police anti-émeutes. Elles sont souvent embarquées de force dans des autobus et amenées dans des terrains vagues à 4 ou 5 kilomètres de Séoul, puis relâchées : la police les a parfois laissées dans des bus aux fenêtres fermées, pendant plusieurs heures, sous un soleil de plomb.

• Il est surprenant que Chonohyop ait réussi à coordonner une vague de grèves et de protestations aussi importante que celle de mai et de juin

1990, peu de mois après sa fondation

[le 22 janvier 1990, ndlr]. Comment

-он рет есть, но от.

ciations salariales ?

K. K. E. : Nous savions que le gouvernement et les capitalistes seraient capables de tout pour détruire notre organisation nationale de syndicats démocratiques. Il nous a donc fallu défendre Chonohyop à travers la lutte. Les mouvements du chantier naval Hyundai, à Ulsan, et de la Radio nationale coréenne, suivies de trois jours de grève générale dans au moins 200 entreprises de tout le pays ont réussi à desserrer l'étau et ont montré la capacité des travailleurs à organiser des actions de masse. Durant le second semestre de notre existence, nous espérons faire avancer la conscience des travailleurs sur des questions plus générales telles le logement et les conditions de travail désastreuses qui causent des milliers d'accidents chaque année. Nous désirons aussi consolider la base de Chonohyop. En effet, pour l'instant, nous sommes un Conseil national de structures régionales, mais notre but est de devenir une Fédération nationale des syndicats d'industrie.

• Comment Chonohyop continue-t-il à fonctionner avec tant de dirigeants en prison ou dans la clandestinité ?

K. S. B. : C'est très difficile. Cependant, chaque nouvelle lutte met en avant de nouveaux dirigeants, et en outre, nous bénéficions du soutien et de la solidarité du reste du mouvement démocratique — principalement des étudiants et de l'aile progressiste de l'église.

• Chonohyop a été créé à partir des syndicats démocratiques apparus durant et après la vague de grèves de

1987, parce que la Fédération des syndicats coréens (FSC) pro-gouvernementale n'avait pas réussi à défendre les intérêts des travailleurs. Quelles sont vos relations avec cette organisation depuis votre fondation?

K. S. B. : Nous avons toujours eu comme principe d'appeler à l'unité la plus large de la classe ouvrière. Entre les luttes pour la démocratie de 1987 et la fondation de Chonohyop, nous nous sommes constamment battus au sein de la FSC pour qu'elle rende des comptes à ses adhérents, mais nous avons été à chaque fois confrontés à la direction bureaucratique, subordonnée au gouvernement. Mais, comme chaque syndicat est obligé, par la loi, de s'affilier à la FSC, dans certaines régions, nous travaillons avec des militants de cette centrale. En outre, comme il est illégal de financer notre organisation, de nombreux syndicats continuent à faire formellement partie de la FSC, mais nous considèrent comme leur direction.

Au niveau national, nous avions demandé à la FSC d'organiser avec nous le Premier mai et de participer aux funérailles de l'ouvrier décédé au chantier naval de Samsung, mais elle a refusé. Les dirigeants de cette organisation, qui a servi à démolir les luttes des travailleurs et à leur faire accepter la volonté des employeurs, voient évidement dans le déve-

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loppement d'un nouveau mouvement syndical national démocratique une menace pour eux et pour le système.

• Avez-vous déjà réfléchi à la possibilité de mettre en place un parti politique lié à Chonohyop ?

K. S. B. : Il y a eu quelques discussions sur la création d'un Parti du peuple avec d'autres secteurs du mouvement démocratique. Officiellement, Chonohyop ne s'est pas prononcé là-dessus, mais, en principe, nous n'y serions pas opposés si c'était bénéfique pour notre mouvement. Cependant, on trouve au sein de notre organisation des opinions divergentes sur l'utilité d'une telle structure. Par exemple, devrions-nous dépenser une partie de notre temps et de notre énergie à essayer de former ce parti ou devrions-nous consacrer tout notre temps à renforcer et à consolider les bases de notre mouvement syndical, comme nous le faisons actuellement ?

Si un parti politique légal était formé qui, tout en proposant de défendre les travailleurs, s'intégrait parallèlement au système actuel et s'opposait à tout se qui le remettrait fondamentalement en cause — comme le Parti travailliste en GrandeBretagne — le soutiendrions-nous ?

• Les conditions de clandestinité dans lesquelles Chonohyop est obligé de fonctionner ne sont-elles pas néfastes pour la démocratie interne ?

K. S. B. : Même les dirigeants qui se cachent en ce moment gardent un contact régulier avec la base. Contrairement à la FSC, nous sommes organisé de bas en haut. Nous sommes nés après trois ans d'activité dans des syndicats indépendants qui ressentaient le besoin de coordonner nationalement leurs actions. Nous avons réussi à mobiliser les travailleurs, parce que ce sont nos adhérents, les salariés eux-mêmes, qui prennent les décisions. Dans chaque syndicat, ils participent au fonctionnement à travers plusieurs commissions qui traitent de beaucoup de questions, par exemple, de l'organisation, des grèves, des problèmes des femmes, etc. Chonohyop est apparu en réponse à l'autoritarisme que les syndicats officiels utilisent pour exercer leur contrôle ; les travailleurs ont besoin d'assumer le pouvoir eux-mêmes. Le renforcement de Chonohyop dépend de sa capacité à maintenir la vitalité de sa démocratie interne. *

Séoul, juillet 1990 Propos recueillis par Paul Field = Inprecor n° 319 du 23 novembre au 6 décembre 1990

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