Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Cent ans de socialisme tchèque

Inprecor n° 33, 20 juillet 1978 · p. 21-22 · 1 077 mots

Les idées du socialisme firent leur première apparition chez les Tchèques le 7 avril 1978 avec la fondation du Parti social-démocrate tchèque au congrès qui s'est tenu à Brevnov. Les conditions de la lutte politique pour les droits élémentaires des travailleurs et les droits civiques étaient ainsi instituées.

Ces faits sont généralement convables en ce qui concerne ces revendications vieilles d'un siècle. De nombreux points du programme ont été accomplis et même dépassés depuis longtemps. Cependant, il en est d'autres qui sont toujours à l'ordre du jour. Nous considérons qu'il est de notre devoir de veiller à leur accomplissement.

Le programme de Brevnov déclare que « dans notre société actuelle les moyens de production..sont le monopole d'une seule classe ». Cela a mené à la dépendance du « peuple travailleur et c'est la cause de la misère et de l'esclavage», ses auteurs exigent que « les moyens de pro-

Nous publions ci-dessous un document récent venu de Prague, traduit et diffusé par l'agence Palach Press de Londres. Il porte la signature de personnalités importantes de la Charte 77. Dix ans après le «Printemps de Prague», voulait atteindre n'est pas en train de se réaliser en Tchécoslovaquie !

Nous reviendrons par la suite sur les propositions concrètes qu'avance ce document.

* * duction soient utilisés pour le bien commun» qu'il y ait une «juste répartition des fruits du travail» et que «la domination de classe soit abolie».

Il est vrai que la majeure partie des moyens de production ont été nationalisés (cela commença par un décret présidentiel de nationalisa-

Vaclav Havel tion le 28 octobre 1945), mais on peut douter que les fruits du travail soient toujours utilisés pour le bien commun et que l'actuel système de rémunération soit juste.

Le programme exige «le droit égal pour tous les citoyens de plus de 20 ans d'élire des représentants aux assemblées provinciales et centrales et pour les gouvernements loсаих ». Les droits universels et égaux d'élire des représentants au Parlement ont déjà été légalisés en 1907, c'est un résultat des efforts des partis ouvriers et d'autres formations démocratiques. Ce principe a été appliqué pour les élections locales, pour la première fois en 1919, c'est-à-dire tout de suite après la fondation de la République tchécoslovaque. Mais les pionniers de notre mouvement ouvrier n'avaient certainement pas envisagé un système électoral dans lequel les citoyens n'auraient à voter que pour un seul candidat, comme c'est le cas aujourd'hui.

Une autre revendication était « la liberté totale de presse, d'association, de réunion et d'organisation».

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Les travailleurs avaient largement imposé ces libertés. Mais qu'en reste-t-il aujourd'hui? Combien d'organisations et de journaux (politiques et non-politiques) furent interdits après 1948? Et combien après 1968? En 1977, un grand nombre de citoyens ont été persécutés de diverses façons en relation avec la pétition de la Charte 77 qui ne traite pourtant que de la nécessité d'appliquer les lois adoptées par les corps législatifs supérieurs.

Le premier programme socialiste demande «l'indépendance de la justice», l'introduction de la « procé-

Get de l'assistance judiciaires gratuites pour tous» et « l'abolition de la peine capitale». Les monstrueux procès des années cinquante prouvent que notre système ne garantit en aucune façon l'indépendance du pouvoir judiciaire; et des doutes ont été émis en Tchécolovaquie et à l'étranger sur la justification et l'équité des procès politiques des années 70. Les procédures ne sont pas gratuites de nos jours, non plus que l'aide judiciaire. Quant à la peine capitale, nos corps législatifs suprêmes et les mass media n'ont pas encore entamé de discussion à ce sujet.

Le programme demande aussi «l'élimination de toutes les inégalités sociales et politiques» et se réfère à la lutte de la classe ouvrière comme à la lutte « pour les droits et les devoirs égaux». La pratique actuelle s'écarte fort de ces principes moraux et politiques. Les citoyens sont persécutés pour leurs convictions, dans certains cas longtemps après les avoir exprimés. Les principes d'égalité et de justice ont été largement abandonnés avec la pratique de nommer aux postes supérieurs de tous les secteurs de la vie sociale et économique principalement des membres du Parti communiste. Cela signifie que souvent, le critère pour charger quelqu'un d'un poste de responsabilité n'est pas la connaissance scientifique, la capacité ou les qualités morales, mais la servilité, le manque de scrupules et l'habileté à tirer la couverture soi. Aujourd'hui, beaucoup de travailleurs ne considèrent plus le Parti communiste de Tchécoslovaquie comme un parti ouvrier mais comme un parti de « seigneurs».

Les signataires de cette déclaration proclament leur allégeance aux traditions des débuts de notre mouvement ouvrier et socialiste. Le Parti communiste, parti dominant dans notre pays, proclame aussi qu'il les soutient. Beaucoup des principes formulés par les pionniers de ce mouvement ne sont cependant guère honorés par le régime actuel. En tant que socialistes et démocrates nous nous sentons personnellement responsables de la mise en application de ces principes.

7 avril 1978 Brno et Prague Le philosophe Jan Patocka, ancien porte-parole de la Charte, décédé. Signatures : Rudolf BATTEK, sociologue, ancien membre du Conseil national tchèque (Parlement), ancien prisonnier politique;

Premysi JANYR, ouvrier, fils d'un dirigeant social-démocrate, aujourd'hui en exil; Bozena KOMARKOVA, retraitée de 75 ans, emprisonnée par les nazis pendant 5 ans et demi; Vaclav HAVEL, auteur dramatique, ancien porte-parole de la Charte 77; Ladislav HEJDANEK, protestant, porte-parole officiel de la Charte 77; Anna KOUTNA, ouvrière, ancienne employée du Comité régional Parti de Bro, veuve de prisonnier politique; Frantisek KRIEGEL, ancien prési dent du Front national, le membre de l'équipe Dubeek qui a refusé de signer l'accord de Moscou au moment de l'invasion; Karel KYNCL, joumaliste communiste bien connu; Milan MACHOVEC, philosophe, ancien membre du Parti communiste; Jaroslav MEZNIK, historien, ancien prisonnier politique; Ervin MOTL, journaliste; Jiri MULLER, ancien dirigeant étudiant, condamné à cinq ans et demi d'emprisonnement en 1972; Petr PITHART, avocat, ancien éminent téoricien politique du Parti, aujourd'hui jardinier; Ales RICHTER, ancien détenu politique; Zuzana RICHTEROVA, ménagère, ancienne prisonnière politique; Gertruda SEKANINOVA-CAKR TOVA, ancienne déléguée au ministère des Affaires étrangères, ancien membre de l'Assemblée fédérale (Parlement); Jaroslav SABATA, psychologue, ancien secrétaire du Comité régional du Parti de Bohême du Sud, condamné à six ans et demi en 1972, aujourd'hui ouvrier et porte-parole de la Charte 77; Jan SABATA, ouvrier, ancien prisonnier politique; Jan SIMSA, pasteur de l'Eglise évangélique de la Congrégation tchèque, aujourd'hui ouvrier; Jan TESAR, historien, condamné à six ans d'emprisonnement en 1972; Jakub TROJAN, ecclésiastique; Zdenek VASICEK, historien; Jan VLADISLAV, poète et écrivain.

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