Jakob Monetta a été pendant de longues années le rédacteur en chef du journal
Metall, organe du syndicat des métallurgistes ouest-allemands, et le rédacteur des
Membre du Parti socialiste unifié (VSP) depuis sa création, il a décidé d'entrer au
Parti du socialisme démocratique (PDS, ancien parti communiste est-allemand), contestation populaire grandissante à l'Est et des formes d'organisaiton syndicale.
«Il y a toujours eu une alternative journaux de lutte des grèves des "métallos" au cours des années 60 et 70.
sans quitter ses anciens camardes du VSP.
Inprecor l'a rencontré pour discuter de sa nouvelle situation et surtout de la
INPRECOR : Toi qui a, notamment, fondé le comité de solidarité avec Solidarnose en Allemagne, en
1980, comment peux-tu être aujourd'hui au comité central du PDS ?
Jakob MONETTA : Est-ce qu'on ne doit pas plutôt se poser la question inverse : comment se fait-il qu'un parti qualifié de "stalinien", en toute connaissance de mon passé et de mes orientations politiques, m'ait accepté dans ses rangs et que
65 % des délégués d'un congrès très libre et démocratique m'aient élu à leur comité central ?
Dans une allocution au congrès électoral de "toute l'Allemagne" de la Liste de gauche/PDS qui s'est tenu les 15 et 16 septembre 1990, j'avais déclaré: « Je viens d'une tradition du mouvement ouvrier qui s'appelait l'Opposition de gauche. Elle a dû payer avec des dizaines de milliers de victimes sa ferme opposition au despotisme bureaucratique en
Union soviétique. Il n'y aura de vrais réhabilitations pour celles-ci que le jour où nous discuterons à nouveau de leurs idées, de leurs critiques et des alternatives qu'elles proposaient. Car c'est le mensonge éternel de tous les historiens conservateurs de prétendre que tout s'est passé comme ça, parce cela devait se passer comme ça. Il y a toujours eu une alternative dans l'histoire...»
J'ai aussi ajouté: « Certains seront peut-être déçus parce que je ne me suis pas assez démarqué du stalinisme. Je pense pourtant, que l'ayant combattu pendant un demi-siècle, je n'ai pas besoin de le faire au moment précis où qu'il est en train de disparaître de la scène de l'histoire. »
A ce congrès, je n'étais pas encore membre du PDS ; j'appartenais à la Liste de gauche, regroupant différents courants de gauche de l'ex-RDA et de la République fédérale (voir Inprecor n° 316 du 12 octobre 1990). Nous avions formé une alpas sûr qu'elle puisse passer la barre des pouvoir accéder au Parlement.
unie de l'Est.
• Aujourd'hui, dans le PDS, on trouve, paraît-il, 40 % d'anciens permanents de l'ancien parti communiste, le SED (150 000 militants du parti actuel) ; et seulement un dixième de ses adhérents seraient des ouvriers
(soit 30 000 militants). Comment caractériser ce parti aupeut-on jourd'hui?
La majorité du PDS est certainement social-démocrate de gauche, mais elle n'a pas peur de se réclamer du socialisme, ce qui est devenu très rare parmi les sociaux-démocrates, même à l'Ouest ! Il ne faut pas oublier que la grande majorité de la classe ouvrière dans l'ex-RDA identifie le socialisme avec le régime qu'elle a subi et qui prétendait être le "socialisme réellement existant". D'après des sondages, 45 % de la classe ouvrière en Allemagne de l'Est a voté pour les chrétiens-démocrates, 15 % pour les libéraux, et 25 % pour les sociaux-démocrates (qui sont plus à droite que le SPD à l'Ouest).
Mais ce qui est tout à fait nouveau pour une organisation ex-stalinienne, c'est la liberté non seulement de pensée, de discussion, ou d'expression mais aussi de formation, de courants, de tendances à l'intérieur du Parti. Par exemple, il y a une plate-forme communiste qui regrouperait 25 000 des 280 000 membres du PDS ; c'est un courant hétérogène, mais c'est tout le Parti qui est encore à la recherche non seulement du temps perdu avec le stalinisme, mais aussi des chemins qui mènent au socialisme; c'est cela que je trouve fascinant. Il y aussi, bien sûr, les nostalgiques du passé, non pas d'une bureaucratie arrogante et toute puissante, mais du plein-emploi, des avantages sociaux qu'ils - et surtout elles — ont perdu avec l'invasion d'un capitalisme
Inprecor n° 327 du 29 mars au 11 avril 1991 =
dont les libertés démocratiques sont conditionnées à la liberté sur le marché de travail, ce qui permet de se débarrasser de tous ceux et celles qui ne sont pas rentables pour le capital.
• Quelle est l'évolution politique actuelle du PDS, quelles sont ses perspectives de construction et d'action, dans l'ensemble de l'Allemagne?
Le PDS s'est démarqué de la socialdémocratie sur deux terrains. Sa position contre la guerre du Golfe était ferme, on peut dire sans failles, non pas dans un sens "pacifiste", mais anti-impérialiste. Au Parlement, cela lui a valu une haine féroce de la droite, ce qui est en même temps une certaine garantie contre une "social-démocratisation"
En ce qui concerne les revendications de la classe ouvrière dans l'ex-RDA, le PDS s'est solidarisé avec les demandes des salariés, mais il n'a aucune prise sur ce mouvement, qui devient de plus en plus vaste (voir l'article en p. 11). C'est sur ce terrain que le Parti doit concentrer son principal effort, mais il doit surmonter l'identification qui est faite du PDS avec le passé stalinien.
• Les grèves se multiplient dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Sur quoi partent-elles ? Quelle forme d'organisation prennent ces mouvements ?
Les manifestations aussi bien que les grèves (1) se font sur deux motivations : les licenciements et l'augmentation des salaires.
La critique de la gauche à l'Ouest et de beaucoup de syndicalistes à l'Est s'est portée au début contre les méthodes de "colonisation" des syndicats de l'Ouest. La grande majorité de la classe ouvrière à l'Est n'avait aucune confiance dans leurs syndicats et préférait, dans bien des cas, se soumettre aux organisations de l'ex-RFA. On ne peut pas nier pourtant qu'il y a eu des méthodes plutôt antidémocratiques — avec la proposition de sanctions contre les membres du PDS, par exemple.
Mais il faut aussi reconnaître que ce sont les militants de l'Ouest envoyés dans l'ex-RDA, pour "récupérer" ceux qui voulaient s'organiser, qui ont organisé les protestations et les grèves, manifestations auxquelles participent maintenant des centaines de milliers de personnes.
• Quelle est l'attitude et le rôle des syndicats de l'ancienne RFA dans ces grèves qui se déroulent à l'Est ?
Les anciens syndicats officiels de RDA ne jouent aucun rôle, ils n'existent = Inprecor n° 327 du 29 mars au 11 avril 1991 plus. Les formes de recomposition du mouvement syndical dépendent non seulement de la volonté politique ou de la politique syndicale tout court, mais aussi de facteurs objectifs.
Pour donner un exemple : le syndicat ouest-allemand de la metallurgie, l'IG Metall - qui avait 2 millions 600 000 membres à l'Ouest — va "récupérer" à peu près 800 000 syndiqués de l'Est , après un accord passé avec les responsables de son homologue est-allemand syndicat, qui a sommé sa base de s'organiser individuellement à partir du ler janvier 1991 dans l'IG Metall.
D'un autre côté, l'IG Chimie syndicat "droitier" de la chimie — a refusé jusqu'à maintenant de "confier" des fonctions syndicales à des anciens membres du SED, ce qui n'est pas le cas de l'IG Metall, en général. Lors de la fusion, l'IG chimie a tout de même accepté un des dirigeants est-allemands, qui est passé du SED à la CDU.
Le syndicat HBV (Haudel Banken Versicherungen - commerce, banques, assurances), quant à lui, va s'unifier officiellement avec le syndicat correspondant à l'Est, après un congrès des deux organisations. Mais pour la HBV, le travail de coopération est déjà extrêmement profitable car le degré d'organisation à l'Est dans ce secteur est beaucoup plus élevé. L'égalisation" des salaires dans les secteurs des banques et assurances va plus vite que dans l'industrie, par exemple.
• On a pu comprendre le soutien posubsisté et, surtoul, à cause de l'attrait du système capitaliste de l'Ouest sur les travailleurs de l'ancienne RDA.
Tous les sondages, à l'Est comme à l'Ouest, montraient continuellement que le désir de l'unification n'était pas très vif. Et, ce qui est plus surprenant, c'est que même aujourd'hui les Allemands de l'Est sont beaucoup plus enclins à payer la facture de la guerre du Golfe que celle de l'unification.
Je suis persuadé que le désir de "liberté de circulation", de voyage, ainsi que le désir de liberté tout court, et la démocratie jouaient un rôle important dans le désir d'unification jusqu'au moment où il y a eu la promesse d'échange de la monnaie de l'Est contre le deutschemark.
La déception est d'autant plus grande, que le DM n'est pas devenu l'instrument d'une égalisation du niveau de vie entre l'Est et l'Ouest, mais, pour la majorité de la population, il est, au contraire, le premier des symboles de l'injustice sociale.
• La presse parle souvent d'une hausse du niveau de vie des travailleurs de l'ancienne RDA - même s'ils sont au chômage, ils toucheraient un salaire réel supérieur à celui dont ils disposaient avant. Ces modifications jouent-elles sur la conscience et la combativité des travailleurs?
C'est grâce aux revendications syndicales et aux mouvements sociaux que le niveau de vic n'est pas tombé en chute libre, et que des conventions collectives, comprenant des primes et des augmentations de salaires, des diminutions du temps de travail, et surtout une garantie de l'emploi jusqu'au 30 juin 1991, avec un salaire de mi-temps, ont été signées. Concrètement les salariés touchent 90 % de leur salaire en dépit du fait qu'il n'y a pas de travail, ce qui les protège partiellement. Mais cela n'empêche pas des centaines de milliers de personnes de chercher du travail à l'Ouest.
A la fin 1991, il y aura à peu près 3 millions de chômeurs, sur 9 à 10 millions de salariés, à l'Est (un pourcentage beaucoup plus élevé qu'en Pologne). Il y aussi des centaines de milliers de personnes qui doivent faire des trajets de quatre à cinq heures par jour pour aller travailler à l'Ouest. Et, il ne faut pas oublier que les prix des transports, et surtout des loyers, sont encore "contrôlés", Tout le monde redoute le moment ou le "marché libre" s'appliquera aussi aux loyers.
La situation catastrophique à l'Est a tellement effrayé la bourgoisie allemande qu'elle vient d'imposer des taxes très élevées (surtout sur le dos de la classe ouvrière ouest-alleman-de) pour financer au moins un début de "reconstruction". L'IG Metall vient de signer une convention, qui va garantir, à partir du ler avril 1991, aux ouvriers de l'Est, 62,5 % des revenus de ceux de l'Ouest et 58,5% pour les employés.
A partir du ler avril 1994, les salaires de l'Est vont être égalisés au niveau de l'Ouest. Le temps de travail va être réduit à 38 heures jusqu'en 1996 et les congés payés vont être augmentés petit à petit, jusqu'à 30 jours par an. En général, les écarts vont de 55% des salaires de l'Ouest, dans l'industrie chimique, jusqu'à 65 % dans le commerce, mais 90 % dans la construction. Les chrétiens démocrates ont pris peur parce que de récents sondages démontrent que la confiance en Kohl a disparu, et que le SPD remonte dans les sondages. *
20 mars 1991
1) Il y a eu deux grèves générales des chemins de fer et de la poste.