1991, notamment en Sibérie et dans le Donbass ukrainien, un appel à une grève illimitée des mineurs soviétiques a été lancé le 6 mars dans le Kouzbass et dans les bassins de Karaganda au Kazakhstan et de Vorkouta dans le Grand-Nord ; 31 grévistes réclament également la démission de Gorbatchev ; la dépolitisation de
Des envoyés du Kremlin sont allés dans les bassins houillers pour rappeler aux mineurs que les grèves dans les secteurs clé de l'économie sont interdites, et les ont menacés de peines de prison et d'importantes retenues salariales. Le Premier ministre, Valentin Pavlov, a, quant à lui, refusé toute hausse des salaires, arguant économique a chuté de 5 % en 1990 — selon une étude récente du ministère de de s'unir »
A près la multiplication des débrayages de 24 heures, à partir du ler mars puits seraient actuellement paralysés. Les mineurs demandent principalement des augmentations salariales de 100 à 150 % ; mais, dans le Kouzbass, les l'Armée, du KGB et du ministère de l'Intérieur ; la levée de la censure sur les médias ; et une loi d'indexation des salaires sur les prix.
du fait que les caisses de l'Etat soviétique sont vides et que la production la planification (Gosplan), en 1991, le Produit national brut (PNB) devrait chuter de 11 à 15 %, la production industrielle de 15 % et la production agricole de 5 %.
David SEPPO
BIEN QUE l'autogestion n'ait, pour l'instant, joué qu'un rôle mineur dans le mouvement ousoviétivrier organisé que, elle n'en a jamais été complètement absente.
KPACHUI En mai 1990, lors du
Congrès des organisations et des mouvements de travailleurs indépendants, un
"bloc de 33 délégués" minoritaire (principalement constitué de participants venant des centres industriels de l'Oural) a défendu la nécessité d'un mouvement ouvrier indépendant, au sein d'une mouvance démocratique plus large — position à laquelle les libéraux sont fermement opposés (1) — et ont proposé une plate-forme : « En aucun cas, les travailleurs ne doivent être privés du droit de gérer leurs entreprises et d'exercer l'autogestion ; la réforme économique ne doit pas être réalisée au détriment des intérêts des ouvriers, qui verraient baisser leurs salaires réels et le chômage s'accroître ; il faut s'opposer à la vente des entreprises d'Etat à des individus pri- .
vés » (2).
Les conflits sur le pouvoir dans les entreprises et la suspicion croissante des travailleurs ont été à l'origine de l'apparition d'un courant autogestionnaire dans le mouvement ouvrier, à la fin de l'été 1990. Mais, c'est surtout le vote par le Soviet suprême de la nouvelle Loi sur les entreprises en URSS, au printemps 1990, qui a donné sa première impulsion au mouvement. Cette législation, adoptée quasiment en secret, annule la Loi sur les entreprises d'Etat de 1987 qui donnait des droits d'autogestion importants aux conseils de collectifs de travailleurs (CCT) élus, dont ceux d'élire les directions, de participer et de veiller à l'administration des entreprises (3). Selon les partisans de l'autogestion, cette législation « privait les CCT de toute fonction réelle dans la
1) Selon le bulletin du Groupe des travailleurs du Front populaire de Yaroslav: - De nombreux intellectuels démocrates évoquent la nécessité d'une union entre l'intelligentsia démocratique et les travailleurs. Ce serait très beau. Mais. dans la pratique, ce qu'ils veulent peut être illustré par l'exemple du Front populaire de Yaroslav, qui a rejeté, dès le départ, la recherche d'une base sociale parmi les travailleurs et qui a gardé une forte appréhension par rapport aux activités du groupe des travailleurs. Non seulement le Front populaire n'a rien fait pour l'organisation des ouvriers de Yaroslav, mais il s'est même opposé à la création d'organisations indépendantes des travailleurs. (...) Au nom de grandes formules comme l'intérét commun de l'humanité" ses membres profèrent des stupidités sur le fait que l'approche classiste conduit au génocide. - Listok Rabotchei Groupi (Yaroslav), reproduit dans Rabotchaya Tribuna du 7 novembre 1990.
gestion et réduisait leur rôle à néant » (4). D'après la nouvelle loi, qui n'évoque pas l'autogestion, les entreprises devront être dirigées selon des conventions collectives établies par les propriétaires.
Du 31 août au 4 septembre 1990, une première conférence des CCT de toute l'Union avait été convoquée à Togliatti, en Russie (5), et les délégués avaient convenu de se retrouver en décembre, pour un vrai congrès. Malgré les maigres ressources du comité organisateur, 700 délégués et 300 observateurs, surtout des ouvriers et des ingénieurs, des militants pour l'autogestion venus de grandes entreprises qui emploient au total environ 7 millions de travailleurs, ont participé au Congrès des CCT et des comités de travailleurs (6), à Moscou, du 8 au 10 décembre 1990. Les principaux objectifs de la rencontre - la création d'une organisation permanente de comités autogestionnaires, la réaffirmation des positions de la conférence de Togliatti sur la loi sur les entreprises en URSS et sur la "désétatisation", et l'élaboration d'un programme d'action — ont été réalisés (7).
Un nouveau syndieat
Le congrès a fondé le Syndicat des CCT et des comités de travailleurs et a élu un conseil de représentants des principales régions, ainsi que trois présidents (8). Certains délégués ont proposé de dé clencher une grève d'avertissement, dé but janvier 1991, pour appuyer les revendications du congrès ; finalement, il a été décidé d'utiliser d'abord d'autres méthodes, en particulier d'agir à travers les Parlements des républiques. Le président du Soviet suprême d'Union soviétique, A. Loukianov, a essayé de rassurer les délégués en affirmant que le Parlement soviétique pensait qu'il fallait que les CCT aient le droit de décider de toutes les questions touchant aux intérêts vitaux des travailleurs. Il les a invités à travailler ensemble à l'amendement des lois sur les entreprises et sur la propriété qui, a-t-il admis, étaient déjà dépassées par les évé nements. Mais cela n'a pas calmé les inquiétudes de tous les délégués. Sergei No-
2) Rabotchi Vestnik n° 5, mai 1990
3) Voir Inprecor n° 320, 323 et 324 des 7 décembre 1990, 1er et 14 février 1991.
4) Rabotchaya Tribuna, 6 décembre 1990.
5) Un compte-rendu détaillé de cette rencontre se trouve dans "Les collectifs de travailleurs et la privatisation", D. Seppo, Inprecorn° 320 du 7 décembre 1990
6) Les comités de travailleurs ne regroupent que les ouvriers de la production, alors que les CCT sont ouverts à l'ensemble du personnel des entreprises, cols blancs inclus. Voir Inprecorn° 324 du 28 février 1991.
7) Rabotchaya Tribuna, 8 décembre 1990. Une partie de ce récit est basé sur des communications personnelles.
8) Il s'agit d'un mécanicien de la chaîne de l'usine VAZ, d'un ingénieur de la nouvelle usine automobile Elabuga et du président du CCT d'une l'usine de plastique de Moscou.
Inprecor n° 326 du 15 au 28 mars 1991
vopolski de l'usine AZLK (9) a expliqué : « Les choses ne dépendent pas des promesses et des déclarations, ni même des intentions, des autorités, mais de notre détermination. S'ils ne répondent pas à nos demandes, nous déclencherons une grève » (10).
Quelle privatisation ?
Un thème récurrent des discussions a été l'éventualité d'une appropriation en douceur de la propriété d'Etat par les clans bureaucratiques qui adaptent le marché à leurs intérêts. Le programme de mesures immédiates du nouveau syndicat souligne « la situation critique du pays, due à la tentative du système de commandement administratif de consolider son pouvoir en s'appropriant la propriété du peuple, et en laissant les travailleurs dans une situation de salariés dépourvus de droits ». Il est demandé aux CCT d'organiser des réunions avec le personnel de leurs entreprises pour que l'administration vienne présenter des rapports sur ses activités « y compris sur les joint ventures, les sous-traitants, les coopératives ainsi que sur son éventuelle participation à des regroupements et à des holdings » ; ensuite, les CCT devraient mettre un terme à « toute tentative de transformation des entreprises en holdings ou en compagnies par actions dans le dos des travailleurs ».
Les buts fondamentaux du syndicat sont l'instauration de « garanties légales et la réalisation en pratique du choix volontaire et libre par les CCT des formes de propriété et de direction », ainsi que la « participation des CCT dans la gestion de leurs entreprises, car c'est l'une des principales manières de lutter contre le système totalitaire et d'en finir avec la mise à l'écart des travailleurs du pouvoir et de la propriété, et de liquider la cruelle exploitation de la population par l'Etat bureaucratique et militarisé » (11).
Avant que Gorbatchev ne prenne le virage actuel à "droite" — en essayant de consolider l'Union et l'économie qui vont à la dérive grâce à des pouvoirs présidentiels extraordinaires, avec un appui renforcé de l'armée et du KGB, et la nomination de conservateurs à certains postes dirigeants; avant de comprendre que la "désétatisation" ne se produisait pas comme ils l'avaient prévu (c'est-à-dire de façon à renforcer l'influence de l'élite intellectuelle et d'un secteur privé indépendant des caprices bureaucratiques), certains libéraux avançaient déjà l'idée d'une alliance avec le mouvement autogestionnaire. Gavril Popov, le maire de Moscou, a publiquement présenté les deux variantes possibles de la privatisation : « Le transfert de la propriété aux bureaucrates et à la mafia commerçante de ce qu'ils ont déjà "géré avec succès" ; ou la privatisation démocratique, avec le transfert des entreprises aux travailleurs » . Partisan du plan des 500 jours, Popov, pas plus que les bureaucrates qu'il attaque, ne veut que cette seconde option se réalise.
Igor Kliamkin, l'un des plus célèbres idéologues libéraux, voit maintenant Gorbatchev comme le leader de la "révolution par en haut". Quant à Eltsine, il voudrait «une forme de marché différente » sans plus de précisions. Kliamkin regrette qu'en Russie le nationalisme ne puisse pas servir de base à la "démocratie" (c'est-à-dire à l'intelligentsia libérale et à son projet "restaurationiste"'), comme cela a été le cas dans d'autres républiques. Il suggère, cependant, de prendre appui sur les luttes causées par la désétatisation, et il appelle à « un large bloc des salariés et des entrepreneurs » (12).
Les espoirs placés dans cette tactique qui vise à lier le mouvement populaire et le programme libéral en Russie — en insistant sur l'opposition du Parlement de cette république, prétendument démocratique, dirigé par Eltsine, au gouvernement central qui serait anti-démocratique et au Parlement dirigé par Gorbatchev — sont en partie fondés. La popularité personnelle d'Eltsine, en tant qu'opposant déclaré de la nomenklatura, est un atout majeur. Ainsi, les ouvriers de la chaîne d'assemblage de l'usine VAZ, qui s'étaient violemment opposés à la nouvelle loi sur l'entreprise, ont demandé à Eltsine et au Parlement russe de défendre leur droit à l'autogestion face au gouvernement central. Dans le programme adopté par le Congrès des CCT de décembre 1990, il est demandé aux collectifs d'intervenir dans leurs parlements régionaux et de faire pression pour que leurs usines passent sous la juridiction de leurs républiques.
Cependant, la tentative des libéraux pour gagner le mouvement autogestionnaire a peu de chances de réussir : la ré-
9) Inprecor n° 324 du 15 février 1991.
10) Rabotchaya Tribuna, 12 décembre 1990.
11) Document non publié.
12) Ogoniok n° 47, novembre 1990. Kliamkin utilise le terme "rabotniki" (que l'on peut approximativement traduire par "employés"), qui est encore moins défini socialement que troudiachiesya" (travailleurs), terme que préfèrent habituellement
On évite en général l'utilisation du mot "rabotchie", "ouvrier", car il pourrait impliquer l'existence d'intérêts particuliers
13) Selon A. Kolganov, économiste marxiste de l'université de Moscou, - le plan des 500 jours est fondé sur un bloc forme de marché qu'ils proposent n'est pas plus compatible avec une révolution venue d'en bas et une réelle autogestion que celle de l'aile réfermiste de la bureaucratie. Or ces deux groupes ont besoin l'un de l'autre pour réaliser leurs programmes, qui, dans le fond, ne sont pas si éloignés (13). Il y a un an à peine, Kliamkin lui-même écrivait que la transition vers le marché ne pourrait pas se faire de manière démocratique, car les travailleurs étaient trop attachés à la justice sociale
(14). Maintenant, après avoir soudainement "découvert" que Gorbatchev, contrairement à Eltsine, avait choisi la "révolution par en haut", il conclut qu'une alliance entre eux deux est inévitable (sans la désapprouver). Comme l'a déclaré l'un des députés de Moscou, Sergei Stankevitch, leader du Groupe interrégional libéral du Parlement soviétique, à la fin 1990: « La situation du pays est critique et, avec des méthodes parlementaires classiques, en utilisant uniquement notre démocratie toute neuve et encore inefficace, il sera impossible de résoudre les problèmes. Il faut donc que le processus de réformes soit dirigé de façon plus autoritaire » (15).
Le tournant à droite de Gorbatchev
Personne ne met en cause la nécessité de remettre un semblant d'ordre dans l'économie. Le décret présidentiel sur la réactivation et le renforcement du "contrôle ouvrier" sur le commerce (avec l'aide du KGB !) doit être analysé comme une mesure populiste de la part de Gorbatchev (16), mais cela n'a pas vraiment pour but de changer les rapports de pouvoir dans l'économie. Le nouveau tournant de Gorbatchev (qui n'est certainement pas le dernier — la "révolution d'en n'a qu'un seul programme possible : le marché) conduit, à l'évidence, à une nouvelle centralisation bureaucratique, ce qui, en pratique, suppose nécessairement le renforcement du pouvoir des entre les "nouveaux riches" et la bureaucratie du Parti et de l'économie, selon les exigences des "nouveaux riches". Le programme de Gorbatchev prévoit une transformation plus douce et moins douloureuse de la bureaucratie en "nouveaux riches*, naturellement, selon ses propres termes, sans oublier de laisser un petit quelque chose au peuple, afin qu'il n'intervienne pas dans ce processus ». A. Kolganov, Dialog n° 17, novembre 1990
14) E. Bérard-Zarzicka, "Quelques propositions pour une perestroika autoritaire", Les temps modernes n° 523, février 1990, Paris.
15) Komsomolskaya Pravda, 30 décembre 1990.
16) Troud, 2 décembre 1990.
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gestionnaires sur les travailleurs. La rencontre des dirigeants des entreprises d'Etat de toute l'Union s'est déroulée pratiquement au même moment que le congrès autogestionnaire et a adopté une résolution sévère prônant le respect de la loi et de l'ordre.
Plus l'alliance entre l'appareil et les libéraux devient évidente, et plus diminuent leurs chances de gagner le soutien populaire, en se posant en seuls vrais démocrates et en ennemis acharnés de la bureaucratie.
De l'autre côté, les opposants socialistes, restés jusqu'à présent relativement isolés de leur base sociale potentielle, sont les seuls qui proposent la révolution "d'en bas" et qui avancent un programme démocratique consistant. Le mouvement autogestionnaire leur ouvre de nouvelles possibilités pour rompre leur isolement. En résumant les développements politiques de 1990, Pavel Voshchanov, politologue de la Komsomolskaya Pravda, se plaint d'« un virage à droite massif des consciences (...). Le discrédit de l'idée démocratique est l'un des résultats politiques de l'année écoulée ». Par "idées démocratiques", Voshchanov entend, évidemment, "libéralisme". Son utilisation du terme "droite" est plus ambiguë, car elle peut se référer tant aux "défenseurs du socialisme" conservateurs qu'aux vrais socialistes (les libéraux ne font aucune différence entre ces deux groupes, et pensent, comme les conservateurs, que le socialisme a déjà été accompli en Union soviétique). Mais il ne semble pas y avoir d'évolution de la conscience des masses vers les conservateurs, ni vers les staliniens ou vers Pamiat (l'organisation chauvine grand-russe). Au contraire, l'apparition d'un courant autogestionnaire organisé démontre la force du sentiment démocratique des travailleurs.
La création du Syndicat des CCT constitue, en elle-même, un signe de l'affaiblissement de l'influence idéologique libérale dans un secteur important du mouvement ouvrier. La prise de conscience de la nécessité de coordonner leurs activités indique que les militants autogestionnaires commencent à comprendre les limites d'une approche corporatiste de leur combat pour l'autonomie des entreprises. Une telle conception, fortement encouragée par les libéraux, était souvent une réaction spontanée des travailleurs contre le centralisme bureaucratique. Cela semble changer sous l'impact de l'expérience du marché et à cause de la menace de la dislocation croissante de l'économie. « Certains aimeraient beaucoup diviser les travailleurs autour de la question d'un possible accès à la propriété » expliquait un délégué au Congrès, venu de l'usine automobile Elabuga. A cette occasion, il a été souvent question du besoin d'une autorité centrale forte, capable de restaurer le respect des lois et l'harmonie entre les républiques, d'unir les régions et d'établir des relations stables dans un cadre économique unifié.
Mais les congressistes ont rejeté la solution autoritaire de Gorbatchev. Selon V. Kataev, délégué de Tcheboksar : « Une telle autorité ne peut être établie par en haut, par des décrets. Elle sera instaurée par les CCT eux-mêmes, s'ils deviennent entièrement maîtres de la propriété socialiste. Dans ce cas, comme le souligne la résolution, les collectifs, en tant que propriétaires, seront prêts à porter l'entière responsabilité des résultats de l'activité économique de leurs entreprises, et de l'ordre dans le pays » (17).
Il faut se battre !
V. Adrianov, co-président du Syndicat, mécanicien sur la chaîne d'assemblage de l'usine VAZ, exprime en ces termes le futur du mouvement autogestionnaire : « Les CCT dans les entreprises sont nés de la perestroïka. Mais, dès le début, ils ont été séparés les uns des autres. Aujourd'hui, l'heure est venue de s'unir. Pourquoi ? Nous sommes au seuil du marché. Nous devons connaître le sort de la part de propriété nationale qui sera "désétatisée". Le but de notre syndicat est, qu'après s'être battus ensemble, les CCT aient le droit de choisir la forme de propriété ; et que chaque CCT puisse devenir, s'il le désire, le propriétaire de son entreprise, sans rien payer. Seuls les travailleurs, devenus les détenteurs de la propriété, sont capables d'arrêter le chaos économique croissant.
» Les programmes de transition vers le marché adoptés sont lourds du danger de violation des intérêts des travailleurs. En exploitant la confusion actuelle, l'appareil de commandement bureaucratique tente non seulement de garder les rênes des directions, mais de devenir en fait propriétaire des moyens de production, en créant des holdings, des associations, des compagnies par actions, etc. ; en nous laissant juste notre rôle de salariés, de bêtes de sommes de l'économie. Nous ne pouvons pas et n'avons tout simplement pas le droit de permettre
Si les travailleurs veulent vraiment empêcher cela, ils doivent lutter pour une voie de développement socialiste, car c'est la seule qui offre une perspective de réelle démocratisation des rapports économiques et politiques. Tandis que les libéraux forment des alliances avec l'appareil pour faire avancer, de manière autoritaire, une réforme qui laissera le pouvoir économique aux mains d'une petite élite, les socialistes apparaissent comme les seuls vrais démocrates. Dans une déclaration conjointe, fin septembre 1990, une coalition de partis et de regroupements de gauche de Moscou a condamné les programmes officiels de réforme (19).
Parmi les mesures immédiates de cette déclaration, il y a : le droit des CCT à déterminer et à changer de manière indépendante, sans vente préalable, les formes de propriété, de gestion et d'autogestion de leurs entreprises ; le droit des soviets locaux à organiser la terre et les ressources naturelles, sous le contrôle des organisations sociales ; le droit des républiques autonomes, ou des autres unités territoriales, à déterminer de manière indépendante leur statut et le pouvoir qu'elles sont prêtes à déléguer volontairement aux entités supérieures ; l'abolition du pouvoir présidentiel ; l'opposition démocratique à la création de gouvernements nationaux autoritaires qui refuseraient les droits nationaux et civiques aux minorités ; l'application des droits de l'homme — en particulier l'abolition de la peine de mort, de la législation contre les grèves, de toutes les formes de travail forcé, du régime de passeport intérieur, et de la police politique ; et le droit de veto et de référendum pour les soviets locaux, sur l'établissement d'entreprises sur leur territoire.
Malgré les obstacles créés par le quasi-monopole des libéraux sur les médias, la nature profondément démocratique du mouvement ouvrier, et tout particulièrement, l'apparition d'un courant autogestionnaire organisé en son sein, ouvrent la voie au développement éventuel d'une base de masse active favorable au socialisme en Union soviétique.
Janvier 1991
17) Rabotchaya Tribuna, 6 décembre 1990.
18) Rabotchaya Tribuna, 8 décembre 1990.
19) Une traduction de ce texte ("Demain, il sera trop tard") a été publiée intégralement dans Inprecor n° 318 du 9 novembre 1990. Il a été signé par des représentants du Parti socialiste, du Parti vert, de la Confédération des anarcho-syndicalistes, de la Plate-forme marxiste du PCUS (qui s'est divisée depuis lors), du Comité pour l'aide au mouvement ouvrier et au mouvement autogestionnaire, du Parti socialdémocrate de la fédération russe, et du Mémorial de Moscou (ces deux dernières organisations ont en leur sein des courants libéraux mais aussi socialistes).