Inprecor 1974–2004

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ARGENTINE

Dictature et résistance

· Inprecor n° 32, 6 juillet 1978 · p. 13-19 · 5 657 mots

Argentine et Chili Syndicalisme Stalinisme

Marcello ZUGADI En fin de compte, la dictature a choisi un Président pour « deuxième période du Processus de réorganisation nationale». assumera son nouveau rôle le ler août... mais sa période de trois ans sera comptabilisée depuis le 24 mars dernier. goguenardise, le quotidien La Nation écrit dans son éditorial du 7 mai : «C'est la première fois qu'un président est désigné avec effet rétroactif». Cette ironie ne peut cependant arriver à cacher que le nouveau président a été « élu» par trois personnes et que sa désignation, longuement discutée et retardée, montre les profondes lézardes qui divisent les forces armées. porte-parole le plus important des exploiteurs d'Argentine se félicite que cette décision ait été prise et souligne qu'il s'agissait d'un besoin impérieux parce que les «divergences entre les militaires avaient atteint à la fin de la semaine précédente une ampleur que les observateurs politiques du pays ne sont pas habitués à enregistrer» (La Nation,

On s'est donc mis d'accord sur la figure présidentielle de la « deuxiè me période», mais les attributions du président restent en débat, ce qui, en définitive, donne à la résolution prise une valeur purement symbolique, destinée précisément à contenir la discussion politique entre les commandements militaicar elle dévoile aux yeux de tout le monde la crise politique que la dictature traverse.

La classe ouvrière n'a pas encore été écrasée, sa structure syndicale n'a pas ete demembrée, elle n'a pas subi une défaite capable de la démoraliser et de briser la ligne ininterrompue de son développement indépendant

La junte a annoncé, par le même communiqué annonçant la désignation de Videla, qu'elle avait décidé de «faire étudier et proposer par les organismes adéquats, 15 juillet 1978, des précisions à apporter au schéma fonctionnel du pouvoir». Il s'agit de décider qui désignera les ministres du pouvoir exécutif, les gouverneurs de province et si le président sera, ou pas, - comme il l'a été depuis 1853 - , le commandant en chef des forces armées, c'est-à-dire du pouvoir lui-même. Après deux ans où il fut impossible de parvenir à un accord, il a été décidé d'une date limite. Ainsi, la situation se définit par sa énonciation : Videla règne comme président, pour son deuxième mandat, depuis le 24 mars de cette année; mais il ne sera statué sur ses attributions que le 15 juillet prochain... et il assumera sa nouvelle charge le ler août.

Quel que soit le résultat immé. diat de cette crise, il est évident que, d'une manière ou d'une autre, la dictature entame une nouvelle période. Prévoir ses caractéristiques implique avant tout de comprendre ce que proposait et ce qu'a obtenu la junte pendant ces deux années. LES CAUSES DU COUP D'ETAT

Les forces armées ont expliqué que le coup était inévitable pour deux raisons : les agissements des organisations guérilléristes et le « vide du pouvoir». Bien que même certains révolutionnaires aient succombé à la tentation d'adopter ces arguments, ils ne résistent pas à une confrontation sommaire avec les faits : en premier lieu, parler de «vide du pouvoir» - outre le fait que cela suppose de la part de ces révolutionnaires une curieuse conception de ce qu'est l'Etat bourgeois et des causes qui mènent à la dilution de son pouvoir -, c'est méconnaître qu'avec la complicité de tous les partis bourgeois et réformistes et aussi du gouvernement lui-même, les forces armées, bien avant le 24 mars, avaient accaparé tous les ressorts-clé du pouvoir. Une abondante législation répressive, spéciale, l'état de siège et la paralysie volontaire du Congrès leur donnait carte blanche pour mener à bien leur tâche de répression dans tout le pays; la province de Tucuman était sous contrôle militaire direct; un général de l'état-major général des armées - le général Harguindeguy, actuel ministre de l'Intérieur -était le chef de la police fédérale.

C'est une erreur significative que de confondre l'impuissance de la clique d'aventuriers au gouvernement avec un «vide du pouvoir». D'autre part, l'ERP et les Montoneros non seulement ne menaçaient pas ce pouvoir - rien de plus faux que de dire cela - mais ils étaient déjà en net recul. L'échec retentissant de l'attaque de l'ERP contre le régiment de Monte Chingolo en décembre 1975, comme le démembrement de la guérilla installée dans les monts de Tucuman et le désastre provoqué par les Montoneros avec l'attaque du régiment de Formosa, exprimaient sans équivoque que les organisations guérilléristes gnaient le point final de leur trajectoire de chute irrémédiable et qui avait commencé longtemps aupara-

Ce n'est ni par un chimérique «vide du pouvoir», ni par une fantomatique menace guérillériste que le coup militaire - ou plus précisément, le transfert du gouvernement aux militaires - s'explique. Ce qui l'explique, au contraire, c'est la nécessité de répondre tactiquement et stratégiquement au mouvement ouvrier : l'éclatement du péronisme privait la bourgeoisie de la seule arme qu'elle pouvait utiliser pour contrôler et dévoyer le prolétariat

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3) Coordination de l'opposition de classe de toutes les usines et les branches de Cordoba.

tant au plan syndical que politique; il fallait assainir la bureaucratie syndicale, devenue incapable de remplir sa fonction et construire une nouvelle force politique pour remplacer le mouvement péroniste, définitivement mort. La formidable mobilisation ouvrière qui culmina avec la grève de juin 1975 avait démontré que le prolétariat avançait à pas de vainqueur vers son indépendance de classe et que le péromême au gouvernement, était incapable de contenir cette marche en avant. Remplacer le péronisme devenait alors une tâche inéluctable pour garantir à long terme la survivance du régime capitaliste. C'est dans cette direction que furent pointés les canons. (Notons, en passant, que les élections anticipées, mesure obligatoire ce plan étant donné l'incapacité absolue de la camarilla au gouvernement, avait déjà eu en un sens un succès considérable : le réformisme, le populisme et le centrisme avec les organisations guérilléristes à l'avant-garde s'étaient lancés joyeusement dans la construction d'un front populaire qui s'apprêtait à présenter la candidature de Campora (1) dans ces élections illusoires). Mais ni la manœuvre politique -dans laquelle la «AAA » (2) a joué un rôle important - ni la trahison réformo-populo-centriste, ni la cécité de ceux qui refusaient de voir la progression de la lutte des classes ne purent maîtriser celui à qui tout ce plan politique en gestation était destiné : le prolétariat. Retrouvant le niveau de mobilisation atteint à la mi-1975, il descendit de nouveau dans la rue, il se mit à étendre sa mobilisation à tout le pays, à déborder à nouveau le contrôle bureaucratique, «coordinations»... et il commença à rechercher - avec le Bureau de coordination des branches de Cordoba à sa tête - une centralisation et un guide politique pour son combat (3).

Une nouvelle grève générale se profilait à l'horizon. Mais son niveau était incomparablement supérieur à celui des six mois antérieurs. La bureaucratie ne pouvait pas non 1) Représentant de Péron, élu Président de lui-même qui lui a succédé 2) AAA : Alliance anticommuniste argentine plus l'éviter. Une grève générale ne ferait pas seulement avorter - ou rendre extrêmement difficiles - les projets politiques de la bourgeoisie, mais elle aurait également empêché le coup d'Etat militaire.

Malgré l'absence complète de direction révolutionnaire, la marche ascendante du mouvement ouvrier faisait ombre à tous les plans de la contre-révolution. Sans une intervention drastique, l'avenir immédiat était compromis. La décision : prise : le coup était indispensable. Les dirigeants bourgeois vinrent expliquer sur la chaîne de radiodiffusion nationale qu'il y avait pas d'autre solution qu'un coup militaire. Les bureaucrates syndicaux du plus haut niveau assurèrent à plusieurs reprises que «tout était arrangé» tandis qu'ils faisaient tout, en effet, pour éviter la centralisation de la mobilisation.

Le bloc réformo-populo-centriste continuait allègrement à préparer la formule présidentielle du front populaire. La direction révolutionnaire brillait par son absence. Des bandes militaires entreprirent à la mi-février d'emprisonner et de séquestrer les dirigeants ouvriers ayant des positions de classe. Le 24 mars, Isabelle Péron fut tranférée dans un château dans le sud du pays et les trois commandants s'installèrent au Palais présidentiel, la Casa Rosada.

Pouvait-on espérer, dans ces conditions, autre chose qu'un pas en arrière de la classe ouvrière? LA PERIODE DE «REORGANISATION » COMMENCE

Le 25 mars, le Parti communiste argentin distribua une longue déclaration dans laquelle il appuyait le «processus de réorganisation», soulignait la nécessité d'éviter un «coup à droite» et appelait à la formation «d'un cabinet de large coalition démocratique» pour mener à son terme la « réorganisation ». Comme tout indiquait qu'il n'y aurait pas d'élections, le secteur guérillériste du bloc de front populaire appela à la «guerre populaire contre la junte militaire». D'autres afla nation en mars 1973 et qui a dû démissionner trois mois plus tard. C'est Péron : bandes armées parapolicières.

firmèrent qu'il s'agissait d'une défaite historique de la classe ouvrière et passèrent dans leurs quartiers d'hiver. Certes la voix courageuse de plusieurs organisations marxistes-révolutionnaires qui, pendant tout ce processus, tentèrent d'offrir une réponse ne manqua pas. Cependant, des raisons historiques que nous ne traiterons pas ici, leur petite taille, leurs divisions et toutes les faiblesses politiques qui en découlent, empêchèrent qu'existe une riposte - avant et après le coup -qui se présente comme une réelle alternative politique, comme une proposition concrète devant manque de direction ouvrière.

Dans ce contexte, une fois la junte militaire installée au pouvoir et s'appuyant sur un front bourgeois unanime, pouvait-on s'attendre à autre chose qu'à de nouveaux pas en arrière encore plus importants ? Est-il acceptable d'affirmer, comme cela l'a été, que cette situation était le résultat d'une « faiblesse intrinsèque » du prolétariat ? Certainement pas. Les conclusions qu'en tirent certains sont encore moins acceptables. En dehors d'une interprétation correcte des causes du coup, ils mettent un signe d'égalité entre le mouvement ouvrier et l'addition des exilés, des morts, des séquestrés et des prisonniers pour arriver au résultat aujourd'hui d'avant-garde organisée en Argenti ne; que la classe est atomisée et manque de toute structure, même syndicale; que nous devons partir de moins que rien pour organiser la résistance. Les faits, pourtant, démontrent le contraire. Et c'est à ces faits que se réfère clairement la Société rurale argentine - corporation de l'oligarchie des éleveurs, dont les intérêts sont indissociablement liés au grand capital monopoliste et à l'impérialisme - quand, dans un document «d'appui au gouvernement» publié le 7 mai, elle déclare : «Pour le monde du travail, on n'a pas trouvé encore de définitions claires ni un ajustement du régime aux principes qui présidèrent au processus».

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Il est sans intérêt de discuter sur les mots plus ou moins capricieusement interprétés, et seul un irresponsable total pourrait refuser de reconnaître les coups durs, très durs, qu'a reçus le mouvement ouvrier en Argentine. Mais en échange, il nous intéresse d'établir clairement que, pour utiliser les mêmes mots que le cénacle de la contre-révolution argentine, on n'a pas encore réussi à conformer le régime aux principes de la dictature; c'est-à-dire, pour employer notre propre vocabulaire : la classe ouvrière n'a pas encore été écrasée, sa structure syndicale n'a pas été démembrée, on n'a pas encore réussi à lui infliger une défaite qui la démoralise et brise la ligne inexorable et ininterrompue de son développement indépendant!

Pourquoi nous intéresse-t-il à l'extrême d'affirmer que c'est une question décisive ? Parce que ce « qu'on n'a pas encore réussi » signifie deux choses : en premier lieu, que malgré les morts, les prisonniers, les séquestrés et les exilés et malgré la répression inqualifiable que nous devons affronter, nous, révolutionnaires d'Argentine, nous n'avons pas à travailler dans une terre vierge ni à prêcher dans le désert, mais tout au contraire, nous avons à semer en terre fertile, à nous immerger dans un courant qui va dans notre direction et non en sens contraire, à récolter une moisson qui n'a pas été coupée par la main assassine de la bourgeoisie, à dire notre mot devant des oreilles avides qui ont appris à se méfier de la voix fausse des ennemis de la révolution ! Est-ce là ce que mettent en relief ceux qui rabâchent sur la défaite profonde, la défaite terrible ou la défaite historique? II est bien clair que non. En deuxième lieu, ce « on n'a pas encore réus. si » signifie que le secteur économiquement le plus puissant de l'ennemi de classe considère qu'il y a une tâche à accomplir et... appelle à l'accomplir !

Depuis le début de l'année 1978, «Inprecor » a publié sur l'Argentine :

* L'article de Nahuel Moreno, «Le spectre du Cordobazo », no 20, 20 janvier 1978.

* L'article de Antonio Heredia, « Deux ans après le coup d'Etat», no 28,

12 mai 1978.

Au moment où l'héroïque résistance de la classe ouvrière, le dé-

Songie: La tomon d

forces armées aboutissent à une crise, le grand capital écrit dans un document : «Il faut exiger des citoyens la réflexion et la prudence et du gouvernement l'énergie pour éviter que viennent à nouveau être essayées des solutions périmées».

Au-delà de toute divergence les

Lion de nei révolutionnaires doivent répondre

d'une seule voix à cette déclaration de l'ennemi de classe : «le gouvernement doit être énergique parce que le mouvement ouvrier n'a pas encore été écrasé !». QU'EST-CE QUE LA «DEUXIEME PERIODE»?

Les contradictions de la désignation d'un président pour la « deuxième période» de la dictature ne sont pas autre chose que le reflet institutionnel de cette question décisive : deux ans après son instauration et malgré sa figure sanguinaire, la dictature qui se présente comme une réponse stratégique au mouvement ouvrier n'a pas encore franchi entièrement le pas tactique pour que cette riposte de grande envergure puisse commencer à prendre forme. Au contraire, elle a perdu sa base d'appui, les divisions de la bourgeoisie se reproduisent dans les rangs de l'armée et le cadre général de passivité et de confusion qui a permis ses succès des premiers mois disparaît peu à peu. Ainsi la première période est terminée, c'est clair, mais la situation ne permet pas d'entamer une deuxième étape. La crise s'ouvre car il n'y a ni accord ni position hégémonique au sein des forces armées, que ce soit pour « agir avec énergie » ou « essayer des solutions périmées».

Pour trouver une issue, justement au moment où la junte annonce la nomination de Videla comme président pour la prochaine étape, un «plan politique» est proposé. Ce plan est révélateur des marges de manœuvre que la bourgeoisie a aujourd'hui, et qu'il ait été présenté par... l'Association des banques argentines (ADEBA) est encore plus éloquent. C'est un constat de 359 pages dans lesquelles est analysé le développement politique et économique depuis 1930; une projection jusqu'en l'an 2000 y est étudiée.

Le projet des banquiers propose une réforme de la Constitution pour que les partis politiques qui sont «l'axe de l'Etat et du gouvernement dans les sociétés démocratiques» soient régis par de nouveaux principes. Ces principes seraient: a. l'affirmation que les partis politiques sont au service des valeurs fondamentales de la Constitution et non pas au-dessus d'elles; b. l'obligation constitutionnelle de refuser la possibilité d'agir en tant que partis politiques a ceux dont la plate-forme de référence n'accepte pas expressément les valeurs de base de la société argentine. c. la sanction constitutionnelle d'illégitimité de plein droit pour les partis politiques qui violent dans l'exercice gouvernemental les libertés et les droits fondamentaux de la société et des citoyens aussi bien que pour ceux qui ne remplissent pas de façon ouverte, réitérée et manifeste leurs obligations envers la société et les individus; d. la disposition inscrite dans la

Constitution du non-monopole de représentation pour les partis politiques, réservant la sphère municipale pour des candidatures exclusivement personnelles.

En plus de ces principes, ADEBA, qui n'a rien voulu laisser à l'improvisation, propose d'autres condi1. fin de l'obligation de voter; 2. les analphabètes n'auront plus le droit de vote; seront considérés comme tels tous ceux qui n'ont pas terminé les études du cycle primaire (dans la dernière décennie la désertion de l'école prien maire a atteint 50%); 3. L'âge minimum pour voter sera élevé de 18 à 21 ans. ADEBA souligne également que le pou voir exécutif aura la prééminence sur le Parlement, mais le Président verrait ses pouvoirs rognés d'un autre côté : il ne serait plus commandant en chef des forces armées, il ne pourrait plus désigner les commandants militaires,

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Les mères des disparus en Argentine manifestent chaque semaine pour obtenir des informations.

ni les titulaires de la Banque centrale et des entreprises d'Etat, ni les juges de la Cour suprême de justice. Il aurait cependant un rôle a remplit, évidemment, puisque le projet lui accorde :

a. le monopole des initiatives en matière législative;

b. le droit de veto sur tout ce qu'approuve le Congrès, même si celui-ci persiste. Mais d'autres garanties sont nécessaires et les maîtres de l'argent proposent que la nouvelle constitution laisse entendre que «les forces armées seront les responsables constitutionnels de la préservation des libertés et des droits fondamentaux des individus et de la société contre les attaques venant de l'Etat ou de groupes sociaux». On propose, de plus, « une clause constitutionnelle de sécurité qui à la manière d'un feu rouge entrera en application quand gouvernement violerait de manière ouverte et systématique les droits et libertés fondamentaux, fomenterait le chaos social ou négligerait de façon grave ses responsabilités en matière de sécurité ». Par ailleurs, toutes les provinces auraient un nombre égal de représentants au Congrès, indépendamment du nombre de leurs habitants, ce qui serait une autre nouveauté.

Il est clair que pour mettre en pratique ce plan ambitieux qui initierait une « étape historique d'institutions rénovées», quelques conditions sont requises: ADEBA en signale trois : 1. obtenir une paix et une sécurité publiques effectives, c'est-à-dire le monopole total de la force pour l'Etat; 2. la réussite d'un progrès économique dont l'importance et la continuité permettent à la société d'en apprécier les bénéfices de manière tangibles; 3. que les forces armées articulent un programme d'action politique avec trois objectifs essentiels :

a. acceptation par la population d'idées-force formant ciment des institutions rénovées, b. développement des étapes au cours desquelles devraient se concrétiser institutionnellement les dites idées-force et c. la conquête de modalités contrôlées de succession du pouvoir dont la donnée de base est « la continuité du programme et de l'ordre politique établis».

Cela n'est qu'un des multiples projets qui se discutent aujourd'hui. Sur la base de la formulation de Pinochet de «démocratie autoritai re», les uns mettent l'accent sur la «démocratie» et les autres sur « l'autorte»; mais tous cependant, s'accordent pour considérer que pour commencer cette «nouvelle étape historique», il faudra d'abord réunir ces conditions.

La « deuxième période» est donc destinée à conquérir la « paix sociale» et un « développement économique important et continu» et à mettre en pratique « un programme d'action politique». Bien que le point de départ, comme on l'a vu, ne soit pas des meilleurs, on trouve

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la gauche chrétienne, il prit la tête en 1968 d'une scission de la CGT qui donna naissance à la « CGT là une tentative de répondre à la question décisive des prochaines années : «l'acceptation de la part des citoyens des idées-force qui agissent comme le ciment des institutions». Il s'agit, pour être clair, de remplacer le péronisme par un ou plusieurs des organismes politiques capables de lier et de baillonner le prolétariat. En laissant de côté, pour le moment, que cette troisiè me condition est étroitement dépendante des deux ,précédentes, voyons quels ont été les pas faits dans cette direction. FRONT UNIQUE POUR CONTENIR LE MOUVEMENT OUVRIER

En premier lieu, il faut signaler que pour accomplir cette tâche, des forces de divers signes ont convergé y compris au niveau international.

L'impérialisme est vivement intéressé à ce processus et a avancé ses pions - la social-démocratie interationale, l'Eglise, les centrales syndicales bureaucratiques - menant ouvertement une offensive contre l'indépendance du mouvement ouvrier argentin. Le plus remarquable, en 1977, a été le virage du gros de la Commission des 25 (4) vers des positions de la social-démocratie, se liant étroitement à la CISL (Confédération internationale des syndicats libres, social-démocrate) et abandonnant toute référence à la «troisième position» et autres folklorismes du péronisme. Voyages répétés de bureaucrates de la CISL, de l'AFL-CIO, entrevues de Cirus

Terence Todman, Joseph Strauss avec les bureaucrates dirigeants de tous les courants, furent le prologue d'une impressionnante campagne politique qui vit naître, entre autres, un hebdomadaire destiné au « peuple des travailleurs» (Tribuna de la Republica), un autre hebdomadaire desà la bourgeoisie petite et moyenne (Tribuna Economica) et un mensuel exclusivement pour les retraités (Tribuna del Jubilado). L'AFL-CIO a organisé à Washington une école de cadres pour les apprentis bureaucrates et une autre 4.) Voir dans le texte. 5) Ongaro : péroniste des Argentins».

de plus d'un mois s'est tenue à Bariloche. Les jésuites organisèrent pour leur part plusieurs petits cours avec les mêmes objectifs, faits par Monseigneur Quarraccino, évêque de Avellaneda, Miguel Gazzera, bureaucrate syndical et Jorge Gualco, dirigeant du Parti populaire chrétien. La Confédération latino-américaine des Travailleurs (CLAT), organisme régional des chrétiens, subventionné par la Fondation Ade-

Le message du Président Videla du 29 mars de cette année report à son intervention dans la Chambre des «Anunciantes». Nous avons déjà donné une appréciation positive discours qui a confirmé la démocratisation du pays. (...).

Il ouvre la voie à une nouvelle étape du processus politique déjà entamé, étape d'un échange de vues fructueux entre les militaires et les civils sur le proche avenir du pays et ses perspecti-

D'idée majeure de ce message est la conclusion d'un accord entre les civils et les militaires. Une fois de plus, nous réaffirmons notre soutien à cet accord.

Nous le considérons comme un impératif historique. Les faits montrent que pour l'Argentine, qui a des problèmes irrésolus depuis quelques décennies, il n'y a pas d'autre voie que la conclusion d'un tel accord (...).

A notre avis, le fait que les Forces armées ont déclaré leur volonté de contribuer à l'établissement de la démocratie pluraliste et à l'application d'une politique extérieure indépendan-

Dans une de ses interventions le

Président Videla a parlé « du droit aux opinions différentes» et déclaré que uauer a démis de ses fonctions dirigeantes Raimundo Ongaro (5) en novembre dernier et l'a remplacé par Miguel Gazzera qui, dans ce cadre, ouvrit un « bureau de relation de la CLAT» à Buenos-Aires. La section latino-américaine de la

CISL discréditée a entrepris de changer de nom et de fonder une nouvelle centrale continentale dont le siège est à Buenos-Aires. POUR L'UNITE SANS CONDITIONS DU MOUVEMENT OUVRIER

Mais l'offensive n'est pas seulement syndicale, mais aussi et principalement, politique. Comme on se LES COMMUNISTES A LA RESCOUSSE DE VIDELA ! déclaration des communistes d'Argentine «le temps du silence est révolu ». C'est ce qu'il faut pour construire une démocratie nouvelle. (...).

On ne peut pas fermer les yeux sur le fait qu'il y a des forces qui menacent la tranquilité du pays et l'établissement d'une démocratie rénovée. En rejetant le terrorisme de l'extrême-gauche, nous indiquons en même temps que l'existence de bandes fascistes et des milieux réactionnaires constitue un danger. Ils trament des complots en vue d'instaurer ouvertement une dictature.

Nous partageons le point de vue du énéral Videla selon lequel Argentir

'a pas de penchant pour le nazısm •et qu'il faut faire la distinction entre ce qui est subversion et ce qui est du domaine de la pensée politique dans ses différentes manifestations scientifiques et idéologiques. Voilà pourquoi un fait attire notre attention. Le message du Président publié dans la revue «Vision » le 28 mars 1977, ne fait aucune allusion à une question extrêmement importante, à savoir, la situation des détenus et des disparus. Si ce problème n'est pas résolu, la normalisation constitutionnelle du pays s'en ressentira.

Rodolfo Ghioldi, Rubens Iscaro, Pedro Tadioli, Jorje Pereyra, Irène Rodriguez, Fernando Nadra, Oscar Arevalo le rappelle, le Parti communiste n'a pas été déclaré illégal par la dictature - nombreuses sont ses publications qui appuient invariablement le « processus de réorganisation nationale » et qui circulent librement dans le pays - et le Parti socialiste

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6) Parti socialiste démocratique, nom pris en 1940 par la direction de l'ancien Parti socialiste, après les divisions qui l'ont détruit comme parti ayant une base dans le mouvement ouvrier. En 1946 il appuya, avec le PC, le « Front démocratique» qui s'est opposé à Peron. En 1955 il appuya la «Révolution libératrice» qui déposa Peron et réprima sévèrement le mouvement ouvrier. Il est actuellement réduit à un appareil sans appui de masse, et il recherche constamment l'unité avec les forces bourdémocratique (6), non seulement représente, par l'intermédiaire de son président Americo Ghioldi, la junte militaire comme ambassadeur au Portugal, mais il a été visiblement appuyé au plan syndical. L'union civique radicale, unique parti de la bourgeoisie organisé nationalement, prépare son entrée à la Ile Internationale. Le secteur du parti péroniste connu sous le nom d'«antiverticalisme», dirigé par Luder et Robledo est également partie prenante de ce plan général. Le Parti intransigeant, dont la figure centrale, Oscar Alende, était à la tête de la formule présidentielle appuyée par le PC en 1973, contribue, à l'égal de diverses fractions de la Démocratie chrétienne à cette tâche. Tous cherchent à se tailler leur part. Les indésirables» de Buenos-Aires ont été refoulés vers des bidonvilles autour de la capitale pendant la coupe du monde de foot-ball.

Il est clair, cependant, qu'il se révèle beaucoup plus facile de dire « il faut construire un grand parti réformiste pour le substituer au péronisme» que de se mettre d'accord sur la façon de le construire concrètement. Et cela est d'autant plus difficile qu'il n'existe pas de partis ouvriers possédant un tant soit peu la confiance des travailleurs et c'est pourquoi l'axe de ce plan est forcément la bureaucratie syndicale •qui, à son tour, pour exister comme geoises conservatrices.

telle doit donner une réponse aux revendications pressantes des masses exploitées. Le cadre économique n'offre aucune perspective d'améliorations réelles pour appuyer une politique de captation de la classe ouvrière et la résistance permanente celle-ci pénètre comme un coin impossible à réduire dans les plans de la dictature et des partis bourgeois.

Nous sommes déjà en pleine bataille : deux forces se disputent la direction politique du mouvement ouvrier, le réformisme et le marxisme-révolutionnaire. La première s'appuie sur le front unique anti-ouvrier que nous avons décrit succintement. La seconde manque d'un plan clairement défini et d'une solide organisation révolutionnaire capable d'unir les forces dispersées. La première peut compter sur tous pui de la dictature. La seconde, sans moyens économiques et avec des moyens organisationnels très limités, doit agir dans la plus stricte clandestinité. Entre les deux, on trouve le populisme et le centrisme, ils sont nettement disposés à jouer le jeu des réformistes, bien qu'ils soient susceptibles d'être occasionnellement entraînés à se faire des alliés d'une politique de classe indépendante:

Le rapport des forces apparaît comme négatif, mais il change de signe si on y ajoute un fait décisif : le mouvement ouvrier réel. Sa résistance ininterrompue, sa présence vivante, ont engendré une sérieuse crise de la dictature à tous les niveaux. Celle-ci se manifeste par les luttes internes du commandement militaire, la paralysie politique de la dictature, l'impossibilité de concrétiser un accord entre les partis bourgeois, la perte de contrôle sur la situation économique et quelque chose qui sera appelé à avoir de grosses répercussions à l'avenir, la division de la bureaucratie.

Dans les premiers jours d'avril, le secteur de la bureaucratie péroniste appelé « verticaliste » forma une dénommée Commission de gestion et de travail (dont le sigle, comme par hasard, est CGT) qui s'est affrontée publiquement et violemment à la Commission des 25, pour obtenir la reconnaissance de la dictature. L'aile « verticaliste » est essentiellement constituée - mais pas uniquement -de dirigeants de fédérations sous tutelle militaire. (Il est de notoriété cependant, que José Rodriguez, secrétaire général du Syndicat des mécaniciens, sous tutelle militaire, est dans l'autre camp, comme agent solide de la CISL).

Cette division de la bureaucratie, bien que n'étant pas très clairement définie, et qui ne partage que momentanément la couche bureaucratique dirigeante, si elle reflète bien la pression objective des travailleurs contre les plans de la dictature et des partis bourgeois et réformistes, crée un sérieux danger qui doit être abordé immédiatement : la division du mouvement ouvrier. La lutte pour la défense de l'unité syndicale ne pourra être réellement menée à bien que s'il est correctement riposté à la manœuvre politique tentée par l'ennemi.

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7) « La Hora del Pueblo » : front des partis bourgeois dirigé par le Parti péroniste et le Parti radical.

Grosso modo, trois projets destinés à construire une force politique capable «d'agir comme ciment des institutions rénovées» sont en présence aujourd'hui : d'un côté le secteur hégémonique de la Commission des 25, appuyé par la CISL, son but est de construire un parti social-démocrate selon le modèle allemand; en face, la Commission de la gestion et du travail dont l'intention est de rééditer le « mouvement national» se réclamant de la continuité du péronisme. Au milieu, l'Union civique radicale (UCR) et d'autres partis bourgeois moins importants, essayant de faire conforces autour de leur propre appareil. Le cadre général encore très confus et défini. Cependant, il est clair que le ministère du Travail, le MID (Mouvement d'intégration et de développement, dirigé par l'ex-président Frondizi) et le secteur « nationaliste » de l'armée, sont du côté de la Commission de la gestion et du travail, tandis que les secteurs «libéraux » des forces armées se répartissent entre les deux autres variantes. Une récente réunion, sous la présidence de Ricardo Balbin (dirigeant de l'UCR) a rassemblé les anciens participants de La Hora del Pueblo (7) plus le PC et quelques fractions du vieux Parti socialiste. Elle s'est notoirement tenue sous le mot d'ordre lancé par Balbin «Videla est un général pour la démocratie». Cela montre clairement qui soutient ce projet.

Le programme des marxistes-révolutionnaires admet expressément que dans des circonstances déterminées, un parti de la classe peut être un moyen positif de la lutte pour l'indépendance politique du mouvement ouvrier et de la construction d'un parti ouvrier révolutionnaire. Cependant, pour appuyer une telle perspective, ils émettent des conditions précises; la première est que le parti en question se construise réellement sur la base d'organismes authentiquement prolétariens. L'opération tentée par lUCR et qui a des partisans, tant à la Commission des 25 qu'à la Commission de la gestion et du travail, est tout le contraire, c'est pourquoi il faut la dénoncer comme un projet allant à l'encontre des intérêts immédiats et historiques du mouvement ouvrier. Les deux autres variantes, pour leur part, celle qui s'appuie sur la social-démocratie ou celle qui suit le ministère du Travail dont le premier but est de diviser le mouvement ouvrier, constitue un danger qui doit être immédiatement conjuré par les marxistes-révolutionnaires. Dans les conditions actuelles, cette tâche ne peut être remplie que grâce à une perspective qui englobe la défense de l'unité du mouvement ouvrier et la lutte pour son indépendance politique face aux partis de la bourgeoisie. Cette perspective se concrétise dans la bataille pour le parti ouvrier indépenUN OBJECTIF-CLE : LES LIBERTES DEMOCRATIQUES

Si la lutte pour les salaires est en ce moment la principale préoccupation des travailleurs, elle se combine immédiatement avec le problème des libertés démocratiques. Le mot d'ordre de «libres négociations» condense ces axes revendicatifs, car discuter librement des suppose que les militaires se retirent des syndicats, que soit pleinement rétabli le fonctionnement de la vie syndicale, que soit abolie la législation qui interdit les grèves, le droit de réunion, d'organisation et d'expression, etc. Mais de plus, des milliers de prisonniers et de disparus et le manque total de sécurité personnelle face à la répression ont créé de fait un front antidictatorial objectif qui comprend l'immense majorité de la population et auquel doivent répondre, contre leur gré, les partis bourgeois eux-mêmes. En même temps qu'il doit défendre sans concessions son indépendance, le mouvement ouvrier doit gagner des alliés dans la lutte pour les libertés démocratiques, dénoncer le caractère réactionnaire des partis qui prétendent se présenter comme démocratiques et prendre la tête d'une lutte ouvrière et populaire contre la dictature pour exiger le retour des disparus, la libération des prisonniers, le démantèlement des bandes paramilitaires auteurs des enlèvements, la pleine application des droits humains reconnus par la Constitution. Le point culminant logique de ce programme ne peut être autre chose que l'appel à renverser la dictature et la convocation d'une Assemblée nationale constituante, mot d'ordre qui au plan programmatique doit être expliqué comme convocation par un gouvernement provisoire de la CGT et des partis et organisations ouvrières et populaires mais qui devra être ajusté selon développement des événements de façon à ce que les marxistes-révolutionnaires ne se voient pas empêchés de lutter sur le terrain concret pour leur programme. L'UNITE DES MARXISTESREVOLUTIONNAIRES : UN PAS INDISPENSABLE

Mais en même temps que nous nous affrontons à la dictature, nous devons mener une grande bataille contre les ennemis de la révolution sociale au sein même du mouvement ouvrier. Cette bataille commence avec l'organisation usine par usine d'une résistance clandestine et culmine dans la lutte politique contre la dictature; elle exige que les marxistes-révolutionnaires unifient leurs forces, jetant les bases d'un grand parti, section argentine de la IVe Internationale, qui soit capable de répondre au défi historique que nous affrontons.

La dictature est en crise. Elle doit entrer dans sa deuxième étape sans avoir pu réussir à obtenir les objectifs de la première. Le cadre économique mondial ne peut rien lui offrir d'autre que de nouvelles difficultés encore plus grandes. Cela peut se transformer en une offensive redoublée qui essaie de briser pour de bon la colonne vertébrale du prolétariat, ou dans l'effondrement total de la dictature, la faillite de tous les plans de la bourgeoisie et le commencement d'une nouvelle étape de l'histoire du prolétariat en Argentine. Sur ce point, l'action des trotskystes et de la IVe Internationale est décisive.

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