Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOCUMENT

Contre l'occupation de la République socialiste de Tchécoslovaquie

· Inprecor n° 33, 20 juillet 1978 · p. 28-29 · 1 603 mots

Europe de l'Est URSS et Russie IVe Internationale Stalinisme

Déclaration du Secrétariat unifié de la IVe Internationale

Rosa Luxembourg, la première à lever l'étendard du socialisme révolutionnaire et démocratique en Europe centrale avant la première Guerre mondiale, de Zinoviev et de Boukharine qui ont été les deux premiers présidents de l'Intemationale communiste, de Fidel Castro et de «Che» Guevara, symboles de l'esprit révolutionnaire d'aujourd'hui dans les pays semi-coloniaux. Aucun auteur, aucun ouvrage inspiré par le marxisme et le socialisme, ne doit tomber sous l'interdit. Comme l'a dit un grand atomiste soviétique Kapitza, la jeune génération doit réapprendre à discuter chez ses anciens qui ont fait la Document

Contre l'occupation

de Tchécoslovaquie

Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale condamne de la manière la plus énergique l'occupation militaire de la République socialiste de Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie.

Les prétextes invoqués sont cyniques : les troupes ont été «appe lées », paraît-il, par des « hommes d'Etat» qu'il faut encore découvrir quarante-huit heures après l'événement. Leur arrivée est approuvée, prétend-on, par la majorité des dirigeants communistes, alors que le Congrès extraordinaire du PC tchécoslovaque, dont les délégués venaient d'être élus sous l'influence des organisations de base, condamne l'intervention à l'écrasante majorité.

La justification n'est pas moins scandaleuse : le «danger contre-révolutionnaire» invoqué n'existe pas. Il y avait sans doute un cours droitier des dirigeants tchécoslova-

Révolution d'Octobre. Et ces anciens ignoraient la censure à l'égard d'œuvres théoriques et politiques inspirées du marxisme.

Pouvoir politique de type soviétique; autogestion ouvrière démocratiquement centralisée dans l'économie; liberté d'organisation, presse, de réunion et de manifestation pour toutes les tendances de tous les grands courants du mouvement communiste international; toute la lumière sur les procès et les répressions de l'époque stalinienne; droit d'autodétermination de toutes les nationalités et établissement d'un statut véritablement fédéral; ques, qui était fondamentalement similaire à celui pratiqué par les dirigeants soviétiques eux-mêmes. Ce qui explique leur intervention brutale, ce n'est pas ce cours droitier, mais la peur de voir l'ébauche de démocratie ouvrière, qui commençait à être timidement réintroduite en Tchécoslovaquie, stimuler le combat de l'avant-garde jeune, intellectuelle et ouvrière, en Pologne, en Hongrie, en RDA et surtout en URSS même. Cette intervention traduit l'affaiblissement fondamental de la dictature bureaucratique.

En fait, ce que la bureaucratie soviétique démontre par son intervention militaire en République socialiste de Tchécoslovaquie, c'est que sa dictature, son pouvoir et ses privilèges sont incompatibles avec des formes quelconques de démocratie ouvrière. Le retour aux normes léninistes de vie intérieure du parti communiste l'effraie mortellement.

solidarité avec les étudiants, les intellectuels et les travailleurs polonais et soviétiques qui luttent pour la démocratie socialiste dans leurs pays respectifs; solidarité agissante envers la révolution vietnamienne et tous les mouvements anti-impérialistes et anticapitalistes en cours dans le monde; tels sont les éléments essentiels du programme d'action que la IVe Internationale propose aux masses laborieuses tchécoslovaques. En adoptant ce programme et en se mobilisant résolument pour lui, elles rendront invincible la démocratie socialiste qu'elles cherchent à conquérir.

Le 18 avril 1968 La suppression de la censure, la discussion politique ouverte, la participation des masses laborieuses à la vie politique, un projet de statuts du PC tchécoslovaque qui contient le droit pour les minorités de fendre leurs positions à l'intérieur du parti, voilà ce qui est le danger numéro un pour le Kremlin. Il sait trop bien que dès que les travailleurs auront conquis ces droits, ils s'achemineront sur la voie de la démocratie des conseils ouvriers. sur la voie d'un véritable pouvoir de type soviétique prévu par « l'Etat et la Révolution».

En intervenant militairement en Tchécoslovaquie, la bureaucratie soviétique foule aux pieds les principes élémentaires de l'internationalisme prolétarien. La constitution soviétique prévoit le droit des nationalités à se séparer même de 'URSS si elles en expriment le désir : mais au peuple tchécoslovaque on dénie maintenant le droit d'élire à la tête du parti communiste et du gouvernement les dirigeants de son choix.

On ne pourrait jeter plus d'huile sur le feu de l'agitation anticommuniste, alimenter de manière plus efficace la machine de propagande impérialiste. Le Kremlin n'a même pas hésité à invoquer en faveur de son intervention «l'équilibre des forces» en Europe, c'est-à-dire les accords de Yalta, confirmant ainsi la justification invoquée par l'impérialisme américain pour son intervention contre-révolutionnaire dans sa propre « zone d'influence».

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L'occupation de la République de Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie porte un coup à la cause du communisme, à la révolution socialiste dans le monde entier.

Son premier effet a été d'achever la désintégration du mouvement communiste international sous direction pro-soviétique. Même si cette désintégration favorise dans un premier temps la social-démocratisation de quelques grands partis communistes des pays impérialistes, elle portera à son paroxysme la crise mondiale du stalinisme, de laquelle peuvent se dégager et se dégageront de plus en plus de forces de reconstitution d'une authentique avant-garde révolutionnaire léniniste dans le monde.

L'impact de cet acte contre-révolutionnaire ne sera donc pas ce qu'en escomptent les dirigeants de Washington.

Le monde de 1968 n'est plus le monde de 1956. La résistance héroïque du peuple vietnamien l'agression impérialiste a encouragé la reprise mondiale de luttes révolutionnaires. Tout en condamnant le crime du Kremlin, les travailleurs ne doivent pas oublier un seul instant les crimes plus sanglants que l'impérialisme commet tous les jours au Vietnam. Arrachons le masque hypocrite qui verse des larmes de crocodile sur la violation du droit du peuple tchécoslovaque à disposer de lui-même mais qui empêche par une pluie de napalm et de gaz empoisonnés le peuple vietnamien de se donner le gouverne-

Get le régime social de son choix.

La montée révolutionnaire de mai 68 en France a encouragé la lutte de l'avant-garde des masses laborieuses tchécoslovaques pour une véritable démocratie socialiste. La perspective que leur ouvre cette montée, c'est celle d'une fédération socialiste européenne, des EtatsUnis socialistes d'Europe dans le cadre desquels les travailleurs tchécoslovaques pourront construire leur société et leur économie socialistes dans les conditions les plus harmonieuses.

Les masses tchécoslovaques font face à l'occupation militaire dans un contexte, avec un degré d'organisation et des perspectives autrement favorables que celles dans lequel le prolétariat hongrois a été obligé de mener son combat isolé en novembre 1956.

Les comités locaux et régionaux du PC tchécoslovaque, profondément renouvelés au cours des derniers mois, des comités d'action qui se forment spontanément, peuvent constituer l'épine dorsale d'une résistance de masse.

Celle-ci, commençant par la grève générale et par des manifestations de rue, peut se transformer dans une résistance prolongée. Elle pourra épouser les formes les plus diverses, harcelant les troupes d'oc cupation par une propagande cons tante dans leur langues respectives, leur rappelant les enseignements de Lénine sur les droits des peuples à disposer d'eux-mêmes, sur la démocratie socialiste, sur les libertés de discussion et les droits des minorités au sein d'un parti communiste. Elle doit passer par la mise au ban de la nation de tous les collaborateurs et Quisling des forces d'occupation, par des grèves tournantes, par des manifestations-surprise, par la démonstration constante du refus du prolétariat et des masses laborieuses de la République socialiste de Tchécoslovaquie à accepter le régime de dictature bureaucratique que le Kremlin veut leur imposer par la force des baïonnettes étrangères.

En menant ce combat dans l'esprit de l'internationalisme prolétarien, en créant, au cours de cette résistance, les comités qui seront les noyaux du pouvoir ouvrier et paysan libre du socialisme tchécoslovaque, le prolétariat de la République socialiste de Tchécoslovaquie n'assurera pas seulement sa propre libération : il fera encore une contribution exceptionnelle à la lutte pour la démocratie socialiste en URSS, en Pologne, en Hongrie, au déclenchement de la révolution socialiste en Europe capitaliste.

Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale appelle les troupes soviétiques, polonaises, hongroises, bulgares et de la RDA à quitter immédiatement le territoire de la République socialiste de Tchécoslovaquie, comme le leur demandent les masses laborieuses tchécoslovaques. Le socialisme n'est menacé en Tchécoslovaquie que par les crimes de la bureaucratie.

Le Secrétariat unifié réclame la libération immédiate de Dubcek, de Cisar, de Smrkovsky, de tous les dirigeants communistes, journalis tes, intellectuels et militants communistes tchécoslovaques arrêtés. Honte aux sbires de la bureaucratie soviétique qui mettent en prison des communistes dont le seul crime est d'avoir tenu compte de l'opinion des travailleurs de leur pays.

Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale rappelle la perfidie du Kremlin dans le cas d'Imre Nagy, qui a quitté l'ambassade yougoslave à Budapest sous un sauf-conduit solennel des dirigeants soviétiques, et qui n'en fut pas moins arrêté par la suite et exécuté par les agents de la bureaucratie soviétique. Ce crime ne doit pas se répéter dans le cas des dirigeants tchécoslovaques.

Le Secrétariat unifié appelle à la résistance de tous les communistes, tous les travailleurs tchécoslovaques : ne laissez pas un jour de répit aux occupants et à leurs agents ! Il appelle les travailleurs, les intellectuels et les étudiants soviétiques, polonais, hongrois, bulgares et de la RDA à appuyer de toutes leurs forces la lutte des masses tchécoslovaques pour leur droit à la démocratie socialiste.

Le Secrétariat unifié de la IVe Internationale rappelle aux travailleurs de tous les pays capitalistes que la meilleure aide qu'ils peuvent donner à la lutte de leurs frères tchécoslovaques, c'est de redoubler d'effort pour renverser le régime du Capital et de s'engager hardiment sur la voie de la révolution socialiste.

Hors de la Tchécoslovaquie les troupes d'occupation !

Les blindés soviétiques pour le Vietnam !

A bas la bureaucratie soviétique qui a usurpé le pouvoir en URSS et des mains de laquelle le prolétariat soviétique arrachera le drapeau du communisme!

Vive la révolution socialiste mondiale ! Le 22 août 1968

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