PARMI les "modérés", on trouve notamment l'ancien ministre sandiniste Alejandro Martinez Cuenca, Edmundo Jarquin (vice-président du groupe parlementaire Plut sandiniste), Rafael Solis (ancien secrétaire de l'Assemblée nationale), Herty Lewites (ancien ministre du Tourisme), appuyés par Sergio Ramirez (vice-président sandiniste de la République et actuel président du groupe parlementaire, proche d'Humberto Ortega et du commandant Victor Tirado, deux anciens tercéristes de la direction nationale du FSLN). Ils développent tous une politique en contradiction flagrante, tant avec le programme historique du FSLN de 1969 (qu'ils considèrent périmé) qu'avec la déclaration d'El Crucero, adoptée par l'Assemblée sandiniste après la défaite électorale, en juin 1990.
Pendant de longs mois, leurs prises de position n'ont été désavouées ni par la direction du Front en tant que telle, ni par aucun de ses membres.
Cette situation est inquiétante et soulève des critiques répétées de beaucoup de militants qui déplorent l'absence de positions claires de la part de leur direction.
La récente déclaration radicale que Daniel Ortega a faite au nom de cette instance, le 10 avril 1991 (que nous reproduirons dans une prochaine édition d'Inprecor) semble indiquer une inflexion à gauche. Mais marque-t-elle un véritable tournant ? Ou vise-t-elle à mettre sous pression le gouvernement, et à rencontrer le mécontentement de la base et de nombre de cadres dans la perspective du congrès de juillet ?
Le caractère public, critique et polémique du débat qui se développe dans le FSLN à l'approche de son premier congrès témoigne de la vitalité d'un parti qui a dirigé une authentique révolution populaire, qui a exercé le pouvoir dans des conditions de grande adversité et qui a été fortement éprouvé par la défaite électo-
Le déficit démocratique
Le FSLN paie lourdement son insuffisance de débats démocratiques internes pendant onze années d'exercice du pouvoir. Le verticalisme, résumé par le mot d'ordre « Direction nationale, ordonne ! », fondait les rapports entre celle-ci et l'Assemblée sandiniste (120 membres, renforcés par de nouveaux venus pour la réunion d'El Crucero) ; direction nationale-directions des organisations sandinistes de masse et de l'organisation de jeunesse ; et avec les structures intermédiaires et de base. Ce verticalisme a été, à tort, justifié par l'état de guerre.
Autre élément du caractère vicié de ce fonctionnement : le lien intime entre l'Etat et le Parti. Enfin, l'incapacité ou le refus d'adopter une plate-forme marxiste claire et de donner une formation dans ce sens à ses cadres et à ses militants (ceux qui se réclament du marxisme ne sont vraiment plus légion dans le FSLN) a aussi pesé négativement.
Tout cela a empêché le FSLN d'éviter ou de corriger à temps les erreurs graves commises au cours des années pendant lesquelles il a exercé le pouvoir : mauvaise compréhension de la question paysanne ; erreurs commises vis-à-vis des minorités indigènes de la côte Atlantique ; liens avec les organisations de masse, souvent conçues comme des courroies de transmission; incapacité et refus de développer le contrôle ouvrier et populaire, tout en donnant trop de poids aux technocrates et aux administrateurs ; développement exagéré de l'appareil militaire et de ses privilèges matériels ; mesures du type de celles du Fonds monétaire internationale (FMI) à partir de 1985, et surtout de 1988, et l'écart social et la récession qu'elles ont accentué ; apport fondamental du modèle démocratique progressivement restreint à sa version bourgeoise (Assemblée nationale, pouvoir présidentiel, refus de la révocabilité des élus, suppression du Conseil d'Etat où étaient représentées les organisations de masse) ; retard pris par rapport aux problèmes de la religion et de l'Eglise (alors qu'au départ, le Front avait une compréhension aiguë de la question) ; et triomphalisme de la campagne électorale de 1990.
Qui doit être au Front ?
A l'occasion du débat public, Gioconda Belli, écrivain et militante sandiniste, se demandait si le FSLN était un front, un parti, ou les deux à la fois : « Pour certains, le FSLN est ou était une organisation structurée autour d'une idéologie de gauche, avec une base marxiste; pour d'autres, le FSLN est un parti où tous les Nicaraguayens qui aiment leur patrie ont leur place, sans distinction aucune entre propriétaires, chrétiens, évangélistes ou paysans pauvres. Ces deux positions ont été avalisées par la direction nationale et, cependant, elles représentent des optiques très différentes qui, en pratique, devraient conduire à des formes organisationnelles distinctes — selon la conception marxiste-léniniste, la communauté de vues idéologiques au sein du parti est une condition sine qua non, qui donne la possibilité de structurer un programme déterminé qui, historiquement, conduit à la
NICA
Front o que ch ancrage révolutionnaire du Front s reste vivace mais il est fortement remis ‹ ont dirigé la politique d'austérité applic basée sur la recherche d'un consensu intérêts des secteurs populaires. Ce réformiste modéré qui ne tient pas con subissent un capitalisme qui, lui, n'a ric apôtres d'un co-gouvernement avec l ou, en tout cas, avec ses s
Les militants qui défendent le projet rés sur une importante mobilisation sociale ‹ font pas preuve d'autant de cohérer de la ligne
Erie TOL prise du pouvoir par les travailleurs (...).
L'autre position, au contraire, correspond plus à une structure de front ou de parti électoral : tous peuvent se reconnaître dans le drapeau du sandinisme et tant les propriétaires que les salariés doivent attendre du parti qu'il représente leurs intérêts antagoniques » (1).
G. Belli penche visiblement pour un parti révolutionnaire, capable de faire front, notamment en période électorale.
Par ailleurs, elle indique les effets né fastes de la confusion parti/front : « La discipline de parti est une illusion, pré cisément dans la mesure où il n'existe pas de communauté idéologique en tant que base consciente de la discipline, cel-= le-ci n'est pas comprise de la même manière par tous (...).
L'appel à la disci-• pline devient un levier de pouvoir, un mécanisme de ré.
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ndiniste de libération nationale (FSLN)
n question par certains de ses leaders qui aée par les sandinistes à partir de 1988, avec la bourgeoisie, au détriment des dirigeants développent un discours pte de la misère des Nicaraguayens qui n de modéré ; certains se font même les
Union nationale d'opposition (UNO), acteurs les plus modérés.
blutionnaire du Front peuvent s'appuyer u'ils dirigent ; mais, apparemment, ils ne ce et d'esprit offensif que les tenants modérée.
SSAINT se transforme en un dogme respecté par peur et non par conviction. Au lieu d'être enrichie, la ligne devient une camisole de force».
Gioconda Belli en expose également les conséquences dans le domaine de la formation : « Ce problème de la double structure — front et parti d'avant-garde
— s'exprima déjà au début des années 80 quand (...) l'éducation s'est "désidéologisée", devenant l'étu-de mécanique et pauvre de la conjoncture, ce qui a déterminé une pratique empirique.
(...)
»
• Elle montre ensuite la contradiction qui réside dans le fait que le FSLN, à partir de 1984, a adopté un programme essentiellement électoral, s'adressant à tous les secteurs en âge de voter, sans pour autant renoncer à son orientation socialiste selon laquelle les travailleurs doivent être hégémoniques.
Elle conclue par un appel aux militants : « Sans nier ce qui peut être valable et récupérable, il faut voir aussi les effets négatifs et avancer vers une synthèse, car actuellement l'hétérogénéité de la schizophrénie entre parti et front ne permet pas au FSLN d'être un parti avec un projet social au service des travailleurs, ni un front large qui, tout en conservant un projet de profondes transformations sociales, peut en appeler aux suffrages de vastes secteurs de la population.»
Abordant le même thème que Gioconda Belli, Rosario Murillo, directrice du supplément culturel de Barricada, Ventana, poète et ancienne compagne de Daniel Ortega, a dressé un constat accusateur de l'état du FSLN : « A l'intérieur du Front, on retrouve aussi bien des sandinistes que des non-sandinistes. Millionnaires et miséreux (2). Ames de Dieu et âmes du diable (...). Oui, Messieurs, le Front sandiniste est actuellement un front, et comme front, où l'on trouve de tout, c'est, en ce moment, un tas de merde » (3).
On trouve de tout au FSLN :
R. Murillo souligne la nécessité du projet et de la pratique révolutionnaires : « Etre révolutionnaire, rouge, communiste, camarade, aspirer à la révolution dans le tiers (et dans l'ensemble du) monde est une question d'âme, de vie et de cœur. » Elle s'attaque ensuite à l'aile modérée du Front, qui prend prétexte de la crise dudit camp socialiste pour renvoyer aux calendes grecques la perspective ré volutionnaire : « Il y a ceux qui considèrent que [la révolution, ndlr] est un snobisme bon marché. Il y a les "modernes" qui passent maintenant par le chic antiradical. Par le centre, disent-ils. Pour arriver plus rapidement... Mais peut-on savoir où ? Le monde, c'est vrai, a changé. Les Soviétiques renient leurs propres mensonges ou vérités, ils ne veulent plus s'appeler ni soviétiques, ni socialistes, ni rouges. Mais la révolution, ce n'est pas l'extension à travers le monde du modèle soviétique, et cela, le Nicaragua l'a bien compris. (...) Le communisme est tombé dans les pays de l'Est ? Très bien ! Mais, le Nicaragua a-t-il jamais été à l'Est ? Le communisme y a-t-il jamais régné ?»
1) Toutes les citations de G. Belli sont tirées de Barricada du 14 février 1991.
2) Le projet de statuts du FSLN, soumis à la discussion des militants pour le congrès, confirme la possibilité d'être membre du Front quelle que soit l'appartenance de classe : • Article 4. Sont membres du FSLN tous les citoyens nicaraguayens -sans distinction de religion ou de condition économique — qui acceptent sa plate-forme programmatique et ses statuts. » Barricada Internacional, avril 1991. Cette disposition a été immé diatement critiquée dans la presse par plusieurs militants.
3) Barricada, traduit dans le Bulletin Amérique centrale, mars 1991, Bruxelles.
4) Herty Lewites, ancien ministre sandiniste du Tourisme, est un de ces millionnaires. En 1988-89, il avait mis en œuvre
R. Murillo désigne ensuite avec plus de précision ceux qu'elle dénonce : « Nous avons parlé du Front sandiniste et de son spectre large, ce que certains appellent sa diversité idéologique. En son sein, les millionnaires aspirent à faire des millions, pour aider les autres, disent-ils (comme patrons, bien sûr) (4). En son sein, il y a des politicards (...) qui désirent, à l'aide de vieilles méthodes (que maintenant ils appellent modernes), tromper les autres.»
Enfin, R. Murillo conclue son brûlot sur les enjeux du congrès: « Nous devrons définir celle année si ce front va être un front de sandinistes ou de "confusionnistes", de pragmatiques ou de parasites, de caméléons ou de vérités, de millionnaires ou de travailleurs... peut maintenir ce Front Sandiniste ? (...) Notre espoir révolutionnaire du congrès réside en ce que la majorité appauvrie soit pleinement représentée, par elle-même et par ceux qui assument sa défense.»
A quelle pratique du FSLN répond la volonté, exprimée plus haut, de voir les sandinistes adopter un profil et une pratique de classe plus nets ? Pour le comprendre, il faut revenir sur les mouvements sociaux qui ont éclaté depuis l'accession de l'UNO au gouvernement (5).
Les travailleurs des villes et de la campagne, organisés dans le Front natio nal des travailleurs (FNT), ont essayé d'endiguer les attaques gouvernementales par plusicurs grèves ; les mouvements de mai et juin 1990 avaient bousculé la direction sandiniste et l'accord qui y avait mis fin avait été négocié, en partie, sous la table ; les représentants des salariés n'avaient pas participé à toutes les discussions. Trinchera, l'hebdomadaire des syndicats sandinistes, avait fortement critiqué cela.
Au cours de l'Assemblée sandiniste d'El Crucero, de juin 1990, la direction nationale, confrontée à la critique des militants engagés dans les luttes, avait proposé un texte radical ; néanmoins, parmi les conquêtes révolutionnaires dont le Front n'accepterait pas la remise en cause, ce texte ne faisait mention ni du secteur nationalisé, ni de l'armement des masses.
Le premier compromis intervenu avec un programme de privatisations d'une partie de l'infrastructure touristique. Voici ce qu'il déclare : « Quand nous avons perdu [les élections, ndir), je me suis senti comme frappé. Alers, je me suis dit: je vais démontrer que je suis un sandiniste qui peut devenir millionnaire. Parce que le défi auquel nous devons répondre est, sans étre au gouvernement, d'arriver à faire de l'argent ; c'est un bon défi pour les militants du Front. Le Front n'a pas défini, au niveau de sa direction nationale, ce qu'il cherchait en réalité. (...) Ce que je demande au Front : chacun à son ouvrage. Si je réussis à atteindre un développement éco nomique, au niveau personnel, je ne me sentirai pas mal. » El Semanario, 7 mars 1991
5) Voir Inprecor n° 313 et 314 des 13 juillet et 14 septembre 1990.
NICARAGUA le gouvernement, en juin 1990, avait été remis rapidement en cause par de nouvelles mesures antisociales et les grèves de juillet ont vu monter d'un cran l'affrontement entre le pouvoir UNO et les syndicats sandinistes. Le FSLN s'est alors engagé aux côtés des grévistes tout en prônant la conciliation. Un nouveau compromis est alors intervenu ; mais, quelques semaines plus tard, le gouvernement montrait qu'il n'était pas décidé à appliquer les accords, et des privatisations étaient mises en route.
Pacte social et compromissions En septembre, dans un climat social à nouveau très dégradé, le gouvernement lançait des pourparlers afin de parvenir à un pacte social ; celui-ci fut signé le 26 octobre 1990 avec les syndicats sandinistes et pro-UNO, et quelques fédérations patronales, hormis la principale, le Conseil supérieur de l'entreprise privée (COSEP).
Ces accords, explicitement destinés à mettre en confiance le FMI, la Banque mondiale, certains gouvernements européens et notamment les Etats-Unis, sanctionnaient une concession majeure de la part des sandinistes : « Le gouvernement, en privatisant des entreprises de l'Etat, prendra en compte les droits acquis des travailleurs, tout comme leur droit de participer à la propriété des entreprises ; [il] pourra autoriser le fonctionnement d'institutions financières privées (...) ; [il] concèdera des licences d'exportation à des associations de producteurs et à des particuliers » (6).
Trois acquis importants de la révolution étaient ainsi remis en cause : l'existence du secteur nationalisé (l'Aire de propriété du peuple, APP) ; la nationalisation du système financier et du crédit, et le monopole de l'Etat sur le commerce extérieur. Ces concessions des sandinistes ont été l'objet de fortes critiques de la part de militants de la gauche du Front : « Même si le FNT a signé les accords de concertation, il est évident que les travailleurs à la base et les secteurs populaires ne sont pas d'accord avec les privatisations. (...) Ce geste de conciliation [du Front, ndlr] implique une concession sur des principes et des conceptions fondamentales de la révolution. (...) Evidemment, l'effondrement du modèle socio-économique des pays de l'Est constitue pour certains [sandinistes, ndlr] un handicap à l'heure de revendiquer le caractère progressiste de la propriété sociale collective des moyens de production — et pour d'autres, une magnifique occasion pour se défaire d'un concept avec lequel ils ne se sont jamais pleinement identifiés. Or ce n'est pas le concept qui a été invalidé dans ces pays, mais bien la forme adoptée et, en tout cas, personne ne peut nier que, dans notre situation, l'APP représente un axe possible pour le développement socio-économique du pays » (7).
Les auteurs de cet article font ensuite une réflexion critique sur la politique des sandinistes au pouvoir : « Ce sont peutêtre les erreurs commises en matière de gestion et le type de relations impulsées TRA
NICAR
V. Chamorro et son conseiller A. Lacayo (Barricada) par le gouvernement sandiniste, dans les entreprises de l'APP, qui ont limité la prise de conscience des travailleurs en tant que propriétaires sociaux ; c'est peut-être cela qui a facilité leur renoncement à défendre leur préservation. »
Les privatisations Enfin, les conséquences de l'acceptation des privatisations pour le programme du FSLN sont soulignées : « En dernière instance, il faut se demander quelle est la position du FSLN par rapport à la propriété sociale. La réponse était implicite jusqu'à présent par l'idée [qu'il fallait] préserver l'APP. Maintenant, les faits prennent une autre tournure. On pourra en discuter au moment du congrès, mais il sera peut-être trop tard, surtout si, dans les faits, les changements se sont déjà produits, substituant à la revendication de (...) la propriété sociale des moyens de production - dont la forme embryonnaire est l'APP — celle de la propriété privée ». Quelle que soit la position que le congrès du FSLN adopte, ce qui est sûr c'est que les travailleurs et le FNT (soutenus par le FSLN) en viennent à tenter de limiter les dégâts en revendiquant que certaines privatisations soient faites en leur faveur (8).
Outre que, dans la plupart des cas, ils n'ont pas obtenu gain de cause, il est certain que la propriété privée des travailleurs de toute ou d'une partie d'une entreprise ne va rien résoudre. Si l'APP est démantelée et si la récession perdure, les collectifs de travailleurs devront gérer des entreprises dans un environnement totalement hostile, ils devront procéder à des licenciements, voire à la fermeture de celles-ci.
Bien que visant la paix sociale, la signature des accords d'octobre 1990 a été suivie de deux offensives de la droite : la "rébellion des maires", en novembre, et celle du groupe parlementaire UNO, en décembre (9).
Les sandinistes ont alors dû faire de nouvelles concessions concernant l'armée. Cela n'a pas empêché le groupe parlementaire sandiniste de faire alliance avec une partie du groupe parlementaire UNO pour faire élire Alfredo César à la présidence de l'Assemblée nationale — alors que celui-ci, ancien chef de la Contra et proche de Violeta
Chamorro, s'était uni, quelques jours plus tôt, avec l'aile la plus droitière de l'UNO contre le compromis passé entre la direction de l'armée et la présidente sur le budget de la défense ; César n'avait rompu celte alliance avec les extrémistes que fort de l'assurance d'être élu grâce à l'appui des sandinistes. Pour arracher une solution de compromis, les sandinistes ont accepté une réduction supplémentaire du budget militaire, qui a étéfinalement adoptée par 69 voix (36 députés FSLN et 33 UNO du groupe César) contre 21 (du secteur du vice-président Godoy). Quelques jours plus tard, César était élu ; la présidence de l'Assemblée était ainsi constituée par quatre membres de l'UNO, proches de César, et deux du
Cette tactique parlementaire a conforté, au grand dam de la base militante sandiniste, la thèse du co-gouvernement soutenue par l'aile modérée du Front. Rafael
6) Nicaragua en concertacion, publication officielle du gouvernement nicaraguayen, Managua, 1990
7) Nicaragua Desde Adentro, Managua, 30 décembre 1990.
8) « Notre proposition est la privatisation au bénéfice des travailleurs; mais d'autres forces se meitent en mouvement pour s'approprier des propriétés. Cela sera décisif pour le FSLN, le futur révolutionnaire et la stabilité du pays. » Daniel Ortega, Barricada, 11 avril 1991.
9) Voir Inprecorn° 326 et 328 des 15 mars et 12 avril 1991.
Solis, un de ses porte-parole, écrivait à propos de l'attitude du FSLN pendant la rébellion des maires : « Pour la première fois, le FSLN a eu une politique intelligente et ne s'est pas affronté directement aux rebelles. Appuyant-discrètement— le gouvernement, il a contribué à une solution pacifique du problème, et à construire ce co-gouvernement dont nous parlions avant. Le co-gouvernement n'a rien de mauvais et ne doit pas être rejeté par les sandinistes » (10).
Où on entend parler de "eo-gouvernement"...
R. Solis oppose cette attitude "constructive" à celle adoptée précédemment : « Le FSLN, profitant d'erreurs commises par le gouvernement et face à la pression (...) s'est embarqué dans l'émeute de juillet [la grève générale, ndlr], ce qui, à mon avis, a eu des répercussions négalives non seulement pour le pays mais pour le sandinisme lui-même. » Pour Solis, il faut convaincre les travailleurs de continuer à faire des sacrifices en leur disant que les syndicats sandinistes l'Association des travailleurs des champs (ATC) et la Centrale sandiniste des travailleurs (CST) - avancent des revendications exagérées.
Sergio Ramirez, chef du groupe parlementaire sandiniste, est plus prudent : «Ce qui existe aujourd'hui entre le FSLN et le gouvernement, c'est une compréhension politique globale, la recherche de points communs sur des sujets liés à la stabilité nationale » (11). S. Ramirez avoue que le soutien du groupe parlementaire sandiniste à la candidature d'Alfredo César a été « un sujet clairement négocié entre le Front et le gouvernement ».
Edmundo Jarquin, vice-président du groupe parlementaire FSLN, déclarait, quelques mois plus tard, qu'il fallait appuyer, contre l'avis du FNT, le plan de choc du gouvernement de mars 1991 (voir l'article ci-contre) : « Je crois, en plus, que si nous étions au gouvernement, nous serions en train de faire quelque chose de semblable (...) » (12).
En mars 1991, E. Jarquin et le reste de l'aile modérée misaient sur la réussite du plan économique de l'UNO : « Si, durant le mois de juillet [1991], la situation économique est meilleure, le débat dans le FSLN sera moins compliqué. Nous serons moins tentés par des positions extrêmes. » C'est ce courant qui a poussé le Front à convaincre le FNT de donner deux mois de répit au gouvernement (un accord a été signé en ce sens, le 19 mars 1991) ; il espérait que le FMI et la Banque mondiale dégageraient enfin d'importantes lignes de crédit.
Cinq semaines plus tard, l'échec du plan (13) est certainement pour beaucoup dans le discours plus radical de D. Ortega : « La politique d'ajustements structurels déterminera le futur du pays. Ou bien c'est le modèle oligarchique capitaliste connu qui est repris, en imposant un néosomozisme, un néocapitalisme, ou bien ce pays continue à avancer vers de nouvelles formes de développement économique et social, qui préservent les conquêtes de la révolution. (...) Le gouvernement est sous l'influence de la politique des Etats-Unis
10) Barricada, 26 décembre 1990.
11) Barricada, 22 janvier 1991.
12) El Semanario, 7 mars 1991.
13) Ce qui a également joué, c'est la découverte par le Front d'un texte confidentiel de la Banque mondiale déclarant : « Le gouvernement s'est engagé à réaliser la privatisation totale ». Barricada, 1er avril 1991. Ce document indiquait bien la nature très particulière de l'Etat "dirigé" par Chamorro : « Il existe une préoccupation (...) à propos de la nature des difficultés politiques actuelles ; le fait que les partisans du régime antérieur contrôlent les administrations légales, y compris la police, ren-
NICARAGUA qui se croient en droit de gouverner le Nicaragua par ce biais. Les forces d'extrême droite sentent également que celuici est leur gouvernement, qu'il cherche à éliminer le sandinisme sans respecter un véritable jeu démocratique. (..) C'est la contre-révolution cherchant à gagner du terrain. Ce n'est plus la contre-révolution armée, mais bien celle qui s'exprime pour que le gouvernement avance dans le démantèlement de la révolution » (14). *
24 avril 1991 dra difficile l'imposition des droits de propriété. » Si ces cercles capitalistes ont raison d'être inquiets, il n'en reste pas moins qu'ils peuvent partiellement se consoler car, comme le disait A. Lacayo : « On a réparti, au Nicaragua, l'équivalent du dixième du territoire salvadorien aux anciens propriétaires qui avaient_ été expropriés », La Prensa, 4 tévrier 1991. A l'époque ce qui inquiétait Lacayo, c'était que le niveau de l'aide nord-américaine était intérieur, et, de loin, à celui des " aides que le Nicaragua recevait [jusqu'en 1990, ndlr] du bloc socialiste et de /Union soviétique en particulier. »
14) Barricada, 11 avril 1991.