Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER FEMMES

Le « repos du guerrier »

· Inprecor n° 325, 1er mars 1991 · p. 11 · 916 mots

Femmes Palestine et Israël

DOSSTER FEMMES

LA GUERRE perpétrée au Moyen-Orient, pendant plus de quarante jours, n'aura jamais été aussi éloignée du droit dont elle prétend se réclamer qu'à la fin. La défense du plus faible contre l'arbitraire et la violence du plus fort, dont les dirigeants de la coalition des "alliés" se targuent d'être les défenseurs, n'aura jamais été autant bafouée.

Cette barbarie ne s'effacera pas avec la reddition du "petit dictateur" irakien. L'emploi de la force et de la violence érigées en loi, l'humiliation à titre d'exemple, frappent ceux qu'elle est censée protéger : « Les femmes d'abord ! » ; après ce carnage, jamais Le Parlement ne peut pas voter des fonds les "plus faibles" pour l'avortement. ne se seront sentis aussi faibles et les "forts" aussi forts.

Comme les peuples qui luttent pour leurs droits, les femmes ont toutes les raisons de s'opposer à cette guerre. Cette violence légitimée et institutionnalisée renvoie aux oubliettes celles perpétrées, depuis des siècles et sous toutes les latitudes, contre les femmes. La guerre concentre tous les comportements machistes de nos sociétés et les stéréotypes sexistes ; c'est en son nom qu'on glorifie, ici, "nos vaillants soldats" ; qu'on appelle les épouses et les mères à soutenir le moral des troupes, en participant à la mobilisation patriotique, et à assurer le "repos du guerrier".

Cette démonstration de force se veut un exemple pour faire respecter le prétendu "droit international" et celui des nations ; mais que font nos donneurs de leçons lorsque le respect et la dignité des femmes du Moyen-Orient, sont soumis, comme en Arabie saoudite à la sharia (loi islamique) la plus dure de la région? Poursuivront-ils, pour l'exemple, leur "lutte de libération" jusqu'à réclamer la fin de l'"apartheid" qui frappe les femmes de ce pays ?

Comme le clame le mouvement des femmes en Algérie, « la dignité des femmes est inséparable de celle des peuples » ; or, c'est celle du peuple irakien, et par là même, celle des masses arabes = Inprecor n° 325 du ler au 14 mars 1991

FEMMES en rien l'émancipation des peuples ni des femmes »

(voir les appels, en p. 28).

et les enfants

Nous devons protéger , ragé potentiel, et prola vie humaine.

Les femmes et

Rarement les moyens employés n'ont contredit à ce point les prétendues bonnes voyé le sens même du droit qu'elle prétend protéger; les femmes du Moyen-

Orient et du Maghreb en seront sans doute n'arrivent, comme en

Algérie, à prendre la parole, pour défendre leurs intérêts. Comme, en d'autres circonstances, les régimes staliniens ont dévoyé l'idée même de l'émancipation des femmes", supercherie dont elles sont aujourd'hui quelqu'unes à comprendre néfastes dans le cadre des profonds changements en Europe de l'Est (voir l'article en p. 16).

nistes de Tel-Aviv, révoltées par les conditions de détention des Palestiniennes ac-

Au milieu des décombres de cette guerre, les mouvements féministes et les femmes célèbreront, un peu partout dans le monde, leur journée internationale. Elles ont été nombreuses à refuser d'être « embrigadées pour des causes qui ne servent

Sophie MASSOURI société qu'on cherche à briser dans cette guerre

(voir interview en p. 13). Les islamistes algériens ont d'ailleurs bien compris la logique qui fait de tout homme, de toute femme, ou de tout peuple humilié, un enfitent du bourbier dans lequel se démene le gouvernement

Chadli, pour arriver à leurs propres fins. La montée de l'islamisme se nourrit de la guerre.

le "nouvel ordre"

Pour elles, en particulier, le "nouvel ordre" ressemblera à l'ancien; en pire.

intentions. Cette guerre impérialiste a déliste.

les victimes silencieuses, à moins qu'elles

Maintenant, nous allons aborder des thèmes plus importants, tels les conséquences

En 1988, une cinquantaine de fémicusées d'entretenir de liens avec l'Intifada, ont créé l'Association des femmes pour les prisonnières politiques (WOFPP). Soumises à des pressions, familiales et sociales — certaines ont dû quitter leur travail —, elles se sont opposées à la politique du gouvernement, aux valeurs de la israélienne, et à la répression subie par le peuple palestinien dans les territoires occupés. Dans le mouvement pacifiste israélien et au sein de la gauche sioniste modérée, c'était le premier exemple d'une solidarité entre Palestiniennes et Israéliennes. Trois ans d'Intifada avaient provoqué quelques fissures dans 1'"union sacrée" israélienne. Demain, après la guerre, que restera-t-il de cette solidarité ? Le retour de la quasitotalité des forces progressistes, et surtout de la gauche modérée sioniste, dans le giron de l'"'union nationale", dès les premières heures du conflit, a provoqué des fractures sans doute irrémédiables dans le mouvement pacifiste israélien (voir Inprecor n° 320 du 7 décembre 1990). La "paix" ne ramènera pas les choses à la case départ. Non, la guerre du Golfe a contaminé et détruit pour un moment cette fragile solidarité ; la faiblesse de celle-ci n'a rendu la tâche que plus facile.

Pourtant, plus que jamais, c'est bien cette solidarité est nécessaire et les mouvements de femmes en ont tout aussi besoin. En développant de tels liens contre le nouvel "ordre mondial", nous donnerons un goût amer à la victoire impéria-

Comme ces féministes japonaises qui le vote de ont brandi des l'augmentation du banderoles à l'aébudget militaire. roport d'Haneda, au Japon, contre le "tourisme du sexe", en solidarité avec les femmes sud-coréennes (voir l'article bulbul en p. 19) - nous devons dénoncer l'injustice, l'oppression et l'exploitation des femmes, mettre en échec la volonté du plus fort d'écraser le plus faible, et réclamer tous les droits qu'on refuse encore aux femmes. *

28 février 1991

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