• Les coûts directs
Le coût pour les Etats-Unis de la présence militaire en Arabie saoudite est estimé à environ 2 à 3 milliards de dollars par mois. Il s'agit du coût net, après déduction de ce que les alliés de Washington ont promis de payer (3 milliards de dollars). Avec le déclenchement des hostilités, ces frais ont considérablement augmenté. La durée du conflit, le nombre Moyen-Orient après les hostilités, sont des variables qui influenceront les coûts directs. Le prix minimum des opérations américaines dans le Golfe, pour l'année 1991, peut être estimé entre 50 et 60 milliards, voire 100 milliards • Les conséquences directes
Il n'y a aucune possibilité de couvrir ce montant par une hausse des impôts, ou par une augmentation des revenus de l'Etat résultant d'une croissance économique. Il y aura donc inévitablement accroissement du déficit budgétaire. Donc, nécessité de plus d'emprunts d'Etat, ce qui gonflera encore la dette publique, accroîtra la tension sur le marché des capitaux, poussera les taux d'intérêts à la hausse, et accélèrera l'inflation. Tous ces facteurs vont coïncider avec la récession économique (1), qui a déjà commencé, et l'aggra-
L'industrie américaine d'armements tournait déjà à plein rendement avant le début de la crise du Golfe. De ce côté, il ne faut donc pas s'attendre à une stimulation des activités économiques à la
GOLFE
Dans le secteur civil de l'économie, les effets de la guerre sont exclusivement négatifs. Les revenus des consommateurs diminuent. La hausse des taux va faire reculer le secteur de la construc-
L'investissement plus cher aux entreprises. Bref, la guerre va ralentir l'activité économique et l'emploi. Pour la première fois en deux siècles, dans l'économie capitaliste prédominante, guerre et récession vont al• Les prix du pétrole
La guerre implique une tension sur l'approvisionnement en pétrole et une incertitude sur la production pétrolière à court et moyen terme. Ces difficultés apparaîtront même si Saddam Hussein ne met pas temporairement hors d'état quelques centres de production importants. Il en résultera des oscillations spéculatives extrêmes sur les marchés pétro-
Le 9 janvier 1991, au cours des discussions Baker-Aziz à Genève (2), le prix du pétrole est passé de 26 dollars le baril à 9 h, à 23 dollars à 18 h 30, pour remonter au-dessus de 30 dollars à 20 h 30 !
Un baril à 30 dollars provoque une diminution de 1% du revenu réel dans tous les pays non producteurs de pétrole. Un baril à 40 dollars diminuerait le pouvoir d'achat de 1,5 %.
Le Pentagone prévoit que le prix moyen du pétrole s'établira à 44 dollars le baril en 1991 ; les optimistes prévoient moins de 25 dollars. Personne ne peut faire de prévisions précises. Mais il est certain que toute augmentation des prix du pétrole va provoquer une diminution de l'activité économique partout dans le monde. • Les effets cumulatifs
Une hausse des taux d'intérêts aux Etats-Unis ne peut pas être neutralisée par une politique "néokeynésienne" de "l'argent bon marché", qui ne pourrait conduire qu'une banqueroute d'Etat. Washington va donc maintenir le cap sur la hausse des taux, afin que les investisseurs japonais continuent d'acheter des bons du Trésor amé-
Ces taux d'intérêts élevés aux Etats-Unis exerceront une pression sur le reste des pays "riches".
Eux aussi devront augmenter leurs taux. Cela vaut surtout pour des pays qui ont eux-mêmes une dette fort élevée tels l'Allemagne, ou un déficit budgétaire important, tels le Japon. On peut donc affirmer que la tendance à la récession s'aggravera dans le reste du monde. En cas de guerre longue, l'hebWeek, du 29 janvier 1991, prévoit une chute du Produit national brut (PNB) de 6 %.
Le marché intérieur américain reste le secteur le plus important du marché mondial. Une récession aux Etats-Unis fait reculer les exportations du reste du monde vers ce pays et donc aussi la production, l'emploi et la demande inté-
La récession a déjà commencé dans tous les pays anglo-saxons et scandinaves, peut être aussi en Italie et en France.
Il faudrait une analyse plus approfondie pour évaluer l'importance de cette récession, sa durée, et à quel point elle pourrait être contrecarrée à moyen terme par des tendances opposées. Il faudrait prendre en compte : la durée de la guerre, les variations à long terme des prix de l'énergie (pas seulement des prix du pétrole), le Moyen-Orient, les conséquences écologiques, les réactions politiques dans le tiers monde, etc. • Conséquences différenciées La guerre frappera plus durement les pays relativement pauvres et ceux qui ont moins de ressources naturelles. Les différences de niveau de vie s'aggraveront, l'échelle mondiale qu'à l'intérieur de chaque secteur géographique et de chaque pays. Partout, les pauvres, les "économiquement faibles", seront frappés plus durement que les riches. Les pays du tiers monde non producteurs de pétrole seront frappés le plus dure-
L'appauvrissement absolu de ces pays ira donc en augmentant. La guerre portera aussi un méchant coup aux pays d'Europe de l'Est ; leur facture énergétique s'alourdira, leurs coûts de production seront plus élevés, leurs exportations plus chères, plus difficiles et plus rares.
Dans les pays semi-industrialisés de l'Asie du Sud-Est, la guerre entraînera une forte diminution des exportations en direction des Etats-Unis, des coûts de production plus élevés, donc une croissance économique ralentie, voire une récession.
Les pays producteurs de pétrole hors du Moyen-Orient (Ve-
Mexique, Indochine, Nigéria, etc.) vont profiter de la hausse des prix du pétrole et augmenter leur production, mais ils perdront par le recul de leurs exportations d'autres produits vers les pays impérialistes et par l'augmentation des prix des produits importés de ces pays.
Les pays occidentaux et le Japon verront leurs conditions écoqu'on puisse encore dire dans quelle mesure. pourrait effectivement et globalement profiter de la guerre sur le plan économique, à condition que sa production pétrolière puisse être maintenue ou augmentée, ce qui n'est pas du tout garanti.
Ernest Mandel
1) Voir Inprecor n° 318 du 9 novembre 1990 et l'article de C. Barsoc, p. 19.
2) Voir Inprecor n° 322 du 14 janvier 1991.