Inprecor 1974–2004

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HONGRIE

Les illusions perdues

· Inprecor n° 326, 15 mars 1991 · p. 21 · 977 mots

Europe de l'Est Économie mondiale

privée. En l'espace de quelques mois, ces illusions se sont évanouies : le régime et l'élite politique ont changé, mais la crise économique continue, avec son cortège de difficultés pour les travailleurs. Ceux qui ont voté pour les nouveaux partis de

En quelques mois, il est devenu évident que l'Ouest n'apporterait rien, ni une aide désintéressée, ni un soulagement économique ; mais, une fois de plus, la poigne

Les illusions perdues

Il y un an, la majorité des Hongrois se prononçait pour une transition vers une société de type occidental et espérait beaucoup du marché et de l'entreprise droite escomptaient un renforcement des liens avec l'Occident et imaginaient que le capital occidental viendrait les aider avec un nouveau plan Marshall.

de fer du Fonds monétaire international (FMI), qui étrangle le pays depuis plusieurs années déjà se fait sentir.

Lazlo ANDOR

LA HONGRIE est le pays le plus endetté d'Europe. Sa dette extérieure totale (21 milliards de dollars) équivaut pratiquement au revenu national annuel, et la part du service de la dette (remboursements et intérêts) oscille entre 45 et

50 % des remboursements. En 1990, ce fardeau a ôté à l'économie un surplus à l'exportation de presque 1 milliard de dollars, et cet immense sacrifice n'a réussi qu'à combler le déficit de la balance des paiements, sans aboutir à une réduction du montant total de la dette. Voilà la situation de la Hongrie, neuf ans après son rapprochement du FMI.

La Hongrie avait rejoint cette institution en 1982, à un moment de quasi- banqueroute financière, dans un contexte de crise internationale de la dette (voir Inprecor n° 313 du 13 juillet 1990). Selon

Helmut Schmidt, un spécialiste de l'économie mondiale pas vraiment radical, les causes de ce bouleversement monétaire global furent : l'impact du choc pétrolier des années 70 sur les pays non producteurs de pétrole et peu développés ; la politique monétaire inadéquate des gouvernements capitalistes; la politique irresponsable de prêts des banques occidentales; la mauvaise gestion financière des pays débiteurs. Bien que les pays débiteurs arrivent seulement en dernier dans la liste des causes, le poids énorme et tou-

= Inprecor n° 326 du 15 au 28 mars 1991

118jours croissant de la dette a dû être supporté par leur population.

Toutefois, jusqu'à une époque récente, la Hongrie a constitué une excep tion à cette règle. Le FMI, gérant global de la dette, la considérait comme un exemple de réformes économiques réussies, devant servir de modèle pour les réformes d'autres pays d'Europe de l'Est. Pour cette raison, le FMI a relativement privilégié la Hongrie préférant établir des contrats avec elle plutôt qu'avec d'autres pays débiteurs.

L'octroi relativement facilité de prêts durant les années 80, allégeant temporairement le fardeau de la dette n'a fait que reporter à une date ultérieure un sacrifice potentiel beaucoup plus grand. Cette politique a conduit à une grande discrétion sur les relations entre le FMI et la Hongrie et sur le véritable inspirateur des réformes de marché des années 80. Les médias ont renvoyé l'image d'une collaboration harmonieuse entre les économistes hongrois au pouvoir et les dirigeants des institutions monétaires internationales. Seuls des observateurs attentifs ont été capables de noter une coincidence "magique" entre les dates de certains changements politiques importants et celles des contrats avec le FMI. Ainsi, lors de la discussion du budget 1990, le gouvernement dirigé par Miklos Nemeth n'avait qu'un seul argument à proposer pour expliquer la nécessité de l'austérité : « Le FMI et la Banque mondiale l'exigent. »

Les éléments du programme d'ajustement proposé par le FMI sont partout les mêmes : restrictions monétaires, libéralisation, dérégulation, privatisation; le but final étant d'augmenter les exportations et de rendre l'économie compatible avec les marchés internationaux, afin qu'elle serve de marché périphérique aux centres capitalistes.

Cette politique a de lourdes consé quences pour les salariés du pays débiteur et crée des différenciations énormes dans la société — sans l'espoir d'une amélioration future. En Hongrie, l'épargne de la classe moyenne a commencé à fondre en 1987/1988, avant de disparaître tout à fait. En 1988, une famille moyenne hongroise utilisait la moitié de son revenu pour des dépenses de première nécessité (nourriture, chauffage, électricité, etc.) ; en 1991, à cause de l'inflation croissante (30 % en 1990) ces mêmes dépenses représentent le tiers de son budget. Des millions de Hongrois n'épargnent plus et ne font plus aucune dépense pour leurs loisirs ou leurs sorties, par exemple. A Budapest, le nombre de sans-logis augmente sans cesse 1989 ; le phénomène de la mendicité est récemment apparu dans la rue; les délits atteignent des taux records. L'année 1991 verra sans doute une croissance sans précédent du chômage ; l'austérité permanente, combinée aux effets de la récession et de la réorientation économique, pourront faire tripler les 100 000 chômeurs actuels, jusqu'à 6 % de la population active.

Complicité et duplicité des dirigeants

Le gouvernement actuel, dirigé par le Forum démocratique hongrois (MDF), a promis une augmentation significative du niveau de vie moyen, d'ici deux ou trois ans (cette promesse a constamment été répétée par les différents premiers ministres, depuis 1985). Ainsi, la "nouvelle" politique économique menace directement les travailleurs hongrois pour trois raisons au moins : la stagnation à venir due aux mesures d'austérité ; le poids du service de la dette (développement des produits à l'exportation au détriment du marché intérieur) ; et l'accumulation du capital par une nouvelle classe capitaliste, liée à la privatisation.

Le MDF aimerait bien développer une bourgeoisie nationale, alors que la politique du FMI dresse des obstacles à l'accumulation interne et préfère les propriétaires étrangers. Tôt ou tard, le gouvernement va donc entrer en conflit avec sa propre base sociale. Les débats entre les ministres du MDF et les dirigeants des institutions monétaires hongroises (qui se comportent comme des courroies de transmission du capital international) sont plus ou moins publics aujourd'hui.

Au Parlement, seul un député (mem-

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