Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HONGRIE

Difficile privatisation

· Inprecor n° 326, 15 mars 1991 · p. 22-24 · 3 069 mots

Europe de l'Est URSS et Russie Syndicalisme Économie mondiale

bre du MDF) a prononcé un discours très dur contre la terreur monétaire exercée par le FMI et la Banque mondiale. Un autre (socialiste, dirigeant du Syndicat des métallurgistes) aurait dit, après le vote du budget 1991, que le Parlement s'était lui-même humilié et abaissé devant les représentants des créditeurs. Seules l'extrême droite et la gauche non parlementaire s'opposent ouvertement à la situation présente avec, bien sûr, des arguments très différents.

Un sombre avenir

Un écrivain populaire, Gyula Hernadi (ancien économiste), a exprimé l'opinion de beaucoup de gens, au cours d'une interview au quotidien Magyar Hirlap (23 janvier 1991) : « Les experts continuent à répéter en vain que la situation actuelle résulte de la mauvaise gestion antérieure ; cela n'intéresse plus personne. Il faut trouver une solution pour que nous ne souffrions pas trop. C'est pourquoi ces Messieurs sont ministres. Et ne passez pas votre temps à lécher les bottes du nouveau Dieu, le Fonds monétaire inter-

« Quatre ou cinq jeunes hommes bien cravatés arrivent ici et exigent de nous rien l'augmentation du taux d'inflation de 32 % et la baisse des salaires réels de 24 %, etc. Pourquoi devrions-nous faire là ? Pensez-vous que nous allons nous noyer dans les intérêts usuraires du système précédent ? Nous devrions exiger le remboursement d'une partie seulement de la dette. S'ils ne sont pas d'accord, bonsoir. » Les choses ne sont bien sûr pas aussi simples que dans le discours d'Hernadi, mais sa position n'est pas pire que celle du gouvernement.

La situation réelle a été mieux éclairée par le bimensuel satirique Hocipo du 18 octobre 1990 : « Quand la Banque mondiale a annoncé son refus de financer une possible mobilisation de la Hongrie contre l'Irak, et déclaré qu'elle ne donnerait pas d'argent pour les autoroutes, les expositions et pour rien du tout d'ailleurs, le ministre des Finances hongrois a annoncé que, contre 50 000 dollars, il mangerait une araignée en public. »

Cet humour noir est le signe d'un avenir très sombre. Dans la situation présente, le seul but et la seule chance d'une politique économique nationale pourrait être la minimisation des pertes inévitables et la prévention d'explosions sociales. Le gouvernement hongrois actuel semble incapable de reconnaître cela. *

Budapest Février 1991

Difficile

privatisation

L'historien Tamas Krausz, dirigeant de l'Alternative de gauche hongroise fait le bilan d'un an de gouvernement conservateur (voir Inprecor n° 318 du 9 novembre 1990).

INPRECOR : Pourrais-tu caractériser l'action du gouvernement formé à l'issue des dernières élections?

Tamas KRAUSZ : On peut, à de nombreux points de vue, parler de restauration : nous avons un nouvel Etat-Parti, et un parlementarisme qui ne peut pas fonctionner, parce qu'au-dessus il y a toujours un comité central, et qu'en dessous aucune société civile ne s'est constituée. Ce n'est donc pas un vrai parlementarisme à l'occidentale, mais plutôt une dictature parlementaire.

La nouvelle élite est scindée entre une tendance conservatrice-chrétienne et une tendance libérale à l'américaine. Aujourd'hui, ces deux courants ont l'intention de réaliser un compromis par-dessus la société parce qu'ils ont compris que la population n'adhérait pas au nouveau système et reste indifférente ou méfiante. Ils craignent que leur pouvoir soit menacé dans la mesure où les recettes du Fonds monétaire international (FMI) ne règlent rien mais vont développer, au contraire, le chômage, l'inflation et la pauvreté, alors même que les Hongrois ne savaient pas ce que le mot de chômage voulait dire. D'où la nécessité de trouver un compromis au sein de la classe dirigeante pour gérer cette source de tensions sociales. En face, la gauche est dispersée, et pas seulement la vieille gauche conservatrice : tous les courants sont dans une très mauvaise passe. Les travailleurs hongrois, faute d'une vraie tradition de solidarité internationale, ne comprennent pas bien ce qui se passe en Hongrie et en Europe de l'Est : c'est l'aspect subjectif de la situation.

Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas choisi la voie d'un "traitement de choc", comme en Pologne?

Les Hongrois ont pu constater que la solution polonaise ne fonctionnait pas ;

ils n'ont qu'à regarder la télévision. L'Alliance des démocrates libres (SzDSz) voulait que la Hongrie entreprenne cette thérapie de choc, mais le courant nationaliste avait promis de ne pas le faire. En fait, ils ont, malgré tout, entamé cette politique à partir de décembre, et à mon avis, elle risque de déboucher rapidement sur une situation à la polonaise. Le mouvement populiste-nationaliste est certes plus fort là-bas qu'en Hongrie, c'est une différence dans l'histoire des deux pays. Mais la raison de fond pour laquelle le gouvernement ne tient pas à une privatisation trop rapide des usines et des terres, c'est que l'on ne peut rien privatiser sans capitaux, cela, au moins, ils l'ont compris.

• N'y a-t-il pas une contradiction entre le nationalisme du Forum démocratique (MDF) et sa volonté de vendre les entreprises les plus performantes à des capitaux étrangers ?

Les deux partis de droite disent au fond la même chose, et agissent de manière identique. Je ne crois pas qu'il y ait de grandes différences, ou alors elles ne portent que sur les rythmes, ou sur les formes. Quant aux ventes d'entreprises, elles ne représentent pas une contradiction, parce que ces décisions économiques sont en fait prises sur la base de conside du temps de adis, Par exemple

Lászlo Pál, qui était secrétaire d'Etat à l'Industrie en 1988, avait proposé que la compagnie publique de téléphone soit remise à des entreprises hongroises. Mais le gouvernement a décidé de la vendre à l'allemand Siemens et au suédois Ericsson, parce que ces deux grandes entreprises soutiennent le parti au pouvoir, le Forum démocratique.

• Dans quelle mesure le destin de la

Hongrie dépend-il de l'évolution de l'Unionsoviétique ?

La Hongrie dépend du pétrole, des exportations soviétiques, et de l'acier soviétiques. Voilà pourquoi ce qui va se passer en URSS est déterminant. Or tout le monde peut constater que la Hongrie est

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déstabilisée : on trouve de tout dans les magasins mais deux à trois millions de personnes sont pauvres, beaucoup plus pauvres, et le nouveau système d'impôts risque de provoquer une nouvelle austérité. La vieille gauche conservatrice pourrait alors profiter de cette situation et viser à une restauration en s'appuyant sur certains groupes militaires en URSS. C'est un fantasme, mais le pouvoir officiel n'exclut pas cette possibilité, et la télévision officielle hongroise cherche à établir un parallèle avec la situation lituanienne.

• Pourtant la Hongrie a considérablement réduit ses exportations en direction de l'URSS. Les liens économiques sont plutôt en train de se distendre ...

C'est vrai ; la conséquence immédiate de cela est un recul d'environ 10 % de la production agricole et industrielle. Des entreprises ont été fermées. Quant aux capitaux de l'Ouest, ils ne s'intéressent qu'à un nombre restreint de secteurs, Tungsram ou une partie d'Ikarus, par exemple. L'Ouest ne veut pas de la concurrence de la Hongrie, mais en faire une république bananière. L'économie dans son ensemble sera déstructurée et je suis persuadé que le nouveau pouvoir hongrois sera alors obligé de se réorienter vers le marché soviétique parce que tout le monde veut aller sur ce marché, tant l'Allemagne que d'autres pays. Aujourd'hui, tout le monde attend parce que l'URSS est paralysée. Mais, dans deux ou trois ans, la situation sera sans doute stabilisée.

• Quels sont les moyens dont disposent les travailleurs pour réagir? Peut- on s'attendre à l'émergence d'une nouvelle gauche?

Nous luttons pour l'émergence d'une nouvelle gauche mais, dans un futur proche, ce sont plutôt des mouvements comme celui de la grève des taxis qui vont se reproduire. Spontanément, les gens cherchent de nouvelles formes de résistance mais ne font confiance à aucun parti, ni idéologie politique. Voilà pourquoi il est prématuré de vouloir organiser un nouveau parti de gauche. J'ai rencontré des travailleurs qui m'ont dit : « Parfait, vous avez très bien parlé mais pourquoi devrais-je vous croire ? » C'est la question centrale. De nouvelles formes de résistance vont être inventées, de nouveaux mouvements vont émerger de la société = Inprecor n° 326 du 15 au 28 mars 1991 civile, et il faudra que les partis réussissent à y développer leur influence.

• Et les syndicats ? Comment interpréter le changement survenu dans la direction des conseils ouvriers?

Il faut comprendre qu'en Hongrie les partis sont apparus très récemment, mais qu'ils n'ont pas de réelles racines dans le pays et la société, contrairement aux syndicats. C'est pourquoi les gens font plus confiance aux syndicats. Le mouvement des conseils ouvriers était une forme de résistance contre la privatisation et le chômage, mais le pouvoir a compris qu'ils exprimaient aussi une défiance vis-à-vis des organisations communistes et des dirigeants d'entreprises anciennement communistes. La plupart de ces dirigeants ont d'ailleurs quitté les structures communistes et sont passés du côté du nouveau pouvoir bourgeois nationaliste. Pourtant, la majorité des conseils ouvriers soutient le nouveau pouvoir parce que ce dernier a promis de changer tous les dirigeants bureaucratiques.

Bien sûr, certains membres des conseils comprennent que le problème n'est pas celui du changement des dirigeants, mais le système lui-même. Il n'empêche que la majorité fait confiance au nouveau pouvoir et celui-ci a pu ainsi en prendre le contrôle. Cela s'est passé la semaine dernière, d'une manière tout à fait autoritaire ; une partie de l'aile gauche s'est retirée des conseils ouvriers : la propagande anticommuniste ne fonctionne donc pas si mal. A terme, je pense que la gauche maintiendra ses positions dans une partie des conseils et construira une nouvelle coordination nationale. Mais elle doit aussi éviter toute forme de sectarisme et être présente dans tous les syndicats.

A plus long terme, je pense que les syndicats se regrouperont autour de trois pôles : les syndicats de gauche, ceux liés au Forum et aux partis nationalistes, enfin ceux de la Ligue démocratique, liés aux Démocrates libres, c'est-à-dire les libé-

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• La situation a quelque chose de surréaliste : ce qui reste de l'ancien régime se combine avec un nouveau système encore en gestation. Dirais-tu que la Hongrie est aujourd'hui un pays capitaliste?

Les organisations de gauche occidentales que nous avons rencontrées pensaient qu'après la chute du stalinisme, l'issue révolutionnaire devait forcément l'emporter. Or, c'était une très grosse erreur, qui a déstabilisé la gauche, à l'Ouest comme en Hongrie. La majorité de ces groupes pense que l'Europe de l'Est a connu des révolutions politiques. Moi, j'ai écrit un article parlant au contraire d'une "révolution conservatrice". Certes, le système et les structures politiques ont changé, la bureaucratie stalinienne et l'Etat-Parti ont été détruits, mais les travailleurs n'ont pas plus de pouvoir qu'avant. Les changements politiques ne nous ont pas fait avancer, ni d'ailleurs reculer.

Marx et Lénine ont avancé l'idée selon laquelle plusieurs modes de production peuvent coexister au sein d'une société donnée, et cela s'applique bien à la Hongrie d'aujourd'hui. La nature sociale du système est loin d'être claire : il combine ce qui reste du stalinisme, quelques éléments de socialisme authentique et enfin, l'influence des centres capitalistes internationaux comme tendance dominante. Mais la situation est très complexe, et beaucoup de possibilités restent ouvertes.

• Quelle est l'attitude des travailleurs vis-à-vis des transformations ?

La situation d'un grand nombre d'entre eux a empiré depuis Kadar. Vous ne pouvez pas leur expliquer que le système est meilleur parce qu'il y a le pluripartisme et qu'on peut dire ce qu'on veut : ils savent qu'ils n'ont pas accès à la presse. La destruction des anciennes structures, a conduit à de très intéressantes mutations psychologiques. On ressent une plus grande liberté mais, d'un autre côté, on ne peut pas trouver de travail; dans une telle situation, les gens peuvent perdre très rapidement leurs illusions sur le capitalisme, bien plus vite que le pouvoir ne le pense. Cela pourrait nous ouvrir des possibilités. Un mouvement de masse de droite nationaliste d'un côté, mais aussi peut-être à gauche un important potentiel de protestation aura été accumulé, dont la nouvelle gauche pourrait profiter.

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• Y-a-t-il eu simple reconversion de la bureaucratie ou assiste-t-on à l'émergence d'une nouvelle couche dirigeante?

On ne peut pas parler d'une nouvelle bourgeoisie. La nouvelle bourgeoisie n'a pas d'ancrage social solide; ils savent seulement compter leur argent et vendre leur marchandise, mais ignorent tout des affaires à l'occidentale. C'est une accumulation très primitive. En tout cas, c'est sûr que le vieux socialisme d'Etat ne fonctionne plus.

En Hongrie, nous avons une nouvelle élite politique libérale et nationaliste, mais ces deux fractions dépendent de la bourgeoisie internationale. Pour simplifier, on peut dire que l'élite du temps de Kadar n'existait que grâce au soutien de l'Union soviétique et du bloc d'Europe de l'Est. Aujourd'hui, cette couche et le système politique kadariste ont été détruits à l'issue d'un processus compliqué. couche dirigeante s'est divisée en deux. Une élite qui était subjectivement communiste se retrouve aujourd'hui dans une certaine opposition.

L'autre partie s'est éparpillée, et on la retrouve dans tous les partis politiques. En un sens, tous les partis émanent du vieux PSOH.

• Tu as parlé d'éléments de socialisme authentique présents en Hongrie. A quoi penses-tu ?

A l'Ouest, beaucoup de gens de gauche ne comprennent pas l'importance du droit à l'emploi. Certains parlent de capitalisme d'Etat pour décrire le système qui existait du temps de Kadar, et soutiennent que c'est le même système qui est en place. C'est peut-être vrai, mais on ne peut pas comprendre grand chose avec ce terme. C'est trop abstrait. Les travailleurs ont des droits sociaux à perdre, par exemple, celui de se défendre en s'organisant dans les syndicats, sans lequel il ne peut pas exister de mouvement vers le socialisme.

Cette tradition socialiste reste enracinée, et les travailleurs entendent bien contrôler les usines. Dans de nombreux cas, en effet, la privatisation ne peut pas se réaliser sans les conseils et les syndicats. Les ouvriers et les ingénieurs commencent à comprendre que s'ils ne réussissent pas à contrôler le processus de privatisation, s'ils n'interviennent pas, ils perdront leur emploi.

Je suis enseignant à l'Université et j'ai grandi dans ce "capitalisme d'Etat" ou "socialisme d'état" et reçu une formation gratuite : voilà un acquis socialiste. Or, le. pouvoir doit attaquer l'ensemble de ces acquis afin de faire émerger la nouvelle classe bourgeoise

Toute la question est de savoir comment payer. L'Etat va donc s'efforcer de réduire les dépenses structurelles, y compris le système de santé. Ce système était loin d'être parfait, mais il risque de devenir encore plus mauvais. Nous sommes contre toute forme de restauration de l'ancien socialisme, mais nous ne voulons pas pour autant d'un mode de production capitaliste sauvage. Qui sait, après tout, si ¡'"américanisation" ne serait pas pire que la "soviétisation" ? En Roumanie, c'est différent, personne ne veut d'un autre Ceaucescu. Mais, en Hongrie, il y a des travailleurs qui voudraient bien ressortir Kadar. On commence à entendre ça partout : beaucoup de gens ont réalisé qu'ils ont déjà beaucoup perdu. Et la gauche, dispersée, n'a pas les moyens de se faire entendre. Télévision et radio sont réparties entre libéraux et nationalistes.

• A l'Ouest, et aussi en URSS, on en vient à dire que l'économie de marché ne pourra être instaurée à l'Est sans recours à une forme de dictature ouverte. Qu'en penses-tu ?

Je pense que l'économie de marché ne peut pas être instaurée, surtout en URSS, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, sur le plan de la psychologie, les gens n'ont pas de comportement capitaliste. Il n'existe aucune tradition quant à la vie des affaires. On manque de capitaux pour créer ou privatiser des entreprises. Le soutien international est insuffisant : la prétendue aide occidentale est surtout destinée à détruire l'ancien système, mais elle ne peut suffire à mettre en place un vrai capitalisme. Celui-ci reste à l'état primitif, sous-développé, et on va vers de grandes déconvenues, peut-être dès cette année. En URSS, Chataline, qui est un aventuriste, voulait construire le capitalisme en 500 jours, mais 500 ans n'y suffiraient pas. Alors, le marché, stade suprême du stalinisme?

En réalité, on aura la dictature, sans marché et sans démocratie. En Hongrie, l'évolution dépend, à de nombreux points de vue, de l'environnement international. Peut-être que l'Allemagne et les EtatsUnis sont disposés à payer la note de la nouvelle classe capitaliste hongroise. Mais cela coûtera cher, surtout avec la guerre du Golfe.

• La gauche hongroise se réclame-telle d'un néo-kadarisme ?

Un tel courant s'incarne en partie dans le nouveau PSOH, qui regroupe deux tendances, l'une conservatrice-stalinienne et l'autre nouvelle gauche, plus un petit groupe libéral. Il existe au sein du PSH deux groupes : les libéraux sociaux d'un côté, et des socialistes de gauche, eux-mêmes divisés en deux courants. Un premier courant est sentimentalement très socialiste ; il veut développer une résistance socialiste en Hongrie, construire le socialisme, mais, faute de projet cohérent de politique économique, les membres de ce courant pensent que l'on ne peut pas échapper aux méthodes du FMI. Le second groupe est la Gauche alternative dont je fais partie. La tendance libéralesociale est très influente, avec Gyula Horn, ou Rezsö Nyers qui est plutôt social-démocrate et veut défendre les acquis sociaux pour les gens. Horn et les autres sont surtout des arrivistes parlementaires : de staliniens, ils se sont transformés en libéraux. Tout cela n'est pas si surprenant : un dogme en a simplement remplacé un autre.

• Existe-l-il une menace d'un nouveau nationalisme?

Le vieil emblème avec la couronne, qui remonte aux Habsbourg, a réapparu sur le drapeau national. Cela renoue avec une tradition obscurantiste, or, le Parlement a voté pour ce drapeau, y compris certains représentants du PSH.

Il est probable que les problèmes sociaux vont déboucher sur des conflits nationaux avec, là encore, une longue tradition historique en la matière. Le nationalisme prendra probablement la forme d'un nouveau populisme reprenant à son compte un certain nombre d'exigences sociales. Ce nationalisme social sera très dangereux pour la gauche, car il tentera d'assumer sa fonction traditionnelle. C'est le danger principal.

Si l'opposition de droite au gouvernement devient trop dangereuse, celui-ci essayera de la limiter, de la contrôler et de l'absorber. On peut une accélération noter de ce point de vue : il y a un an, on trouvait encore des gens se réclamant de la gauche au Forum ou chez les Démocrates libres. Depuis, le Forum apparaît de plus en plus comme un parti essentiellement préoccupé de conserver le pouvoir. C'est pourquoi le nouveau populisme sera une émanation du gouvernement. *

Propos recueillis par Maxime Durand Budapest, 20 janvier 1991

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