Inprecor 1974–2004

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JORDANIE

Le Pacte national

· Inprecor n° 327, 29 mars 1991 · p. 16-17 · 1 303 mots

Palestine et Israël

économique et militaire à la Jordanie à cause de l'attitude du roi Hussein durant le conflit du Golfe, tout en laissant à Bush le soin de la rétablir si le gouvernement

En effet, le monarque avait choisi de jouer, au début de la crise du Colle, un rôle

Puis, avec le déclenchement de la guerre, il s'est réfugié dans la "'neutralité". Dans les deux cas, le régime ne tenait compte de la radicalisation anti-impérialiste de la population qu'au niveau du discours, sans aucune conséquence pratique. Et pour

Le Pacte national

Le 20 mars 1991, le Sénat des Etats-Unis décidait de suspendre l'aide jordanien se montrait coopérant. La "punition" n'est done pas si grave...

de "médiateur".

cause : la rue réclamait des armes et la levée du blocus contre l'Irak.

Omar SALEM

C'EST dans ce contexte que Washington a exprimé sa compréhension des « circonstances difficiles dans lesquelles se trouve le roi Hussein », et que George a déclaré qu'il n'était pas dans son intention de « supprimer le rôle de la Jordanie » dans le réaménagement régional de l'après-guerre.

Le président américain a dépêché un envoyé spécial auprès du monarque pour lui demander d'éviter toute friction avec Israël, et lui confirmer qu'il ne serait pas mis à l'écart du règlement régional.

Le roi a respecté la neutralité qui lui était exigée, jusqu'à la fin de la guerre Cette position a été réitérée publiquement à plusieurs reprises par lui-même et par d'autres représentants du régime.

Le 6 février 1991, cependant, le souverain prononçait un discours, apparemment sans motif, dans lequel il s'en prenait énergiquement aux Etats-Unis et à leurs alliés arabes.

Un concert de louanges s'ensuivit de la part des partis participant au "consen-

Inprecor n° 327 du 29 mars au 11 avril 1991 =

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sus national" (1). En fait, ces propos étaient destinés à contenir la colère spontanée de la population que ni les partis, ni les appareils du régime n'arrivaient à maîtriser. Trois semaines après le déclenchement de la guerre, en effet, les avions de la coalition anti-irakienne avaient commencé à bombarder des camions-citernes et autres véhicules civils jordaniens sur la route reliant Bagdad à Amman, suscitant un vif ressentiment populaire. Le matin du 6 février, plusieurs milliers d'habitants de la ville de Ramtha, près de la frontière syrienne, arrêtaient un convoi de camions syriens et turcs se dirigeant vers l'Arabie saoudite, et tentaient de s'emparer de leur cargaison pour l'expédier en Irak.

Le roi a prononcé son fameux discours "populiste" le soir même, tandis que ses services lançaient une campagne d'arrestations à Ramtha, emprisonnant 200 personnes. Le couvre-feu fut imposé dans la ville, plusieurs heures durant, pendant deux jours.

La gauche, respectucuse du "consensus national", fit semblant d'ignorer la répression qui accompagna le discours du roi. Elle ignora, de même, l'aide financière accordée par l'impérialisme au régime, versée en dépit de l'irritation américaine officielle provoquée par le discours. La dernière semaine de la guerre, cette aide se montait à 750 millions de dollars sous forme de dons et de prêts à des conditions préférentielles, selon les chiffres communiqués par le gouvernement (2). Les réserves en or et en devises de la Banque centrale atteignirent même un record historique, soit 2,1 milliards de dollars.

La grande désillusion

Dès la fin de la guerre, le roi Hussein prononçait un nouveau discours, le ler mars 1991, dans lequel il décrivait les grandes lignes de sa politique pour la « nouvelle période », alors que la population était encore sous le choc de l'ampleur de la défaite subie par l'Irak. Sa passivité à l'égard du discours royal n'était que le premier résultat des illusions semées, au cours des six mois précédents, par le régime, les médias et l'ensemble des partis du consensus.

Le souverain appela, dans son discours, à « tourner une nouvelle page (...) fondée sur la réconciliation et l'entente inter-arabes » et à « réactiver notre ordre arabe régional ». Il réaffirma son engagement à œuvrer pour « une paix durable et la stabilité de la région », et déclara : « La Jordanie ouvre grand ses bras à qui= Inprecor n° 327 du 29 mars au 11 avril 1991 conque veut établir des relations amicales avec elle. » Il excusa les Palestiniens auprès de « la direction et du peuple israéliens », de leur joie quand les Scud tombaient sur Israël. Finalement, le roi déclara qu'il poursuivrait son action autour du Pacte national, dont la version finale avait été publiée à la fin de 1990 (3).

Le régime essaye ainsi de contourner à la fois sa propre crise et les masses, profitant de la démoralisation de celles-ci par suite de la défaite irakienne, et bénéficiant de la collaboration des partis du Pacte. Ces derniers ont déjà prouvé qu'ils étaient capables de contenir et de mystifier la population, là où les appareils répressifs et médiatiques du pouvoir n'y suffisaient pas.

L'option jordanienne

Le roi aborde sa politique pour la nouvelle étape, fort de ses succès locaux, après s'être créé une image de dirigeant nationaliste, démocratique et non impliqué dans les combats "fratricides". Etant maintenant mieux accepté par les Palestiniens, alors que le rôle de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est en régression, il pourrait être coopté par la direction de la centrale palestinienne comme dernier recours. La fameuse "option jordanienne", renouvelée, semble plus crédible que jamais. Elle garantirait au roi un rôle clé dans la liquidation de la cause palestinienne, c'est-à-dire la récupération de la lutte du peuple palestinien, aux moindres frais et dans le cadre régional du "nouvel ordre mondial".

Le dernier discours du monarque ne constitue, en aucune façon, un retournement, mais confirme bien que la nature du régime n'a jamais changé. Il n'a surpris que ceux qui, dans la gauche respectueuse, ont été impressionnés par les propos "populiste" du roi au cours des derniers mois et y ont vu un changement radical.

Le Pacte national que le souverain soumettra, selon son expression, à la "bé-

JORDANIE = nédiction" populaire, a été adopté à l'unanimité par la commission royale de rédaction, où étaient représentés tous les partis de la gauche réformiste. Il ne s'agit pas seulement d'un programme de collaboration de classe, mais aussi d'une réécriture de l'histoire du pays. Son préambule retrace l'histoire de la dynastie hachémite, à laquelle appartient le roi Hussein : il absout le régime de tous ses crimes contre les peuples jordanien et palestinien, et passe l'éponge sur son lourd passé au service de la réaction arabe et de l'impérialisme.

Ce Pacte sera sans doute un instrument efficace aux mains du trône pour mettre les partis au service de sa politique, et conférer à ses forces armées une

« légitimité nationale » pour frapper l'ensemble des forces révolutionnaires dans la période à venir.

Mais la crise globale du régime ne manquera sans doute pas de susciter une radicalisation qui fera émerger des militants débarrassés des illusions entretenues par les réformistes de la cour (4).

*

Amman, le 11 mars 1991

1) Voir Inprecorn ° 318 du 9 novembre 1990.

2) Cet article a été rédigé avant le vote de la suspension de raide des Etats-Unis à la Jordanie.

3) Le "pacte national", lancé par le pouvoir en avril 1990, visait à contrer et contrôler la gauche, en lui faisant des promesses d'ouverture démocratique. Le Parti communiste et les partis proches du FP et du PD y ont souscrit.

4) Les marxistes révolutionnaires jordaniens opposent à la parodie du Pacte national, la revendication de l'Assemblée constituante librement élue (voir inprecor n° 315 du 28 septembre 1990). Contre le processus de liquidation de la cause palestinienne, ils défendent le retrait total et inconditionnel de larmée israélienne des territoires occupés en 1967, ainsi que le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, y compris son droit au retour sur les territoires dont il a été expulsé.

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