Le maréchal Kim Il-sung a transformé la Corée du Nord en une sorte de théocratie, où il trône à la place de Dieu, Il a érigé autour de sa personne (et de sa famille) un culte qui atteint des proportions grotesques et dépasse probablement la Chine maoiste et TURSS stalinienne (sans oublier l'amitié qui le liait à Ceausescu)
Pour avoir un petit aperçu de ce phénomène, il est intéressant de citer quelques passages d'un ouvrage officiel, Panorama de la Corée, sorte de guide, publié en 1979 par les éditions en Langues étrangères de Pyong-yang et réédité depuis
Au milieu de la capitale, nous dit-on, sur la colline de Mansoudai, a été érigée « une statue colossale en bronze du Grand Lea der. » Suivant « la volonté unanime et le dé sir ardent du peuple coréen », cette statue immortalise le maréchal, « la clairvoyance de sa direction, les exploits immortels qu'il a accomplis, les hautes vertus et les immen ses bienfaits dont il fait preuve pour le peu ple. • Bien évidemment, il ne s'agit pas du seul monument érigé en son honneur. « Là où les immortelles traces révolutionnaires du Grand Leader sont empreintes, furent é rigés des stèles commémoratives ou des musées traduisant le respect et la vénération infinis du peuple coréen à son égard. -
Dans le domaine de la littérature, le régime ne cache pas sa prédilection pour le genre biographique. L'ouvrage le plus apprécié est, sans doute, L'immortelle épo pée, qui retrace • la glorieuse et brillante histoire révolutionnaire du Grand Leader », D'autres ouvrages « dépeignent d'une ma nière vivante » le destin singulier de la famille du Grand Leader, comme par exemple Au tournant de l'histoire et Sur le chemin de la fidélité.
Cinéphile passionné, Kim II-sung veille au développement du cinéma, qui a déjà pro duit des chefs-d'œuvre comme L'Histoire d'un commandant, un film remarqué pour son • niveau artistique et idéologique très élevé •
Le Grand Leader veille à ce que ses concitoyens s'amusent, mais avec modération.
Dans la partie sud de la péninsule, en revanche, les mœurs sont corrompues et l'esprit national dégénéré. « La "musique métisse", mélange du jazz et de la musique japonaise, sévit partout. Les dancings, qui pullulent en Corée du Sud, corrompent et dépravent les esprits. Les habits traditionnels disparaissent, des habits excentriques pervers et grotesques se propagent comme une maladie contagieuse. » *
Enzo Traverso