Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Le calvaire du peuple

· Inprecor n° 329, 26 avril 1991 · p. 17-18 · 762 mots

Nicaragua Économie mondiale

La droite avait promis, pendant la campagne électorale, qu'arrivée au pouvoir, elle ferait baisser fortement l'inflation, relancerait l'emploi et l'économie, le tout en 100 jours. Elle s'y est employée avee des méthodes classiques du type Fonds monétaire international (FMI), aggravant les mesures d'austérité appliquées par

Le calvaire

du peuple

les sandinistes à partir de 1988. Erie TOUSSAINT

EN 1990, les dépenses publiques ont été fortement réduites, ainsi que le crédit aux entreprises ; le gouvernement essayait ainsi de diminuer la masse monétaire en circulation pour faire baisser l'inflation. Les conséquences ont été néfastes : approfondissement de la récession ; multiplication des faillites d'entreprises ; licenciement de dizaines de milliers de travailleurs des secteurs public et privé (30 000 sclon les syndicats) ; dégradation des systèmes de santé et d'éducation. Pour la sixième année consécutive, le Produit intérieur brut (PIB) a chuté ; l'inflation, loin d'être bloquée, malgré la récession, a atteint environ 14 000 % en 1990 (contre 1 600 %, en 1989).

L'introduction d'une nouvelle monnaie, le cordoba-oro, mise en circulation progressivement pour certaines opérations, était l'arme de choc contre l'inflation ; il s'agissait de laisser l'ancien cordoba (identifié au sandinisme) se dévaluer à l'extrême pour ensuite le remplacer par le cordoba-oro (identifié au nouveau régime), qui, parce qu'il aurait la confiance du public, permettrait d'arrêter l'hyperinflation — le cordoba-oro devait s'échanger en parité avec le dollar. Celte opération se solda également par un échec complet. Quelques mois après sa mise en circulation, la nouvelle monnaie s'échangeait au marché noir à 5 contre 1 dollar.

Par ailleurs, le gouvernement diminua les taxes à l'importation : le marché national fut ainsi envahi par des produits des pays voisins et la crise du secteur qui approvisionne le marché intérieur s'aggrava — les importations de biens de consommation ont augmenté en 1990 de 74 % tandis que celles de biens de production ont diminué de 25 % - sans améliorer le pouvoir d'achat de la majorité de la population. Le Nicaragua est devenu le pays le plus cher d'Amérique centrale (1).

Pour mesurer l'ampleur de la réces-

1) Envio, février 1991.

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sion, il suffit de citer quelques chiffres : en 1990, la production industrielle a baissé de 8,4%, la construction de 36 %, l'agriculture destinée au marché intérieur a littéralement piqué du nez (baisse de 40 % pour le maïs, de 74 et de 30 % pour les deux variétés de riz, et de 12 % pour les haricots).

Le ministre responsable du plan des 100 jours, Francisco Mayorga, a été démissionné à l'automne 1990.

La grande braderie

L'échec de son plan (comme du plan d'austérité de 1988) provenait notamment d'une erreur de diagnostic : l'hyperinflation n'est pas due en premier lieu à un excédent de liquidités ou de demande solvable (et ce contrairement aux dogmes du FMI, selon lesquels les gens disposent d'un pouvoir d'achat excessif par rapport à la quantité de marchandises dispo nibles) - entre mai et décembre 1990, la masse réelle des moyens de paiement en circulation a diminué de 60%, il y a donc eu une formidable contraction de la demande, ce qui n'a pas empêché l'inflation cumulée d'atteindre 5 900 % pendant la même période, selon un article de Pedro A. Rodriguez, paru dans El Nuevo Diario. La succession de dévaluations et le rythme inertiel de l'inflation poussent les commerçants et les producteurs à intégrer la prévision des dévaluations ultérieures dans leurs prix de vente ; c'est-à-dire, qu'ils préfèrent vendre à un prix supérieur moins de produits qu'en vendre beaucoup à perte ou à un faible rendement.

Le ler mars 1991, un nouveau plan d'austérité de choc (le troisième depuis 1988) a été appliqué avec une nouvelle maxi-dévaluation. L'ancien cordoba, qui s'échangeait à 25 000 000 pour 1 dollar, en février 1990, a été remplacé par le cordoba-oro dont la parité avec le dollar a été abandonnée. Les salaires ne sont que partiellement indexés; 420 entreprises d'Etat sont à vendre au plus offrant, et à l'étranger, de manière à permettre au Nicaragua de racheter sa dette extérieure. Et Antonio Lacayo, ministre de la Présidence, de déclarer : « Nous n'avons pas d'argent mais nous avons des avions, des hôtels et des fabriques à vendre. »

Ce dernier plan, directement dessiné par la Banque mondiale et le FMI, a une fois de plus échoué : l'inflation a atteint 285 % en mars 1991 et le cordoba est toujours surévalué — il devrait s'échanger à 12 contre 1 dollar. En attendant le peuple se débat littéralement dans la misère. *

24 avril 1991

2) Informe Latinoamericano, 21 mars 1991.

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