La région des Caraïbes est devenue un pôle important d'assemblage au cours des années 80, grâce à une succession de dévaluations et à la mise en place, en 1984, nombre des zones franches industrielles d'exportation (ZFIE) dans cette région a
1984, moins de 100 000 personnes, dont la moitié en Haïti ; en 1989, près de portation, le Mexique a opéré un profond tournant. De manière cohérente, la législation s'appliquant à l'investissement international a été remaniée et assouplie à l'extrême. Dans l'automobile, par exemple, une réglementation assez contraignante obligeait les multinationales à réaliser un certain pourcentage de valeur ajoutée sur place, et interdisait la réexportation massive. Aujourd'hui, les différences entre l'industrie maquiladora et une implantation quelconque de firme multinationale s'estompent.
Tout pour l'exportation :
Voilà pourquoi on peut, effectivement, parler de "maquiladorisation" de l'ensemble de l'industrie mexicaine, dans la mesure où l'orientation de la politique économique gouvernementale accorde la priorité absolue aux exportations industrielles. Celles-ci ont effectivement progressé considérablement depuis le choc pétrolier, passant de 5,4 milliards de dollars en 1983 à 12,2, en 1988 ; leur part dans les exportations totales représente dorénavant 60 %, cette progression résultant en partie de la baisse des recettes pétrolières.
Mais cet essor des exportations industrielles a été obtenu selon une logique épousant étroitement celle de la maquila. On assiste à un abandon des débouchés offerts par le marché intérieur, certaines exportations de biens intermédiaires tels le ciment, le verre, l'acier, étant gonflées presque mécaniquement par la baisse des ventes internes. Et surtout, cette industrialisation est désarticulée, parce que déterminée essentiellement par la logique des multinationales : ainsi, dans le secteur le plus dynamique, celui des moteurs et pièces détachées, 93% des exportations ont été réalisées en 1987 par General Motors, Chrysler, Ford, Volkswagen et Renault ; de la même façon, IBM et HewlettPackard effectuent 80% des exportations de matériel informatique.
Le développement de l'industrie mu quiladora aura été un prélude à une intégration accrue de l'économie du Mexique dans celle des Etats-Unis, intégration dominée par les intérêts des multinationales et de la bourgeoisie mexicaine, et dont la logique implique une pression continue sur les salaires et le niveau de vie des travailleurs mexicains. *
20 octobre 1990 Les illustrations reproduites en p. 9 et
11 son extraites du livre mexicain
Posada y el grabado mexicano
(Panorama Ed., Mexico, 1980).
REP. DOMINICAINE
Zones de misère et fausses industries du Plan Reagan (Initiative pour le bassin des Caraïbes). Depuis cette date, le à peu près doublé pour atteindre le chiffre de plus 60. Elles employaient, en
200 000 y travaillaient, dont moins d'un cinquième en Haiti.
Robert HELDER
CETTE croissance spectaculaire est essentiellement due au succès des ZFIE de la République Dominicaine. En 5 ans, c'est-à-dire de 1984 à 1989, leur nombre est passé de 4 à 17 et les emplois y ont augmenté de 25 000 à
110 000, plus que dans les industries fabriquant pour le marché local ou dans toute l'activité sucrière — l'une et l'autre stagnant depuis le début des années 1980.
Les ZFIE représentent déjà 5 % des emplois totaux du pays. En 1988, la valeur ajoutée dans les ZFIE a atteint 15 % de la valeur ajoutée par l'ensemble du secteur manufacturier. Leurs exportations se sont élevées à 517 millions de dollars, soit plus du tiers des exportations de marchandises.
Salaire de survie et répression
Les raisons d'une telle croissance des zones franches dominicaines sont multiples : proximité des Etats-Unis, accès à ce marché avec exonération de droits de douanes pour beaucoup de produits (Plan
Reagan), relative stabilité politique, exonération totale d'impôts, et surtout, une
« main d'œuvre abondante et bon marché », comme le vantent les brochures de promotion.
Effectivement, les ZFIE dominicaines attirent avant tout les investisseurs grâce à un taux d'exploitation du travail très élevé. Le salaire minimum applicable y est actuellement de 650 pesos par mois, c'est-à-dire environ 500 francs français. La semaine est au minimum de 44 heures, dans des conditions en général très mauvaises ; les cadences imposées par le travail à la pièce très élevées. Malgré la reconnaissance du droit syndical dans le reste du pays, dans les ZFIE, la répression des activités de ce genre est absolue. Les ouvriers sont recrutés après enquête de police sur leurs antécédents syndicaaux ou politiques. La moindre tentative d'organisation et d'action collective est suivie de licenciement immédiat, sans recours possible.
Emplois déqualifiés
Get menacés
Les trois quarts des emplois sont occupés par des femmes, les patrons des usines d'assemblage appréciant particulièrement leur dextérité dans les tâches d'assemblage (confection, chaussure et électronique essentiellement) et leur relative docilité, conséquence de leur situation de dominées dans un société particulièrement patriarcale. La majorité de ces
1975 en millions en % de $ Exportations nationales 887 97 Sucres, dérivés 594 65 Café 34 4 Tabac 34 4 Cacao 25 3 Minerais 149 16 Autres 50 5 Exportations des ZFI 27 3 Exportations totales 914 100 Source : Banque Centrale de la République dominicaine femmes sont jeunes - entre 16 et 24 ans — et ne durent que quelques années dans les ateliers, que ce soit à cause des maternités ou de l'usure au travail. Les ZFIE sont des zones de répression et d'exploitation intense.
Leur extension ne constitue pourtant même pas une voie de développement capitaliste, contrairement à ce que prétendent la classe dirigeante et les économistes bourgeois.
Les entreprises des ZFIE créeraient des emplois, selon le gouvernement dominicain. En fait, elles gaspillent la force de travail dans des tâches que la formation technique permet pour l'essentiel d'automatiser. La rotation rapide des ouvrières en est la preuve : leur force de travail est usée en quelques années. De plus, ces postes de travail sont très fragiles ; il suffit que le climat social ou politique change pour que les entreprises étrangères qui commandent ou les sociétés mères passent commande dans un autre pays concurrent ou déplacent, à peu de frais, leur atelier de zone franche. C'est ce dont Haïti fait l'expérience depuis la chute de Duvalier, en 1986, malgré les efforts des militaires, de Washington et de Paris pour préserver l'ordre social. Il suffit aussi qu'un ou plusieurs pays rivaux sur le marché des ZFIE dévaluent suffisamment leur monnaie pour provoquer une vague de délocalisation. Les exportations d'électronique de Barbade, qui ont atteint 150 millions de dollars en 1984, ont ainsi été réduites à néant en trois ans. Il suffira, enfin, que les techniques d'automatisation de la production industrielle fassent de nouveaux progrès pour que ces emplois ne soient plus du tout rentables, à moins d'imaginer que le salaire réel puisse encore être réduit. Il est important de noter = Inprecor n° 319 du 23 novembre au 6 décembre 1990
La place des zones franches dans les exportations dominicaines
1980 1988 en millions en % en millions en % de $ de $ 960 89 901 64 330 31 178 12 52 64 5 35 18 51 64 5 380 35 408 29 111 10 169 12 117 11 517 36 1077 100 141 100 que, depuis 1970, date de création de la première ZFIE dominicaine, la salaire minimum mensuel réel exprimé en dollars constants est passé de 58 à 23 dollars.
Les ZFIE généreraient des devises, prétendent aussi les autorités. En fait, les revenus nets de devises de cette activité, c'est-à-dire la valeur ajoutée dans les ZFIE dominicaines, ne s'est élevée qu'à 129 millions de dollars en 1988. Pour une moyenne de 80 000 emplois au cours de l'année 1988, cela ne représente que 1 612 dollars par an par poste de travail, ce qui reste très faible.
Des ateliers plus que des industries Les ZFIE seraient des pôles de transfert de technologie favorables à une industrialisation du pays. En fait, ce transfert est insignifiant. Par définition, les industries à haute intensité de main d'œuvre n'intègrent pratiquement pas de technologies modernes. La faiblesse de l'investissement indique clairement que les entreprises des ZFIE sont des ateliers de travail ("swetshops" en anglais) et non des industries : 3 318 dollars par ouvrier dans le secteur chaussures, 5 379 dans la confection, 9 057 dans l'électronique.
REP. DOMINICAINE = L'investissement moyen dans les industries des Etats-Unis est au moins dix fois supérieur à ce dernier chiffre. Le temps de formation réel des ouvriers ne dépasse pas en général quelques semaines. L'attitude de l'Etat dominicain est d'ailleurs cohérente avec l'adoption d'un tel mode de "sous-développement" : il abandonne progressivement ses fonctions d'éducation, dont les niveaux sont en régression spectaculaire depuis près de dix ans.
Les entreprises des ZFIE susciteraient la création d'activités offrant biens et services aux zones franches. En fait, les achats des ZFIE à l'économie locale sont pratiquement nuls. Les pièces à assembler, qu'il s'agisse par exemple de tissu ou de composants électroniques, sont produits à meilleur coût et avec moins de risques dans des pays plus avancés. Même les entreprises installées depuis 15 ans ou plus en République Dominicaine n'ont pas commencé un début d'intégration à l'économie locale.
Concentration ouvrière
Cette expansion des ZFIE n'a lieu que parce que ce pays se place d'emblée, par sa politique de répression et de surexploitation des travailleurs, tout en bas de l'échelle de la division internationale du travail — ce qui n'exclut pas qu'il tombe même de l'échelle, du fait de la concurrence d'autres pays dominés, ou du fait de la conjonction entre protectionnisme, déréglementation et automation à l'œuvre dans les métropoles impérialistes.
Le seul apport positif de la croissance des ZFIE en République Dominicaine a été le développement d'un nouveau secteur de la classe ouvrière, qui est concentré : deux ZFIE emploient chacune plus de 30.000 travailleurs (San Pedro de Macoris et Santiago). Il est aussi jeune, majoritairement et essentiellement féminin. L'articulation des luttes féministes et de classe lui permettrait de s'organiser et de prendre conscience de sa force. Les ZFIE sont, à leur corps défendant, aussi une promesse de renouveau des luttes sociales et politiques (voir l'article p.17). *
8 novembre 1990