Inprecor 1974–2004

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TCHAD

Habré lâché par ses « amis »

Inprecor n° 321, 20 décembre 1990 · p. 26 · 402 mots

Afrique

TCHAD Habré lâché par ses «amis"

Les cliques n'en finissent pas de se disputer le pouvoir dans cet "Etat" in- 3 trouvable que l'impérialisme fait semblant de prendre pour une nation constituée. Idriss Deby, l'ancien commandant en chef des troupes d'Hissen Habré vient de renverser celui-ci après une guerre éclair déclenchée à partir des zones frontalières de l'est du pays. En quelques semaines, la capitale, N'Djamena, est tombée alors que les troupes fidèles à Habré étaient incapables de résister et que le président lui-même quittait précipitamment le pays.

En 1986, la France et les Etats-Unis avaient défendu le régime Habré contre une coalition entre certains groupes tchadiens et la Lybie. L'engagement des forces impérialistes avait permis de repousser les Lybiens, et de célébrer la "légitimité nationale" face aux dangers totalitaires. Las ! Les forces françaises basées au Tchad ayant reçu l'ordre de ne pas intervenir cette fois-ci, le régime prétendument démocratique de Habré s'est effondré comme un château de cartes. Le nouvel homme fort, Idriss Deby, s'est empressé de dénoncer l'ancien gouvernement comme une dictature corrompue.

Comment les autorités françaises ont-elles pu laissé tomber un régime aussi "légitime" à leurs yeux que celui d'Habré ? Comment Paris peut expliquer qu'après avoir livré une guerre aussi coûteuse que celle de 1985-1986, pour défendre son allié tchadien, rien n'ait été fait cette

L'Etat tchadien est une construction abstraite et l'impérialisme joue de ce mirage quand il en a besoin... Que Paris ait des comptes à régler avec Washington dans cette région, qu'il veuille chercher de nouveaux rapports avec la Lybie, qu'il veuille se préparer à une possible crise au Soudan... et le pouvoir à N'Djamena cesse soudain d'être "démocratique" et "légitime". D'autres cliques politico-éthniques deviennent alors plus appropriées aux manœuvres et aux besoins du moment.

Mais le cynisme ne s'arrête pas là. La victoire de Deby a permis de découvrir que près de 700 prisonniers lybiens avaient été "retournés" par les Etats-unis, sous la protection d'Hissen Habré, et préparés à des actions terroristes en Lybie ! Après la chute de la capitale, une opération éclair, mais sans doute connue et acceptée par toutes les parties en présence, a permis à un avion nord-américain d'atterrir à N'Djamena et d'embarquer une partie de ces Lybiens pour une destination inconnue. La Maison Blanche, si prompte à dénoncer le terrorisme international, n'a pour le moment fait aucun commentaire ! *

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