Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUSTRALIE

Le pillage travailliste

· Inprecor n° 329, 26 avril 1991 · p. 21-22 · 2 175 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

gouvernement grâce à sa majorité au Parlement fédéral. A l'époque, beaucoup présidé le Conseil des syndicats australiens (ACTU), serait un antidote radical au conservatisme effréné de Malcolm Fraser, le "fils de famille" libéral, installé après

Leur déception a été de taille ; aujourd'hui, le gouvernement lawke est souvent temps ». Il a cassé des grèves et des syndicats ; abandonné le peuple aborigène écologistes qui espéraient qu'il mettrait fin au pillage du sous-sol (3). Bob Hawke a volé les pauvres pour remplir à ras-bord les poches de ses richissimes mates (4).

Le pillage travailliste

Depuis bientôt huit ans, le Parti travailliste australien (ALP) est entré au de gens pensaient que le nouveau Premier ministre, Bob Hawke, qui avait le "coup d'Etat de Kerr" en novembre 1975 (I).

décrit ironiquement comme « le meilleur gouvernement libéral de tous les opprimé (2) ; effectué des coupes dans les budgets sociaux ; et trahi les

John TULLY

LE gouvernement a encouragé le marché libre sans aucun contrôle, la privatisation des entreprises nationalisées, la réduction drastique des dépenses publiques et la fin des subventions de l'Etat à l'industrie manufacturière. Ces pratiques ultra-libérales du ministre des Finances, Paul Keating, ne sont pas très éloignées de la politique économique de la Grande-Bretagne de Thatcher.

Aujourd'hui que le vent de la récession et de la guerre commerciale soufflent sur la fragile économie australienne, il devient évident que le « meilleur ministre des Finances du monde » a causé un désastre.

Hawke et Keating dirigent un pays frappé de plein fouet par une crise économique croissante. Ainsi, le chômage qui touche officiellement 750000 personnes, concernerait en réalité 1,5 à 2 millions d'Australiens (sur une population totale de 17 millions), et la tendance n'est pas à la baisse. En revanche, on ne comptait que 26 900 emplois vacants en février

1991 (dont 16 000 seulement dans le secteur privé), soit 52% de moins qu'en

1990.

Les petits et moyens producteurs agricoles, pris à la gorge par l'importante hausse des taux d'intérêts, sont en faillite dans tout le pays. L'Australie rurale est au bord de sa plus profonde dépression de-

AUSTRALIE puis les années 30, et des milliers de petits fermiers sont obligés de quitter leurs terres. La misère rurale conduit à l'émergence de mouvements au caractère fascisant dans les campagnes. En janvier 1991, des milliers de manifestants pay sans sont venus à Melbourne écouter des bigots de droite accuser les socialistes, les féministes, les homosexuels et les gens de couleur d'être la cause de tous leurs problèmes.

Le capitalisme "moderne" de Keating est une sinistre farce. En 1990, l'industrie australienne a réinvesti la part la plus faible de sa production depuis 1975 en usines, machines et équipements nouveaux, contrairement à la rhétorique gouvernementale sur l'Australie "en pointe" avec une haute-technologie industrielle. La dette nationale australienne est la quatrième au monde. Elle résulte en partie des emprunts à l'étranger effectués pour

1) L'ALP est un parti social-démocrate affilié à l'Internationale socialiste (IS). Créé lors de la dépression de 1890, qui a suivi la défaite de grandes luttes syndicales, il a toujours bénéficié depuis de liens étroits avec le mouvement syndical.

Le Parti libéral, traditionnellement allié aux grands proprié taires agricoles réactionnaires du Parti national, est, malgré son nom, un parti conservateur qui ressemble au Parti conservateur britannique. Le "coup de Kerr" fait référence à l'éviction de l'ancien Premier ministre travailliste Gough Whitlam par le gouverneur général John Kerr. Kerr, une personnalité non élue nommée, ironiquement, par Whitlam lui-même, représentait le chef de l'Etat australien, la reine d'Angleterre. Cette situation est une survivance de l'ancien statut de l'Australie en tant que colonie britannique.

2) Les Aborigènes sont le peuple indigène de l'Australie. Ils ont été dépossédés de leurs terres par les colons blancs après 1788 ; dans les années 20, ils étaient considérés comme une "race en voie de disparition". Lors des 25 dernières années, ils ont aprement lutté pour avoir droit à la terre et à une certaine justice sociale. Hawke leur avait promis son appui, mais il a reréaliser des projets énergétiques et miniers ; mais clle a aussi été aggravée par la spéculation des mates. En 1989, le dollar australien était la sixième monnaie mondiale la plus échangée, quand les spéculateurs brassaient des devises sur les marchés monétaires mondiaux à la recherche de profits rapides. Les spéculateurs ont aussi énormément emprunté à l'étranger pour financer une orgie d'offres publiques d'achat (OPA), de spéculation immobilière et d'autres entreprises improductives. Alan Bond, qui aujourd'hui a fait faillite, est responsable à lui seul de 10 % de la dette extéricure pour financer ses affaires, qui allaient de la télévision à la brasserie, en passant par les mines et le courtage.

La plupart des empires commerciaux des mates se sont effondrés à cause de leur immense extension incontrôlée et de leur incapacité à rembourser des emprunts colossaux. Certains hommes d'affaires, dont Alan Bond, Christopher Skase et Lauric Connell, sont poursuivis en justice pour délits financiers. Du jour au lendemain, on a commencé à les qualifier d'escrocs, tandis qu'Hawke et Keating essayaient désespérément de prendre leurs distances par rapport à leurs anciens amis.

Deux millions de pauvres

Entre temps, les contribuables ont dû payer la facture. Le gouvernement a demandé aux salariés de travailler davanlage pour augmenter la productivité, en promettant que les "restrictions salariales" et les sacrifices de divers acquis scraient récompensés plus tard. Kcaling a déclaré qu'il « mettrait du beurre dans les épinards » et que « la lumière est au bout du tunnel ».

Mais, si Bond ct ses semblables ont échoué, les plus avisés, voire les plus chanceux, des milliardaires australiens continuent à jouir tranquillement de leurs profits démesurés. Or, pendant ce temps, au moins 2 millions de leurs concitoyens culé sous la pression des corporations de mineurs blancs et des intérets des éleveurs. Le peuple aborigène, malgré les ac quis obtenus par ses luttes, a encore des conditions de vie dignes du tiers monde au cœur d'une grande puissance

3) L'Australie est un vaste continent, mais son environne ment fragile a été très malmené par la colonisation blanche. On estime, par exemple, que 30 % de la terre arable du continent a été perdue depuis 1788. Le deux-tiers des arbres de l'Etat de Victoria a été coupés depuis 1830 ; certains affluents de la rivière Murray sont trois fois plus salés que l'océan. Malgré son alliance initiale avec un secteur du mouvement écologiste, Hawke est aujourd'hui le premier à défendre la loi sur les ressources nationales qui garantira un accès plus facile au bois qui sert à la construction, déjà rare, et au sous-sol.

4) En argot australien, un mate est un ami proche (un "pote"). Ce mot, qui fait partie du vocabulaire de la classe ouvrière masculine, était régulièrement utilisé par Hawke, démagogue populiste de droite classique. Malheureusement pour lui, son utilisation de ce terme a été tournée en dérision pour décrire ses amitiés avec les grands capitalistes.

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AUSTRALIE vivent en dessous du seuil de pauvreté. Malgré la promesse électorale d'Hawke, en 1988, qu'aucun enfant ne connaîtrait la misère en 1990, 17,5 % des enfants australiens subissaient des conditions de vie précaires en 1990, contre 7,2% en 1973. Des dizaines de milliers de gens vivent dans les rues, où ils sont la proie des proxénètes, des vendeurs de drogue et de la police.

Le mouvement ouvrier dans le collimateur

Que ce gouvernement "socialiste" ait, à maintes reprises, refusé de réaliser toute enquête sur les origines des grandes fortunes, n'a rien de surprenant ; Bob Hawke, soutenu par ses compères de l'ACTU, a essayé de donner un coup de fouet au capitalisme australien au détriment de la classe ouvrière.

A la suite d'une série d'accords" entre le gouvernement fédéral et l'ACTU, on a assisté à un transfert massif de richesses des tracapitalistes. Entre mars 1983 et septembre 1988, par exemple, la valeur réelle des salaires a chuté de 9,45% pour les tral'autornobile, 12,34 % pour ceux des abattoirs ; de 9,12 % pour les employés de magasins, et de 9,34 % pour les dockers.

Entre 1982/83 et 1987, les salaires sont passés de 58,3 à 51,6 % du Produit intérieur brut (PIB) alors que les profits y augmentaient de 10,8 à 13,9 %. La fortune des plus riches s'est accrue de 250 % tandis que la richesse globale du pays n'augmentait que de 20 %. Entre 1983 et 1990, les salaires réels ont chuté de 8 %. Ainsi, entre 1982/83 ct 1988/89, les coûts réels de la main-d'œuvre dans la production ont baissé de 15 %, alors que les surplus en matière industrielle passaient de 11,3 à 16,5 % du PNB.

Le texte des accords entre le gouvernement et l'ACTU comportait également la promesse d'augmenter les dépenses sociales. En réalité, les pauvres et les "nouveaux pauvres", créés par la politique du gouvernement, ont submergé un système de sécurité sociale déjà affaibli par les coupes budgétaires. En 1990, le gouvernement a transformé un déficit du budget de 5,7 milliards de dollars en surplus de 5,5 milliards de dollars, et ce principalement au détriment des fonds sociaux et sans toucher aux profits du grand capital. En fait, le montant des impôts des compagnies a régulièrement décliné par rapport à ceux payés par les contribuables individuels.

En même temps, le gouvernement a tenté d'écraser toute résistance de la part des organisations militantes de la classe ouvrière. Tous les syndicats qui tentaient de rompre les accords et de remplir leur rôle traditionnel de défense des salaires et des conditions de travail de leurs adhérents ont été la cible des attaques de l'Etat, avec le consentement de l'ACTU.

Bien que l'Australie soit signataire de la Charte de l'Organisation internationale du travail (OIT), censée garantir les droits syndicaux des travailleurs, grève ne va pas de soi dans ce pays. Les groupes d'employeurs liés à ce que l'on appelle la Nouvelle droite ont poursuivi en justice, pour préjudice, les grévistes des abattoirs, des mines, et de la confection et ont obtenu des sommes d'argent énor-mes ; confrontés à de telles pratiques, d'autres syndicats ont reculé. De plus, certains amendements à la loi fédérale sur le commerce introduits par le gouvernement Fraser n'ont pas été annulés ; or, ils interdisent ce qu'on appelle les "boycots secondaires", c'est-à-dire toute action de solidarité avec d'autres travailleurs en lutte.

Maintenant, le gouvernement fédéral veut réglementer le droit de grève au Parlement. Les dirigeants du Parti libéral ont d'ores et déjà déclaré que, s'ils sont élus lors des prochaines élections législatives, ils utiliseront l'armée pour "nettoyer" le syndicat des dockers, qui a réussi à conserver certains acquis.

Mais Hawke ne peut pas prétendre que les attaques contre les droits syndicaux viennent uniquement de la Nouvelle gouvernement fait preuve d'une énorme hypocrisie quand il se "préoccupe" des droits des travailleurs, pour, en fait, se rallier des électeurs mécontents. Ce sont bien les autorités fédérales et régionales travaillistes qui ont écrasé la Fédération des travailleurs du bâtiment, dirigée par des maoïstes, et la très active Fédération australienne des pilotes de ligne. Ces deux syndicats ont cessé d'exister après s'être affrontés à la sacro-sainte alliance entre le gouvernement, les corps patronaux, l'Etat, les syndicats "jaunes" et la direction de l'ACTU. Dans le cas des pilotes, Hawke, agissant clairement dans l'intérêt de ses acolytes de la société Ansett Airlines, a utilisé l'armée de l'air australienne pour briser la lutte menée par le syndicat. Une amère déception Celte suite lugubre de trahisons des travaillistes s'est produite dans pratiquement tous les domaines, de la politique étrangère à l'écologie. Le Portugal a assigné l'Australie devant la Cour internationale de Justice de la Haye après l'appropriation scandaleuse des ressources pétrolières du Timor oriental par les gouvernements indonésien et australien (5). Et, dans la droite ligne des premiers ministres australiens réactionnaires, Hawke n'a même pas attendu que Bush lui demande son aide pour envoyer des navires aider la coalition impérialiste dans le Golfe. En cela, il a rivalisé avec le conservateur de choc, Robert Menzies qui, en 1965, avait envoyé des troupes soutenir les Etats-Unis et leur régime fantoche de Saïgon. La classe ouvrière prend de plus en plus ses distances par rapport à ce gouvernement. Des sondages récents ont montré qu'environ 30 % des gens soutenaient le Parti travailliste, contre 50% qui appuient la coalition des libéraux et des nationaux. Les membres de l'ALP quittent ce parti en masse, dégoûtés par la politique thatchérienne de leurs dirigeants et l'impossibilité de faire entendre la voix des militants de base. Certaines personnalités de l'ALP commencent d'ailleurs à se demander qui va faire les basses tâches pour eux lors des prochaines élections.

Ces élections seront un désastre pour le Parti travailliste. A moins d'un miracle, les libéraux remporteront une vic-

5) Le Timor oriental, colonie portugaise jusqu'en 1975, est situé au nord de l'Australie. Il a été envahi par l'Indonésie en 1975, avec la complicité des Etats-Unis et du gouvernement travailliste australien de Whitlam. Le gouvernement Hawke a continué à soutenir l'occupation illégale de ce territoire par l'indonésie, faisant mine d'ignorer le massacre de 100 000 à 200 000 habitants du Timor oriental

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