La tournée électorale du dirigeant de l'Union chrétienne-démocrate (CDU),
Helmut Kohl, en mars 1990, à la veille des élections dans l'ancienne République démocratique allemande (RDA), avait été triomphale (voir Inprecor n° 305 du dire : « Helmut, prends-nous dans tes bras et amènes-nous au pays du miracle
Mais l'état de grâce a fait long feu et les rues de l'ancienne RDA sont aujourd'hui
Dans les rues de Leipzig
23 mars 1990) ; il était fêté par des hommes et des femmes qui semblaient lui économique ». Cela se passait dans les anciennes forteresses du mouvement ouvrier : Leipzig, Erfurt, Cottbus. Les deux tiers de la classe ouvrière avaient alors voté pour la CDU. En dépit d'un scepticisme croissant, les partis gouvernementaux de Bonn ont reçu 58 % des voix dans l'ex-RDA lors des élections de décembre 1900 (voir Inprecor n° 320 du 7 décembre 1990).
envahies non pas par ceux qui célèbrent Kohl, mais par ceux qui exigent son départ.
Hans-Jürgen SCHULZ
L'ANSCHLUSS par l'Allemagne occidentale capitaliste ne pouvait qu'avoir des conséquences économiques catastrophiques. Un flot de marchandises ouest-allemandes a envahi l'ancienne RDA, remplaçant la production locale. En même temps, les exportations vers le bloc soviétique (environ 70 % du total des exportations est-allemandes) ont connu une chute vertigineuse; maintenant elles doivent être payées en devises, alors que l'ancienne RDA n'a plus besoin d'importer des matières premières. La production industrielle est soudainement tombée à moins de la moitié de son niveau précédent et le revenu national a diminué, en 1990, d'environ 22 %. En quelques mois, un million de postes de travail
Jusqu'à présent, les conséquences de cette catastrophe ont été contenues par des subventions considérables. Les plus âgés ont été mis à la retraite ; les femmes ont reçu de l'argent et ont été renvoyées dans leurs foyers ; beaucoup de crèches ont été fermées. Officiellement, il y a
"seulement" 760 000 chômeurs ; mais,
1,9 million de travailleurs ont été placés au chômage technique ou travaillent à temps réduit et touchent 90 % de leur salaire ; 700 000 employés de l'administra-
— Inprecor n° 327 du 29 mars au I1 avril 1991 tion ont été licenciés et en perçoivent 70 %. Si l'on ajoute le chômage officiel à celui qui est "caché", on parvient à la conclusion qu'il touche 40 % de la force de travail. Mais, dans la plupart des cas, cette situation est vue comme transitoire ; la réduction des revenus est compensée par les épargnes accumulées autrefois, qui servent aujourd'hui à voyager, par exemple, car on a plus de temps libre.
Un réveil douloureux
Les Allemands de l'Est sont maintenant de plus en plus nombreux à penser que le chemin emprunté ne mène pas au pays du miracle économique mais plutôt à la pauvreté. Certaines entreprises ont déjà été fermées et, peur la grande majorité des autres, il n'y a aucun avenir. A partir de l'été 1991, ces vacances rémunérées se transformeront en chômage à grande
Depuis février, les travailleurs ont commencé à prencre conscience de cette réalité et le climat social change; non seulement une morne résignation et un certain désespoir, mais aussi un sentiment d'agressivité se répandent. Nombreux sont ceux qui ne veulent plus aller voter (et, parmi eux, ur tiers de jeunes femmes). Selon les sondages, la CDU aurait perdu un cinquième de ses voix (de 42 à 33%) à la faveur du Parti socialdémocrate (SPD) (de 22 à 34 %), mais aussi des Republikaner d'extrême droite, qui avaient déjà obtenu lors des élections de 1990 autant de voix en Allemagne de l'Est (plus de 100 000) que le Parti du socialisme démocratique (PDS, ancien PC est-allemand rebaptisé) à l'Ouest. Les courants racistes, sinon ouvertement fascistes, étendent leur influence.
Mais avec la concrétisation de la menace et l'annonce de la première vague de licenciements de masse et de fermetures d'entreprises, un mouvement de résistance s'est amorcé. L'annonce d'une réduction des emplois dans les usines Carl Zeiss, à Jena, de 29 000 à 5 000, a provoqué des manifestations : début février, 20 000 personnes sont descendues dans la rue. A Erfurt, ils étaient presque 50 000. A Erfurt, ainsi qu'à Neuruppin et dans d'autres centres industriels moins importants, les usines ont été occupées.
Ces actions ont été menées essentiellement par les conseils d'usine, souvent avec le soutien des syndicats. En Allemagne de l'Est, ces organismes sont élus par les travailleurs et représentent leurs intérêts, comme l'ont prouvé les élections qui ont eu lieu dans plusieurs entreprises au printemps 1990. De par leur composition, ces conseils reflètent en général le climat dominant. Dans la plupart des cas, ils sont formés par des membres ou des sympathisants des partis bourgeois et, par conséquent, même lorsqu'ils expriment la radicalisation des travailleurs, leurs actions gardent un caractère purement démonstratif.
Les syndicats, qui sont actuellement presque totalement contrôlés par les appareils ouest-allemands, se sont mis en mouvement et ont organisé des actions de protestations. Vers la mi-février, 35 000 ouvriers des chantiers navals de la côte orientale ont manifesté. Début mars, 10 000 salariés ont pris les rues de Leipzig dans le cadre d'une campagne pour des revendications salariales dans les services publics (ce qui a assuré les moyens de transport pour 50 000 personnes) : 20 000 ouvriers des entreprises chimiques Leuna se sont mobilisés pour défendre leur poste de travail.
La ville symbole
C'est à ce moment-là que s'est produit un événement spontané. Le 1l mars, 25 000 personnes, surtout des chômeurs, manifestaient à Leipzig. Ce n'est pas un hasard s'il s'agit de la même ville où, à l'automne 1989, avaient commencé les mobilisations anti-staliniennes qui se sont généralisées dans toute la RDA. Bündnis 90 (Ligue 90, alliance électorale des anciennes forces d'opposition et des Verts), les églises et le syndicat de la métallurgie ont appelé à descendre dans la rue, même s'il s'agit d'un soutien plutôt que d'une participation directe à l'organisation de la lutte.
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Leipzig a donc renoué avec sa tradition des manifestations du lundi. Une semaine après, d'autres villes ont suivi cet exemple et, on a pu compter plus de 100 000 personnes au total dans les rues.
C'est peut-être le début d'un mouvement plus large de radicalisation. Mais il n'y a pas que ça. Au cours des cinq dernières semaines, environ 300 000 travailleurs se sont engagés dans ces actions dans les bastions ouvriers traditionnels, surtout en Saxe. Jusqu'à présent, aucune structure de lutte, d'organisation ou de coordination n'a été mise en place. Les exigences politiques s'expriment dans les protestations et dans les appels au gouvernement pour qu'enfin il intervienne efficacement avec des mesures d'aide.
Les appareils syndicaux, contrôlés par les groupes dirigeants de l'Ouest et le SPD, déploient toutes leurs forces pour prendre la direction des luttes. Ils peuvent y parvenir, car en face il n'y a aucune alternative politique et le PDS ne joue aucun rôle dans ce mouvement (il s'est néanmoins mobilisé et a appelé à une manifestation à Berlin, qui a rassemblé entre 30 000 et 50 000 personnes).
Ces vagues de protestations semblent annoncer un printemps agité. *
Berlin, 26 mars 1991
Un problème concret nous était posé à propos du mode d'élection : est-ce qu'on devait atteindre 5% dans toute l'Allemagne ou séparément dans les deux exAllemagne de l'Est et de l'Ouest ? Est-ce que les voix qu'on obtenait à l'Ouest étaient comptées pour la liste électorale commune Liste de gauche à l'Ouest et PDS à l'Est ?
Rapidement les fondateurs de la Liste de gauche, qui avait déjà obtenu un statut de "parti", ont dû se transformer pour montrer leurs liens avec le PDS et profiter, ainsi, des voix électorales obtenues à l'Ouest. Dans le même temps, le PDS a confié des places sûres sur les listes électorales à l'Est à des candidats de la gauche de l'Ouest. Sur les dix-sept parlementaires élus, quatre viennent de la gauche de l'Ouest et une de la Gauche